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O. Gréard, IVos Adieux à la vieille Sorhoniie

ÉGLISE DE LA S O R B O N N K V U F. DU LA tOlR I N T t R IL L H F

LES pnEMiÈtiEs r.nrroLES va

transformation comparable à celle (jiie la volonté de Richelieu accomplit à la Soi-honne en moins de deux ans : les masures de Robert et de ses successeurs rasées, aux alentours plus de vingt maisons, hôtels et collèges expropriés ou achetés et abattus, une large place ouverte, une rue nouvelle — la rue Neuve-de-Richelieu — percée pour mettre le collège en comnumication avec le collège d'Harcourt, comme elle communiquait déjà par la rue des Poirées avec le collège de Clerniont, sur tous les points les constructions nouvelles, conduites avec autant de méthode (pie de décision. Les plans de Lemercier avaient été présentés au cardinal le 28 juin 1()26 et approtivés le 30 juillet suivant; le 18 mars 1(127, le gros œuvre était commencé. Dans le langage mythologique du temps, on invoquait les miracles de la Fable et le souvenir d'Amphion. »

Richelieu, d'ailleurs, se plaisait à considérer la reconstruction de la Sorbonne comme l'un de ses plus beaux titres de gloire. Vingt ans avant sa mort, il s'y était choisi une place pour son tombeau. La légitime reconnaissance des sorbonnistes lui on assura la possession, malgré l'hostilité de la foule aveugle. Son mausolée, dû au ciseau de Girardon, (|ui l'exécuta sur les dessins de Lebrun, ne l'ut achevé, il est vrai, que ciiuiuantedeux ans après la mort du ministre. C'est une œuvre géniale, en tout digne de celui à la mémoire de qui elle était destinée. Le cardinal, à demi soubné sur son lit i\o niort, lève les yeux au ciel, une main sur le cœur, tandis (|ue l'autre s'a|q)uie sur un livre ouvert, probablement sur celui qu'il consacra à la gloire tic la religion.

La coupole delà Sorbonne est d'une gravité voulue, l)ien en rapport avec le caractère des savants qu'elle abritait. Beaucoup i)lus riche est celle du Val-de-Grâce, élevée par la munificence d'une reine pour couronner la chapelle d'un couvent ([u'clle entourait de toute son affection.

Derrière une grille moniiineiilale, au fond d'une cour, sur un stylobate élevé, auquel on parvient par une série de seize degrés, l'église du Valdç-Grùce offre aux regards son portique classique, à double rangée de colonnes superposées. Le dôme, autrefois doré en partie, est surmonté d'une lanterne et sui)porté par (|uatre tourelles évidées. C'est le plus élevé de Paris après ceux du Panthéon et de l'hôtel des Invalides. Les ornements décoratifs et les statues ont été multipliés avec une heureuse prodigalité. La chapelle est aujourd'hui le plus souvent fermée; les bâtiments claustraux qu'elle domine ont été désaffectés à la Révolution et servent maintenant à la fois d'hôpital et de siège à l'école du service de santé militaire. Dans l'ancien cloître circulent les jeunes docteurs venus pour se perfectionner dans l'art opératoire, et les convalescents à la capote grise, coiffés du traditionnel bonnet de coton. Sur les murs sont

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scellées des plaques de marbre consignant les fastes de la chirurgie militaire, en remontant jusqu'à Homère. Çà et là, des bustes de médecins célèbres, des palmes et des trophées. Les salles de cours et celles des malades donnent, dans leurs vastes proportions, l'idée de la conception grandiose qui avait présidé au plan de ce monastère d'origine royale.

Anne d'Autriche, fille de l'liili|)iie 111, avait treize ans l()i'sf(ue Marie de Médicis, sans égard pour la politique de Henri IV constamment dirigée contre l'Espagne, avait demandé sa main pour son lils Louis XIII. La situation de la jeune reine devint bientôt pénible : elle se brouilla avec sa belle-mère, si jalouse du pouvoir, et s'attira la méfiance de Richelieu, qui craignait de voir entravés par elle ses projets politiques contre les maisons d'Espagne et d'Autriche; d'un autre côté, son mari, le silencieux et morose Louis XIII, l'abandonnait à peu près complètement pour passer son temps aux pieds de certaines dames d'honneur, :\I"° de Hautei'orl ou M"" de La Fayette, dont il respectait la sagesse, mais à qui il aimait à parler dos blessures de son âme et à raconter ses aventures de chasse et de bataille.

Anne d'Autriche, délaissée et persécutée, chercha dans la religion une consolation à ses peines et résolut de se ménager un asile pour le cas oii la vie à la cour lui deviendrait par trop insupjiortable. C'est alors qu'elle installa les religieuses du Val-Profond dans une ancienne maison historique autrefois confisquée au connétable de Bourbon et qu'elle fit aménager pour sa destination nouvelle.

