QUELQUES HOTELS OES DEX-SEPTIEME ET PIX-IJEITIEME SIECLES -JO
estoit impossible de le porler en teste: a[)rès ces pages venoit le sieur de Maignan, vostre écuyer, ayant la teste bandée et un bras en eseliaipe à cause de deux playes, lecjuel estoit suivi de vostre valet de chambre Moreines, monté sur vostre haquenée angloise, lecpicl |)ortoit vostre casaque de velours orange à clinciuanl d'argent sur luy et en la main droite comme lin trousseau de trophées, tout cela lié ensemble, divers morceaux <le vos espées, pistolets et panaches que Ton avoit ramassez. Après cela, vous veniez dans vostre brancart couvert d'un linceul seulement; mais, par-dessus, pour parade des plus magniluiues, vos gens avoient l'ait estendre les quati'e casaques de vos prisonniers (pii estoienl i\e velouis ras noir, toutes |)arsemées de croix de Lorraine sans nombre, en broderie d'argent; sur le haut d'icelles, les quatre cas(pies de vos prisonniers avec leurs grands [)anaches blancs et noirs tous brisez et dépenaillez de coups; et, contre les costés des cercles, estoient pendues leurs épées et pistolets, aucun brisez et fracassez; après lequel brancart marchoient vos dois piisoiuiiers nionlez sur des bidets... »
Il ne maii(|iiait ii cette sci-ne théiUraic <iui' lu pn-sence <lii loi pour lui <lonner vin caractère |>lus iiiagnili(|iie eucure : Sully n'est pas eiidjarrassé pour si peu. Il n licsite [)as à rajq)<)rler (pie Henri I\'. chassant |)ar là, rencontre le curtcge et s'arrête |)our complimenter son bon serviteur. Il lui adresse un long discours; le blessé lui répond par un autre non moins long, oi'i il piilcnd que dcu.v mille cliCK'aii.r lui ont passé sur le corps! « Brave soldat, \ aillant chevalier! » s'i'crie le roi en lui don nanl l'accolade. Et .Sully de guérir promptement pour accomplir de nouveaux e.\[doits.
Voilà comment le vieux duc de Uosnv écrivait ses Mémoires. In sairace et minutieux crilicpie, cpii a com[)aré entre eux les dilTérents textes des Economies, tant imprimés (pie manuscrits, a monlié cpie dans les rédactions successives il y avait à chacpie fois un siiicih iH'M-isseinenl , comme si, malgré sa fécondité, l'imagination de l'aulrur eût été incapable dairiver du premier coup à ces inventions énormes.
C'est encore dans la pensée de grossir démesurément sa r(''pulalion, qu'en 1631), cinq ans après l'achat de son h(')tel, Sully lit ecriie par André Duchesne, historiographe du roi, Vllisloire de la niaisoii de Béthiiite, qui fait sans hésitation descendre le ministre des princes lianes envahisseurs de la Gaule, d'Othon, empereur d'Allemagne, et des princes de la maison d'.Vutriche. Partout, dans ce livre, comj)osé sur commande, se devine l'évidente préoccupation d'éblouir par la noljlesse des origines, de même que, dans les Economies roijales, Sully cherche à surpasser les jilus héroupies capitaines et s'efforce, sous le prétext<> de grandir la gloire de Henri IV, d'enfler démesurément la sienne propre.
C'était chez le vieillard une sorte de iolie des grandeurs, peut-être plus à plaindre qu'à blâmer; car ce travers, que l'âge explique sans l'excuser, n'est presque rien en comparaison des services immenses rendus au pays par le fidèle compagnon du Béarnais. II n'en clait pas moins intéressant de montrer, dans riiôlcl de la rue Saint-Antoine, Sully, arrivé à l'âge de soixante-quinze ans, employant ses loisirs à écrire ses Mémoires et travaillant, sans le vouloir, à se diminuer aux yeux do la postérité.
C'était un autre cadet de Gascogne, que le marcpiis de Lau/.un, pendant quelques années propriétaire sur le quai d'Anjou, dans l'ile Saint- Louis, d'un hôtel qui ])orte encore son nom. Type accompli du gentilhomme de fortune, il se trouva, jiar les circonstances, tantôt porté au faite des grandeurs, tantôt précipité dans l'abîme de la plus complète tiisgràce.
