‹ Les monuments de Pise au moyen ageChapitre 26 sur 44 · NICOLAS, — JEAN DE PISE ET LEURS SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

NICOLAS, — JEAN DE PISE ET LEURS SUCCESSEURS

Décadence du style roman. — L'architecture pisane, à son origine, se résumait dans la simple basilique, aux murs nus, sans décoration, sans façade, et empruntan ses seuls ornements à des fragments antiques. Plus tard, sous l'influence de l'Orient, sous l'inspiration de Byzance et des Arabes, elle sortit de cette nudité primitive, revêtit ses édifices de marbres, puis de sculptures dont le luxe augmenta rapidement. Elle monta ainsi jusqu'à son apogée et à sa véritable perfection , le dôme de Pise. Elle se maintint plus d'un siècle dans cette situation prospère , également éloignée de la pauvreté barbare et de la richesse des décadences, et ce n'est qu'à la fin du xn e et au commencement du xin e qu'on la vit déchoir de ce grand style.

Il faut visiter la ville de Lucques pour se rendre compte de cette phase malheureuse , dont le nom de Guidetto, l'auteur du Dôme et de Saint-Michel, est la personnifica-

tion la plus complète. Devant la façade de la cathédrale de Lucques, qui date de 1204, on sent qu'on s'éloigne des exemples inaugurés à Pise un siècle plus tôt, on s'aperçoit là que les beaux et sévères principes de Buschetto commencent à s'effacer, et qu'une ornementation luxuriante va ensevelir les formes antiques.

Le portail de Saint-Michel, dans cette même ville, est un spécimen encore plus frappant de ce désordre. Placé devant l'église comme un décor d'opéra, il n'accuse pas la coupe de l'église, et présente l'assemblage des fantaisies les plus extravagantes de la sculpture. Les colonnettes, dont le galbe est toujours respecté à Pise, perdent ici leur élégance et même toute forme appréciable, elles étouffent pour ainsi dire dans une cangue de bas-reliefs ; les lignes horizontales disparaissent à chaque instant sous leur plantureuse végétation de marbres. Les frises, les tympans sont hérissés de rondes bosses sans dessin et sans à-propos. Tout étincelle sous ce cliquetis de richesses., et rien ne repose la vue fatiguée.

Il semble qu'on assiste au même spectacle que l'art offrit en France lorsque le gothique flamboyant se mêla aux lignes tranquilles du xin* siècle; ou, plus tard, quand les contournements de Louis XV dénaturèrent les mâles proflls de Louis. XIV; ou encore, si nous remontons aux âges antiques, lorsque la décadence romaine couvrit d'ornements stériles et de stucs les monuments de la république.

Nicoias de Pise. Commencement du gothique. — C'est au milieu de cette décadence que parut Nicolas de Pise. Eclairé par son génie, il comprit vite combien ces

Fig. 29. — Vue de l'église Saint-Nicolas (via Santa-Maria).

excès étaient contraires au bon goût, et il revint à une sage simplicité. Pour fuir ces débordements, il s'inspira des formes sévères du gothique du Nord au xin e siècle, et du sentiment des anciens.

C'est dans ce style qu'il éleva à Bologne l'église Saint- Dominique, dont les hautes murailles de briques, sans ornements , contrastent si énergiquement avec les folles sculptures de Lucques.

Saint-Nicolas (pi. xxxiu et xxxiv). — A Pise, où le marbre l'exposait plus que la brique de Bologne à tomber dans une richesse imprudente, il sut conserver la même retenue. Il y construisit le campanile de Saint- Nicolas (Qg. 29), dont la fermeté des parties basses, la grâce de la galerie supérieure, sont pleines d'élégance, et dont l'escalier intérieur, en forme de spirale, eut l'honneur d'inspirer le grand Bramante et Sangallo. Ce campanile, par suite de la faiblesse du sol, a fléchi comme celui du Dôme, mais dans une bien moindre proportion, et on ne remarque pas les mêmes corrections qu'à ce dernier. La façade d'église dont on voit les ruines à côté, et dont nous avons essayé une restauration, lui est sans doute antérieure.

Nicolas nous a laissé beaucoup d'autres témoignages de la sagesse et de la fécondité de son génie.

Il donna, en 1240, les dessins de l'église Saint- Jacques, à Pistoïa.

Il bâtit à Padoue la vaste église de Saint- Antoine , dont l'extérieur assez sévère rappelle celui de Saint- Dominique de Bologne, et dont le plan se prête aux mouvements les plus variés. Il y éleva une coupole conique ,

Fig. 30. — Campanile de Saint-François. Vue prise dans le Cloître.

peut-être en souvenir du baptistère de sa patrie. À l'intérieur, l'aspect mystérieux des nefs , leurs grands arcs gothiques s'allient harmonieusement avec les façades.

A Venise, Nicolas construisit l'église des Frères Mineurs.

Il donna à Sienne les dessins de Saint-Jean ;

A Florence, le projet de la Trinité.

Il fut appelé à Naples par Charles I er pour élever une église et une magnifique abbaye, en souvenir d'une victoire remportée sur Conradin.

L'Italie tout entière a gardé, dans de nombreux monuments, la mémoire de ce grand architecte : Faenza, Arezzo, Assise, Cortone et les villes que nous avons déjà citées, se le disputèrent *.

Pise obtint spécialement cet honneur. Le Palais-Vieux des Anziani, détruit en partie pour faire place au palais des chevaliers de Sain t-Étienne, pétait, suivant Vasari, l'œuvre de Nicolas.

Sainte-Catherine et Saint-François : plans (pi. xxxv et xxxvi). — On lui doit encore, dit-on, le plan de Sainte- Catherine et celui de Saint-François, où le campanile (fig. 30) , par un tour de force de construction , est soutenu en encorbellement sur des consoles, et où le cloître, aujourd'hui modernisé, se rattachait heureusement à l'église 2 .

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