Les choses en étaient là loi'sque la situation de la reine se modifia tout d'un couj). La stérilité de sa femme était pour le roi à la fois un sujet (h: tristesse et de reproches; l'infortunée Anne allait de pèlerinage en pèlerinage demander à Dieu un héritier. Son désir fut enfin exaucé : au retour de Notre-Dame-de-Liesse, elle put annoncer au roi la prochaine

LES FIIEMIÈRES COLFOLES 173

naissance d'un enfant. Ce fut à la cour une allégresse générale : Richelieu lui-même désarma; il devait du reste bientôt disparaître, suivi de près dans la tombe par son maître.

La reine avait fait vœu d'élever ii Dieu, si elle devenait mère, un temple somptueux : c'est là l'origine de l'église du Yal-de-Gràce, dont elle confia la construction h Mansard et, après lui, à Lemercier, Lemuet et Leduc.

Le fronton portait en latin l'inscription : .1 Jésus naissant et à la Vierge mère. La décoration intérieure soulignait, par ses nombreuses sculptures confiées à Michel Anguier, le sens de cette dédicace. L'autel, œuvre de Gabriel Leduc à son retour d'Italie, était une réminiscence du baldaquin de bronze de Saint-l'ierre de Rome. Les six colonnes torses en marbre l)ral)an(on soutenant le globe du monde entouraient l'autel ovale qui servait de piédestal au groupe de Michel Anguier représentant la Vierge et saint Joseph en contemi)lation devant le nouveau-né; des anges étaient rangés autour et j)ortaient, sur des listels, les versets du Gloria. Tout était à l'unisson dans le reste de l'ornenTentalion de l'église, et de toutes parts brillaient les ors de divers tons. Le pavé, de marbres multicolores, reproduisait, dans ses dessins variés, les caissons do la voûte, et Mignard avait peint dans l'intérieur de la coupole la scène grandiose de la Gloire des élus, chantée, on s'en souvient, par Molière.

Bien que le temps ait terni les couleurs de la fresque, bien que la Révolution ait brisé les ornements et les statues, l'église conserve l'air de magnificence et de majesté que lui avait donné sa royale fondatrice.

Dans la maison entièrement reconstruite par ses soins, Anne d'Autriche s'était réservé un appartement que l'on montre encore aujourd'hui et oii elle aimait à se nUirer. Les registres tenus par la communauté mentionnent que pendant sa régence elle y vint cinq cent Ireute-sept fois et y passa cent ([uarante-six nuits.

Elle aimait à venir s'y reposer des fatigues du pouvoir. Elle s'y installa presque complètement lorsqu'elle eut remis à Louis XIV majeur les rênes du gouvernement. Sa santé s'était d'ailleurs altérée. Elle désirait mourir au Val-de-Gn\ce, et ce n'est que sur les instances de son fils qu'elle se décida à retourner au Louvre, [)eu de jours avant la crise finale qui l'emporta. Elle voulut du moins donner un d(!rnier gage de sa tendresse à la maison qu'elle avait tant aimée, et elle ordonna que son cœur y fût déposé.

Après l'examen de la coupole du \'al-de-Gri\ce, l'ordre chronologique appelle celui du collège des Quatre-Nations, aujourd'hui l'Institut de

France, sous la coupole duquel un public privilégié vient goûter le

plaisir délicat des harangues académiques.

Le même motif qui avait poussé Richelieu à faire reconstruire la Sorbonne, engagea Mazarin à créer le collège des Quatre-Nations.

C'était un habile homme que cet Italien, d'abord soldat et donnant comme tel des preuves de sang-froid et de courage, puis, sans aller jusqu'à la prêtrise, se faisant abbé, condition plus favorable que toute autre aux fonctions diplomatiques. Choisi par Richelieu pour s'occuper des affaires du royaume, il se montra digne de sa confiance et aima sincèrement la France, mettant à son service tout son dévouement et son talent. Il ne négligea pas non plus le soin de sa propre fortune, que d'aucuns ont évaluée à cent soixante millions. Quelque temps avant sa mort, pris de doutes, dit-on, sur la régularité des moyens employés par lui pour se procurer tant de richesses, et désireux de tranquilliser sa conscience, il en fit au roi une donation générale. Louis XIV refusa, et, désormais justifié à ses propres yeux, Mazarin fixa par testament la répartition de tous ses biens, dont il destina une part à la création d'un établissement d'instruction.

