‹ Les monuments de Pise au moyen ageChapitre 18 sur 44 · Tronci : in ipso; Martini : in esse · texte numérisé non relu

Tronci : in ipso; Martini : in esse

celui du premier projet. Le vague des traditions, l'incendie dont les archives du Dôme furent la proie, nous privent, il est vrai, de renseignements positifs à cet égard. Cependant, le chroniqueur Ranieri Sardo raconte, qu'en 1099, l'empereur des Grecs promit d'achever le Dôme à ses frais, ce qui semble indiquer que les travaux furent suspendus, faute d'argent, et que leur direction fut différente, comme il arrive toujours après une suspension. D'ailleurs, sur les murs mêmes on retrouve une modification évidente.

Il est présumable que le plan primitif se rapprochait beaucoup plus de la forme grecque, et qu'il avait dans sa longueur plusieurs travées de moins qu'aujourd'hui. En effet, au droit du cinquième pilastre au midi, à partir de la façade principale , on remarque comme une ligne de démarcation entre deux époques différentes.

Ce cinquième pilastre est le point où l'édifice a le moins tassé, et il sépare deux constructions très-dissemblables.

Dans un de nos voyages à Pise, en 1859, nous avons eu occasion de voir les fondations découvertes , et nous avons pu, grâce à cette circonstance, faire nettement cette observation.

Ainsi le blocage A (fig. 12) des fondations, vers le transept, est composé d'un mortier plus gris ; il contient dans son béton un plus grand nombre de morceaux de briques, tandis que , vers la façade , le mortier est plus riche en chaux et les éléments de blocage plus soignés. De même , dans l'élévation , les matériaux, plus petits vers le transept, sont composés de marbres noirs auxquels le lichen qui les recouvre donne la teinte uniforme de tout l'édifice. Au-dessus de ces petits matériaux et du côté de la façade

principale, l'appareil se compose alternativement de quatre ou cinq assises blanches et d'une bande noire.

Cette différence de construction se retrouve dans les ornements et la décoration au dehors et au dedans.

Précisément à ce point que nous étudions , ou voit, dans les fondations du midi, un gros bloc de marbre B (fig.12),

Fig. 12. — Fondations de la façade méridionale au cinquième pilastre.

espèce de libage présentant sa tête vers la façade, et d'une dimension suffisante pour porter un pilastre d'angle.

Ce bloc est soutenu par des pierres plus petites C (tig. 12) qui changent de nature et de grandeur de la droite à la gauche du libage. Nous sommes persuadé qu'une fouille pratiquée dans le dallage de l'église découvrirait le fondement de la façade projetée et abandonnée, parce qu'au

pilastre correspondant du côté du nord nous avons constaté le même changement de matériaux.

Une fondation transversale explique les tassements qui ont eu lieu dans les nefs, et on conçoit que ce mur, qui est mieux fondé, ait résisté aux affaissements de l'église.

Cette conjecture est confirmée aussi par la déviation des murs. Nous avons tendu, le long de la façade méridionale, une ligne droite qui, au lieu de coïncider avec la muraille dans toute son étendue, s'en éloignait de m 80 e au cinquième pilastre. On sait qu'à Saint-Pierre de Rome, Carie Maderne fonda les nefs avec une précipitation qui fit commettre une erreur dans la continuité des axes. 11 dut y avoir à Pise, dans l'allongement de l'église, un défaut analogue de construction.

Architecte. — Les observations que nous venons de faire suffiraient pour révéler la présence de deux architectes, et nous allons voir, en effet, que l'histoire du monument est d'accord , dans cette circonstance, avec les traces que nous a laissées la construction.

S'il est vrai, comme on l'a souvent répété, que le style est l'homme, nous ne devons pas seulement examiner, les pierres, qui n'ont de prix que par l'empreinte plus ou moins visible du génie humain , il faut toujours remonter à l'auteur, qui reste l'âme de ses ouvrages. Recherchons donc les noms des admirables ouvriers de cet édifice.

. Depuis que Constantin avait transporté à Constantinople le siège de l'empire, l'Italie gémissait de sa pénurie d'artistes, et elle avait le plus souvent eu recours à l'école byzantine lorsqu'il s'était agi d'élever d'importants monuments. Elle était, à la vérité, couverte de ruines an-

tiques, modèles et matériaux précieux pour les nouvelles constructions; mais elle manquait de mains capables de les relever et de les coordonner sur d'autres plans.

Buschetto. — Ce furent ces mains habiles que les Pisans eurent la fortune de trouver en confiant leur œuvre à Buschetto.

Mais quel était ce Buschetto, dont il est si intéressant pour l'art de connaître l'origine? Était-il Italien? ou bien venait-il d'Orient, comme tant d'autres artistes, apporter à la triste Italie quelques rayons des arts byzantins?

Malheureusement, les vers qu'on lit sur le tombeau

dé Buschetto, étant effacés en partie, ne décident rien. Ce

distique

Busketjac hic ingeniorum

Dulichio prevaluisse duci.

peut se restaurer en considérant Dulichio comme le nom de la patrie de Buschetto ou comme un adjectif se rapportant à duci. Un ancien manuscrit, porté depuis à la bibliothèque Vaticane, où on lisait : Buschetum ex Grœcia favore Constantinopolitani imper atoris obtinuerunt ; un livre de la cathédrale, où, suivant l'auteur Del Santuario Pisano, on remarquait ces mots : Buschetto da Dulichio 1 ; enfin, la physionomie grecque du nom, sont les preuves des antiquaires qui soutiennent l'origine byzantine de l'illustre architecte 2 .

D'un autre côté, Repetti se prononce formellement pour

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