LES PREMIERES COUPOLES
SOMMAIRE '
Le palais du Luxembourg et Marie de M.'dicis. — La Sorboano de Richelieu. — Le Valde-Gràce d'Anne d'Aulrichc. — L'Institut de France, ancien Collège des Qualre-Nalions, fonde par Mazarin.
HT du dix-septième siècle procède naturellement de celui du seizième; mais les modifications profondes que la succession nécessaire des événements a portées dans la société, y a ajouté des éléments qui lui constiliienl une originalité propre.
C'est cet art de la première moitié du dix-septième siècle que nous allons étudier, avec ses parties communes et ses variétés bien caractéristiques, dans le palais du Luxembourg de Marie de Médicis, dans la Sorboniie de Richelieu, dans le Val-de-Gràce d'Anne d'Autriche, et enfin dans le Palais des Quatre-Nations de Mazarin.
Le jardin du Luxembourg est sans contredit un des plus beaux de Paris, avec ses arbres séculaires, ses immenses pelouses, ses terrasses étagées bordées de balustres, son monde de statues, son grand bassin, autour duquel s'ébat la foide joyeuse des enfants. Il a ses habitués : jeunes mères surveillant leurs enfants, groupes de gais étudiants, oisifs employant leur temps à apprivoiser des bandes de moineaux criards et affamés.
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Un des coins du jardin esl ]>liis particulièrement pittoresque: c'est celuioùse trouve la grotte de Marie deMédicis.
Au milieu d'une allée d'arbres géants, reliés lun à l'autre par de légères guirlandes de lierre, s'étend une pièce d'eau entourée d'une ceinture de pierres surmontée de vases ornementaux; elle prend naissance au bas d'un édicule à fronton triangulaire servant de fond à un groupe mythologique : le cyclope géant Polyplième, dans un accès de jalousie, se prépare h écraser, sous le rocher (|u'il soulève de ses mains puissantes, son rival Acis et la nymphe Galatée, tendrement enlacés. L'eau jaillit sous les pieds du couple amoureux et descend en large et mince nappe, d'un mouvement tranquille, avec un bruit argentin. La nature l'ait ici à l'art un décor merveilleux, et sous les frais ombrages, dans le contre-bas qui isole cette fontaine monumentale, le rêveur se plaît à une promenade solitaire, tandis qu'à deux pas de lui les longues files de gens aflairés traversent l'allée longeant le flanc du palais.
Depuis le jour où Marie de Médicis se fit construire, sur des terrains achetés en partie au prince de Luxembourg, une somptueuse demeure, celle-ci a considérablement été agrandie : les ailes latérales ont été prolongées d'un tiers environ dans le sens du midi, la salle des séances du Sénat, en forme de rotonde, a été établie dans le carré formé par les bâtiments neufs. Mais ces ajouts sont sans intérêt pour nous, et notre attention va se porter sur la partie du palais qui, remontant à jNIarie de Médicis, a par suite une valeur d'art et d'histoire.
Quand, du fond de la rue de Tournon, on aperçoit la porte du palais du Luxembourg, surmontée d'une haute coupole et l'attachée aux pavillons d'angle par une terrasse de dimensions moyennes qui met les uns et les autres en valeur, on ne sait ce qu'il convient d'admirer le plus, des heureuses proportions ou de l'ornementation.
LES PriEMIliRES C.OrPOl.ES ir,r,
Francliit-on la oi'undc poilc de fer gardée |)ar une sentinelle et un concierge chamarré, on voit se développer les lignes de l'architecture que Jlario de jNIédicis avait voulu emprunter au palais Pitti de Florence, mais que le génie français de Salomon de Brosse avait transformée suivant sa propre inspiration.
Hien (pie certaines parties aient été modifiées, des terrasses supprimées, la montée de l'escalier déplacée, que des statues allégoriques aient disparu, la vue d'ensemble est impressionnante.
Quant aux dispositions intérieures, elles ont été changées. Des appartements de la reine, il ne demeure plus que les boiseries peintes de la chambre à coucher, transportées du premier étage dans une salle du rezde-chaussée. Ces restes mutilés, et encore remarquables dans leurs chaudes couleurs adoucies par le temps, font regretter que l'on n'ait pas conservé intégralement la décoration surveillée par Marie de Médicis avec un soin jaloux, dans le désir de surpasser en magnificence le palais des Tuileries. Elle liai)ila le Luxembourg quelques années seulement. En bulle ;i lies malheurs (|u'ellc s'élail préparés cllc-inèiue, jouet inconscient entre les mains de favoris sans scrupules, faible, ca[)ricieuse, hautaine, et en somme cependant déjà digne de pitié, à cause de l'achainemcnt avec lequel la poursuivit jusqu'à son heure ilernière \\\\ homme dont elle avait fait la fortune et (pii, dans l'intc'rct du bien public, se montra son irréconciliable ennemi, le grand miiiislre de Louis XIII, elle dut ((uiller Paris, |)uis la France.