Les étudiants de l'Université de Paris trouvaient, on s'en souvient, dans des collèges fondés par de généreux donateurs, avec le logement et la subsistance, la direction intellectuelle et morale. Ces institutions portaient souvent le nom des provinces qui leur envoyaient des boursiers. Or, par le traité de Westplialic, le génie de Mazarin avait rattaché l'Alsace et Pignerol à la France, et, par celui des Pyrénées, l'Artois et le Roussillon, soit quatre nations, comme on disait alors. Les jeunes gens de ces pays n'avaient pas de maison auprès de l'Université de Paris, et c'est pour eux que fut fondé le collège des Quatre-Nations.

Assurer aux enfants des pays annexés la possibilité de profiter de l'instruclion si largement répandue dans la capitale du royaume, c'était établir l'équilibre entre les anciens et les nouveaux venus dans la grande famille française. C'était en même temps d'une politique habile, car ainsi était assurée l'assimilation progressive des provinces conquises. Il n'est pas impossible, non plus, qu'en créant le collège des Quatre-Nations, Mazarin ait voulu rappeler à jamais le magnifique accroissement de territoire dont la France lui était redevable.

Sa bibliothèque comptait parmi les plus belles de son temps. Elle faillit plus d'une fois être dispersée. Un jour, pendant l'exil du cardinal, le Parlement en ordonna la mise en vente. Mais Mazarin était à peine de retour au pouvoir que les détenteurs des précieux ouvrages s'empressèrent de les rapporter à leur ancien maître. Cette bibliothèque, devenue

cello du collège, est inainlenanL la bihliollioque Mazarine, complètement imlépiMulante de celle de l'Institut. En outre de sa valeur littéraire, elle ofTre un intérêt artistique, car son mobilier est celui-là même (jue le cardinal possédait dans son palais de la rue des Petits-Champs.

Les dispositions intérieures des locaux du collège des Quatre-Nations ont été profondément modifiées lorsque l'Institut s'y établit. Quant à l'extérieur, y compris les cours de récréation, il est resté, à peu de chose près, tel qu'il était autrefois. L'emplacement choisi était favorable au développement il'une façade d'aspect décoratif, les liùlels de Nesles et de Nevers démolis laissant sur le bord de la Seine un espace suffisant.

Le voisinage du Louvre, de l'autre côté de la rivière, pouvait, il est vrai, nuire, dans sa magnificence royale, à ce qui ne devait être qu'une maison d'instruction. Levau le comprit, et aux lignes droites de l'aile immense bordant l'autre rive du fleuve, il opposa les lignes courbes qui sont le caractère distinctif du palais de l'Institut.

Au centre s'élève la chapelle avec sa colonnade, son fronton triangulaire et sa coupole. Son aspect est resté le même. La seule diflerence est que les statues des évangélistes qui encadraient le dôme ont disparu ; par contre, on a ajouté, à gauche et à droite de la montée d'escalier, quatre lions dormants, assez insignifiants comme style. De chaque côté du corps central partent les ailes à courbe gracieuse qui viennent aboutir aux pavillons d'angle.

Autrefois, le tombeau de Mazarin se voyait dans un des bras du transept de la chapelle : il est maintenant au Louvre. Le cardinal est repré-

sente en prière; il se détache, taillé dans un bloc de marbre blanc, sur le noir du sarcophage qui lui sert de piédestal. A côté de lui, un Ange tient un faisceau de verges prêtes à se détacher : symbole ingénieux de l'œuvre réalisée par le grand ministre qui sut maintenir sous la main du roi les forces du pays. Au pied du tombeau, le statuaire Coysevox a placé trois fio-ures de femmes, représentant les Vertus chrétiennes.

S'il y a eu de la part de Mazarin, pendant sa vie, la noble émulation d'égaler en gloire le cardinal de Richelieu, son prédécesseur, on peut dire que les artistes auxquels a été confié le soin de sculpter les mausolées des deux ministres se sont piqués du désir de se surpasser l'un l'autre, et l'on ne sait à qui, de Coysevox ou de Girardon, attribuer la palme, de même que les suffrages se partagent entre Lemercier et Levau pour la Sorbonne et le collège des Quatre-Nations.

