‹ Les monuments de Pise au moyen ageChapitre 31 sur 44 · Marsden, Monumenta numismatica · texte numérisé non relu

Marsden, Monumenta numismatica

les lions de la chapelle Villa-Viciosa au milieu de la mosquée de Cordoue; des oiseaux sculptés dans les chapiteaux des bains de Girone; la porte de bronze de la mosquée d'El Khànqeh, près du Caire, où sont ciselés des oiseaux et différentes sortes d'animaux, etc.

Ces exemples, pris entre beaucoup d'autres, suffisent à réfuter l'objection que le monument de Pise ne pourrait être arabe, parce qu'il représente des êtres animés.

Il est plus difficile de déterminer exactement son âge, que le sens de l'inscription n'éclaircit nullement. Nous l'avons cherché dans la comparaison de ses caractères avec ceux d'autres inscriptions coufiques. Après de nombreux rapprochements, nous pensons qu'elle doit dater de la fin du xi e ou du commencement du xn e siècle. C'est avec les écritures de cette époque que les analogies nous ont le plus frappé.

Sculptures du Dôme (pi. xlvii). — L'intérêt de cette date n'est du reste que secondaire. Ce qui nous touche ici, c'est de voir un fragment arabe figurer dans l'ornementation du dôme de Pise à côté des dépouilles grecques et des débris romains qui servirent à l'élever.

On ne sera pas surpris, après cela, de retrouver dans certaines sculptures de cet édifice le cachet d'un ciseau arabe, et d'apprendre que des ouvriers arabes aient, à côté d'ouvriers grecs, travaillé à sa décoration \

Ce style est Surtout remarquable dans les lions des impostes, sur la façade principale. A la chapelle Villa-

4 . Sur le poitrail d'une des portes de San-Paolo-a-Ripa, on découvre encore légèrement tracé à la pointe un dessin parfaitement arabe.

ViciosadeCordoue et à la porte de la cathédrale de Catane, d'un goût tout à fait arabe (1094) , on rencontre cette même disposition. Si Ton compare le dessin de ces lions avec les lions brodés de la chape de Saint-Mesme à Chinon, on ne doutera plus de la similitude d'origine. On sent, devant ces sculptures, que les auteurs, peu familiarisés avec l'imitation de la nature, semblent la craindre et la repousser. Il résulte de cette ignorance ou de ce dédain des formes singulières, une physionomie qui étonne notre siècle photographe ; mais, dans cet art étranger à toute espèce de copie, on ne saurait méconnaître quelque chose de grand, d'austère^ qui charme au suprême degré.

(PI. xlviii). — L'ange et l'aigle du fronton paraissent être de la même main, tandis que les chapiteaux, les corniches, les colonnes, la plupart des ornements, sont byzantins. Il est naturel que les Grecs, habitués à la sculpture, aient fourni plus de modèles et d'artisans en cette occasion ; aussi leur style domine sur les murs de la cathédrale.

On sait que cette église fut en partie édifiée avec des fragments romains et grecs, c'est-à-dire avec les restes les plus purs de l'antiquité à côté des produits de la décadence. Devant ces deux modèles, les sculpteurs du xi e siècle ont penché du côté de la décadence, et leurs feuilles, leurs têtes, leurs enroulements, sont byzantins. Parmi la multitude de chapiteaux antiques, dont quelques-uns sont d'une rare beauté, ils n'ont su saisir aucune inspiration, et vous retrouvez sous leur ciseau les côtes de feuilles à raies parallèles , les trous de trépan pour arriver à un effet que donne seule la pénombre du modelé. — Plus intéressante que l'étude de l'arc de Constantin qui rappelle

deux styles antiques, celle du dôme de Pise nous offre trois âges de sculptures juxtaposées et nous montre cette triste tendance de l'homme qui prend généralement pour modèle le plus incorrect des exemples comme le plus facile à imiter 1 .

Hâtons-nous d'ajouter que, malgré sa grossièreté, cette sculpture grecque a un charme que ne possède pas celle du iv e siècle, et que d'ailleurs cette grossièreté disparaît sous l'harmonie de l'ensemble et sous la magie des effets de lumière. Les clefs des arcs, leurs retombées, marquées parle relief brillant d'une tête, attirent l'œil suf les parties les plus importantes de la construction, tandis que les fonds restent plats et tranquilles sous le riche damasquinage en marbre des tympans et des frises.

