‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 28 sur 83 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LES ANTIQUITÉS AU XVIIe SIÈCLE

DESTRUCTION DE L'ARCO DI BASILE. - EMPLOI DE MARBRES ANTIQUES DANS LA RECONSTRUCTION DU TRANSEPT DE SAINT-JEAN DE LATRAN ET DANS LA DÉCORATION DE LA CHAPELLE BORGHÈSE DE SAINTE-MARIE-MAJEURE. — DES- TRUCTION PAR URBAIN VIII DE PLUSIEURS ANCIENS MONUMENTS, DES THERMES D'AGRIPPA ET DE L'ARC DE PORTUGAL. - RESTAURATION DE LA PYRAMIDE DE CESTIUS.

ous le pontificat de Clément VIII (1592-1605), nombre de ruines disparurent. En l'année 1601, les gardiens de l'hospice San Salvatore, qui est situé tout près du Latran, demandèrent à démolir une arche qui les gênait et que l'on nommait au Moyen âge Arco M Basile ; c'était une des arches de l'aqueduc Claudien1. Comme le pape faisait alors de grands travaux dans la basilique et qu'il voulait en dégager les approches, il donna les mains à ce projet et la requête des gardiens fut portée devant le Conseil communal ; sur la proposition du premier des conservateurs, le Conseil secret donna son assentiment, dans sa séance du 6 juin 1601, et cette décision fut confirmée par le Conseil public, dans sa séance du 22 juin, non sans quelque opposition, car on trouva dix fèves dans l'urne d'argent, qui était celle où l'on déposait les votes négatifs, contre vingt-cinq votes approbatifs dans l'urne d'or 2. En 1588 on avait déjà abattu une arche de ce même aqueduc qui barrait la rue San Giovanni 3.

La transformation du transept de la basilique du Latran accomplie par le pape Clément VIII, et sous la direction de l'architecte Giacomo délia Porta, entre les années 1597 et 1604, nécessita quantité de marbres, surtout de marbres de couleur. C'est actuellement la partie la plus richede l'église, et le pavement en est une merveille. Aussi jamais les ressources en matériaux qu'offraient les anciens monuments ne furent mises à si forte contribution ; les comptes des travaux accomplis alors dans l'église sont un exemple

1. P. Ad.nolfi, Roma, vol. I ,p. 266. date du 22 septembre fi588). Strada nuova dal Culiseo a S. Gio. in

2. Archiv. St. Capit., Cred. I, vol. 31, fol. 50, Si. Laterano. « Pour avoir fait démolir une arche de 1 aqueduc qu.

3. Arch. di Stato, Roma Fabbriche, Conti di. D. Fontana, en barrait la nouvelle rue, 67 ecus.»

des plus curieux de la façon dont on en usait avec les vestiges du passé et expliquent comment ils ont si complètement disparu l.

A Domcnico dcl Giudice pour une colonne de marbre Salino (Marbre Salino on Saligno, blanc, de qualité inférieure, ressemblant par la couleur au gros sel

d'où son nom ; il provenait des carrières de Carrare) écus 14

A Angelo Lando pour une colonne de brèche destinée à l'église du Latran 15

Aux Pères de la Minerve2 (dominicains) pour solde de huit charrettes de marbres (la

charrette était, on l'a dit, une mesure de capacité) 9

Aux nonnes de San Silvestro3 pour solde du prix de beaux marbres 30

A Graziano de Judici pour travaux d'excavation faits autour de l'arc de Constantin, dix journées de trois maçons 5

A Orazio Lutio, avance sur vingt-cinq charrettes de marbres africains 50

Aux nonnes de San Silvestro pour solde de 80 écus dus pour du marbre destiné au

dallage de l'église 30

Aux nonnes de Santa Marta pour trente-deux charrettes et demi de marbres. . . 30

Évidemment les nonnes et les moines liquidaient tous les marbres trouvés dans leurs propriétés. D'autre part, des industriels devaient s'occuper de rechercher les marbres qui existaient de-ci, de-là, dans la ville, afin de les revendre en bloc. Par exemple :

A Flaminio Chiari pour marbres africains noirs, gris, tigrés, livrés pour le

pavement de la basilique écus 250

A un charretier pour avoir amené des marbres du pont Salario 30

Aux chanoines de la Rotonda (du Panthéon), acompte pour des marbres et du bronze cédés pour la basilique 40

On verra par la suite avec quelle abondance les chanoines du Panthéon fournirent du marbre et du bronze 4 ; ils en durent dépouiller le monument, et l'on s'étonne qu'Urbain VIII ait pu trouver encore du bronze pour le baldaquin de Saint-Pierre.

A la duchesse Lucrezia Savelli, acompte pour des marbres de couleur .... écus 50

Ces marbres, comme beaucoup d'autres que livra la famille Savelli et qui lui furent payés en tout 400 écus, provenaient du théâtre de Marcellus, dont les Savelli étaient alors les propriétaires. Peut-être aussi tirèrent-ils des marbres du Portique d'Octavie qu'ils possédaient également et qui était très riche en colonnes et en revêtements.