CIIAPITPxE QUATORZIÈME

L'HOTEL DES INVALIDES, LES PORTES SAINT-DENIS ET SAINT-MARTIN, ET LE CARMEL DE LA RUE D'ENFER

SOMMAIIÎK

L'osleiilalion, un des liiiils essentiels <ln caraclère de Louis XIV. — Il est magnifique et généreux dans la fondation de l'Iiotel des Invalides ; — fastueux cl impudent dans l'éreclion des portes Saiut-Ucnis et Saint-Martin ; — froidement égoïste envers M"*» de La Yallicre, recluse volontaire au Carniel de la rue d'Enfer. — Ses malheurs mérités.

arcs de romains (jiiaiitl il Carmel,

i: qui (la!)!!! un lion ciilro les parties en apparence disparates de ce chapitre, c'est Louis Xl\', dont la personnalité se retrouve h chacpie pas, avec dos traits qui vont en accusant de plus en plus les caractères saillants de sa physionomie. Le créateur des splendeurs de Versailles est grand et magnificpie dans la concc[)tion comme dans l'exécution des Invalides; il se place comme audessus des conditions de l'humaine nature dans les portes de Saint-Denis et de Saint-Martin, véritables triomphe imités de ceux que dressait le faste des empereurs victorieux ; enfin il se montre dans toute la laideur de son éiroïsme laisse sans émotion W" de La \'allière expier dans le cloître du pendant trente-six ans, la (ait te de lavoir aimé.

La constante préoccupation du Giaiid lîoi était d'imposer l'admiration et de réussir dans les desseins les plus difficiles. Pour le Louvre, il n'avait été satisfait par aucun d(>s [)rojets proposés par les architectes français et étrangers, et il avait fallu qu'un médecin imaginât la colonnade,

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contre toutes les règles admises. Ce fut bien autre chose pour Versailles, où les difficultés d'installation furent vaincues avec une ostentation toute personnelle.

Dans la construction de cet immense palais, il n'avait songé qu'à lui et à sa cour brillante. In jour, cependant, il daigna se préoccuper du sort des soldats nombreux blessés à son service sur les champs de bataille. L'asile qu'il leur assura fut à la fois digne d'eux et de lui.

Déjà Charles A' avait songé à faire du château de ^'i^(■ennos une maison de rçti'aile pour les chevaliers; Henri III avait eu l'idée de recueillir dans un hospice les blessés de la guerre, jusque-là voués à la misère; Henri IV avait continué l'œuvre de son prédécesseur; mais l'insouciant Louis XIII avait changé la destination de l'immeuble, d'ailleurs très insuffisant, qui leur était réservé, et les invalides étaient, dès ce moment, admis à titre de pensionnaires, de situation assez mal définie, dans des couvents d'hommes, où ils apportaient des habitudes de vie des camps, et recevaient des religieux, qu'ils scandalisaient par la liberté de leurs propos, un accueil plus souvent iVoid que chaleureux. Aussi, plusieurs recoururent-ils à la mendicité plutôt que de renoncer à leur liberté et d'adopter une régularité d'existence pour laquelle ils n'étaient pas faits. Louis XIV resta trente ans de son règne à supporter la vue de ces vieux soldats (piélant un morceau de j)ain ; il se décida enfin, secondé par Louvois, ministre de la guerre, à donner r(jrdre de construire un hôtel des Invalides.

En dehors de la ville, dans la direction de Grenelle, il existait un vaste espace découvert jiropre à l'établissement de cet asile de la vieillesse guerrière, que le roi voulait construire dans des conditions exceptionnelles de salujjrité, de confort et même de luxe. Destiné à d'anciens soldats, il devait avoir un aspect militaire, et il l'ut, comme une j)lace forte de Vauban, entouré de fossés. Il ne subsiste plus aujourd'hui que ceux de la façade principale, protégés par les canons, muets déjà depuis de longues années, mais (pii, batterie triomphale, — c'est ainsi qu'on les appelait, — tonnaient aux jours de victoire.

Un jaidin à la française place dans une perspective favorable les bâtiments du premier plan, à quatre étages, avec leurs longues lignes de fenêtres. L'avant-corps médian a une décoration de caractère classique, avec ses deux ordres de colonnes superposées. On y voit au premier étage, sous une sorte de voûte, la statue de Louis XIV entre les deux gigantesques figures de la Ji/slicc et de la Prudence, aux(iuelles correspondent, au rez-de-chaussée, Mais et Minerve qui encadrent la porte d'entrée.

ISO p. mis

Celle-ci donne accès clans la cour (rhonneur entourée de portiques formant terrasses. L'impression produite résulte tout entière de la simplicité et de l'harmonie.

La cour d'honneur est vide aujourd'hui, et le tambour d'appel, tour à tour battu par un des six pupilles, en fait résonner tristement les échos. Jadis, à son roulement, arrivaient de toutes parts au rassemblement pour le rapport ou pour la soupe, avec un bruit de cannes et de béquilles frappant le sol, les groupes animés des vieux invalides, qui ensuite se répandaient dans les cinq autres cours intérieures, les unes sablées, les autres bordées d'arbres ou garnies de bosquets; désertes aussi maintenant, elles ont un aspect lugubre.