Statues des frontons (pi. li). — Aux quatre angles des frontons de cette façade s'élèvent des statues de marbre blanc; maigres et d'une longueur exagérée, elles manquent de souplesse et de naturel, mais, comme toutes les œuvres d'alors, elles ont un certain attrait malgré leur incorrection .

Gargouilles. — Notons aussi les animaux fantastiques qui servaient de gargouilles aux toits des nefs latérales et qui précédèrent de plus d'un siècle l'usage qu'en devait faire notre gothique français. Milizia prétend que cette mode venait des Grecs et même des Égyptiens, qui écou-

1 . Nous avons pu, lors de nos derniers voyages à Pise, examiner de très-près toutes ces sculptures, grâce aux échafauds dressés pour leur restauration.

SCULPTURE. \Tt

laient les eaux de leurs combles par les gueules de lions placés aux angles.

Statue de David (pi. li) . — La figure du roi David reléguée aujourd'hui dans une niche à l'abside du Dôme, et qui se trouvait autrefois sur la porte d'entrée, appartient encore à la statuaire grecque de cette époque ; la harpe que tient le prophète est d'une ténuité extraordinaire et dénote une certaine habileté de ciseau. On remarquera sur le dessin que nous en donnons un bas-relief à droite représentant une marine, et qui paraît identique à celui du campanile.

Le dôme de Pise, à la fin du xi e siècle, manifeste une ère de renouvellement pour la sculpture. — Le baptistère élevé cinquante ans plus tard prouve de nouveaux progrès et nous confirme l'énergie de cette renaissance; cet édifice à la porte orientale conserve diverses sculptures qui rendent déjà sensibles l'éloignement de la manière byzantine et le retour aux formes romaines. Morrona insiste avec raison sur le bas-relief du linteau, qu'on peut citer comme le meilleur ouvrage du xn e siècle ; il observe que les draperies ont déjà quelque chose de la science des plis antiques, que les physionomies s'éveillent et que les poses sont plus naturelles. — On ne trouve plus là l'empâtement et la lourdeur des premiers maîtres, et j'ai été surpris, en examinant de près ce curieux monument, de pouvoir passer la main derrière les jambes des personnages.

La supériorité de Pise sur le reste de l'Italie est constatée par cette architrave ; ni les bas-reliefs du baptistère et du dôme de Parme, ni la frise qui couronne l'entrée de la cathédrale de Modène, ni les sculptures du

dôme de Plaisance, de Saint-André à Vercelli, ne peuvent entrer ici en parallèle.

La renaissance de la sculpture pisane, qui apparaît clairement dans ces restes, est prouvée par une circonstance assez remarquable: à partir du milieu du xn e siècle, les noms des artistes, précieusement conservés, sont un témoignage du prix qu'on commençait à attacher aux œuvres d'art et de l'estime des contemporains pour leurs auteurs. — Un sculpteur appelé Buono, qui vivait à cette époque, est cité par Vasari. — Un certain Gruamont, aidé de son frère Adeodat, travaillait dans le même temps en Toscane. — Rodolfino a laissé son nom sur la façade de San-Bartolomeo, à Pistoia, sur un bas-relief représentant le Christ et les douze Apôtres, où on lit :

Rodolfino, anni Domini 1167.

Ce nom appartient à Pise, car sur deux actes de 1156 on lit : Rodolfino del q. Gerardo Pisano allivella...*.

Biduino. — Parmi les prédécesseurs les plus connus de Nicolas, nous devons mettre aux premiers rangs Biduino, dont nous retrouvons des ouvrages à Lucques et surtout à San-Cassiano. Le bas-relief qu'il nous a laissé au-dessus de la porte de l'église de San-Cassiano mérite une attention spéciale; il représente à gauche la résurrection de Lazare et à droite le triomphe de Notre- Seigneur suivi par ses apôtres. La première partie, assez barbare, ne mérite guère la louange que l'auteur s'est décernée dans l'inscription * qu'on lit sur le tombeau

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