Présenté par son petit parent, le maréchal de Granuuonl, dans le cercle des habitués de la duchesse de Soissons,il y fut lemarqué par Louis XIV, (lui le prit en amitié. Sa vivacité, son entrain, son courage, ou plutôt sa témérité, ses l'acons de faire t)riginales et spirituelles, mélange de resi)ect et de familiarité, avaient séduit, j)ar efl'et de contraste, le roi, dont le calme naturel et la majesté voulue appréciaient chez un sujet des dispositions et une altitude différentes.
Lauzun fut comblé de faveurs. Il était, à vingt-ciii([ ans, colonel-lieutenant des diagons du roi; à vingt-huit ans, caj)itaine des cent gentilshommes au bec-de-corbin; à trente-cinq ans, maréchal de camp; un an après, il était colonel général des dragons du roi; un an plus tard, capitaine d'une compagnie des gardes du corps et gouverneur du Berry; enfin, il avait trente-huit ans lorsqu'il fut nonuiu' lieutenant général et commandant en chef de la maison du roi. La charge de grand maître de l'artillcric étant devenue vacante, Lauzun la jjrigua. Le roi la lui promit, mais lui demanda le secret pendant quelque temps. Trop exubérant était le marquis pour ne point faire part autour de lui de sa nouvelle bonne fortune. Louvois, qui, comme ministre de la gueri'e, était en rapports constants avec le maître de l'artillerie, et qui redoutait l'iunueur capricieuse et le caractère altier du favori, ne mampia pas, aussitôt prévenu, de couiir ciiez le roi et de lui exposer le danger (pi'il jjouvait y avoir de confier les graves intérêts de la défense à un homme aussi peu discret. La raison d'État impressionnait toujours fortement l'esprit sérieux de Louis Xl\, et Lauzun fut écarté. A cette nouvelle, le marquis s'emporta au point de briser son épée et d'en jeter les tronçons aux j)ieds du roi, en lui reprochant son manque de jtarole. Pâle, Louis XH' lança sa canne
OUELOiES HOTELS DES DIX-SEPTIÈME ET DIX-IIVITIEME SIÈCLES
par la fenêtre, pour ne pas s'oiiijlii'r, dit-il, à la lever sur iiu genlilhonime. Le lendemain, Lauziiii ctail condiiil à la Bastille, oi'i il ne resta (pie ([iielques jours. Cependant, le |)rin(e ne lui avait pas ooniplèlenient pardonné,
elles courtisans jaloux, avec M'"" de Montespan
a leur tête, ne laissèrent ] ." iyt"^^-' 'gj-.^'-'-aqn .| desonnais échapper au-
cune occasion de niinei' favori.
Lauzun se maintenait il fut même, poste envié, de Flandie. ^lais le beau M"" tle Montpensier deperte.
On connaît la vie aginilede Gaston d'Orléans IClli> avait, par suite de souvent été demandée jours sa famille avait ces unions, ne voulant très mains les doinairitièrc de l'Europe. I.;
demeurée fille jusrpi'ii prit, à cet Age, d'une pasde quelques années j)lus
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l'ORTK IH" SAI.U.N DE 1. ' Il Ù r KL DE I. A U Z U N
sourdement le crédit du
lerme sur ses positions ; mis à la tète di; l'armée lève (|u"il lit d'épouser vait être cause de sa
!('(> de celte princesse, elpetite-fiUedelIenri l\ .
sa Irès grande fortune, en mariage, mais toususcité des obstacles à |)as voir passer en d'aunes de la plus riche hé- (iiaiide Mademoiselle, (piarante-deux ans, se sion folle pour Lauzun, jeumï qu'elle. Le roi refusa d'abord son consentement à ce mariage, ipiil considérait comme une mésalliance [)ar trop grande; mais la princesse insista tellementqu'elle réussit à le décider. Si le marquis avait saisi l'occasion et h;\té la célébration des noces, il fût devenu duc de Montpensier. Mais sa vanité lui fit souhaiter des fêtes nuptiales aussi brillantes que celles d'un roi; les préparatifs traînèrent en longueur; M'"° de Montespan mit le temps à profit et réussit à faire revenir Louis XIV sur l'autorisation accordée.
