‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 3 sur 58 · DO · texte numérisé non relu

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d'une de ces transformations de la capitale. Elle a été considérable. Ccii.v de mes contemporains qui se seraient absentés de J^aris pendant cinqiian/e ans, auraient dé/ii grand peine à le reconnaître. Peut-être même quelques-uns d'entre eux accueilleraient-ils avec un .soupir mélancolique les nombreu.v changements qui ont altéré la phijsionomie, les patjsages, les façons d'être et les habitudes de la grande ville. Certes Paris, dans ses lignes principales, est toujours beau. Le promeneur qui, au sortir des Champs-I'Jlqsécs, traverse la place de la Concorde par un radieux après-midi d'été et se dirige vers les quais de la rive gauche, éprouve toujours un sursauf d'admiration devant le spectacle unique qui s'offre ii ses i/cit.r émerveillés. — /.e soleil, dé/a plus bas, éclaire obliquement la Seine mordorée et les robustes peupliers de Virginie penchés sur le cours de l'eau. Le pavillon, de L^lore et le Louvre, dont les vitres s'empourprent, la perspective des ponts et, là-bas, dans une buée d'or, la flèche de la sainte Chapelle s'élaneant, éléga/ife et mince, au-dessus des maisons teintées de rose; tout ce magnifque et spacieux décor conserve une noble.'^se et un charme qui prennent l esprit et le cœur. — L^ourtant. rpiand je me reporte aux lointaines années oit, jeune et ingénu provincial, je venais passer mon baccalauréat en Sor-

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honiic et suivre les cours de la Faculté de Droit, je ne puis ineinj)éclier de donner un regret au Paris de jS-^'9.

Peut-être ce regret rétrospectif est-il tout siDipleinent un effet du vieil âge, et peut-être, en ni' ij (dxnulonnant, ne fais-je qu'obéir à cette impulsion c/iagrine qui j)rédisj)ose les vieilles gens à être des louangeurs du temps passé. Ce temps passé, en effet, c'était le temps de notre jeunesse, la saison de nos émotions printanicres. Nous nous complaisons à en évoquer le souvenir, et le souvenir est toujours un emhellisseur . Néanmoins, préventions à part, et tout en convenant que la capitale d'aujourd'liui a gagné en confortable et en bien-être, que les rues sont plus larges, mieux aérées, et que les lois Iiijgiéniques ij sont tnieux observées, je dois en conscience ajouter que, vers la moitié du di.v-neuvicme siècle, Paris était moins banal, plus gai, plus pittoresque, et qu'on .s'y sentait /)iieu,v chez soi .

A cette épo(pic, le réseau des voies ferrées était loin d'être achevé. Le chemin de fer de l'Est n'allait pas encore jusqu'à Naiicjj ; celui d'Orléans s'arrêtait à Poitiers; les lignes de Bretagne et du Midi n'e.vistaienf pas. Les diligences et les mallespostes roulaient encore sur nos grandes routes et amenaient de quotidiennes fournées de voijageurs qui, pour la plupart, prenaient leur gîte dans les noiubreu.r InUels foisonnant entre la rue Richelieu et la rue Montmartre. Au centre de ces populeuses hàtcllcr/cs, le Palais-Royal — • aujourd'hui un désert — était le 7-cndez-vous des étrangers et des provinciaux. Sous les galeries intéricui-es, une foule Ixtriolée circulait joi/eiise/nent, au long des magasi/is tout reluisants d'orfèvrerie et de bijoux. Les cafés en renoni et les grands restaurants occupaient une bonne partie des maisons en façade sur le jardin : — Véfour, les Frères provençaux, la Rotonde, le Cofé d'Orléans, Ver}-, le Café de Foj... A côté de ces établissements de lu.rc, les restaurants à j>ri.v fi.re et à bon marché ouvraient aux petites bourses leurs vastes salles situées au premier étage. Apres six heures, on n'y trouvait j)lus de place. Des orchestres militaires jouaient eliaque jour, dans la belle saison, autour du grand bassin, et les consommateurs dînaient en musique, tandis qu'au dehors les badauds s'attroupaient autour des parterres.

LETTRE-PRÉFACE xt

Pour cntendfc un de ces concerts, riches de ciu\'/-c. Dont les soldats parfois inondent nos jardins Et qui, dans ces soirs d'or oii l'on se sent revivre. Versent quelque Itéroisine au cœur des citadins'...

l'artout, alors, on dcjcutuiit à ili.c heures et on (//liait entre cinq et s/'.v. Quand les restaurants se vidaient, les cafés s'e/npiissa ien I . Le soir venu, le Palais-Roijal s'illuminait . Dans la galerie d'Orléans, une foule houleuse .•^'amassait, lisant les journau.r au.r lumières des boutiques, feuilletant les nouveautés au.v étalages des libraires en vogue : — Dentu, Barba, Ladvoeat, les frères damier. — Les théâtres noti plus ne chômaient ixis. Dès si.r heures, des queues serpentaient au.v abords de la Comédie française et du Palais-Roijal. L^es amateurs de spectacles, qui n'ij trou, valent pus de place, refluaient par la rue \'ivienne, très animée, oii les grands magasi/is de modes et de soieries ne fermaient guère avant di.v heures, et s'arrêtaient au \'(iudc\flle pour q voir J/""' Doche et Fechter, ou bien f)oussaient /usqu'au.v boulevards. Là aussi, l'animation et les distractions ne maïupiaicnt pas. Depuis la rue de la Chaussée-d'Aiitin jusqu'au boulevard du Temple, les théâtres, grands et petits, se succédaient <) la file : — l'Opéra, r Opéra-Comique, les Variétés, le Gijinnase, la Porte Saint-.}Lartin, la Gaîté, l'Ambigu, le Théâtre-Lijrique, les Delà. ssements, les L^unambules, etc. La plupart se touchaient presque. Si. par hasard, on /le poui'ait se case/' dans une salle déjà pleine, on avait la ressource de s'adresser au théâtre voisin; de sorte qu'on ne risquait pas de .s'rVrc dérangé pour rien et de perdre sa soirée. Cette sécurité, garantie au.v plaisirs de la veillée, maintenait sur toute la ligne des boulevards un mouvement et une gaieté qu'on ne retrouve qu'imparfaitement, aujourd'hui que les magasins éteignent leur éclairage dès sept lieures et que les principaux passages : — Choiseul, Opéra, .fouffroq, Panoramas, — prennent, sitôt la nuit venue, l'aspect de mornes couloirs obscurs et déserts.

L.es larges voies actuelles n'avaient pas encore été percées à travers les quartiers du centre. LjCs rues ombreuses, bordées d'aii-

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