Les mansardes ont, cependant, une ornementation sculpturale parfois ti'ès originale. Louvois, ministre de la guerre, avait pris une part importante à la construction de l'hôtel; il avait voulu que le souvenir de son nom y dcmoui'àt matériellement attaché, et plusieurs des lucarnes dont nous venons de parler portent en relief de curieuses figures : ici, un loup, sortant à moitié corps, les yeux anlenls, fixés 'sur le sol, et caché cependant par une toufl'e de palmes, traduit en une sorte de rébus sculptural le nom de Louvois; là, un barillet de poudre qui fait explosion est une allusion non moins intelligible à ses fonctions mililaii-es; les plumes d'au- Iruclie d'une autre lucarne sont les attributs du haut et ])uissaiil seigneur qu'il prétendait èlre; ailJeui's encore les représentations d'un hibou et d'une chauve-souris sont le symbole de sa vigilance bien connue.

L'église est doulde : la paroisse de Saint-Louis des Invalides a son entrée sur la cour d'honneur; les gens du quartier y viennent à la messe, et les officiers aiment à y faire célébrer leur mariage. Elle est de style classique, avec tribunes soutenues par des arcades ; à la voûte sont suspendus les drapeaux conquis sur les ennemis pendant les guerres du second Empire.

La deuxième église, qui fait suite à la première, le même maître-autel servant à toutes les deux, est en forme de croix grecque, avec petites chapelles à chaque extrémité des bras de croix.

Au centre, s'élève la magnifique coupole, un des chefs-d'anivre de l'architecture française, à l'intérieur de laquelle les peintres Jouvenet et de Lafosse ont représenté saint Louis offrant au Christ l'épée avec laquelle il a vaincu les infidèles, ainsi que les grandes figures des Apôtres et des Evangélistes.

C'est sous ce dais grandiose que Louis XIV se plaçait avec toute la cour pour assister à l'office divin, alors cpic les invalides et le public se pressaient de l'autre côté de l'autel, dans l'église paroissiale de Saint-

LES PORTES SA[.\T-DEMS ET SAI XT-.V AliTIX 181

Louis. Le temps modifie tout; il a dmngé \a. deslinaliou de la chapelle royale, ([ui est devenue crypte fuuéiairc.

En 1843, la frégate la Belle-Poule, commandée par le prince de Joinville, l'un des fils du roi des Français, ramenait de Sainle-IIélèno, dans un triple cercueil de plomb, débcne et de vermeil, la dépouille mortelle de celui que les Anglais consentaient enfin à rendre ii la terre de France. Beau-

pagnons du reur vivaient à sou souve- (pies lurent les la translation (jui trouvèrent soire dans une lites chapelles L'empereurrelieu des siens, gnards qu'il à la victoire (• a [) i l a 1 e s d e (Cl hôtel qu'il à peupler plus et auquel il apporté d'im-

coup des comgrand ciiiiteencore, fidèles nir. Magnificérémonies de de ces restes, un abri i)roviiles ([ualre jk'des Invalides.

venait au mices vieux groavait conduits dans toutes les l'Eu ropç, dans avaitcontribué

que personne, , ■ avait d'ailleurs

portantes améliorations. Il avait dec..ré l'église de dix- huit cents drapeaux, ses trophées de guerre, (pii lurent, hélas! brûlés en 1814 parles invalides eux-mêmes, la veille de l'entrée des Alliés dans l'aris.

La France l'ut heureuse de rentrer en possession de celui cpii lui avait imposé les plus durs sacrifices, mais lui avait procuré une gloire telle que n'en a jamais acquise aucune autre nation du monde. Aussi, lui voulutelle donner une sépulture plus honorée encore que celle des Turenne et des Vauban. On (it de la chapelle des Invalides une sorte de temple de Napoléon, avec la coupole pour couronne.

Telle est l'idée inspiratrice de la crypte ouverte, au milieu de laquelle se voit, ressortant en rouge sur le marbre blanc de l'entourage, le mausolée d.' porphyre de Napoléon. L'art a réuni toutes ses ressources pour emlxdlir ce sanctuaire. Dans les pilastres du pourtour, Pradicr a sculpté des figures de victoires ; des bas-reliefs de bronze rappellent les diverses institutions de l'Empire; enfin les drapeaux d'Austerlitz s'inclinent devant celui qui les avait conquis. La porte de bronze de la crypte, surmontée de l'inscription bien connue, est gardée par un invalide, la pique à la main,

fier de monter sa funèbre faction ; et auprès de leur empereur reposent les généraux, ses compagnons de victoire et de captivité, ses frères dont il avait fait des rois, les maréchaux et amiraux dont le pays reconnaissant a voulu tout particulièrement honorer la mémoire. Napoléon a définitivement pris possession de l'hôtel des Invalides. Couvert de neige, le dôme évoque le souvenir des coupoles de ^loscou; resplendissant sous les rayons du soleil, il fait songer à ces pays d'Orient dont l'empereur avait rêvé la conquête.

