‹ Les monuments de Pise au moyen ageChapitre 25 sur 44 · Profess. Aless. Romani. . .. per solazzo e difeza · texte numérisé non relu

Profess. Aless. Romani. . .. per solazzo e difeza

dont le haut est démantelé, il y a plus de richesse; les moulures et le joli chapiteau roman que nous donnons

Fig. 22. — Profil des bandeaux et chapiteaux du second étage sur une maison romane, près de San-Frediano.

ci-contre (fig. 22) sont la preuve que le fond de la construction devenait alors visible.

Fig. 23.

Console à rez-de-chaussée, maison romane derrière San-Frediano.

Notons en passant les corbeaux (fig. 23), sur la façade en retour, qui supportaient probablement les poutrelles d'un pont pour relier cette tour à sa voisine.

Les restes de constructions qui nous indiquent l'existence des balcons sont confirmés par plusieurs peintures du Campo-Santo, dont nous avons recueilli quelques fragments (fig.24).

On y verra la justification de notre restauration.

A l'intérieur, on retrouve un ancien plancher, peut-être le seul subsistant à Pise de cette époque, et

Fig. 24. — Ancien balcon dessiné d'après une fresque du Campo-Santo.

porté sur un système semblable de corbeaux (fig. 25) . Le plancher au-dessus, soutenu de même, se trouvait dans une position perpendiculaire au premier. Tous les bois en ont disparu *.

Les étages du bas devaient renfermer les appartements et les chambres d'habitation , que les balcons rendaient plus agréables, tandis que la partie supérieure était vrai-

Pig. 25. — Détails d'an plancher intérieur (maison romane derrière San-Frediano).

semblablement réservée aux salles d'armes et aux petits arsenaux des tours.

Les tours des principales et des plus riches familles

4 . Voir l'excellente restauration qui a été faite de cette maison dans . l'Architecture civile et domestique au moyen âge et à l 'époque de la Renaissance, de MM. Verdier et Cattois. — A. Morel, 13, rue Bonaparte.

étaient couronnées de créneaux , indication de puissance qui obligeait leur propriétaire à fournir une galère à la république.

Il est probable que, dans les petites habitations, la tour composait tout l'édifice, mais que, dans les grandes, la tour s'élevait sur un point seulement, comme au palais del Podesta, au Palais-Vieux de Florence, ou au palais public, à Sienne.

Dans la via Santa- Maria, près du cabinet d'histoire naturelle, on remarque une série de cessortesd'habitations, toutes composées de la même manière, avec de grands arceaux dans le bas et des baies plus petites au-dessus. On y observe les corbeaux ordinaires en pierre, accompagnés de trous

À f fiff 26^ dans lPS- Fifi: ' 2Ô * — Ancienne maison ( yia Santa-Maria).

quels on faisait entrer les solives des planchers exté-

Fig. 27. — Tour ruinée, via dclle belle Toni.

rieurs, et au-dessus, des crochets B (fig. 26) qui devaientrecevoir la lambourde du toit des balcons et les empêcher de se déjeter en dehors.

Au rez-de-chaussée, on retrouve les corbeaux qui soutenaient le pied des jambes de force ou consoles des balcons.

Il est' difficile de savoir comment les vastes arceaux de ces maisons, qu'on voit aujourd'hui remplis d'une maçonnerie moderne, pouvaient être fermés. Nous serions portés à croire qu'ils l'étaient en briques , d'après un exemple que nous avons découvert dans une des ruelles de Pise, où la brique, très-soignée, était certainement du même âge que les piédroits qui l'encadraient.

La via délie belle Torri nous offre plusieurs spécimens intéressants de ces constructions. On aperçoit dans l'une d'elles, dont nous donnons ci-contre un croquis (6g. 27), 'un reste de solive extérieure et la tête d'une gargouille.

L'histoire nous a conservé le souvenir de plusieurs tours de Pise qui ont disparu dans la suite des temps.

. La tour la plus large et la plus élevée de Pise était la Torre vittoriosa. Elle avait été bâtie en 1336, en tête du pont délia Spina, à l'endroit où un combat des plus violents fut livré par Bonifazio délia Gherardesca contre les rebelles, qu'il défit. Une inscription commémorative de cette victoire y avait été placée.

Tronci rappelle qu'il existait une tour dite dei Giudici di Gallura, située en avant de la rue du Borgo , sur la place de Porci, et que cette tour, en 1325, s'écroula, ainsi que beaucoup d'autres , sous les coups d'une bourrasque furieuse. Il ajoute que cinquante personnes furent écrasées par sa ruine.

