LES MONUMENTS DE L'EPOPEE NAPOLEONIENNE
SOMMAI HE
La fii^uro do Xapoléon. — La colonne Vondômo. — L'arc de trioniplie du Carrousel. — Le temple de la filoire, église aciuclle de la Madeleine. — Autres monuments élevés ou projetés par Napoléon. — L'arc de Iriomplic de l'Lloile.
E règne de Napoléon, in;ilgi-é sa coiifte clufée, a été marqué par une impoitanle lloraisoii (rédiliees de caractère particulier, qui font l'ornement du Paris moderne. L'empereur voulait (pie la pierre ci le hion/e perpétuassent le souvenir de son nom. L'homme qui, de son vivant^ a eu sa statue sur le soininel de la colonne Vendôme, (|ui devait, sur un cpiadrige conduit par la Victoire, être représenté sur l'arc de triomphe tlii Carrousel, qui, de Berlin, traça le plan du Temple de la Gloire et qui conçut l'arc de triomphe tie l'Etoile, d('>passait de Ix-aucoup, aux yeux de ses contemporains, les proportions de l'humaiiic nature. Le temps tie l'a pas diminué, et, quels que soient les régimes qui gouvernent la France, les regards de tous se tournent vers celui dont on a oublié l'action funeste pour ne le voir que dans une brillante apothéose.
Les monuments que nous allons visiter datent de la période la plus
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belle de Thistoire de Napoléon. Un moment vint oii nne sorte de folie s'empara de son esprit, où, semblable à un joueur emporté par la passion, il risqua la fortune de la France. Confiant en son merveilleux talent de général et de meneur d'hommes, escomptant les ressources inépuisables d'un pays qui lui sacrifiait sans marchander son or et ses enfants, il se livra avec frénésie à sa passion pour la lutte et, perdant le sens des réalités, aboutit à la catastrophe finale qu'il espéra, jusqu'au dernier moment, transformer en une éclatante victoire.
Comme général de la RépuJjlique, il avait profité du mouvement patriotique qui réunit en un faisceau formidable, contre les ennemis hienaçant le territoire, toutes les forces vives de la France. Alors que les alliés manquaient de cohésion, travaillaient en somme chacun pour son propre intérêt et ménageaient leurs ressources. Napoléon dépensait sans compter, tenant dans sa main vigoureuse tous les ressorts qu'il faisait agir ensemble le moment venu. Il en était arrivé à symboliser à lui seul l'cflort collectif des généraux et des armées révolutionnaires. Son nom était devenu un drapeau, uii signe de ralliement, et considéré comme synonyme de Patrie.
Il eut encore la chance d'arriver en un temps où la France, lasse du régime sanguinaire et des (bd^ordements de la Terreur, aspirait après l'ordre et le calme. On lui fut reconnaissant d'avoir mis un terme à la guerre civile et d'avoir consolidé les assises fortement ébranlées de l'édifice social. Son génie d'administrateur ne fut pas inférieur à ses hautes qualités guerrières. Avec une puissance de travail inouïe, un esprit de pénétration et d'assimilation sans égal, un grand talent dans le choix de ses collaborateurs, il imprima aux rouages faussés ou déclanchés une irrésistible impulsion et remit en mouvement la machine compliquée.
Qu'y a-t-il d'étonnant que, dans ces conditions, il ait exercé sur l'esprit de ses contemporains une influence considérable? Les succès qu'il remporta sur les Autrichiens, les Russes et les Prussiens ont un rapport intime avec les monuments qui vont nous occuper, et ceux-ci correspondent au désir qu'il avait de fonder un empire d'Occident analogue à celui des Césars ou à celui de Charlemagne. La mode était alors à l'imitation de l'antiquité; c'est la raison pour laquelle les architectes empruntèrent à l'ancienne Rome ces arcs de triomphe, ces colonnes coniniémoratives et ces temples.
