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LES AUTELS GAULOIS, L'AMPHITHEATRE ET LES THERMES

Les origines gauloises ilc Lulèce. — Camulogino et Labiénus autour de l'ile de \n Cité. — Les Parisiens se soumettent; leur ronianisation prouvée par les autels gallo-romains du choeur do Notre-Dame. — La statue de Gerniauicus. — L'amphilhéàlre. — Le palais des Thermes, résidence de Julien, César des Gaules. — La statue de l'empereur.

iivNsroiiToNs-Noi s par la pensée, 52 ans avant Jésiis-Ghrist, dans le Paris gaulois alors tout entier contenu clans l'ile de la Cité. La ville était fortifiée; César lui donne le nom d'oppidum dans SCS Contniciitaiics. L'enceinte, que l'eau venait battre, était faite à la manière indigène, de terrassements niainlenus par des troncs d'arljres et des clayonnages; les maisons, sortes de huttes aux toits coniques, se pressaient à l'intérieur des retranchements; elles avaient dû servir souvent à abriter les habitants des campagnes en lutte avec leurs voisins ou en danger d'être attaqués par les bandes pillardes venues de l'Orient. La tribu gauloise des Parisii avait un territoire environ trois fois plus étendu que le département actuel de la Seine. Elle comptait au nombre des peuplades les plus influentes de la Gaule.

Après cinq années de luttes sanglantes et de négociations habiles, César, croyant la Gaule vaincue, s'était rendu en Italie pour tirer profit de sa conquête au point de vue de ses idées politiques. Tout à coup, il apprend que le pays entier se soulève et que ses légions sont en danger. Il accourt et cherche à engager un combat corps à corps avec le chef

f. PARIS

arverne Vercingélorix. Celui-ci, conscient de la supériorité d'organisation militaire et de la discipline des troupes romaines, savait que la bravoure gauloise l'emporterait difficilement sur les légions incomparablement mieux armées et évoluant avec ensemble et sûreté. Il voulait, avant (le les aborder de front, les affaiblir en les désorganisant. En outre, plus la campagne se prolongeait, plus s'augmentaient les forces des Gaulois, à mesure cjue les tribus hésitantes prenaient courage et entraient dans la confédération; c'était donc manœuvrer habilement pour les Gaulois cpie de reculer en ruinant le pays derrière eux.

Cette tactique, inaugurée par Vercingétorix, fut suivie par son lieutenant Camulogène dans sa campagne autour de Lutèce. Bien que d'un âge avancé, le chef des Parisiens était plein de vigueur et d'énergie; sa confiance dans le succès de son plan était encore augmentée par la promesse que lui avaient faite les gens de Beauvais de venir à son secours. César détacha contre lui l'important cfTeclif de quatre légions, sous les ordres de son lieutenant Labiénus, avec mission d'agir promptement.

Lutèce était la base d'opération de Camulogène. La contrée environnante, arrosée par plusieurs rivières, couverte de forêts, avec des collines favorables à la défense, lui paraissait offrir les conditions les plus avantageuses pour arrêter l'élan et empêcher le déploiement méthodique des légions. 11 s'installa sur la rive gauche de la Seine, en s'appuyant sur la liauteur qui fut depuis la montagne Sainte-Geneviève et en laissant entre l'ennemi et lui les marais formés par la Bièvre. De son côté, Labiénus, parti de Sens, à vingt-cinq lieues de Paris, s'avançait avec précaution le long de la rive gauche, moins accidentée et moins propre à des embuscades; il évitait en outre ainsi d'être pris à revers par les gens de Beauvais. Arrivé devant les Parisiens solidement retranchés, il essaya de tourner les marais; mais si forte était la position de Camulogène, si mouvant était le sol où disparaissaient troncs d'arbres et fascines, que le général romain comprit bientôt l'impossibilité de surmonter de pareilles difficultés, et le lendemain, dans la nuit, sans hésitation, il leva clandestinement son camp, remonta la Seine, gagna la rive droite et se présenta devant Melun. Sa marche avait été lellement rapide que les habitants surpris se défendirent à peine ; ils avaient bien coupé leur pont, mais Labiénus, s'omparant de cinquante barques amarrées au rivage, étal)lit un pont de bateaux et réussit à faire passer son armée. Aussitôt il reprend sa marche en avant, sans abandonner d'ailleurs la flottille qui lui avait été si utile.

De Melun à Paris, la distance est courte. Cependant Camulogène, informé par ses éclaireurs, ne se laissa pas surprendre, et, craignant que

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LES A H E m; S DE L l' T E (. i:

les ennemis ne missent à profil les bateaux dont ils disposaient, peu confiant aussi dans les iaildes remparts ([iii défendaient Lutèce de ce côté, il ordonna, fidèle en cela à la tacticpie de Vercingétorix, aux Parisiens de l)rùlpr "^ '" leur ville.

En présence d'un pareil ordre, (juchiuo temps auparavant, les gens de Bourges avaient hésité et, à force de supplications, ohteiui du généralissime l'autoi'isation de se défendre : ils succombèrent, et le résultat de la campagne fut, par leur maiH[ue d'énergie, sérieusement cominomis.

Avec un patriotisme qui est tout à leur gloire, les Parisiens obéirent sans délai et, la torche à la main, mirent le feu aux armatures de bois de leurs remparts et à leurs huttes de clayonnage. Lutèce était réduite en cendres, mais elle ne devait pas être prise par Labiénus.

Paris incendié, Gamulogène put demeurer sur sa position en opérant un mouvement de conversio qui le plaçait face à l'ennemi. Son armée, échelonnée sur les pentes de Sainte-Geneviève, avait les deux bras de la Seine entre elle et les Romains ; il comptait profiter d'une marche en avant de ces derniers, pour les culbuter au passage du fleuve, avant qu'ils eussent pu reprendre leur redoutable ordre de bataille. Il attendait aussi l'arri-

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vée (le ses alliés de Beauvais pour combiner avee eux une attaque

décisive.