La plus fameuse est la tour de la Faim, où mourut Ugolin. Les restes en ont subsisté longtemps sur la place des chevaliers de Saint-Étienne. Lorsque Ugolin fut pris, l'archevêque et ses adhérents se servirent de la tour dei Gualandi, aussi appelée délie sette Yie, à cause des sept rues qui débouchaient autour d'elle, et ils l'y enfermèrent avec ses enfants pour l'y faire mourir. C'est après cette mort tragique qu'on nomma cette même tour Torre délia Famé.

Brève pertugio dentro délia muda 1 La quai per me ha '1 titol délia Famé.

(Dante, /»/"., cant. xxxm.)

4. Muda est l'endroit où Ton mettait les oiseaux de proie pour

L'histoire de plusieurs tours se rattache à ce drame affreux. Le palais del Comune et le palais du Peuple, où logeait Ugolin, se trouvaient l'un et l'autre sur remplacement du Mont-de-Piété : tous deux étaient fortifiés- d'une ' tour. D'après une inscription placée dans le cloître de cet établissement, le comte se serait réfugié dans une de ces tours, où il fut pris.

Restauration. — Les nombreuses restaurations que subirent les tours rendent presque impossible de se faire une idée exacte de leur première forme. Chaque faction victorieuse commençait par raser les habitations de ses ennemis, et ceux-ci relevaient leurs tours aussitôt que la fortune leur souriait de nouveau. On s'explique ainsi les portions considérables reprises à diverses époques et les reconstructions en briques, matériaux moins chers et plus à la portée des vaincus. Nous avons figuré ci-contre ce genre de surélévation (fig.,28).

Ruine totale. — Mais ces ruines partielles n'étaient rien auprès de la ruine totale qui devait les frapper lors de la seconde conquête de Pise par les Florentins, en 1509. Ces ennemis impitoyables les rasèrent toutes à la hauteur de 15 ou 16 mètres, qu'elles dépassent rarement maintenant. Ce fut une effroyable catastrophe. La destruction fut si complète, que la ville était inhabitable sous Jules JI.

En effet, l'histoire raconte qu'on avait proposé à ce pape d'y asseoir un concile qu'il devait réunir, et il ré-

renouveler leurs plumes, ce qui laisse penser à Buti que cette tour servait à renfermer Y aigle public.

kmê

Fig. 88. — Ancienne tour surélevée en briques.

pondit qu'après tant de ravages, on ne pourrait trouver de maisons pour les évêques. Voici un fragment de la lettre qu'il écrivit à cette occasion : Quis ignorât, quod dolenter dicimus, urbem Pisas, prope quatuordecim continuos annos obsessam durissime fuisse et ad eam desolationem bello redactam ut rarissime

DOMUS INTEGRTS PARÏE- T1BUS IN ILLA CONSIS- TANT, ET FERE SINT QUjE CONTIGNATIONIBUS ET SOL ARIIS MUNI ANTUR .

Habitarentne ibi sanctœ Romance Ecclesiœ cardina les , palriarchœ , archiepiscopi, episcopi, abbates , principes ?

etc 1 .

4. Qui peut ignorer, nous le disons avec douleur , le siège cruel que Pise a subi, et la désolation où la guerre Ta réduite; de sorte que peu de maisons y con-

Si le sommet de ces tours a été abattu partout, les parties inférieures subsistent généralement; elles avaient été presque perdues sous les enduits et les crépits modernes, lorsque le tremblement de terre de 18ft6, en ébranlant les pierres, dessina par des crevasses les anciennes ogives sur un grand nombre de façades.

Maisons du peuple. — A côté de ces forteresses intérieures dans lesquelles se renfermait l'aristocratie du pays, comme dans les vieux donjons de nos châteaux français, il y avait, au dire de Flaminio-dal-Borgo, des demeures beaucoup plus modestes, souvent misérables et quelquefois en bois. C'est là qu'habitaient i popolani (les bourgeois) , et minuti (le menu peuple) . Par un mouvement analogue à celui qui amena chez nous l'émancipation des communes, tous ces gens du peuple s'étaient ligués pour résister aux tyrannies des grands. Ne pouvant avoir chacun leur palais fortifié, ils s'étaient cotisés pour avoir le palais commun, où s'élevait une tour, la plus haute et la plus forte de la ville, et ils s'y réunissaient au premier signal. Cette, touc, del comune, manifeste au xn e siècle le caractère démocratique des républiques italiennes.

Rues, dimensions. — S'il est vrai que la population pisane s'éleva dans ces temps à 120,000 âmes, on conçoit combien elle devait être resserrée dans une enceinte

servent leurs murs debout, et qu'on n'en. trouve presque pas qui soient

encore garnies de planchers et de terrasses; où pourraient habiter les

cardinaux de la sainte Église romaine, les patriarches, archevêques? etc..

