‹ Les monuments de Pise au moyen ageChapitre 19 sur 44 · Morrona, Pisa illustrata, lib. I · texte numérisé non relu

Morrona, Pisa illustrata, lib. I

2. Nous rappellerons aussi le document suivant : Fa l'anno1080 con Ildebrando del Giudice, Uberto, Leone, Signoretto Alliata e Buschetto

l'opinion qui donne à l'auteur du Dôme l'Italie pour patrie; il s'appuie sur un contrat de la cathédrale, passé à Ripafratta le 2 décembre 1105, dans lequel Buschetto, fils de Giovanni Giudice, est désigné parmi quatre personnages qui auraient travaillé au dôme de Pise : Uberto, Leone, Signoretto e Buschetto.

Au nombre des auteurs qui revendiquent Buschetto pour l'Italie, nous citerons encore Morelli ; celui-ci rappelle l'inscription suivante que Dondius lut à Rome, vers 1375, sur l'obélisque du cirque de Néron, relevé vingtcinq ans auparavant :

Ingenio Buzeto bis quinque puellae Appositis manibus banc erexere columnam.

Il la rapproche de celle du tombeau de Buschetto à

Pise :

Busketi nisu, quod erat mirabile visu, Dena puellarum turba levavit onus.

Il conclut enfin que cette dernière a été imitée de la précédente, que Buzeto et Busketus sont le même nom 1 , et que cet architecte illustre n'était pas venu de l'étranger.

Nous laisserons donc choisir, parmi ces preuves contraires, quoiqu'il nous semble plus simple de penser que l'Orient, fournissant des modèles à Pise, y envoyait aussi des artistes. Toujours est-il que le nom de Buschetto est intimement lié à l'histoire du Dôme, dont il fut le fon-

da Dulichio che fu l'architecto ; il capo di detti fu Ildebrando, gli altri furono ministri e ufficiali deir opéra corne si trova vell archivio di detta opéra. Arch. dipl. Fiorent., carte délia Primaziale di Pisa. 4. Jacopi Morelli, Epistolœ septem. 4849.

dateur, et le seul que mentionnent les vers pompeux qu'on lit sur le tombeau. Ce nom fut si grand dans l'esprit de ses contemporains, qu'ils placèrent ses louanges auprès des inscriptions rappelant les hauts faits de la république , et qu'ils confondirent dans une même estime la gloire des arts et la gloire des combats.

Rainaldo. — A la mort de ce grand homme, dans les dernières années du xi e siècle, l'édifice était à peu près terminé , du moins jusqu'au point où nous avons signalé un changement dans la construction; mais il fut achevé par un certain Rainaldo, qui avait secondé Buschetto pendant la première partie de la construction, et qui mieux qu'un autre devait hériter de son talent. Une inscription en mosaïque (pi. xlvii), placée sur la façade en l'honneur de Rainaldo, nous révèle ainsi son nom :

Hoc opus eximium , tarajmirum, tam pretiosum, Rainaldus prudens operator et ipse magister Constitua mire, sollerter et ingeniose.

Le sens de ces mots et la position en évidence où ils se trouvent écrits, s'opposent, selon certains critiques, à ce que Buschetto ait été l'architecte du Dôme. Sans parler de l'inscription du tombeau, qui démontre clairement la fausseté de cette assertion, nous trouvons, dans beaucoup d'annales anciennes et inédites, que les maîtres les plus renommés accoururent pour prêter à Buschetto leur concours dans l'immense édifice qu'il avait entrepris. Rainaldo fut sans doute un de ces hommes attirés par la réputation du maître, et qui, à sa mort, fut chargé de l'achèvement de son œuvre. Les mots hoc opu$ peuvent très-bien ne

s'entendre que de la façade, operator signifie maître ouvrier; quant à l'expression magister* Ducange, Facciolati et d'autres assurent qu'elle s'appliquait au chef des travaux. L'inscription porte encore : et ipse, ce qui relève l'importance de magister et indique la succession : on doit donc penser qu'il eut le premier titre avant la mort de Buschetto, et le second lorsqu'il le remplaça. Nous verrons bientôt, en parlant du baptistère, que Dioti- Salvi en est désigné comme l'architecte par le seul terme de magister.

Dédicace. — Le nouvel architecte termina les travaux en 1100; mais la dédicace n'eut lieu qu'en 1118, par le pape Gélase IL

Révolution opérée dans les arts par le Dôme. — Les Pisans étaient justement fiers de l'église qu'ils venaient d'élever dans leurs murs et qui défiait par sa magnificence toutes les villes voisines; ils y voyaient le souvenir de leur antique prospérité dans les nombreux fragments et inscriptions des siècles romains dont elle est remplie; ils y lisaient leur gloire, comme dans un livre toujours ouvert, sur ces pompeuses inscriptions qui racontent leurs victoires ou qui conservent les noms de leurs héros; ils ensevelissaient leurs morts à ses pieds, les confiant à la protection de son ombre tutélaire; ils y trouvaient en même temps la satisfaction de leur foi, de leur patriotisme et de leur piété filiale. C'était le centre de leur vie, la maison de la vie privée et aussi la maison de la vie publique à laquelle se rattachaient tous les grands actes de l'État; une entreprise importante allait-elle commencer,

une guerre, une croisade, étaient-elles à décider, ils se réunissaient au Dôme, et ces glorieuses délibérations de citoyens libres s'accomplissaient autour du sanctuaire; une

Fig. 13. — Façade latérale de San-Matteo.

peste venait-elle à éclater, toutes les prières convergeaient vers le Dôme ; c'était au Dôme qu'on prenait la fameuse madonna di sotto gli organi y pour l'y reporter ensuite processionnellement. Ils y entassaient tous leurs souvenirs,

tous leurs trophées, et par une naïveté qui ferait sourire notre siècle sceptique, ils y suspendaient la peau du célèbre serpent de Migliarino, qui avait causé tant d'effroi dans les environs.

On comprend l'amour qui rattachait les Pisans à ce glorieux monument, par l'impression profonde qu'on reçoit en pénétrant dans ces nefs immenses et qu'il est impossible de décrire. On est saisi d'une véritable émotion au milieu de cette forêt de colonnes * où se perdent mystérieusement des filets de lumière, dans cette pénombre où tant de perspectives hardies et imprévues se lèvent devant vous en changeant sans cesse, sous ce toit merveilleux qui abrite à la fois le génie antique, l'art mystique du moyen âge et les souvenirs de huit siècles.

On s'explique alors la vénération des Pisans pour ce chef-d'œuvre, et aussi la révolution qu'il opéra dans les arts; on conçoit, en la partageant, l'admiration qu'il causa aux contemporains, et la séduction qui entraîna l'Italie, pendant deux cents ans, à y chercher des modèles. En effet, nous voyons, au xi c siècle, à la suite de la cathédrale, s'élever, seulement à Pise : San-Matteo, dont la façade postérieure, cachée dans un couvent, est imitée du Dôme (1100), San-Andrea (1100), San- Paolo all'Orlo (1110), San-Andrea in Chinsica (lllft, pi. xxxii), San-Pietro inVinculis (1119), San-Michele degli scalzi, (1177), San-Martino (1195), et une foule d'autres églises dans les régions environnantes, qui furent comme un cortège d'honneur pour cette reine des basiliques.

4. On compte dans toute l'église quatre cent cinquante colonnes.

5i MONUMENTS DE PISE.

SAflTA-AGATA. — SAINT-SÉPULCRE. — LE BAPTISTÈRE. DIOTI-SALVI.

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