Il ne faut cependant pas que la magie de l'épopée napoléonienne fasse oublier Louis XIY, qui a réalisé avec sa magnificence ordinaire la grande pensée de subvenir aux besoins des anciens soldats sans ressources et de leur créer, dans leurs vieux jours, une existence large et honorée.

Il est possible que le souci de sa propre gloire n'ait pas été étranger à cette fondation de Louis XIV. Mais Futilité de l'institution fait passer sur la vanité du roi. Celle-ci apparaît, au contraire, tout entière et sans excuse, dans les portes triomphales de Saint-Denis et de Saint-Martin.

Par leur activité bruyante, les grands boulevards contrastent singulièrement avec la solennelle tristesse, le ton grisâtre, l'aspect antique des portes Saint-Denis et Saint-Martin, vieilles cependant de deux siècles à peine. Coupant par le travers deux grandes rues parallèles qui, de la Seine, au sud, s'en vont jusqu'aux extrémités nord de Paris, elles sont aujourd'hui isolées en pleine cité, alors que jadis c'étaient pour la capitale de vérital)les portes d'entrée.

Paris a dû, à diverses reprises, agrandir son enceinte et faire déborder ses maisons par-dessus ses anciennes murailles. Aux murs de Philippe- Auguste succédèrent ceux de Charles V, sur l'emplacement même des grands boulevards. Lorsqu'il eut réalisé l'unité territoriale du pays et que Paris n'eut plus à craindre l'attaque de quelque puissant vassal, Louis XIV transforma la ligne des remparts en terrasses semblables à celles de Saint-Germain, avec des quinconces aux bastions, et remplaça par des sortes d'arcs de triomphe les portes fortifiées. C'est ce qui arriva pour celles de Saint-Marlin et de Saint-Denis.

Leur édification eut lieu entre les années 1070 et 1074; elle est intimement liée aux événciiuMils poliliques de l'époque. Faire connaître rapidement ces faits, c'est fournir la traduction des bas-reliefs et des motifs de sculpture qui décorent ces monuments.

Louis XIV avait, on le sait, des raisons d'État et de graves molifs personnels d'en vouloir aux Pays-Bas. Une forte armée d'invasion fut préparée par Louvois; grâce à un habile stratagème, le Rhin fut facilement

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traversé, plusieurs villes fortes lurent successivement emportées : la Hollande ein-ayée sollicita la paix. Mais Louis XIV, dans sa haine, voulut lui imposer des conditions si dures qu'elle sacrifia son territoire dans un élan de patrioticjue désespoir : elle brisa ses digues et obligea ainsi l'envahisseur à reculer. L'armée française put du moins s'emparer de Macstricht.

La prise de cette ville, le passage du Rhin, tels sont les sujets des deux bas-reliefs de la porte Saint-Denis, qu'accompagnent, sur les pieds-droits taillés en avant, en forme de pyramides, des faisceaux d'armes, ornements aussi parfaits d'exécution que ceux de la colonne Trajane. Là se trouvent encore les statues du Uhin vaincu et de la Hollande suppliante. Sur l'attique, Louis XIV était proclamé grand.

Quand les Pays-Ras réalisèrent le sublime eflort de s'abimer sous les flots plutôt que de subir les inacceplal)les conditions du roi de franco, <iuan(l le Grand Pensionnaire de Wilt eut vu son pouvoir remplacé par la dictature du prince d'Orange et quand celui-ci, menant vigoureusement la <ampagne, eut appelé l'Empire et l'Europe à son secours, Louis XIV se trouva en face d'une coalition redoutable. Heureusement qu'avec Condé et Turcnne il était à même de lui tenir tète. Victorieux, il punil l'Espagne en lui prenant la Franche-Comté.

L'un des i)as-reliefs de la porte Saint-Martin représente la prise de liesançon, obligée de se rendre quand A'auban eut fait hisser des canons sur les crêtes environnant la ville. In autre bas-relief montre l'armée française s'emparant d'une place forte sur les Hollandais; un troisième reproduit une victoire remportée sur les Allemands, peut-être dans cette campagne d'Alsace que Turenne conduisit avec tant de génie. Enfin, dans un quatrième panneau, le roi, nu à la manière des dieux anti(iues, perce de ses traits, nouvel Apollon, l'aigle monstrueux de l'Empire. Ne semblait-il pas avoir perdu juscpi'au sentiment de sa condition humaine? On n'en doute plus si l'on considère la statue colossale (pTun courtisan lui éleva dans le cadre de la place des Victoires et qui le représentait à pied, dans le costume du sacre, avec, au-dessus de la tête, une couronne soutenue par le génie de l'Immortalité.