Extrême fut la désolation de Mademoiselle; on |)rétend même ([u'clitî contracta un mariage secret avec Lauzun. Celui-ci, cependant, incaj)able de se dominer, laissa éclater sa colère devant le roi et prononça des paroles oflensantes contre M'"° do ;Montesj)an. C'en était trop pour l'orgueil de Louis WX . Le marfpiis fut arrêté et conduit ;i Pignerol, la sombre forteresse oit le suriiilendant Foiupiet (expiait sa trop grande fortune. En franchissant le seuil de sa prison, Lauzun s'était écrié : Iii sœcula sœculoriim! Il n'était pas là pour l'éternité, mais il y demeura dix longues années, essayant à diverses reprises de s'enfuir. A cet homme habitué à toutes les douceurs de la vie, la captivité était si pesante, elle agit si dure-
meut sur son esprit, qu'on craignit un moment qu'il ne devînt ibw. Cependant Mailemoiselle n'oubliait pas l'homme qu'elle aimait. Elle multipliait les démarches en sa i'aveur, se déclarant prête à tous les sacrifices. C'est ce qu'attendait M"'" de ^lontespan, désireuse de l'aire richement doter ses enfants. Quand elle eut, à leur profit, obtenu de M"" de Montpensier les duchés d'Eu et d'Aumale et la principauté des Dombes, Lauzun fut remis en liberté, mais à condition qu'il resterait toujours à au moins deux lieues de distance de la cour. Cela n'empêcha pas le marquis de venir à Paris, Louis XIV y séjournant peu.
Sevré de plaisirs pendant longtemps, ayant réalisé des économies forcées, âgé de cinquante ans à peine, beau joueur, raffiné dans ses goûts, à la recherche d'un luxe bien compris, il n'eut garde de perdre son temps à se faire construire une demeure; il préféra la trouver toute prête et acheta l'hôtel du quai d'Anjou.
Cette habitation seigneuriale avait été édifiée de 1G41 à 1658 pour le commissaire des vivres de la cavalerie Gruyon, enrichi dans le métier lucratif des subsistances militaires, heureux de satisfaire le caprice de la jeune veuve qui n'avait consenti à l'épouser qu'à la condition expresse d'entrer avant mariage en possession de la demeure que son fiancé faisait bâtir sur le quai d'Anjou et oii elle rèvail une installation somptueuse. Peintres, sculpteurs et tapissiers dépensèrent toutes les ressources de leur talent pour la contenter, et son chid're M, entrelacé au (i du nom de son époux, est figuré sur plusieurs panneaux.
A peine étaient-ils installés que la Chambre de justice de IGlîl, en condamnant le surintendant Fou(juet, emporta du même coup tous ceux (pi'il avait protégés. Gruyon était du nombre : il fut jeté en prison, et ses biens lurent confisqués. Sa' femme, qui avait eu la prudence de se séparer <le Jjiens, put se retirer dans un de ses châteaux de Normandie, et son fils, anobli dans l'intervalle et portant le nom de des Bardes, sauva la maison du quai d'Anjou par une cession fictive à un cordonnier de ses amis, (pii, en 1081, la vendit à Lauzun, de retour de Pignerol.
^Malgré les remaniements et les restaurations que lui ont fail subir ses propriétaires successifs, les Auger, les Piinodan, les Pichon, l'hôtel est encore un des mieux conservés de Paris, et reste un des plus précieux spécimens de la belle ornementation des appartements, telle que la comjirenait le dix-septième siècle.
