SAINT-SULPICE ET LE PANTHÉON
Idée qui a présidû à la foudation de Saiiil-Sulpice. — M. Olior et M. I.aiiguct de Gergy. — Le portail et les tours. — Le l'anlliéon do SouHlot. — Ses destiaations successives. — Aspect extérieur. — Uccoralioii intérieure.
M .NT-Sii.piCE ol le l'anlhc'on sont lotis doux roxpression (I iino grande pensée. Le premier symbolise l'aclion exerct'e au dix-septième siècle, parallèlement à la réforme janséniste, par une réforme callioliqiie que rendait nécessaire le relàihement des mœurs du clergé et le peu de pénétration de la niasse populaire par la morale religieuse ; c'est aujoiird'iiui une des plus imj)orlanles paroisses de Paris. Le second, bâti pour servir de temple chrétien, devenu, dès avant son complet achèvement, une sorte de temple laïque, repris, perdu, de nouveau reconquis, paraît avoir été l'enjeu de la lutte engagée entre les partis. A ce titre, ces deux monuments, images de notre état social au cours de ces cent dernières années, méritent d'être associés l'un à l'autre et de retenir quelque temps notre attention. .^i
Avec ses deux grandes tours de hauteur inégale, son large perron, sa loge, ses colossales colonnes, l'église Sainl-Sulpice a un air de majesté que beaucoup admirent, que d'aulres trouvent un peu trop théâtrale. L'intérieur est puissamment éclairé jiar trois rangs de fenêtres super-
posées; la décoration, comme rarcliitecliire, a les caractères de l'époque de Louis XV. L'autel, élevé de plusieurs degrés, est entouré d'une balustrade de marbre de forme semi-circulaire, et les chaises, rangées en segments de cercle, ont ici un groupement très particulier. Les cérémonies du culte se font à Saint-Sulpice avec beaucoup de solennité ; on y vient entendre de la belle musique. Les sous-sols, éclairés à l'électricité et divisés en salles spacieuses, voient tous les dimanches afduer une foule nombreuse d'enfants qui viennent écouter les célèbres catéchismes de la paroisse.
La fondation de cette église à physionomie si originale est intimement liée à la rénovation morale et religieuse qui fut opérée à Paris et en France, au dix-septième siècle, par un ami et un disciple de saint Vincent de Paul, le vénérable M. Olier.
C'est une erreur généralement accréditée que le dix-septième siècle fut, entre le seizième, époque d'anarchie intellectuelle et morale, et le dix-huitième, connu pour son esprit d'incrédulité, un siècle de bonnes mœurs unifornu^ment observées et de foi chrétienne. La valeur éducative et littéraire de nombre de célèbres aiiteurs de celte époque, proposés à nos écoliers pour i'ormer leur intelligence et leiu' goût, est en partie cause de cette illusion, (|ui dis|)aiait bien vile à la lecture des Mémoires du temps.
Le nombre des seigneurs libertins était considérable, et le clergé luimême était atteint de la contagion : les abbés de coiu- mondains et licencieux, et les desservants ignorants n'avaient que très jjcu d'autorité sur le peuple. La discipline et l'observance de la règle n'existaient même pas dans les couvents. Gomment ei'il-il pu en être autrement, alors qu'ils avaient, comme Port-Royal, des abbesses de douze ans?
C'est de Port-Royal cependant que partit l'esprit de réforme qui exerça sur les mœurs du dix-septième siècle une iniluence considérable. Nous ne voulons pas seulement parler des religieuses, mais aussi des solitaires tie Port-ltoyal des GiKunps.
Sous les grands ombrages de la vallée de Ghevreuse, Arnaud, Nicole, Lancelot, Pascal et maints autres i)artageaient leur temps entre l'étude et la prière, fondaient des écoles avec des méthodes d'instriution rationnelle et s'efforçaient de développer chez leurs élèves la virilité du caractère et l'énergie de la volonté. Ils avaient de nombreux amis dans le monde des lettres, et leur aulorit(' sur la cour était d'autant plus grande qu'elle s'exerçait plus encore [)ar l'exemple ([ue |)ar les discours et les écrits.
Parallèlement à eux, d'autres travaillaient à la même œuvre et s'adres-