‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 40 sur 58 · VIE 1 X T E K 1 1: U 11 I · texte numérisé non relu

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lièi'e; elle est ici à la ibis de ibrre et de légèreté, et elle augmente encore lorsque, se plaçant à la croisée, on aperçoit, dans quatre directions, les lignes de colonnes, dont le profil élégant se dessine, ferme et svelte, à peu près à distance égale du centre du monument. Lève-t-on la tète, on est frappé de la hardiesse avec laquelle est suspendue, comme par miracle, l'énorme masse de pierres qui forme la calotte et laisse, par de larges ouvertures, pénétrer la lumière à flots. Encore, pour se rendre compte de la merveilleuse complexité de sa construction et de l'effort génial accompli par l'architecte, faut-il se décider à gravir les quatre cent vingtsept marches qui mènent au sommet. On jouira là, en outre, d'une fort belle vue de Paris et de ses environs. On apercevra au loin la Seine, avec ses méandres et les nombreux monuments de la capitale, estompant leur silhouette dans le bleu blanchâtre du ciel; on verra, tout à côté, le damier inégal des cours et des jardins des couvents, et, parmi les nombreux établissemenls d'instruction du quartier latin, le lycée Henri I\', l'ancienne abbaye de Sainte-Geneviève, qui, de ce point élevé, donne l'illusion que le monastère du dix-huitième siècle existe toujours.

Mais ce qui étonne surtout, ce sont les dimensions mêmes du Panthéon, de sa colossale rotonde, des quatre bras de sa nef, couronnés à chacune de leurs extrémités par une petite coupole, de cet ensemble enfin si heureusement proportionné que l'on est moins saisi de sa grandeur que séduit par son harmonie.

On sait que sur le sommet du mont Leucotitius, sur l'emplacement de la basilique des Saints-Apôtres, s'élevait l'église romano-gothique de Sainle-Geneviève. Elle menaçait ruine au dix-huitième siècle, et plusieurs fois il avait été question de la réparer ou de la remplacer.

Lorsque, en 1744, Louis XV tomba gravement malade à Metz, au cours de l'expédition militaire qu'il avait entreprise pour conquérir la gloire des armes, il se souvint de l'état de délabrement où il avait vu l'église de la patronne de Paris, et il fit vœu de construire en l'honneur de sainte Geneviève un sanctuaire magnifique, s'il revenait à la santé. C'est l'origine du temple dont l'exécution fut confiée au talent de Soufflot, à peine de retour de Rome, où il s'était enthousiasmé h la vue du Panthéon d'Agrippa et surtout de la grande coupole de Saint-Pierre. Le plan qu'il avait présenté, lors du concours établi sur les ordres du roi, s'inspirait de l'd'uvre de Michel- Ange, considérée alors comme une des merveilles du monde.

Plusieurs années furent employées à opérer, dans les terrains dépendant de l'abbaye de Sainte-Geneviève, le nivellement nécessaire. C'est

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seulement en 17G4, vingt ans a[)rés le vœu de Louis X\', c|uc l'ut solennellement posée la première pierre des piliers de soutènement du dôme. A mesure cpie s'élevait rédilice, auquel sattarhait un intérêt national, l'enthousiasme du public grandissait. Aussi, quelle ne fut pas l'inquiétude lorsque tout ii coup le succès de l'entreprise parut complètement compromis. Dans son désir de perrcclioii pour l'œuvre à laquelle il s'était voiu' tout entier, Soufllot avait rêvé de donner à l'édifice une légèreté qui devait faire l'étonnemont de la postérité, et la triple coupole de onze millions de kilogrammes reposait sur des piliers relativement sveltes, mais dont la force de résistance avait cependant été calculée avec une merveilleuse précision. Malheureusement, l'architecte avait compté sans les défauts de construction.

Pour avoir des joints dune netteté parfaite, les entrepreneurs, en procédant au ravalement des pierres, en avaient légèrement creusé la partie centrale, pensant que le mortier qu'ils couleraient entre les assises remplirait exactement les vides. Il n'en fut rien, et le poids énorme de la coupole, portant non sur la surface entière des pierres, mais seulement sur leurs arêtes, détermina des écrasements et des éclats qui causèrent dans les parties hautes du (i(')me d'incpiiétants mouvements. On prit peur et l'on accusa Soiilllot d'impruilence. L'archilecte en fui prol'ondt'ment affecté, et il mourut en 1781, de chagrin, dit-on.

Son collaborateur et élève Romlelet, chargé des travaux, opéra la consolidation du dôme en le soutenant pai- (piatre piliers massifs, disgracieux, il est vrai, mais cpii assuraient i» l'édilice un étai d'une inébranlable solidité.

L'église était sur le point d'être achevée, lorsque, en 1791, un décret de l'Assemblée constituante décida que le temple, non encore livré au culte, deviendrait le Panthéon français et servirait à la sépulture des citoyens que la Patrie voudiail honorer. C'est (huis une pompe solennelle que furent portés dans les caveaux les restes de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau; c'est au milieu d'une délirante apothéose que pénétrèrent dans la crypte, que l'on croyait pour eux d'éternel repos, les corps de Mirabeau et de Marat.

Quinze ans après, en ISOG, Napoléon, empereur, ordonnait que l'église Sainte-Geneviève serait rendue au culte, conformément à l'intention de son fondateur, avec cette restriction, toutefois, que les offices n'y seraient célébrés qu'à certaines dates déterminées et (jue la crypte serait toujours réservée à la sépulture des meilleurs serviteurs du pays. Les grands dignitaires de l'empire y avaient leur place assurée. Marat et Mirabeau n'y étaient plus : leurs dépouilles avaient été jetées à l'égout, dans

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un (le ces revirements d'opinion si brusques et si violents au cours des

périodes révolu Uonnaires.

