‹ Les monuments de Pise au moyen ageChapitre 36 sur 44 · Morrona, Pisa illustrata · texte numérisé non relu

Morrona, Pisa illustrata

Notizie storiche sutta miracotosa immagine di Maria santissima di sotto gti organi. Nistri, Pisa, 1846.

corps. La couleur des chairs tire sur le vert d'olive, elle n'est relevée par aucune ombre. Les draperies rehaussées d'or sont d'une grande richesse. On lit sur le livre que tient l'Enfant Jésus un verset de l'Évangile en lettres grecques, usage constant à cette époque, même chez les peintres italiens, qui donnaient ainsi un cachet grec à leurs œuvres.

Ce tableau était comme le labarum ou le carrocio des Pisans réservé aux grandes solebnités; ainsi, lorsque Charles VIII délivra la ville du joug florentin, ils la portèrent en grande pompe à la citadelle, proclamant la sainte Vierge patronne de leur cité.

Parmi les plus anciennes peintures de Pise nous citerons encore les voûtes coloriées de la crypte de Saint- Michel in Borgo, dont on doit la découverte au savant Flaminio dal Borgo. Ces fresques se composent de médaillons en rouge encadrant un animal en grisaille. Chaque voûte est décorée de six médaillons semblables, tantôt un lion, symbole de la force; tantôt un griffon, emblème de la gentilité; tantôt l'aigle impériale, qui rappelle l'attachement de la république de Pise au parti gibelin. Sur les arcs-doubleaux nous avons retrouvé encore des rosaces jaunes, imitant l'or. Ces vieilles fresques, si grossières qu'elles soient, manifestent déjà une entente remarquable de la décoration, et le progrès de peintres qui sortaient de la sphère étroite des miniatures, pour couvrir les murailles de compositions plus belles et plus grandes. Nous donnons, planche lxi, les détails de cette crypte curieuse.

Giunta (pi. lx). — En descendant le cours de cette

histoire, le premier noua que nous rencontrons est celui de Giunta, qui vit le jour à la fin du xn e siècle.

En 1793, Morrona trouva dans les cuisines du couvent de Sainte-Anne une ancienne croix, depuis transportée dans l'église de San-Ranieri , et actuellement déposée dans la Maison de l'œuvre.Au bas de cette croix, on lit facilement :

Juncta Pkanus me fecit, 1210.

Autant qu'on peut en juger sous l'épaisse teinte de fumée qui le couvre, ce tableau laisse beaucoup à désirer comme dessin. Les figurines de la sainte Vierge et de saint Jean aux bras de la croix, celle de Notre-Seigneur, dans le haut, sont assez grossières; mais il est trèsintéressant, au commencement du xin e siècle, de voir lin peintre pisan s'approprier la méthode grecque, et naturaliser ainsi la peinture dans sa patrie. Ce n'étaient, du reste, que les débuts de Giunta, et, suivant le P. Angeli, celte époque fut précisément celle de son éducation a rtistique : Juncta Pisanus ruditer a Grœcis instructus primus ex Italis artem apprehendil circaan. sal. 1210.

Pise ne possède de lui que cette peinture, à moins de lui attribuer le crucifiement du même genre qu'on voit dans la grande salle de l'hôpital, où je n'ai malheureusement pu déchiffrer de l'inscription du bas que les lettres Pis...

La ville d'Assise a conservé des peintures qui peuvent mieux faire apprécier son style. Les vêtements sont le plus souvent jaunes ou d'un vert rabattu ; ils portent aux bords des arabesques couchées à plat sur le fond et qui ne

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suivent pas les plis; les chairs légèrement ombrées sont couleur bronze clair ; tout semble plongé dans une lumière diffuse, le dessin est bizarre plutôt que mauvais, et suit les préceptes d'une école inflexible, bien loin d'imiter la nature ; enfin, dans la composition générale on aperçoit un sentiment profond de mélancolie. Giunta peignait à Assise vers 1236.

Apollonio (pi. lx). — Apollonio, qu'Andréa Tafi amena de Venise en Toscane vers le milieu du xm e siècle, doit être compté parmi les meilleurs peintres de ce temps.

