L'ancienne chaire du Dôme était couverte de peintures
Nino (pi. lviii), — André, s'il ne travailla pas luimême pour Pise, laissa du moins à son pays un précieux héritage dans ses deux fils; nous venons de donner une idée de Thomas comme sculpteur, et il nous reste à rappeler le second, Nino, qui le surpassa dans la statuaire.
Suivant l'usage, Nino fut d'abord associé aux travaux de son père, à Florence; il fit aussi pour cette ville une madone à Sainte-Marie-Nouvelle.
Il paraît ensuite être revenu à Pise, qui conserve cinq statues de ce maître. Deux qu'il fit à l'âge de soixante ans, représentant saint Jean et saint Paul; on lisait sur le socle l'inscription suivante, qui a disparu et que Vasari nous a conservée :
A. di primo febbraio 1370, Queste figure fece Nino figlio di Andréa Pisano.
Ces statues, autrefois à Sainte-Catherine, sont aujourd'hui dans le Campo-Santo ; elles ont été coupées à la ceinture.
Trois aulres statues décorent l'intérieur de l'église de la Spina ; elles figurent la sainte Vierge et l'Enfant, saint Jean et saint Paul ; on assure que Nino donna à ce dernier les traits de son père.
Madone à la Spina. — La madone, de grandeur naturelle, indique de grands progrès sur la manière de Jean de Pise. « Elle tend, dit Vasari, une rose à son enfant; « celui-ci la prend d'une manière si enfantine, si char- « mante, qu'on peut dire de Nino qu'il amollit vérita- « blement la dureté du marbre, et lui communiqua la vie « des chairs, grâce au merveilleux fini de son travail. »
Le dessin s'épure, les extrémités sont plus soignées, les vêtements tombent en plis plus naturels, la statuaire brille sous un nouveau jour. Cette figure est comme l'aube de la renaissance du xv e siècle et c'est un de ces rayons que nous saluons volontiers. Cependant, tout en admirant, nous craignons que le sculpteur qui suit aussi bien les finesses et l'élégance de la nature, n'oublie déjà le type idéal où il doit rechercher les traits de la mère de Dieu; ici, pour la première fois, pour fuir la roideur il est tombé dans l'afféterie, pour éviter l'austérité des anciennes figures, il a sacrifié la noblesse majestueuse de cette céleste physionomie.
Nino, au milieu de ces grâces naissantes, nous révèle un autre symptôme inquiétant : il est le premier qui soit statuaire dans l'acception exclusive du mot, c'est-à-dire qui ait songé à son œuvre isolée. Il marque cette triste scission des arts qui fut le signe avant-coureur de la décadence. Nous les verrons encore abordés ensemble par de grands génies, tels que Michel-Ange ou Baltazare Peruzzi, mais ils resteront distincts dans ces vastes esprits , ils ne seront plus identifiés les uns aux autres, comme au siècle fortuné de Nicolas de Pise et de Giotto.
Du reste, le moyen âge s'arrête à cet artiste qui appartient déjà presque à la Renaissance; nous sortirions de notre cadre d'étude en dépassant le xiv e siècle pour la sculpture. Les premières années du xv e nous offrent un style étranger au roman et au gothique, dont l'histoire semble liée à celle de Pise. Pise est essentiellement la ville du moyen âge, qui semble s'y être enseveli avec ses monuments et son génie.