Les angles du piédestal, hauts de huit mètres, étaient ornés de quatre lampadaires, qui projetaient une éclatante lumière sur la statue de bronze doré, de même que dans les temples où brûlent des cierges au |)ied des images saintes. Ces marques d'adulation qui nous font sourire, étaient prises au sérieux dans l'entourage d'un prince qui se croyait tout permis.

Ce sont là des traits de la vie publicjue de Louis XIV. L'égoisnie de son caractère, corollaire de son orgueil, apparaît avec une poignante

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vérité dans sa contlaite envers ^I"'' Je La Vallière, ([ul racheta si dignement, en s'enfermant pendant près de quarante ans au Carmel dé la rue d'Enfer, la faute d'avoir cédé aux entraînements de son cœur.

Dans la rue qui porte aujourd'hui le nom du glorieux défenseur de Belfort et qui s'appelait autrefois rue d'Enfer, dans le calme d'un quartier oii les couvents et les hospices tiennent une large place et oii aiment à se retirer les artistes, le monastère des Carmélites développait jusqu'à hier le long rectangle de ses murs brunis par le temps. La porte cochère qui servait d'entrée principale est d'aspect banal et n'attire pas l'attention; elle donne accès dans une cour aux murs blanchis à la chaux et dans un des angles de laquelle est une image de la Vierge. La chapelle et les parloirs étaient seuls accessibles au public, et c'est à travers une triple grille de fer extérieurement hérissée de clous, intérieurement garnie d'un rideau, que l'on pouvait, pour des motifs graves, échanger quelques paroles avec les pieuses recluses.

La cliapelle a subi d'importantes modifications. Le jour pénètre maintenant liljrement à travers de larges ouvertures; sans la ck')ture du chanir, derrière laquelle se faisaient entendre les chants monotones des religieuses; sans le mausolée de marbre, simple mais imposant, du cardinal de Bérulle, l'introducteur en France de l'ordre des Carmélites, elle ne présenterait plus aucun caractère particulier. Il y a seulement quelques années, l'église était tlemeurée telle cpie lavait faite le dix-septième siècle avec ses fenêtres étroites, sa tonalité sombre, cette froideur luimide d'un lieu où l'austérité de la règle défend de jamais allumer du feu. Elle produisait sur l'àme une impression profonde; on se sentait enveloppé d'une atmosphère de vie idéale.

C'est dans ce monastère que Louise de La Vallière entra en 1G74 et fpi'elle mourut en 1710, précédant de cinq ans Louis XIV dans la tombe.

Le roi avait vingt et un ans; depuis deux ans il avait épousé l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse, et l'ardente tendresse des premiers jours commençait à se refroidir. Celui à qui une mère vigilante avait épargné les égarements de la jeunesse, qui avait échappé aux coquetteries de Marie Mancini, n'avait pas résisté aux avances de sa belle-sœur, Henriette d'Angleterre. Leur intimité ayant excité une curiosité maligne, ils songèrent à la détourner et convinrent, paraît-il, de faire planer les soupçons sur une des fdles d'honneur, sur M"" de La A'allièrc.

C'était une enfant de dix-sejit ans, frêle, de taille élancée, avec une tète cliarmante, des yeux bleus d'une inexprimable douceur, une chevelure d'un blond argenté et une voix si douce qu'on ne pouvait l'oublier, une

LE CirtMl-L DE LA lUE DES FER

Ibis qu'on l'avait enteiuluo. Si sa beauté n'était pas parfailo, elle avait, comme a dit La Fontaine, « la grâce, plus belle encore (pie la ])eauté ». Douce timide, modeste, on la com|)arail à l'iiumble violette. De son côté Louis XIV était assez grand, bien l'ait, naturellement majestueux; son regard était pénétrant, sa lèvre un peu dédaigneuse. Sa réserve, à laquelle la timidité n'était pas étrangère dans ses années de jeunesse, ajoutait encore ii l'impression qu'il ^^fSfWtfc. produisait, et son élégance de

beau cavalier exerçait sur -^^^^^^^ le ("'ur des femmes une sé-

duction à laquelle un paient.