On voit aujourd'hui dans la chapelle du Campo-Sanlo un crucifiement qui lui est attribué et dont le style est supérieur aux peintres de ce temps. Si cette œuvre n'est pas un modèle de science anatomique , d'étude dans la pose, de souplesse pour les plis, elle est admirable de sentiment ; la figure du Christ respire une douleur aussi profonde que résignée, une douleur volontaire, qui n'a pas les convulsions de la chair révoltée sous la souffrance. Une jupe lui descend aux genoux et est rattachée aux reins ; la tête, inclinée à gauche., se détache sur une riche auréole, courbée en avant et ornée de clous d'or. Autour du Crucifié sont groupées des scènes de la passion représentées avec la finesse des miniatures. Quelques-unes malgré la petitesse de l'échelle sont de vrais chefs-d'œuvre. Le sujet d'en bas, rappelant l'entrée du Sauveur aux limbes, est plein d'inspiration ; Notre-Seigneur vole dans les sombres régions en renversant des tombes, il entraîne une âme qu'il va délivrer; dans le fond deux figures voilées le suivent dans sa course aérienne. La poésie, le mouvement, se rencontrent à un degré remarquable dans

ce drame mystérieux. On trouve dans ce cadre si restreint de la grandeur du Dante et de la grâce de M il ton. L'exécution n'est pas moins belle que la pensée , la touche est légère et franche, elle témoigne une facilité singulière, ce que de nos jours on nommerait de la main.

Les couleurs, au lieu d'être appliquées directement sur le bois de la croix, recouvrent une feuille de parchemin collée sur toute l'étendue.

A une époque un peu postérieure, Guido à Sienne; Bonaventura, Berlingieri, Diodato, à Lucques; Margaritone, à Arezzo; Bartolommeo et Cimabue, à Florence, continuaient à suivre les routes déBnitivement ouvertes à la peinture.

Cimabue (1240). — Quoique Cimabue soit né Florentin, son nom appartient aussi à Pise, où il a laissé des ouvrages dans le couvent de Saint-François et dans l'église Saint-Paul. Il est possible même que Giunta lui ait donné des leçons, quoi qu'en dise Vasari, dont la jalousie patriotique en fait le fondateur de la peinture italienne.

On doit ranger parmi les plus beaux restes les anciennes fresques de San-Pietro-a-Grado, représentant les diverses scènes de la vie de saint Pierre. A en juger par la série des papes dont on voit les portraits, jusqu'à Urbain VIII, qui régnait en 997, elles dateraient du commencement du xi e siècle, mais elles témoignent d'un art trop avancé pour admettre cette hypothèse; d'ailleurs les analogies de ces fresques avec celles du xm e siècle, notamment pour la décoration architecturale, permettent difficilement de les faire remonter au delà. On retrouve çà et là au milieu des ruines de cette peinture des traits de la

plus grande beauté. Par exemple, la flgure de saint Pierre, reprochant à Néron ses crimes, est d'une vigueur extraordinaire et respire une énergie bien digne du saint héros (voy. pi. lxiii) .

Jacopo da Torrita (1290). — Mosaïques. — Les nefs de San-Pietro-a-Grado offrent un des spécimens les plus anciens et les plus remarquables de la décoration à fresque, rares à cette époque où les peintres, pour leurs grandes compositions, avaient surtout recours à l'art de la mosaïque.

Dès le IV e siècle nous voyons ce dernier procédé importé de Byzance en Italie, comme il paraît dans les grandes mosaïques qui ornaient Y arc triomphal de Saint- Paul.

Au vi e siècle nous en retrouvons des exemples admirables dans la ville de Ravenne, au baptistère, à Saint- Vital, au tombeau de Galla Placidia, aux deux églises Saint-Apollinaire.

Lorsque Charlemagne descendit en Italie, il fut vivement frappé de ces peintures si grandioses et si solides, et voulant rappeler sous le sombre ciel de sa capitale les splendides couleurs des arts italiens, il fit décorer la voûte octogonale de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle de mosaïques analogues à celles de Ravenne.

On conserve à Rome une mosaïque fort curieuse, où ce grand homme reçoit' l'étendard des mains de saint Pierre.