C'était au lendemain de la bataille d'Austerlitz, où une armée de soixantecinq mille Français avait mis en déroute cent mille Autrichiens et Russes. Ce combat de géants faisait le sujet de toutes les conversations, et l'enthou-
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siasme était à son comble. 11 avait laissé dans l'àme de Napoléon lui-même un inefTarablc souvenir. La veille de la bataille, l'empereur voulut s'assurer de la disposition de ses troupes, et en pleine nuit il visita ses ré^nluciits. « 11 l'ut bientôt reconnu. Sa présence rappelant aux soldats l'anniversaii'odu coui'onnemenl, (|uilques-uns d'entre eux imaginent de prendre la paille sur laquelle ils reposaient et d'en former des fanaux, qu'ils placent au bout d'une perche ou de leur fusil. En un moment, et comme parTelfet d'une commotion électri([ue, toute la ligne a suivi cet exemple, et la vaste plaine de Schlapanitz présente le spectacle de la plus brillante illuminalion. Cincpiaiitc mille hommes, placés sur le front de bandière, saluent leur empereur p;if des acclamations réitérées et lui annoncent que, h; lendemain, lariuéehii donnera un boucpiet digne de lui. Un vieux <>-renadier s"approch(> de Napoléon, et, faisant allusion à un passage de la proclamation, il lui dit : « Sire, lu n'auras pas besoin de t'exposer; je te « prciiuets, au nom de nu>s camarades, que tu n'auras à combattre que « des yeux, et que nous t'amènerons demain les drapeaux et l'artillerie « (h; l'armée russe pour célébrer l'anniversaire de ton couronnement. » Attendri par une scène aussi touchante, vivement ému. Napoléon s'écria, en rentrant dans sa baraque : « ^'()ilà la plus belle soirée de ma vie- « mais je regrette de penser que je perdrai demain bon nombre de ces « braves gens... » Le lendemain matin, dès l'aurore, l'empereur passait à cheval devant ses troupes, et pour chaque régiment il trouvait une de ces paroles émouvantes dont lui seul avait le secret'. »
La matinée élail humide. Vn brouillard froiil couvrait le .sol et ne laissait apercevoir que les parties les plus saillantes du terrain. Il se dissipa, et l'on vit se lever, brillant de tout son éclat, le soleil tl'Austerlilz. En moins de (|iiatr(^ heures le génie de Napoléon, secondé par des généraux comme Davousl, Lanncs, Soult, Rapp, Bessièrcs, ^'aIK]aullne, Friant et combien d'autres encore, niellait en fuite l'armée ennemie, lui tuait ou blessait dix-huit mille hommes, faisait vingt mille prisonniers, s'emparait de cent cinquante pièces de canon et de quarante-six drapeaux. Le jeune tzar Alexandre, qui avait bien jierdu do son arrogance, s'élant retiré après la lutte, l'empereur d'Autriche sollicita une entrevue du vaiu(|ueur. Ou vit le successeur des Césars demander la paix au soldat couronné et imi)lorer sa clémence.
Napoléon n'oublia pas ceux (jui l'avaient aidé à remporter ce triomj)he. « Des pensions furent accordées aux veuves des généraux, officiers et soldais morts dans celte grande bataille; il adopta leurs enfants, se chargea
1. Guerres de la Révolution française et du premier Empire, par une Société d'c'crivains militaires et civils.
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de leur éducation, de l'avancement des fils et de la dot des filles; tous les blessés reçurent une gratification de trois mois de solde; la décoration de la Légion d'honneur lut donnée à ceux qui s'étaient le plus distingués. » 11 voulut faire mieux encore, et décréta l'érection d'une colonne qui devait porter le nom d'Austerlitz.
C'est celle qui se dresse aujourd'hui sur la place Vendôme, à l'endroit même où s'était élevée la statue équestre de Louis XIV, brisée par la Révolution. Le socle quadrangulaire était plaqué de bas-reliefs portant des trophées d'armes, avec, à chaque coin, l'aigle soutenant des guirlandes de lauriers. La foule de ceux que l'empereur avait conduits à la victoire s'avançait, maréchaux et simples soldats, comme au pas de charge, dans un enroulement qui, partant de la base du monument, montait à quarante mètres de hauteur, jusqu'au chapiteau. Au sommet, les dominant tous, était Napoléon, vêtu du costume antique, comme s'il eût voulu affirmer sa résolution de reconstituer l'immense empire romain. Il ne demeura pas longtemps sur son gigantesque piédestal : cinq ans seulement. En 1815, les Bourbons et les alliés firent tomber la statue de VOgrc de Corse; elle fut remplacée jusqu'en 1830 par un drapeau fleurdelisé, puis, à partir de ce moment, parle drapeau tricolore.