Labiénus avait son camp en face de la cité, dans l'espace compris entre

riiùtel de ville actuel et la place Sainl-Jacques ; il s'aperçut ])ii'ntôl du

danger qu'ofl'rait sa position et résolut de la «piitler. 'Mais franchir de vive

krce les deux bras de la "^ Seine sous les coups de 1 irmée gauloise, il n'y fallait pas songer. Il 1 ("courut alors à un stratagème pour diviser l'ennemi et, si possible, l'écraser par paquets. Ayant mandé dans sa tente les

chefs des cohortes légion-

naires, il leur donna ses instructions, qui devaient être exécutées le soir môme, à la première veille, soit à neuf heures. Cinq cohortes, remontant la rive droite, acconq^agnées d'une flottille, détourneraient l'attention de l'ennemi. En même temps, une troupe d'élite, descendant la Seine pendant quatre milles, environ jusfju'à la hauteur du pont actuel de (ircnelle, s'efforcerait d'assurer le passage aux légions venues à leur suite d'une marche jdus lente. Les moins bons soldats devaient rester à la garde du camp.

Comme il était dit, il fut l'ait. Les Romains étaient, du reste, favorisés ]iar une nuit sombre et un violent orage.

Averti que l'ennemi se mettait en mouvement et se préparait à passer la Seine sur trois points différents, Camulogène perdit de son sang-froid. Il eut le tort de sectionner son armée, dont une partie fut envoyée en amont et une seconde demeura en face de Lutèce, dans sa position primitive. Lui-même, à la tête de la troisième section, descendit le fleuve jus- . qu'à l'endroit que ses éclaireurs lui avaient désigné comme point de passage des Romains. Il ignorait (pie de ce côté seulement allait se produire la grande attaque et que, fatalement, il serait écrasé par des forces supérieures. Si prompte avait été la marche de Labiénus, que trois légions entières avaient Iraversé la Seine et s'étaient rangées en bataille avant l'arrivée du chef gaulois, qui, surpris, ne recula pas cependant. Ses guerriers se battirent avec leur valeur habituelle et balancèrent un nuiment la victoire. L'heureuse initiative des cohortes de l'aile gauche qui vinrent prendre les Gaulois à revers, décida de l'issue de la bataille. Camulogène et ses soldats, enserrés dans un cercle de fer, ne pouvaient résister à

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Tatlaque savante, aux lourd javelots de l'ennenu ; leurs longues épées se faussaient dans le combat. Mais, de même f[u"ils n'avaient pas hésité à brûler leur ville, les Parisiens ne reculèrent pas devant la mort. Se dépouillant de leur sas^iuii, ce qui signifiait qu'ils voidaient résister à outrance, ils s'élancèrent nus contre leurs adversaires, et, ne pouvant vaincre, mourui'cnt avec intrépidité.

Paris avait reçu le baptême du sang.

Maître du champ de bataille, Labiénus ne poursuivit pas son avantaoe, trop heureux de ce demi-triomphe. Il rappela à lui les soldats (pii, sur son ordre, avaient remonté la l'ive droite! du fleuve et ceux ([ui axaient été laissés à la garde du camp, ])uis se dirigea vers Sens j)oiir rejoindre César, fort occupé au siège d'AIésia, tombeau de l'indépendance gauloise.

L'armée de Beauvais arriva troj) tard, le lendemain seulement, au secours de Camulogène. Si les confédérés eussent pu opérer leur jonclion avec les Parisiens, c'en était l'ait de Labiénus, et probablement aussi de César.

Le nom de Camulogène n'en brille ])as moins d'un vif éclat à coté et au-dessous de celui de \'ercingétorix, ;i l'aui'oi-e du noire hisU)ii'c.

Après avoir défendu héroiipiemenl leur indépendance sans reculer devant aucun sacrifice, après avoir perdu des millions d'hommes, brûlé leurs villes pour aflamer l'ennemi, les (iaulois (|ui avaient, avec \'ercingélorix, déposé leurs armes aux pieds de César, liment désormais leur promesse d'être fidèles à l'empire. Ils acceptèrent sans arrière-pensée les bienfaits de la paix romaine. Nous en trouvons \ ..vA? la preuve à Paris même, en inlciprciaiit V ■"' ■ "^ < '• . - 1 =*.. , '3 les figurations et inscriptions des autels ^'^^^^•■'':.'Ml^"^g|^:^J^^ jiallo-romains découverts en 1710, lors des fouilles pratiquées sous le ch«'ur de Noire-Dame, et conservés aujourd'hui au mus('e Caiiiavalet. Si inconqdels et si frustes ipi'ils soient, ces documents la[)idaires témoignent des progrès acconi[)lis par ridé(> romaine dès les premiers siècles de l'ère chrétienne dans le territoire des /'(-///.s//. ,

On y voit, à côté de Céruiunos représenté accroupi avec des cornes de cerf qui lui sortent du front, nombre de divinités empruntées au Panthéon romain, et une étude minutieuse de leurs attributs montre nettement la fusion des croyances des deux peuples vivant côte à cote et se pénétrant réciproquement.

Il y a plus : les données de l'archéologie sont confirmées par celles de

l'épigraphie. Voici Tinscriplion qui se lit sui' l'une des faces de l'un de ces blocs quadrangulaires :

SOi;S TIBÈRE-C.ÉSAH-AUGL'STE

.\ JUPITER TRÈS PUISS\>'T, TRÈS IIRXND, SVrilÉME

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