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saient moins aux seignours et aux savants qu'à la masse du peuple, fort corrompue et surtout très ignorante.
Rien ne préparait en elTet le clergé à ses lonclions sacerdotales. Déjà François de Salles, présidant à une première ordination dans son diocèse de Savoie, avait annoncé à ses jeunes prêtres (|u'il leur pardonnerait à la rigueur quel([ues lautes, mais (juil serait impitoyable pour ceux (jui ne chercheraient pas à accpiérir les connaissances indispensables à l'exercice de leur ministère. En fondant l'Oratoire, le cardinal de BéruUe avait obéi à la même préoccupation de former un clergé éclairé. Vincent de Paul, dont l'ardeur de charité s'est produite avec une intensité telle ([ue l'Eglise l'a admis au nombre de ses saints, n'avait pas de désir plus ardent {|ue de recruter « de bons ouvriers pour la moisson des ùmes ». Il créa les prêtres des Missions, chargés d'évangéliser les campagnes, et établit des séminaires confiés à des religieux qui portèrent le nom de Lazaristes. Il eut dans cette œuvre éminemment utile sinon un collaborateur imnu'diat, du moins \\i\ imitateur zélé et tidèle, dans la personne de ^I. Olier.
Le fondateui' de l'église de Saint-Sul|)ice a une physionomie caractéristique et il est bien de son temps. Son père, grand audiencier de France, était fort riche, et sa mère, très bonne chrétienne, rè\ait île faire de son fils un prêtre, mais dans les conditions d'une vie facile et large. Pour le pousser aux dignités auxquelles conduisait l'état ecclésiastiipie, elle lui assura, alors [qu'il l'-tait tout jeune encore, les revenus de plusieurs abbayes, les unes en .Vuvcrgne, les autres en Hrelagne, et, après lui avoir fait faire des voyages d'étude, elle songea à lui procurer la charge d'aumônier du roi.
Or, J.-B. Olier se faisait du sacerdoce une conception toute ditl'erenle de celle qu'on en avait généralement alors. Admirateur de saint Vincent de Paul, il fut du nomjjre des missionnaires des campagnes jusqu'au jour où M. de Gondran, supérieur de l'Oratoire, son directeur spirituel, lui reconnaissant d'exceptionnelles qualités d'organisation et de zèle, lui suggéra l'idée de travailler à son tour à former de bons prêtres. M. Olier venait justement de refuser l'évêché de Langres, puis celui do Chùlons, qui conférait la dignité de pair et le titre de comte : insensible à la vanité des grandeurs, sa joie la plus vive était le soulagement des pauvres. Il s'associa d'abord trois jeunes prêtres, animés comme lui d'un dévouement apostoli([ue, et mena avec eux la vie commune, préservatif puissant contre les erreurs et les entraînements; puis il fonda dans sa maison de la rue de Vaugirard un premier séminaire, bientôt transporté à côté de l'église Saint-Sulpice.
Le concile de Trente avait conclu à la création de nondjreux établisse-
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ments de ce genre dans toute la chrétienté; saint Charles Borroniéc, le célèbre évéqne de Milan, les avait nudiipliés en Italie; les tentatives faites en France avaient jusqu'alors échoué, i)ar la raison (|ue l'on admettait dans ces maisons non des jeunes gens, cnlr-aînés par leur vocation vers le sacerdoce, mais des enfants d'une maturité d'esprit insuffisante. M. Olier obvia à ce grave inconvénient en séparant nettement le grand séminaire du petit et en y établissant une discipline sinon sévère, du moins très exacte. En communication constante avec leurs maîtres, les élèves se façonnaient à leur exemple.
M. Olier voulut en outre fonder une paroisse modèle, cpii put servir de type aux futurs pasteurs : c'est l'église même de Saint-Sidpice, qu'il destina à l'évangélisation du faubourg Saint-Germain.
La population de ce quartier ne s'élevait pas à moins de cent mille âmes. L'administration débonnaire et insouciante d'abbés commendataires y avait fait aflluer une foule de gens sans aveu, venus y chercher un refuge. Le service du culte, dans une église qui toml)ait en ruine, était assuré par des prêtres sans grande valeur morale. La chronique du temps raconte qu'au sortir de l'autel ils allaient volontiers passer le reste de la journée au cal)aret V(jisin, inslaUé jirès des charniers, oii ils étaient traités par leurs jjénitents, (pii s'acquittaient ainsi des honoraires qu'il était alors tl'usage de donner pour la confession. Pieux cal)aret où l'on distribuait aux arrivants un morceau de ])ain Ix'nit, mais oii l'on vi(hut aussi force bouteilles.