La cage de l'escalier moderne a supprimé la salle à manger du rez-dechaussée et la chapelle du premier étage; quelques boiseries ont été déplacées; l'ancienne galerie est devenue une bibliothèque avec mobilier Louis XVL Mais plusieurs appartements ont été laissés intacts : le grand
QUELQUES HOTELS DES DIX-SEPTIÈME ET DI.Y-IIUITIÈME SIÈCLES 213 salon, iuilrefois orné de tapisseries, les chambres à coiiehor, aveo leurs peintures mythologiques, la salle à manger, avec plafond dans le style de Vouet. Les arabesques, les unes d'or sur fond blanc, les autres bleues sur fond doré, forment un magnilique encadrement aux portes, sur lesquelles sont s<ulplés en relief de beaux vases de fleurs. On ne sait ce qu'il faut le plus adiiiir<'i' ici de l'harnumie de l'ensemble ou do l'exquise délicatesse des détails. Ce décor nous semblera plus beau encore si nous replaçons par la pensée, dans ces appartements, les tapisseries, les meubles de grand style, les tentures, et si nous peuplons les antichambres du personnel nombreux des domestiques s'indinant avec respect sur le passage d\i iiiMÎtro, (pii était ici le cavalier le plus ])rillant, le plus à la mode de tout Paris. En effet, tenu éloigné ile bi cour, Lau/.un s'elforçait par ses folies d'attirer sur lui l'attention. .Mais Louis XIV demeurait inflexible. C'est alors que le nuircpiis trouva, connue l'écrit M'"° de Sévigné, le chemin de Versailles en passant par Londres.
Il se rendit auprès de Jacques II, qui, reconnaissant en lui un homme de courage et de ressources, lui coiilia plusieurs missions inipculaiiles, celle, entre auti-es, à la veille d'une révolution ([ui menaçait, de ramener en France, pour les mettre en sûreté, sa fenune et son fils. Lan/un s'acquitta avec succès de cette ti\che difficile et ])érilleuse. En hoinnu; habile, il songea tout aussitôt à tirer tout le parti possible, au point de vue de ses intérêts, du dévouement qu'il avait nu)ntré au roi d'Angleterre. De Calais, il écrivit à Louis \l\' (juil était dans l'impossibilité de tenir la promesse faite au roi d'.Vngleterre de remettre la reine et son fils au roi de France, puisqu'il avait le malheur de n'avoir ])oint le droit de se présenter à la cour. Louis XI\' l'autorisa celte fois à revenii.
Nous ne parlerons pas du mariage de Lauzun sexagénaire avec une jeune parente du duc de Saint-Simon, âgée seulement de dix-sept ans. Les fantaisies de ce vieil extravagant, qui mourut à (|uatr(>-\ ini'l-dix ans, ne nous intéressent plus. Il iu)us a sid'li de montrer dans l'hôtel de Lauzun la figure du séduisant marquis, fait duc- par Jacques II, (!<■ l'infitlèle éj)oux de la Grande Mademoiselle, du gentilhonune cnliti (pii cherchait à incarner en lui toutes les élégances d'une cour dont il ne voulait à aucun [)rix être oublié.
Dans la rue des Francs-Bourgeois, un peu en retrait de l'aliginuiienl des maisons, se dresse un portail momunenlal, ;i tympan îirrondi : c'est l'entrée dt; l'hôtel Soubise, dont la cour ellipticpie est encadrée d'iui gracieux portique à tloubles colonnes composites, rejoignant, dans le fond, le corps de logis principal.
Celui-ci esl siinuoiilc criui l'ionton sur les ranipaiils cIikjucI se voieul les figures couchées de la Prudence et de la Iteiioniiiiée. Depuis 1808, cette maison princière donne asile aux archives nationales. Elle n'a pu les renfermer toutes, et Ton a dû construire des bâtiments modernes d'aspect banal, pour contenir, répartis en trois cent mille portefeuilles, liasses ou cartons, les cent millions de pièces dont le nombre s'accroît charpie jour.
Lorsque, sous la conduite d'un gardien, on a parcouru la série des salles uniformément garnies d'étagères et de rayons, c'est avec un joyeux étonnement que l'on pénètre dans les appartements historiques de l'hôtel, aujourd'hui transformés en musée, qui, par un bonheur inespéré et rare, ont conservé intacte la gracieuse et opulente décoration du dixhuitième siècle, les j)anneaux et les plafonds sculptés, les peintures signées de noms illustres.
Avant de visiler cette magnifique demeure, reflet merveilleux des haljitudes d'une société raffinée entre toutes, nous allons raconter rapidement les origines de l'hôtel et présentei- au lecteur (picbpies-uns de ses hôtes.