Fille d'un gi-and-dnc t\o Toscane et d'une princesse d'Autriche, elle avait vingt-sept ans lorsqu'elle l'ut mariée à Henri IV, (pii en avait aloi's quarante-sept et avec leqiu^l elle vécut neuf ans à peine. Le but de ce mariage avait été de fournir un héritier à la couronne de France, le roi n'ayant pas eu d'enfants de sa première femme, Marguerite de Valois, (|u'il avait dû répudier. Quelle diU'érence entre les deux épouses du Béarnais : l'une spirituelle, séduisante d'aspect, vive, gracieuse, aimable; l'autre lourde, épaisse, avide de pouvoir, à vues étroites et bornées, entêtée, acariâtre. Elle fut épouse honnête; mais quel ménage bourgeois, quelles scènes intimes de jalousie, souvent justifiées, il faut le dire, entre un mari enlreprenanl et une jeune; femme ficrc de sa royale fécondité.
A la mort de Henri IV, elle se trouva avoir, en qualité de régente, une lâche au-dessus de ses forces. Elle laissa en réalité le pouvoir aux Italiens Concini et Léonora Galigaï et sembla tourner son activité dans le sens des embellissements de la capitale. On lui doit le Gours-la-Reine, tracé sur un plan d'une étendue inconnue jusqu'alors, dans des conditions d'un
pittoresque que l'on admire encore aujourd'hui. ^Nlais son œuvre préférée fut le palais du Luxembourg.
Il avait fallu acquérir des terrains immenses à différents propriétaires, puis tracer des jardins, les planter d'arbres, construire des terrasses, les orner de balustres et de vases décoratifs, enfin et surtout faire venir à grands frais l'eau destinée h arroser les pelouses, et à les agrémenter de sources jaillissantes. Ensuite, Salomon de Brosse avait reçu mission d'aller en Italie étudier l'architecture à la mode, de dresser ses plans et de les présenter à la reine, après les avoir soumis à l'e.vamen des architectes les plus célèbres de l'Europe.
L'œuvre, nous pouvons en juger, était de haute valeur; elle paraissait plus belle encore dans la fraîcheur de son éclosion, avec ses dorures, ses colonnes de bronze, ses marbres multicolores, ses statues empruntant leurs sujets aussi bien au symbolisme chrétien qu'aux allégories mythologiques.
Marie de Médicis dépensait sans compter, et cependant elle n'eut pas la joie de mener elle-même les travaux à leur fin. Commencés en 1615, ils ne furent terminés qu'en 1620; or, en 1617 eut lieu, sur le pont du Louvre, l'assassinat du maréchal d'Ancre, meurtre dont les conséquences furent terribles pour la reine. Désemparée, hésitante, elle quitta Paris et se retira à Blois, dans une sorte de prison dorée. Elle y resta deux ans, puis s'échappa, avec le concours du duc d'Épernon. Elle négocia alors avec son fils, se fit donner le gouvernement d'une province, et obtint de l'eparaître à la cour. Le Louvre vit cohabiter Marie de Médicis et Anne d'Autriche.
Cependant la construction du palais du Luxembourg s'était continuée, et en 1620, l'année de la réconciliation, on mettait la dernière main à la décoration. Heureuse et fière de l'influence qu'elle s'imaginait avoir recouvrée, la reine mère fit venir d'Anvers le célèbre Rubens et lui confia le soin de peindre vingt-quatre panneaux dans la grande galerie qui occupait, à côté de sa chambre à coucher, située dans un pavillon, toute l'aile occidentale du palais.
C'était une puissante allégorie, riche d'invention et riche de coloris, telles que savait les concevoir le maître renommé de l'école réaliste, et les épisodes de la vie de la reine, depuis sa naissance jusqu'à sa brouille avec son fils et sa réconciliation, furent retracés dans la magnifique série de toiles qui remplissent aujourd'hui une des plus belles salles du Louvre.
Marie de Médicis s'était abusée en croyant que le pouvoir allait lui revenir. Elle avait espéré trouver un appui pour sa faiblesse dans un homme dont le génie avait été distingué par Léonora Galigaï et qui, en