Louis-Philippe, qui, pour des raisons politiques, avait la préoccupation de raviver les souvenirs de l'épopée inqiériale, décida que Napoléon réapparaîtrait au sommet de la colonne Vendôme. Mais comme depuis longtemps les rêves de domination européenne étaient évanouis et que le rocher de Sainte-Hélène se dressait tragique et douloureux à la pensée de tous, l'empereur ne devait plus porter son costume de César ni sa couronne de laurier. C'est le vainqueur d'Austerlitz avec son légendaire chapeau, le frac sous la redingote, l'épée de général au côté, qu'il fut donné de contempler. La Commune, en 1871, abattit non seulement la statue de Napoléon, mais la colonne elle-même. Toutes deux ont été relevées presque aussitôt et justement, car les gloires du pays doivent rester au-dessus des dissensions politiques.
En même temps qu'il empruntait à la Rome antique la foime de la colonne Trajane poui- le monument commémoratif élevé à la Grande Armée, Napoléon prescrivait l'érection d'un arc de triomphe semblable à ceux dont l'Italie surtout avait conservé quelques beaux .spécimens. Le décret impérial que voici, publié à la date du 26 février 1806, est typique par sa forme nette et brève et la précision avec laquelle il limite le temps laissé aux artistes pour l'achèvement de la commande qui leur est faite : « Il sera élevé un arc de triomphe à la gloire de nos armées, à la grande
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entrée de notre palais des Tuileries, sur le Carrousel. Cet arc de triomphe sera élevé avant le l'"' novembre; les travaux cParl seront commandés et devi'ont être achevés et placés avant le l'^'' janvier 1809. » Comme il était prescrit il Cul l'ail. Les architectes préférés d(> r<>iiip(Meur, l'ercier et Fontaine, ceux-là mêmes à qui il avait déjà confie' la tâche de terminer les travaux du Louvre, se mirent à Tonivre, et le inonuiiienl i'ul prêt avant l'épocjue fixée.
Les architectes avaient pris pour modèle l'arc de Seplime Sévère, ornement de la Voie Triomphale du Capilole, à Rome, et non encore entièrenu'iil cxiiuuié. puisque les fouilles (|ui (>ii découvrirent la I)ase ne furent entreprises qu'en 1812 et sur l'ordre de Napoléon lui-même. Mais si l'arc n'était ([u'imparfaitcment mis à jour, on en connaissait du moins, grâce à des nu'dailles, la physionomie exacUî : ses trois ouvertures, ses colonnes en saillie, ses riches bas-reliefs et, sur l'altique, les statues du couronnement.
Tjes dimensions de l'œuvre de Percier et Fontaine furent intentionnel- Iciiii'iil icduili's. aliu (|H'(dii' n'écr;isàl pas le palais de sa masse li'op ini|)0-
saiilc. On chercha avant tout gante et une grande valeur d'encadrement sont en marieurs bases et leurs chapisuppnrlriil, à la lunilcur de dats de dill'éreiih's armes, de six, deux sur chacune sur les faces lalc'-rales, reproplus importants de la campala victoire d'Austerlil/., l'enrenlrexuc des deux paix de Pi'(^sboui-g.
Pour le coui'onn(^périeure, on avait emquatre antiques courtoml^eau de Xeron, emportés avec tant .
pour en faire l'orne- i^i Les chevaux, conétaient attelés à un sur lequel l'image de Elle disparut en 181."). Les chevaux de bronze fiireul rendus à la N'énélie el l'cniplaces par d'autres de moins bonne facture, que menaient la' Paix et l'Abondance, cl au lieu de la statue de Napoléon, ce fui la Restauration
B A s li DE 1. A 1 : O L O .N .N E V E M) o M K
à lui donner une forme élédécorative. Les colonnes bi'e rouge du Languedoc, teaux en bronze, et ceux-ci 1 attique, îles statues de sol-
)es bas-reliefs, au nombre lies faces |)T-incij)ales et un (luisaient les épisodes les gne de 1805 : la prise d'Ulm, trée à .Munich et à Vienne, empereurs, et enfin la
meut de la partie su-
pruut('' à Venise les
sicrs de bronze du
|ue l'empereur avait
d'autres dépouilles
nuMit de sa capitale.
m?tè&i^^ duits par la Victoire,
char de plomb doré
Napoléon fut mise.