Il a été question, dans un chapitre précédent, du donjon ([ue s'était fait construii-e, au quatorzième siècle, le connétable de Glisson, et dont le portail aux formes massives était déléndu par deux tourelles à ])ignon. Au seizième siècle, la l'amille des Guise avait acheté celle sorte de château fort et en avait démoli une partie j)our la rebâtir dans le goût du jour. Le portail fut conservé, mais le tympan en fut marqué aux armes des nouveaux propriétaires.
En l(i70, promesse de vente de l'iinmeuble fut faite à François de Ilohan, duc (1(^ Soubise, prince de Fontenay, <apitaiiic des gardes du roi, gouverneur de Clianq)agne et de Brie. ALalgré sa haute situation à la cour, Rohan était ciidellé au point qu'à la nouvelle de l'acquisition qu'il projetait, plus de quarante oj)positions furent faites sur les sommes à produire. Le Parlement dut intervenir. Cependant en l/U'i le [Mince était enfin déclaré jn'opriétaire, au prix énorme de tiois cent vingt-cinci mille livres.
Que s'était-il doncj)assé, et comment les créanciers avaient-ils été désintéressés? Saint-Simon, toujours bien renseigné, laisse supposer que la bienveillance du roi et le savoir-faire de M'"° de Soubise n'y furent pas étrangers. Le bruit courait que Louis XIV n'avait ])as jadis été insensible aux charmes séducteurs de la princesse, et que l'aïuoui-, transfoinié avec l'âge en amitié, était venu en aide à la situation embarrassée du mari complaisant.
La j)rincesse de Soubise mourut en 1709, et son mari trois ans après
niELQCES IIUTI-LS DES DIX sEl'TlÈMF. ET DIX-IICITIÈME SIÈCLES 215
elle. La Iransforiualion de l'IuMcl avait été coniiiiencée par eux; elle l'ut eonlinuée avec aelivité pai' leur lils, Ilereiile-Mériadec, au niDiueiil où il hérita. Artiste pai- lemjiéraineiit et l"oi-t riihe, c'était un giaud amateur de belles choses.
Il s'était marié deux l'ois, la |)remière avec Louise-(jaI)rielle-Julie do Rolian, la seconde avec Marie-Sophie de CourcillDii, duchesse de l'eccpiij^iiy. C'est pour s<'s deux épouses et pour lui-iiièiae <[ue, sans coiii|)ler. il fit hàtir le palais (pie nous avons sous les veux.
MOT 11. DE SOVmSK.
L i; SALON O V A 1. li
L'hl^tel des Guise avait sa ('aca<le à l'ouest; au sud s'étendait un manège que l'architecte Dclamare utilisa j)our l'orniei' la cour d'hoMneur elliiiticjue en l'iMicadrant d'un porticpic à colonnes accou[)lées et en y ouvrant le portail d'entrée. Une servitude gênante su])sislait cependant : c'était le passage dans la cour d'honneur, le long de la façade principale, d'un chemin public (pie tout le crédit des Soubise Tie réussit pas à Caire sup[)rimer. l'(>ndant le jour, les |)iétons y |)(iuvaienl circuler; le soir seulement il était barré à chacpie extrémité j>ar une grille de fer. Le nouvel h(Jtel recueillit les sulTrages unanimes des gens de goût. Et cependant, moins de huit ans après le commencement des travaux, Delamare était mis de côté et remplacé par Germain Boffrand. C'est ce dernier qui eut l'idée de
iiM'cr k's délicieux salons ovales, tloul la Ibiino se piètait adiuirableinenL à une ailislique décoi'alion.