Les mosaïques de Saint-Marc, à Venise, remontent à une date fort ancienne; on cite parmi leurs auteurs Pietro, qui travaillait en 1158, et Apollonio, dont nous avons

déjà parlé, qui introduisit en Toscane l'art de cuire les verres de mosaïque et de préparer l'enduit pour les recevoir.

Apollonio, en arrivant à Florence, trouva une école de mosaïstes déjà renommée; dès 1225, Jacopo da Torrita , franciscain siennois , qu'on appelait dans son pays maestro Mino, avait commencé la décoration de la coupole du baptistère, le travail le plus extraordinaire en ce genre. Cette vaste composition offre les plus belles pages de poésie et d'histoire que nous connaissions, c'est un véritable poëme épique comprenant tous les siècles, qui défilent processionnellement aux pieds du Christ, une épopée gigantesque écrite en or et en couleurs impérissables, et qui révèle dans son auteur un peintre, un poëte, un penseur incomparable.

Ce Mino passe, en effet, pour avoir été le restaurateur de la mosaïque en Toscane, et, à cause de sa grande réputation, on l'appela à Pise pour décorer la tribune de la grande nef. Il se mit à l'œuvre en 1290, mais arrivé alors à la fin de sa carrière il fut obligé de se faire aider par Andréa Tafi, qui se distingua à Pise dans l'église de Saint-Paul, et par Gaddo-Gaddi.

Vicino PiSANO(pl. lxiii). — Ces deux collaborateurs de Mino n'eurent pas la gloire de terminer l'ouvrage qu'ils laissèrent aux soins de Vicino , formé dans leur école, à Pise même. La figure de la madone est entièrement de ce dernier; Vasari nous a donné une inscription qui a disparu ou a été cachée, et qui le rappelle positivement : Tempore Domini Joannis Rossi operarii istius ecclesiœ, Vicinus pictor incœpit etperfecit hanc imaginent B. M. 9 sed Majestatis et Evangelistœ per alios inceptœ

ipse complevit et perfecit, anno D. 1321 de mense septembris *.

Celte mosaïque se compose d'une figure gigantesque du Sauveur, assis sur de riches coussins, et accompagné à droite et à gauche par la sainte Vierge et saint Jean. Il tient dune main un livre et de l'autre bénit en levant deux doigts. La robe est rouge, la tunique bleue, de tons vigoureux et rehaussés de hachures d'or. Autour de cette imposante image, qui domine toute l'église, reluisent les reflets mystérieux d'un fond d'or. Rien ne saisit davantage que ces champs brillants où les anciens mosaïstes plaçaient leurs personnages. Datas leur pensée symbolique, ils voulaient sans doute éloigner ainsi la nature physique comme peu digne d'entrer dans le temple de Dieu, et ils élevaient leurs figures au-dessus de la terre dans un séjour où il n'y a pas de sol, pas de verdure, pas d'horizon, point de ciel, point de bornes, mais seulement cet éclat insaisissable de l'infini qui les enveloppe d'une glorieuse auréole.

Ce sentiment profond, si bien associé à l'art décoratif, a présidé de même à la composition des mosaïques des deux tribunes de la nef transversale. Ces peintures sont de Gaddo-Gaddi (1308) et de Vicino.

Verreries. — L'art des vitrines coloriées, si magnifi-

4. « Au temps de maître Jean Rossi, président d'oeuvre de cette « église, Vicino peintre commença et acheva cette image de la bienheu- « reuse Marie; quant à la Majesté et à l'Évangéliste commencés par « les autres, il les compléta et acheva au mois de septembre de Tan de « grâce 4321. »

ques dans notre moyen "âge français , ne paraît pas non plus avoir été négligé à Pise. Tronci rapporte qu'en 1222, un religieux polonais, du nom d'André, orna de verres peints la grande fenêtre de l'église Sainte-Catherine. Plus tard, des vitraux avec figures fermèrent une partie des arcades du Campo-Santo.

Les émaux de Pise eurent longtemps aussi une grande réputation, qui survécut même à la ruine de l'école de peinture.

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