(Flaminio dal Borgo, Dissert. suW origine délia Umversita

Pisana.)

qui ne contient en superficie qu'environ 250,000 hectares, ce qui laissait par conséquent 20 mètres seulement à chaque habitant 1 . On s'explique alors l'étonnante élévation des édifices et le rétrécissement des rues.

La largeur de la rue du Bourg, sans doute la plus importante, n'excède pas 4 m 50 en certains endroits, et la via délie belle Torri, que son nom semble ranger parmi les plus remarquables, n'a pas en moyenne plus de 5 m 50, non compris les encorbellements qui réduisaient peut-être à 3 mètres le passage de la lumière. Avec nos habitudes de larges rues, de maisons alignées et nivelées par une administration d'une géométrie implacable, nous sommes étonnés de ces ruelles profondes, encaissées dans des constructions de 30 à 40 mètres de hauteur, et nous nous sentons saisis de surprise devant leurs perspectives aiguës et brisées.

Physionomie des rues. — Pour nous, fatigués à Paris de la monotonie des longs horizons de pierres, nous aimons à nous jeter par le souvenir dans ces ruelles si dédaignées aujourd'hui. Là, dans leurs ombres mystérieuses, murmure à toute heure une foule de promeneurs, de marchands et d'acheteurs, comme les flots d'un torrent profond; les boutiques, ensevelies dans les ténèbres du rez-de-chaussée, ne laissent apercevoir que la lampe aux pieds de la madone; les étalages, pour arrêter les passants et recevoir la clarté du ciel, envahissent, en dépit

4. L'enceinte de Paris est de 7,802 hectares. En comptant 1,700,000 habitants, on trouve 748 mètres par habitant, plus de dix fois ce qu'avaient les anciens Pisans.

des règlements, la voie publique qui est pleine de vie et de liberté. La rue appartient à tous, et tous y vivent; on voit là dans leurs ateliers ouverts le serrurier et le forgeron frapper leur enclume ou exciter leur fourneau ; le potier devant son tour, et le tisserand penché sur son métier : c'est le rendez-vous général où tout le monde se connaît et se rencontre. Cependant la cloche du campanile voisin domine de ses éclats le bruissement de la multitude; au détour de la rue une procession paraît, elle déploie ses riches' bannières, ses images de saints, ses costumes variés de pénitents et de confréries, ses torches éclairant les dessous obscurs des encorbellements; tous les bruits s'arrêtent. C'est peut-être une châsse de saint Ranieri qui s'avance; les étalages se rentrent, les outils disparaissent, tous s'inclinent au milieu d'un silence que troublent seules les trompes des jeunes clercs. Puis la procession passe, le bruit se relève peu à peu, les chansons et le tumulte reprennent leur cours.

A ce balcon d'où pendent les larges plis d'un tapis de Syrie, une femme s'appuie en rêvant; sa figure, éclairée d'en haut, se détache sur le fond de la galerie tendue de broderies arabes. Çà et là le soleil, forçant les obstacles, jette comme des franges d'or sur ces hautes façades, dont les murs hérissés de poutres, de toits, de planchers, d'étoffes, contrarient et découpent les rayons à l'infini. Làbas, où la rue tourne, se dresse une tour, comme une aiguille de pierre; au-dessus de la couronne des créneaux on aperçoit encore la baliste qui servait à lancer des pierres pendant la dernière lutte civile. Voilà une rue au moyen âge ; ce souvenir aujourd'hui est comme une vision lointaine que l'imagination, poursuivie par le spleen,

embrasse avec ardeur. Peut-être paraîtra-t-il barbare d'aimer une telle ville et une telle société, mais qu'importe, nous serions satisfaits d'être appelés barbares en compagnie des hommes qui ont élevé le Dôme et ciselé l'église de la Spina. Malheureusement, aujourd'hui, nous en sommes réduits à l'archéologie, et nous ne pouvons plus vivre que d'histoire.

Ponts. — Après les habitations, nous avons encore à parler des ponts, que nous passerons tous ici en revue bien qu'ils n'appartiennent pas tous à la même époque, afin de simplifier l'ensemble de notre récit.

Ces ponts, du reste, sont plus intéressants par les faits qui s'y rattachent que par leur architecture, qui n'offre rien de fort remarquable. Ils nous rappellent des détails curieux sur les mœurs et la vie municipale au moyen âge.