Le premier soin de .M. Olier fut de rétablir la dignité de vie dans le clergé paroissial, en lui iin|)()sant de n<ind)reuses obligations.
Les catéchismes fui'ent faits avec un soin igiKué jusipi'alois, les prédications multipliées, les cérémonies du culte ac<'omplies avec la conveiianee et la piété (|ui sont encore un des caractères propres du Saint- Sul|nce d'aujourd'hui; des « visiteurs de quai-lier », désignés pai'mi les vicaii'es de la pai-oissi', se partagèrent l'immense terrilnire du faubourg pour y porter les semences de charité, guérir les vices et faire relleurir la foi disparue.
L'érection d'un liMn|)!e nouveau au lieu de la vir-ille jjetite église délabrée s'imposait. M. Olier comnuiniqua son projet à ses paroissiens. Les ressources présentes étaient, il est vrai, insuffisantes, mais la foi en Dieu était grande, et la première j)ierre de la ( hapelle de la Vierge fut posée en 1G4C), tievant toute la cour, j)ar la reine mère Anne d'Autri< lie, fpii avait pour le curé de Saint-Sulpice beaucoup d'admiration et sollicitait volontiers ses conseils. Le travail de construction fut arrêté par les trouldes de la Fronde, et M. Olier quitta la cure pour se consacrer à la direction
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exclusive de son grand séiniiiairt", avant ([iic ral)si(lo no fût achevée. Ses successeurs, ilM. de Bretonvillers et de Poussé, continuèrent seize ans encore les travaux et élevèrent le ch(i>ur, avec les cliapell(>s (|ui l'cntoui-aicnt, jusqu'à la croisée, y compris le portail se[)lcntrional. Mais l'efTort avait été trop considérable par l'apport à l'argent dont on disposait, la l'alnique était endettée; ses biens furent engagés, et, pcndaiil (piarante ans, dans un sentiment de priulence commandée par les circonstances, l'œuvre resta en suspens; elle l'ut reprise en 1718, (jualic ans après (pie M. Languet de Gergy fut ilcveiui curé.
Homme d'action, fort bien apparenté, M. de Gergy apporta un entrain extraordinaire à se procurer îles ressources. Grand solliciteur, il obtint du duc d'Orléans, son pai'oissien, les marbres de revètemcnl des i)iliers jusqu'à hauteur d'appui. 11 recourait ménu' au besoin à (h- pieuses ruses. Le |)rince de Coudé, ayant accepté de payer les serrures tie l'église, se vit présenter une très forte note, dans la([uelle il n'était |)lus question de serrures seulement, mais bien de toutes les ferrures : l'adroit curé avait couj)é d'un trait Vs allongée du début du mot. 1! n'épargnait même pas sa famille : l'archevêque de Sens, son frère, avait une magnifique croix pastorale garnie de diamanis : M. de Gergy en orna le saint sacrement, puis refusa de la rendre, sous prétexte qu'on ne pouvait lui donner une meilleure place, l'ne reine déchue, Louise-Élisabelii d'Orléans, perdit son diadème de sendjiable façon. Le curé voulait avoir pour sa chapelle absidale une statue en ai-gent de la \'ierge, haute de six pieds; mais ce métal était rare. Pour se h; ijrociirei-, .M. de Gergy, ti'ès IV('(piemment invité par ses paroissiens, n'acce|)tait jamais ([u'ii condition qu'il lui fût permis d'emporter après dîner son couvert. La statue, univre de Bouchardon, dut à cette particularité son nom de Nolre-Dainc-de-Vieille-Vaisselle. Mais le procédé le plus fi-uctueux imaginé par le cuié, fut d'obtenir du Conseil royal, d'abord [)()ur trois ans, — et la faveur fut |)rolongée pendant vingt-deux autres années, — l'autorisation d'établir une loterie, dont les bénéfices devaient fournir les fonds nécessaires à l'achèvement de Saint- Sulpice. On s'amusa beaucoup de l'idée, mais les lots vinrent nombreux, et les billets furent vivement enlevés.
