‹ Les monuments de Paris souvenirs de Vingt SièclesChapitre 5 sur 58 · XIV PARIS · texte numérisé non relu

XIV PARIS

Lorsqu'à l'i/igf ans, au iiiciiie endroit, Je prcparais mon cours de Droit Sur les bancs de la Pépinière, C'était partout concert pareil; Mêmes fleurs pleines de soleil Kl même senteur prinlanière...

Oh! 1(1 Pépinière!.. . C'était la promenade préférée, le coin (l'uilduité choisi entre tous. Située en contre-bas, sur Veinplaeeinent de l'ancien clos des Chartreux, elle encJievétrait ses capricieuses allées sous le feuillage léger des cytises, sous l'épaisse rainure des catalpas et des magnolias. Il y avait de tout dans ce jardin enchanté : des résédas, des cJièvrefeuilles et des jasmins (pu embaumaient ; des vergers de cerisiers, de pêcJiers, de poiriers et de pommiers, cjiii se couvraient en mai de floraisons roses et blanches, et j)liaient dès le mois d'août sous les fruits mûrissants; il y avait même, au long des talus bien exposés, des champs de vignes, dont les pampres verdoyants et les grappes en fleur nous rappelaient, () nous autres j)rovinciau.v, les vignobles du, pays natal...

Cette aimable Péj)inièrc, avec son jardin botani(jue, ses eollectioiis d'arbres fruitiers, son rond-point ombreux oîi se dressait la statue de 1 elléda, entre pour une bonne part dans mes regrets du temps jadis, et tous les étudiants de cette époque en gardent pieusement la douce mémoire. \ers 1800, sous je ne sais (picl prétexte d'embellissement, mais en réalité pour effectuer une opération financière fructueuse , on l'a bouleversée, et ses parterres ont fait ])lace à des maisons de rapport. Ce coin de la rive g(iuche, fjui avait une si originale physionomie, est devenu banal et sa/is caractère, comme la plupart des nou.veau,v rjuartiers et des srpiares de création récente. Il est vrai (ju'en revanche on nous a dotés de la fontaine placée (i l'entrée du boulevard Saint- Michel, oii un archange, posé comme un acrobate, terrasse un démon de convention ; il est vrai également (ju'on a rebâti à neuf l Ecole de médecine et l'ancienne Sorbonne ; mais vous avouerez que ces réédifications, si elles répondent à des e.vigences pratiques, ne donnent qu'une médiocre impression de beauté.

Pour parler franchement, les monuments de la seconde moitié

LETTRE-PRÉFACE xv

du (h.v-ncuvième sicclc n'ont rien de géni<tl et ne marqueront pas d'une façon bien glorieuse dans l'histoire areliiteeturale de In Franee. Le siècle dernier, qui a si étonna/nnient progressé dans le domaine de la science, sera surtout fanieicv par son mouvement industriel et par la mise en application des découvertes des savants. Il devra so/t renom à ses ingénieurs plutôt qu'à ses arc/iifcctes. Ses plus notables monuments seront les Halles centrales, les gares des chemins de fer et la galerie des Machines. Mais le noble et bel art de l'architecture n'i/ brillera ni par la grandeur simple ni par l'harinonieuse conception du décor. Les principau.i- édifices parisiens de la période contemporaine se distinguent unicpiemcnt par des imitations, quelquefois heureuses, des divers sti/les des époques antérieures. Les plus laborieux efforts des architectes n'ont abouti, en fait de nouveauté, qu'à ces fantasques inventions du inodcni-stvlo, près desquelles le stijle rococo, tant /■aillé, parait un modèle de logique et de grâce. C est pourquoi. Monsieur et cher Proviseur, je pense, comme vous, que les constructions de la dernière moitié du di.c-neiivièmc siècle trahissent, « par leur diversité même, les incertitudes de l heure présente et les hésitations de la société sur l'orientation quelle doit prendre ». Comijie vous, après avoir lu votre livre si intéressant et si richement documenté, je souhaite <pie le vingtième siècle, plus sage et mieu.v inspiré que son devancier, « profite de le.vpéricnce acquise et donne naissance à un art (pii méritera de porter son nom ».

ANDRE TlŒllUET.

Juillet lOO'i.

TXTHOT)TT.TIO\^

Paris :i le siii<;iili('i' l)()nliciir (le posséder (les luoiiiiiiiciils (nii iiiai([ii('iit comiiu' (I iiiic si'ric (le jalons la roiili' (le II lisloirc, cl à les suivre, on arrive de siècle en siècle, ainsi (|ne d'élape en ('■lape, depuis les origines g-allo-romaines jus([u"à nos jours.

Quelle est la pensée qui a présidé à la construclion de ces édifices? Oneile a été la physionomie de leurs hôtes les pins célèbres? Quels souvenirs hisl(Mi([ues importants rappellent-ils? Tels sont les points essentiels (|ue l'on s'etîorcera de mettre en luiniei-e :

2 PAnis

tableaux vivants, avec le inonunu'iit, tantôt en Lonne place, tantôt à l'iirrière-plan ; mélanges d'art et dliistoire dans la ville du monde on l'un a eu sa plus belle éclosion, et l'autre sa vitalité la plus intense. <

Ce livre est écrit pour le Parisien justement fier de ses origines, pour le l'rançais qui voit dans Paris l'àme et le cceur de la France, pour l'étranger curieux de connaître notre civilisation là où elle a brillé de son éclat à la fois le plus radieux et le plus national.

Nous venions de terminer notre ouvrage Cnc Vieille Cité de Fraiiee, Beiins, lorsque M. Kriu>st Lavisse, à qui nous l'avions présenté, voulut bien nous suggérer l'idée de tenter quelque chose d'analogue sur Paris : « La méthode est originale, nous dit-il, il n'existe rien de semblable sur la capitale ; faites ce qui nous manque. » Et, avec sa grande netteté de vue, qui, des sommets où sa science le place, lui i)ermet de voir l'ensemble et de discerner les détails, il nous traça, à grandes lignes, le plan de l'œuvre, et excita chez nous l'enthousiasme qu'il excelle à faire naître chez tous ceux à qui s'adresse sa parole persuasive à force de chaleur et de clarté. Nous nous mîmes au travail ; il dura plusieurs années. Notre soin fut avant tout d'être bref, dans un sujet où les détails abondaient. Que de pages noircies n'avons-nous pas déchirées avec une impitoyable rigueur! Du moins espérons-nous être arrivé à notre but de prendre le moins de temps qu'il est possible à ceux qui nous feront l'honneur de nous lire.

Dans la préparation laborieuse du livre, nous avons rencontré le concours dévoué d'un ami, M. Albert Engelhard, à qui nous adressons ici nos publics remerciements. Nous faisons de même pour M. Nelson Dias, l'artiste distingué dont l'habile crayon a commenté notre texte avec intelligence et poésie.

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M. Max Delagrave, paiisicMi de race, a soigné cette ('dition avec le respect que loii a pour un document de laniille.

Merci également à M. II. Khlart, conservateur du Musée de sculpture compaii'c du Trocadéro, à M. P. \'itry, attaché au Musée du Louvre, et à tant (Taulres à ([iii uolie livre; est redevable de ce (pi'il renlernie de meilleur.

cil Ai'iTiîK piii:mii:i;

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