‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 30 sur 58 · LES PREMIÈRES COUPOLES 1G · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES COUPOLES 1G

tlifTérentes circonstances, avait, dans des emplois de second rang, montré des qualités tout à fait de premier ordre. Richelieu, évèque de Luçon, d'abord aumônier à la cour, avait été revêtu de la pourpre cardinalice grâce à la protection de Marie de Médicis, et enfin était entré, non sans beaucoup de résistance de la part du roi, dans le Conseil, oii il allait bientôt parler en maître. Sa l)ienfaitrice comptait dominer par son entremise. Quelle fut sa colère de voir tous ses projets contrecarrés! Il la fit exiler et s'acharna à la tenir éloignée de France, la laissant mourir, sans ressources, dans un appartement privé, à Cologne.

Au palais du Luxembourg demeurent encore attachés bien d'autres souvenirs. Mais la reine qui l'a fait édifier, qui l'a décoré avec complaisance et lui a imprimé la marque de ses joies et de ses tristesses, y tient, aux yeux de l'historien, une place si importante, que devant elle tous les autres personnages se moltent à l'arrière-plan et doivent comme disparaître. Ils auraient d'ailleurs l'inconvénient de séparer dans notre récit deux monuments qui, sans être intimement liés l'un à l'autre, sont l'œuvre de deux contemporains.

Le nom de la Sorbonne, siège de l'Université et de l'Académie de Paris, évoque l'idée de l'enseignement le plus élevé et le plus complet qui soit au monde. Heconstruite d'hier, elle forme un vaste quadrilatère, et sur chaque côté elle prolonge à perte de vue ses façades blanches, aux fenêtres régulières. Tout a été prévu pour le fonctionnement d'un puissant organisme littéraire et scientificpie. La salle des pas perdus, où se presse, aux périodes de concours, la foule ties candidats anxieux, a des proportions grandioses; l'escalier d'accès de l'étage supérieur a du caractère; il ajjoutit h un gracieux portique sur les murs duquel sont peintes les scènes de la vie universitaire à travers les ùges. Son amphithéâtre offre un spectale pittoresque, aux jours de séances solennelles, lorsque les auditeurs s'étagent sur les gradins et remplissent les loges, et que les professeurs, dans leur traditionnel costume, se groupent sur l'estrade dominée parla célèbre fresque de Puvis de Chavannes. Les salles de cours sont confortablement installées; les laboratoires ont un développement en rapport avec l'importance de l'enseignement qui y est donné. Certains locaux sont décorés avec somptuosité, comme, par exemple, la salie de soutenance des thèses de doctorat. L'effet d'ensemble, en un mot, ne manque pas de majesté; et cependant lorsque, de l'autre extrémité de la cour, on aperçoit en arrière de deux statues modernes qui paraissent lui servir de repoussoir, dressé sur un perron élevé de plusieurs marches, le portique grec du transept nord de la chapelle de Richelieu, on est pris

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d'un sentiment de reconnaissance envers ceux qui ont sauvé ce précieux

spécimen de l'art de la première moitié du dix-septième siècle.

Jacques Lemercier y a fait, non sans succès, un des premiers essais de cette architecture classique qui est caractérisée par les façades à colonnes surmontées d'un fronton triangulaire avec dôme à l'intersection du transept et de la nef. C'était, en ce temps-là, à Paris, une nouveauté, une imitation des églises de l'Italie, et l'art de l'architecte consistait surtout dans le choix heui^eux des proportions.

Ici, elles sont particulièrement belles. La coupole n'a pas la hauteur ambitieuse de certaines autres églises construites plus tard, mais elle correspond à la destination de l'édifice qui recevait les savants docteurs et leurs studieux élèves; elle était à l'unisson avec les bâtiments que le cardinal avait fait élever pour les pauvres écoliers de Sorbonne.

Les débuts de celte institution avaient été très modestes, et volontiers on mettait en parallèle, au moyen âge, l'humble installation des sorbonnistes avec l'opulent Collège de Navarre, qui avait pour élèves des fils de rois. Louis IX avait cependant agrandi leur établissement trop précaire; les papes étaient, eux aussi, intervenus en recommandant les écoliers à la générosité des fidèles, qui leur fournirent d'importantes dotations. Une organisation à la fois très libérale et très ferme assurait la persistance de la société, qui n'admettait dans son sein que par cooptation. On discutait dans des assemblées fréquemment réunies toutes les questions intéressant la marche de la maison. On y comptait les différentes catégories de maîtres, d'associés, d'hôtes et de disciples. Toutes les causes d'aflaiblissement et de dissolution ayant été sagement écartées, la société avait progressé d'âge en âge. Si les docteurs de la Sorbonne n'étaient pas les seuls à donner l'enseignement à la faculté de théologie, puisque l'Université demandait des maîtres aux Gordeliers, aux Carmes, aux Jacobins, aux Prémontrés, du moins la solidité et la profondeur de leurs doctrines étaient telles qu'ils exerçaient une influence prépondérante. Dans les luîtes politiques et religieuses qui divisèrent la France, les sorbonnisles firent entendre, à diverses reprises, une voix écoutée.

Richelieu avait été leur protecteur, avant même qu'il ne devînt premier ministre; il leur continua ses faveurs lorscpi'il fut arrivé au comble de la puissance, et s'employa généreusement à doter la Sorbonne d'une installation confortable. « Nous avons été habitués de nos jours, écrit M. Gréard', à voir les quartiers tomber et se relever comme par un coup de baguette. Je ne crois pas que l'ancien Paris ait assisté à une

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