Ponte Nuovo (autrefois devant la Spina) . — En 1128, quelques nobles citoyens de la ville, pour l'ornement de leur patrie, résolurent de construire un pont sur l'Arno; ils le nommèrent ponte Nuovo. Ces citoyens, qui étaient les Cortevecchia, les Gualandi, Gaetani, Galli, Duodi, après avoir eu l'assentiment de l'archevêque et des chanoines, mirent la main à l'œuvre. Les autres citoyens, qui n'étaient ni moins nobles ni moins riches que ces derniers, furent mécontents de n'avoir pas été instruits de ce projet, et ils voulurent brusquement en empêcher l'exécution. De ce nombre se trouvaient les familles Albizzi, Uguccione, Gentilizio, Pandolfo.

Il survint alors une grande division dans la ville,

les deux factions ayant leurs adhérents et leurs chefs.

Les premiers, voyant les matériaux tout prêts, commencèrent à maçonner du côté de Santa-Maria, précisément au mois d'août, et, malgré l'opposition, la pile fut achevée; mais lorsque les constructeurs voulurent bâtir du côté de Saint-Antoine, le parti contraire s'y opposa les armes à la main, et il en résulta bientôt une telle discorde civile, qu'on ne put procéder à l'élection des nouveaux consuls, et qu'il n'y avait plus de gouvernement.

Les ennemis de la construction, voyant qu'ils ne pouvaient l'empêcher, à cause des nombreux défenseurs qui couvraient sans cesse les travaux, se portèrent aux maisons de leurs adversaires pour les saccager ; ils s'emparèrent de la tour de Gualfredi Gualandi, qui était remplie de richesses, et ils l'incendièrent avec tout ce qu'elle renfermait.

Dans ce désordre non-seulement on ne faisait pas. l'élection du magistrat suprême, mais encore le conseil général ne se réunissait plus. Les choses, pendant plusieurs mois, allèrent de mal en pis. La république penchait vers une ruine complète, lorsque des hommes haut placés par leur naissance et ayant à cœur le bien public se réunirent, et, à force de prudence, parvinrent à rassembler le grand conseil où l'on créa douze consuls, capables, par leur jugement et leur autorité, de bien gouverner; ceux-ci promirent, pour rétablir l'union, de n'épargner ni leurs parents ni leurs amis. Aussitôt en charge, ils appelèrent les chefs des deux partis, les supplièrent pour le bien public de déposer toute rancune, en les menaçant, s'ils persistaient dans leur haine, de la vengeance des lois. Pour enlever jusqu'aux racines de la dis-

corde, ils défendirent à ceux qui empêchaient la construction de toucher à ce qui était commencé, puis à ceux qui en étaient les auteurs de continuer l'ouvrage, ajoutant que la commune était décidée de le continuer à ses frais, ce qu'elle fit plus tard. Seulement, par économie, on étendit un tablier de bois sur les piles de pierres. Ce pont fut démoli vers 1400.

Ponte al Mare. — En 1328, les troupes bavaroises, pour se défendre contre le peuple, coupèrent le ponte délia Spina et brûlèrent le ponte Nuovo, dont le tablier était en bois, et les piles en pierre; ils rompirent le ponte Vecchio, afin d'empêcher les Pisans d'envahir la Chinsica. On ne put, à cause de la défense, les restaurer aussi tôt,, mais en 1332 on refit le ponte JVuovo et le ponte al Mare.

Une marqueterie du Dôme représente le ponte al Mare muni de créneaux, et montre comment il continuait la défense des remparts.

Ponte del mezzo gia ponte Vecchio. — Le pont jeté sur l'Arno, entre la rue du Bourg et celle de San-Egidio, était, comme on l'a vu, simplement en bois. Pour orner la ville, en 1381, Pietro Gambacorti, d'accord avec les sénateurs et le conseil du peuple, résolut de le remplacer par un pont de pierre, d'autant mieux que la grande quantité de boutiques dont il était encombré empêchait de jouir, en le traversant, du beau panorama du lung' Arno. La commune acheta fort cher ces boutiques aux particuliers qui en étaient propriétaires, et qui ne touchaient pas moins de 300 florins de location annuelle. Pour subvenir à ces dépenses, et pour les frais de la con-

struction, la commune aliéna quelques-unes de ses propriétés, s'imposa une taxe, et, le 14 avril de cette année, on enfonça les premiers pilotis. Ce travail fut conduit avec une si grande rapidité, que les plateaux, au bout de trois mois, furent en état de recevoir les fondations. On invita alors le clergé à se rendre sur le chantier en procession solennelle ; on y chanta la messe avec pompe, on bénit la première pierre et après que Gambacorti, les sénateurs et beaucoup d'autres citoyens y eurent jeté des médailles et des monnaies, on la scella à l'endroit préparé et la construction commença.

Mais nous devançons beaucoup ici l'ordre des faits et des monuments, et nous devons retourner brusquement en arrière pour suivre la troisième période d'architecture qu'il nous reste à examiner.

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