Arch. dipl. Fior., carte di San-Michele-in-Borgo
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vestiges que sur deux points : l'antique Porta Aurea qui subsiste en partie, et la Porta al Mare.
Porta Aurea. — La porta Aurea, à cause des grands
Fig. 4. —Vue de la Porta Aurea restaurée.
souvenirs historiques qui s'y rattachent, est un reste des plus précieux qui mérite de fixer l'attention.
On la découvre dans une des rues étroites à gauche de San-Frediano. Ce nom de porta d'Oro lui fut donné en souvenir du triomphe des Pisans, qui entrèrent par là
dans la ville, après la conquête des îles Baléares, en 1115. Sur la porte de l'église Madonna-de'-Sigg-Galletti, on lit une inscription qui fait foi de cette origine; nous en extrayons les vers suivants, relatifs à notre sujet :
Civibus egregiis hec Aurea porta vocatur In qua sic dictât nobilitatis honor
Annis millenis decem centum cum quinque peractis Ex quo concepit virgo maria deum *.
Cette porte se compose d'un arc principal (fig. 4), où passaient les chevaux et les chariots, et d'une porte à
Fig. 5. — Porte de ville dans les fresques du Campo-Santo.
gauche plus basse réservée aux piétons. Par suite de l'exhaussement considérable du lit du fleuve, ce monument est enterré d'environ 2 mètres. Dans la partie supérieure étaient ouvertes deux baies circulaires qui donnaient accès à un plancher extérieur, sorte de brétèche que l'on
4. Cette porte fut nommée porte d'Or par les citoyens illustrés dans la guerre, pour que leur célébrité fût ainsi rappelée... (4445 ans après la naissance de J.-C.j.
plaçait en temps de guerre pour défendre l'accès de la porte ; on retrouve encore tous les trous qui servaient à passer les solives.
Ce n'est pas là de notre part une simple hypothèse. L'usage de ces sortes d'encorbellements, au-dessus des entrées de villes, était répandu en France; M. Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire d'architecture, en cite un exemple fort curieux relevé sur une ancienne miniature. On voit aussi dans les fresques du Campo-Santo , au-dessous des portes de ville, des saillies pour la défense (fig. 5). La construction qui nous occupe, très -soignée, malgré quelques irrégularités, fait supposer une époque peu éloignée des Romains. On remarquera, comme indication curieuse de l'art militaire de ce temps-là , le soin qu'on prit de placer cette porte sur le retour de la fortification, afin que l'ennemi, avant d'y parvenir, fût obligé de défiler devant les remparts, le flanc découvert et exposé aux projectiles des assiégés. Cette défense était d'autant plus importante que la via Emilia, qui reliait Pise à son port, en débouchant du ponte Nuovo, entrait par la porta Aurea ; elle ressortait par le second pont de l'Auser, dans la direction de Lucques (fig. 8) .
Près de cette porte s'éleva plus tard une statue colossale, à l'endroit appelé Canlo del gigante. On y lisait une inscription relative à l'érection de ce monument, en 1124.
Porta al Mare. — Les murailles, prolongées d'une centaine de mètres parallèlement à l'Arno, tournaient ensuite à angle droit, et à peu de distance on trouvait une seconde porte dont les ruines existent encore dans la via
San-Giorgio, près de l'église de ce nom, marquée sur le plan de Bonanno.
Cette porte s'appelait al Mare (fig. 6) ; quoi qu'en dise Repetti, elle ne paraît pas avoir été percée après coup, et
Fig. 6. — Porta al Mare.
sa construction est parfaitement identique avec celle de la porta Aurea. Elle se compose d'un seul arc extradossé et d'un magnifique appareil dont les lits sont dressés à l'antique.
Cuinsica. — La population de Pise était loin d'être comprise dans l'étroite enceinte dont nous venons d'examiner les restes, elle se répandait encore dans ses faubourgs et s'étendait même sur la rive gauche de l'Arno, dans le quartier de la Chinsica. Ces parties de la ville n'étaient pas si bien bâties que celles du centre, la Chinsica notamment ne se composait que de cabanes sans défense.
On raconte que le roi Musetto, profitant de l'absence de beaucoup de ses habitants, put y entrer et y mettre le
feu, et qu'elle dut son nom à cette circonstance : une dame Chinsica aurait, par ses cris, averti les Pisans, et sauvé le reste de la ville; et, en reconnaissance de ce service, on lui aurait élevé le monument qui existe encore aujourd'hui, près de Saint-Martin (6g. 6), sous le nom de Madonna Chinsica. — Cet événement est postérieur au temps dont nous parlons, mais le style du monument est le même que celui des chapiteaux de San-Felice et se rattache par conséquent à notre récit actuel. En effet, un tel fragment de sculpture ne saurait être attribué au xi e siècle, il n'a rien de byzantin et porte le caractère de la statuaire de la décadence ; on y découvre des défauts de dessin très-graves, les genoux sont placés trop bas, les mains, les yeux d'un contour grossier ; les plis sont empâtés ; cependant, on est forcé de le reconnaître, on y retrouve un certain sentiment, une noblesse de pose qui survécurent longtemps à la ruine de l'art romain.
Ce fait n'infirme en rien l'authenticité de la tradition; rien n'est plus commun aux époques de décadence que de faire servir d'anciens débris à célébrer des faits et des personnages nou- Fig ' 7 - " Madonna chinsica veaux; on ne doit pas s'étonner ici de voir les Pisans du xi e siècle élever à leur héroïne une statue du Bas- Empire.
Port. — Tandis que nous nous occupons de l'origine de Pise et des circonstances qui furent comme le berceau de ses arts et de sa puissance, il est impossible de passer sous silence un des éléments les plus actifs de sa prospérité, son port, qui fut au moyen âge le trait d'union de la Toscane avec l'Orient. — D'ailleurs, quoique distant de la ville, ce port, par les relations continuelles qui l'y rattachaient, en faisait presque autant partie que la Chinsica elle-même.
L'antiquité du port de Pise se perd dans la nuit des temps.
Denys d'Halicarnasse et Diodore de Sicile nous apprennent déjà que les Pisans possédaient une marine puissante. Strabon, le plus ancien des historiens, atteste qu'ils faisaient un grand usage de la navigation. Gori * cite un marbre antique sur lequel il est fait mention de deux associations d'ouvriers , l'une pour la construction des instruments nautiques, l'autre pour les gros bois des navires. Appien affirme que les Pisans s'étaient acquis chez les Étrusques, une gloire maritime immense.
Parmi les plus précieux renseignements sur ce port, on doit compter le récit de Claudius Rutilius Numatianus. Cet illustre Gaulois, dont le père avait occupé de hautes charges en Toscane et inspiré une affection particulière aux Pisans, commença son voyage maritime en l'an 1169 de la fondation de Rome, c'est-à-dire 416 de notre ère 2 . Il raconte son admiration après avoir doublé l'île de Gorgone et dépassé la Meloria, en apercevant ce port si re-