N'étant plus'gèné par la (picslinu d'argent, M. de Gergy pressa les travaux avec beaucoup de vigueur, s'adressant aux architectes les plus en renom, d'abord à Oppenord, [)uis à Servandoni. L'immense nef avançait pilier par pilier, et la bénédiction de chacun d'eux donnait lieu à une cérémonie et amenait de nouvelles ofiVandes. On arriva ainsi progressivement à l'extrémité de la nef, et en 1745, trois ans avant de résigner ses fonctions de curé, M. Languet tie Gergy avait la joie de procéder
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à lu consécration solennelle de rédilii'c, auquel il avait donné tous ses soins depuis vingt-sept ans. Le gi'and poilail, ilont il avait jeté les fondations en 1733, ne devait être cependant achevé qu'en 1777. Les paroissiens reconnaissants élevèrent à M. de Gergy, mort en 1750, un somptueux tombeau dans la manière du temps. L'exécution en fut confiée à Michel- Ange Slodtz, qui tailla la statue dans un bloc de marbre blanc; le prêtre est agenouillé sur un coussin de marbre jaune; en face de lui, un personnage allégorique soulève une draperie faite de marbre l)leu-turquoise et d'albàlre sous laquelle se voyait un squelette de bronze : c'était le symbole de la Mort vaincue par l'Immortalité. Les deux figures de la Charité et de la Religion qui encadraient le groupe ont été détruites sous la Révolution.
Le i)lan du grand jiorlail avait été conçu jiar Servandoni; il l'ut exécuté seulement en partie par lui et achevé, avec (|uel(|ues iiiodiluations, par Maclauraiii.
L'architecte a superposé deux ordres de grandes colonnes, dont le premier supporte une loge spacieuse; rinévital)le fronton li'iangiilaire (jui surmontait le tout ayant été, dans la suite, abattu par la foudre, on décida de le remplacer par cpiatre colossales statues (pi'iiii rang de baiustres réunirait l'une à l'autre : seuls les piédestaux furent |)lacés, et il n'y a pas très longtemps qu'ils ont été reliés par une rampe ornementale.
Les tours, aujourd'hui dilférentes comme hauteur et comme architecture, étaient primitivement pareilles, celle du nord ressemblant à celle du sud, la moins élevée et la plus simple. IMaclaurain les avait construites. Un jour, on les trouva insuffisantes, et, l'argent ne manquant pas, on résolut, quelle que dût être la dépense, de les démolir et de les remplacer par deux autres plus décoratives et plus à l'échelle du portail. Chalgrin, chargé de cette opération, n'eut que le temps de refaire celle du nord; la Révolution arrêta les travaux et sauva de la destruction la tour du sud. Celle-ci s'élève, nue, sur un pavillon carré terminé par des frontons en segments de cercle; le pavillon de celle de Chalgrin supporte des frontons triangulaires et est accoté de colonnes qui en augmentent la richesse architecturale; elle est, de plus, entourée d'une balustrade à la partie supérieure. Malgré ce disparate, le portail ne manque ni de noblesse ni de charme, et l'église compte à juste litre parmi les plus belles du temps.
Nous avons suivi les phases diverses de la construction de Saint-Sulpice, de|)uis ses dél)uts en plein dix-septième siècle juscpi'à son achèvement à la veille de la Révolution. Elle est comme la synthèse de l'effort architectural de son siècle. Mais ce qui est plus intéressant encore, ce
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niio nous avons essayé tle nioiilror, ccsl 1 ulét' nirnu! ([ii'elle exprime. Son ànie — les monuments en ont une — se conlond avec celle de son fondateur, M. Olier, l'un des plus grands chrétiens qui se soient groupés autour de Vincent de Paul.
Saint-Sulpice est l'expression d'une pensée constamment demeurée la même. Il n'en est pas ainsi pour le Panthéon, cpii a changé à niaind' reprise de destination et n'a jamais corres |)ondu complètement ;i l'idée qu'il devait symboliser. Les factions poli tiques qui, au cours de ces cent dernières années, se sont dispulc le pouvoir, ont niar(pn'' l'édifice de leur empreinte, di'truisani le lendemain les apports de la veille.
L'histoire de ces transformations feia l'objet de cette étude :
elle permettra de préciser l'impression indéfinissable que l'on ressent dans cette demeure des grands hommes, vide malgré tout, peut-être parce qu'elle n'a pas reçu encore la consécration des années.
(hiant à sa valeur architecturale, elle est incontestable. Son dôme produit un grand effet, qu'on le découvre de loin, juché sur- la colline qui lui sert de base, ou qu'on l'entrevoie ii l'exlri-mité de la rue Soudlol, derrière son fronton triangulaire. Le volume de la coupole a été calculé pour être vu en arrière-plan du porti(pie d'entrée, et, à distance, l'étroitesse de la façade est agrandie de toute la largeur du transept, qui déborde à droite et à gauche.
Chaque monument produit, quand on y pénètre, une sensation particu-