Il était dans la tradition de la Restauration de rétablir sans réserves ce cpie le j)récédent régime avait aboli, et Louis XVIII, en 1821, remit à l'archevêque de Paris, qui en prit possession, l'église Sainte-Cleneviève, oii se firent l'éguliorement tous les services paroissiaux.

Survinrent les événements de 1830, et Louis-Philippe, fils de la Révolu" lion, remit en vigueur le décret de l'Assemblée constituante. Les hommes illustres furent de nouveau inhumés dans le Panthéon; mais, jiour éviter les jugements précipités qui avaient fait décerner à des indignes les honneurs d'une sépulture privilégiée, on décida que nul n'y serait admis que dix ans après sa mort.

En 1851, Louis-Napoléon, désireux de se concilier les bonnes grâces du clergé, s'empressa de rcndie à la patronne de Paris son sanctuaire et créa des chapelains pour le desservir.

La guerre de 1870 amena une nouvelle cessation du culte; la crypte servit de poudrière; les pavés de la place enlevés formèrent tout autour une muraille protectrice, cl trente mille sacs d'avoine furent accumulés dans l'église haute pour aiiiortii- au Ijesoin le choc des obus prussiens et pour mettre le ([uartierà Fnljri d'une terrible explosion.

Un moment le Panthéon courut grand risque d'être détruit : la Commune aux abois avait nettement manifesté son intention de faire sauter le monument. Elle en fut empêchée par la soudaine arrivée de détachements de l'armée de Versailles, se présentant de tous les côtés à la fois et mettant les insurgés dans l'impossibilité d'exécuter leur criminel dessein.

Redevenue temple chrétien pour quehpies années, l'église Sainte-Ceneviève réprenait en 1885, lors des funérailles nationales de Victor Hugo, avec son nom de Panthéon, sa destination de nécropole. C'est sous cette forme que nous allons l'étudier, en examinant les changements que ses attributions multiples ont fait subir aux diverses parties de sa décoration.

L'église Sainte-Geneviève commença, dès le temps même de Soufïlot, h ne pas demeurer telle qu'il l'avait |)rimitivement conçue. Si on la compare, en effet, au plan qui fut soumis à Louis XV par le marquis de ]\Iarigny, intendant des bâtiments, on constate tpie dans ce projet la coupole était de bien moins grande élévation et que, au cours des travaux, elle fut exhaussée de toute la hauteur du vaste tambour, entouré d'une ceinture de trente-deux colonnes.

SouIIlot avait eu l'intention de phicer au sommet du monument, au lieu de la croix, une statue de sainte Geneviève. Quatremère de Quincy, le commissaire chargé par l'Assemblée constituante « de la direction et de

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l'administration du Panthéon français », s'en souvint lorsqu'il songea à surmonter le dôme d'un colosse de bronze, de près de neuf mètres de hauteur, sans égard d'ailleurs pour la charge excessive que la coupole eût eu à supporter. Cette Renommée devait publier aux (piatre coins de l'horizon les louanges des grands hommes, et, comme la vraie gloire s'ajipuic toujours sur la Vertu, (^uatremère avait d(''(i(Ii'' de j>lacer les représentations des dill'érentes \'ertus entre les tienle-deux colonnes de soutènement du dôme. La Renommée, dont le modèle en plùtre demeura longtemps étendu dans l'atelier du fondeur, ne fut jamais coulée en bronze; quant aux \'ertus, elles ne furent (|u'('s(|uissées sur toile, ce cpii permit du moins à l'auteur- de cetle invention bizarre de jouir de leflet théâtral qu'il voulait produire.

La Révolution apporta à l'édifice un changement plus importani, et celui-là définitif. Les grandes fenêtres qui perçaient les juurs latéraux et laissaient pénétrer à l'intérieur une lumière trop vive qui nuisait à la tristesse que l'on doit éprouver dans une nécropole, furent murées; il en résulta ces vastes surfaces unies dont nous aurons bientôt à étudier la décoration.

Les sculptures du fronton ont une histoire assez compliquée et assez curieuse. Soufdot avait d'abord pensé à représenter sainte (leneviève distribuant du pain aux |)auvres, puis il avait commandé à Couslou la figuration d'une croix au uu'iicu de nuages, enlri' des anges ailorateurs. (^)uatremère de Quimy devait naturellement faire disparaître ce symbole <le superstition, et Moitte, [)araphrasant rinscri|)tion : « Aux grands hommes la pairie reconnaissante », montra la France, les bras étendus, donnant en récompense à ses enfants méritants des couionnes de chêne.

Elle était accompagnée de la \crtu, une femme à l'attitude modeste, et d'un jiune homme aile, aux traits énergiques, l'air conquérant, (|ui personnifiait le dénie. Le gouvernement de la Restauration fit disparaiire celle allégorie, et on travaillait sous la Restauration à un nouveau svmbole religieux, lorsque Louis-l'hili[)pe, rendant de nouveau l'église au culle des hommes illustres, confia la décoration du fronton à David d'Angers. C'est son u-uvre magistrale (|ue nous avoTis sous les yeux : la Pairie, entre la Libertc- et l'Histoire, récompense la N'eilu civif|ue au même ti(i-e que le Courage militaire; à sa limite se pressent Mirabeau, Malesherbes Pénelon, Manuel, Carnot, Berthollet, Laplacè, Louis David, Cuvier, Lafayetle; à sa gauche, Bonaparte cl le tandjour d'Arcole ainsi que des soldats de loulcs armes : canonnicrs, lanciers polonais, dragons hussards, marins de la garde, cuirassiers et grenadiers de la 32'' demi-])iigade. Dans les parties étroites des extrémités, déjeunes hommes assis et penchés sur

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