Quand, pour jouer adressa des complinocente Louise, celU'troublée, et son cœur de violence. La sympathie est qui d'abord jouait la cotour par cet amour virgina'

hiiMi pclit n(iiiil)re échap-

le rôle convenu, il ments flatteurs à l'inci en l'ut profondément jeune lille l)allit avec communicative : le roi, médie, se sentit énni iv son qui s'adressait ii l'homme et non au prince. Et alors commença celle charmante idylle dissimulée tout d'abord jalousement. Louise n'était pas de celles (pii aiment à faire parade de leur bonheur; tout au contraire, (die le cachait, n'étaul (K'jii pas sans remords; Louis Xl\', (pii avait encore la pudeur de ne pas vouloir attrister son aimante épouse, mettait mm sage prudence ii couvrir sa liaison. Mais, chez celui qui reportait tout ii lui-même, cette délicatesse ne devait pas être de longue durée, et bient(")t la cour désigna, d'abord à voix basse, puis ouvertement, la maîtresse du roi. Marie-Thérèse ignora ces relations pendant deux années. Quand une indiscrétion les lui lit connaître, elle en souffrit d'autant plus profondément que le roi en arriva bient(')t à agir sans ménagement, présentant au public sa maîtresse, bien malgré elle d'ailleurs.

Cin([ ans s'étaient à peine écoulés ([ue la Montespan s'emparait de l'csl)ril du roi. La nouvelle favorite, ([ue guida toujours une ambition immodérée, sans l'excuse de la passion, sans bonté d'ànie, était en pouvoir de mari, et le marquis, d'humeur rageuse, n'était pas disposé à céder ses droits : du fond de la prison où on l'enfermait ou de l'exil où on le reléguait, il faisait entendre d'inquiétantes menaces. Sa femme redoutait l'éclat de sa colère, et Louis, dans sa prudence, désirant prendre des précautions contre les conséquences possibles de sa passion adultère, conservait M"" de La Vallière comme maîtresse en titre. Pour gagner la chambre de la Montespan, le roi, ironique et cruel, traversait l'appartement de la pauvre abandonnée. Préparant le voyage du roi à Dunkerque,

Louvois, ministre complaisant, envoyait à l'intendant les instructions que voici : « ^I""* la duchesse de La Valliére logera dans la chambre marquée Y et à laquelle il faut faire une porte dans l'endroit marqué 3, pour quelle (Sa Majesté) puisse aller a couvert dans la chambre de M"'" de Montespan'. » Louise de La Vallicre payait durement, on le voit, ses courtes années de bonheur. Heureusement que la nouvelle orientation de son esprit lui permettait de trouver dans une piété à la fois large et profonde un soulagement h ses peines, et sa dignité de vie était telle qu'elle désarmait la malice des courtisans.

Elle ne souhaitait rien tant que d'entrer dans un couvent où elle trouverait le calme et l'oubli. Mais Louis XIV s'y opposait. Il refusa pendant plusieurs années l'autorisation; il dut cependant consentir h la fin.

Les Carmélites de la rue d'Enfer étaient réputées pour l'austérité de leur règle; Louise demanda à entrer dans leur communauté. Malgré sa haute situation, son litre de duchesse, elle dut attendre quelque temps. Ce fut un beau jour que celui où, quittant le monde, elle monta en carrosse, revêtue de ses habits d'apparat, ses deux enfants auprès d'elle, accompagnée de sa famille, pour se rendre au Carmel, sous les yeux curieux et sympathiques d'une foule nombreuse. Elle entendit sans émotion la lourde porte du cloître rouler sur ses gonds avec un ])ruit que d'autres eussent trouvé lugubre. « Ma mère, dit-elle à la supérieure, j'ai fait toute ma vie un si mauvais usage de ma volonté que je viens la remettre entre vos mains pour ne plus la reprendre! » Elle alla ensuite se prosterner devant l'autel, quitta ses habits d'or et de soie pour revêtir la simple robe de postulante, |)uis fit tomber sous le ciseau les flots de sa blonde chevelure et commença sa vie de retraite. C'était en avril 1674.

Moins de trois mois après, elle prenait l'habit au milieu d'une assistance choisie. L'archevèciue de Paris présidait; son sermon de circonstance commenta l'évangile du pasteur rapportant sur ses épaules la brebis égarée. A genoux au milieu ilu chd'ur, Louise prit le cilice, l'hajjit de laine grossière et chaussa ses pieds d'alpargates de corde. La duchesse de La Valliére était devenue sœur Louise-de-la-Miséricorde.

Restait le pi'ononcé des vœux solennels. La reine Marie-Thérèse avait pris place dans la tribune des religieuses. Bossuet monta en chaire, et l'assistance fi'issonna aux paroles vibrantes de sa grande éloquence. Quand il eut achevé, la reine donna le voile noir à la recluse, <pii, suivant le céréniiinial en pareille circonstance, se rendit derrière la clôture du chœur, au milieu d'un espace limité par des jtlantes, symbolique

I. L'original de ce Jocumeut se U'ouve aux archives du miuistère de la guerre.

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