Au rez-de-cliaussée, les appai-lenieiils du juince, jiar le choix des sujets aussi ]}ien que par la tonalité giis-de-lin se juaiiant discrètement à la lilancheur du stuc, avaient une sévérité voulue; huit iigui'es ou groupes allégoriques, syndjolisant les sciences et les ails, étaient placés à la partie haute, entre les archivoltes des portes et des l'enètres, alors que partout ailleurs les ])anneaux de bois étaient sculj)tés en dessin d'ornements les jilus variés. Par contre, la chandjre et le salon ovale de la princesse, au jnemier étage, réunissaient, dans un enlremèlement aussi harmonieux que délicat, tous les motifs que la mythologie galante, si en vogue alors, i'ournissait au pinceau des ai-lisles. L'oi-, dans la gamme de ses difTérents tons, rehaussait de son éclat les fonds de couleur tendre, et le bois afl'ectail les formes les plus gi-acieuses pour encadr'cr les œuvres de Boucher, de Natoire, de Van Loo, tle Tiéniolières et de Restout. On ne pénétre pas «lans ces salles, aujourd'hui réservées à l'exposition des actes les plus iinpoi'tants et les jilus curieux de nos archives, sans revivre le temps oii, à rexemi)le de la maïquise de Pompadour et de son brillant entourage, la |)cnsée du plus grand nombre se détournait des choses sérieuses j)oui' se fixer sur mille charmantes et dangei'cuses inutilités, oi'i une sensualité de bon ton reiiiplaçail la tléience imposée par Louis Xl\' et M"'" de Mainleiion, où 1 <iii jouissait du temps prc'senl, sans se pi'i'occuper de l'orage (pii di'jii griindail ;i l'hoi-i/on.
llerculc-.Meriadec de Soubise mourut dans un âge fort avancé, laissant ses biens — son (ils étant mort tout jeune encore — ii son petit-fils, le maréchal, cidui que Louis X\' apjielait « son Soubise », le complaisant ami des fa\oriles, brave soldat, mais détestable général, noble cœur, incapable de mensonge, mais manquant absolument de dignité. Le mariage de sa lille avec un jjririce de Coudé, conclu par les bons ofGces de M'"" de Pompadoui-, lui yalut le tili-e de Iri-s luitil cl trcs excellent seigneur, que l'on n'accordait (piaux princes du sang. C'est la favorite encore (jui, au début de la guerre de Sept ans, lui lit conlier une division, dé vinglquatre milh; hommes; et quand, après la malheureuse affaire de Rosbach, il revint à Paris, en jiulte aux railleries de la cour et de la ville, caricaturé une lanterne ii la main à la recherche de son armée perdue, ce fut la marquise encore qui le soutint de son crédit, le fit nommer ministre d'Etat et décorer de l'ordre du Sainl-Esjuit. Elle lui ménagea, peu après, l'occasion de prendre sa revanche et, pour quelques succès de j)eu tl'im- ])orlan(e, lui lit attribuer le bâton de maréchal. Lorsque, plus tard, Sou-
QUELQUES HOTELS DES DLX-SEPTIÈME ET DIXIIUITIÈME SIÈCLES 217 bise, commandaiil l'armée de conrcrt avec le dm- de Broglie, fut encore battu, ce dernier seul l'ut [)uni, et le vieux courtisan ne perdit rien de sa
faveur.
A la mort de sa protectrice, il reporta sou dévouement intéressé sur la Dubarry; il s'employa sans pudeur à faire ouvrir à la courtisane les portes des salons (|ue les dames de la cour tenaient obstinément fermées devant elle; il alla même jusqu'à accorder la main d'une de ses parentes au propre neveu de la favorite. Épicurien par principe, ami de ^^)ltaire qui lui envoyait ses libelles, il entretenait des lillcs de l'Opéra, ainsi d'ailleurs (jue faisaient ses amis les ducs d'Aiguillon et de Richelieu.
La société du dix-huitième siècle était dans un état de décomposition telle qui! fallut la tourmente de la l{évolulion pour l'assainir; il n'en demeure pas moins vrai que Paris lui est redevable d'avoir vu ileurir un art décoratif si inconteslablement supérieur (pie les autres nations de l'Europe étaient tributaires de la France.
Le mouvement commença, il est vrai, dès h' (hl)ul (hi ilix-septième siècle. On alfectionna, dès ce moment, les vastes salles aux larges |)anneaux percés de grandes ouvertures; les besoins nouveaux suscitèrent des artistes comme Vouet, Lebrun, le grand Lesueur, auxcpiels succédèrent les Hoffrand, les Robert de Cotte, les Mansard, les Oppenord, les Boucher.
Ces maîtres et leui's élèves ont couvert les nuirs des hôtels des dixseptième et di\ huitième siècles de leurs u-uvres admirables, oii la pureté du dessin et la richesse de la conq)osition le dis])uleul au brillant du coloris.