Aux chanoines de la Rotonda pour du marbre et du «métalu écus 30

A la duchesse Savella pour des marbres livrés et à livrer 50

A Ginevrade Ceccone pour une colonne de granit destinée au portique en remplacement d'une colonne de marbre jaune placée sous l'orgue 30

A la duchesse Savelli pour des marbres colorés, à payer avec l'autorisation de la

1. Archiv. di Stato, Roma, Archiv. Comunale, Fabbriche, vol. temps derniers. D'aucuns pensent que ces débris appartiennent au an. 1597-1598, 1598-1601, passim. temple duSoleild'Aurélien.qued'autresplacentauQuirinal, comme

2. Cette église était bâtie sur les restes d'un temple d'Isis et on l'a vu. On a découvert aussi des antiquités sous l'abside de dans un lieu fertile en monuments. l'église contigué, San Silvestro. G. Gatti, Archeologia (1860-1910),

3. A côté de ce couvent se trouvaient quantité de beaux frag- p. 53.

ments, colonnes de granit oriental, frises de marbre, corniches. On 4. Comme on verra plus loin, ce bronze devait servir à la fonte

en a découvert encore lorsqu'on a construit la grande Poste, en ces des colonnes du maître-autel ; elles sont l'œuvre d'Orazio Censori.

congrégation des barons x 50

Aux chanoines de la Rotonda pour des bronzes et des marbres 30

A un charretier pour deux charrettes de marbres venant du Forum; il est dûment

autorisé à faire des fouilles 10

A Lucrezia Savclli pour des marbres africains 50

Aux Frères des Santi Apostoli pour un bloc de marbre jaune qui était devant leur

église (en bordure du forum de Traj an) 30

Aux chanoines de la Rotonda, marbres et bronzes 25

A Acconcio pour une colonne de marbre de 5 mètres et demi 25

Aux héritiers Délia Porta pour un morceau de marbre jaune destiné à restaurer la

colonne qui est sous l'orgue 3

A maître P. Nardini pour deux morceaux de marbre jaune (même objet) 250

Les deux colonnes qui soutiennent l'orgue de Saint-Jean de Latran et qui sont dans le transept, adroite, semblent intactes, tant la réparation en a été bien exécutée ; d'après une opinion très répandue, dont on verra l'inexactitude, elles proviendraient toutes deux, ou l'une au moins, de l'arc de Constantin.

A Domenico, excavateur, pour quatre blocs de travertin venant du voisinage de la Rotonda écus 9

A Ottaviano, excavateur, pour des marbres provenant des thermes de Caracalla. 10

Aux nonnes de Santa Martapour onze charrettes de morceaux de travertin provenant de l'arc Camigliano 2 et destinés à remplir les colonnes de bronze de la chapelle du Saint-Sacrement. (Ces colonnes existent encore) 9

A Ottaviano pour des marbres pris aux thermes de Caracalla 10

Suivent nombre d'autres payements de même importance pour des marbres provenant de ces thermes.

Aux moines de San Lorenzo in Panisperna pour treize charrettes de travertin

donné pour « faire le cœur » des colonnes de bronze 3 écus 27

Aux moines de Santa Pudenziana pour six charrettes de travertin. (Ce couvent

devait son nom à la demeure du sénateur Pudens.) 12

A Bucci pour du travertin pris au Forum 20

A la duchesse Savelli pour du marbre 80

A la même pour du marbre 80

A un charretier pour du marbre pris au Forum et destiné à faire une statue pour

la chapelle du Saint-Sacrement 25

Aux nonnes de Santa Marta pour du marbre pris à l'arc de Camigliano 22

A Bucci pour un bloc de marbre pris au Forum et devant servir d'architrave à la

grande porte sous l'orgue 30

A Giovanni Traversano, dit Le Prêtre, conducteur de bœufs, pour avoir amené une

colonne de granit de Santa Croce in Gerusalemme et une autre de Saint-Pierre

1. Les Savelli ayant beaucoup de dettes, leurs biens étaient admi- Parte II, p. 121, cap. xix.

nistrés par la «Congrégation des barons» et ils ne pouvaient rien 2. L'arc appelé Camigliano, parce qu'on le supposait dressé en

toucher sans son autorisation. Cette congrégation, c'est-à-dire ce l'honneur de Camille, se trouvait dans la rue Piè di Marmo. Il exis-

conseil, avait été instituée par Clément VIII en 1596 par la tait encore en 1502. Peut-être disparut-il quand Grégoire XIII érigea

bulle « Justitia» (Magnum Bull., vol. 10, p. 270), pour mettre de le Collège Romain (1582). Hare, Walks in Rome, vol. II, p. 155-

l'ordre dans les finances des familles baroniales et surtout pour Lanciani, Notizie degli Scavi, Rome, 1882, p. 348-350.

sauvegarder les intérêts de leurs créanciers. Moroni, Diz., vol. 16, 3. On comprend qu'il s'agit de remplir l'intérieur des colonnes

p. 147. Cf. Lunadoro, Corte di Roma, éd. Andréa Tosi, Rome, 1765, de bronze qui naturellement formaient des tubes.

pour les placer sous le portique à la place des deux colonnes de jaune antique que l'on a posées sous l'orgue l 45

Au conducteur des travaux pour ses peines et les douze litres de vin donnés aux ouvriers qui ont fait ce travail 3

AOttaviano da Gubbio pour trois blocs de marbre pris à Santa Maria Nuova (temple de Vénus et de Rome) 10

A Giovanni da Vigevano pour une colonne de granit prise près de Santa-Croce in Gerusalemme destinée au vieux portique en remplacement des deux colonnes de marbre jaune placés sous l'orgue2 55

A Francesco Albano pour le rembourser des payements faits par lui à divers tailleurs de pierre qui ont fourni 87 journées, du Ier décembre 1597 au 16 janvier 1598, pour tailler des marbres qui se trouvaient autour de l'arc de Constantin ; ces marbres sont destinés à l'architrave sous l'orgue 26

A la duchesse Lucrezia Savelli pour du marbre grec, du marbre africain et du marbre noir provenant du Monte Savello (théâtre de Marcellus) 339

Aux Pères de Santa Agnese in Navona pour des marbres (provenant sans doute des ruines du cirque Agonale) et nombre d'autres fournitures de ce genre 25

A un excavateur pour des marbres Salini provenant de la Tor Pignatta, c'est-àdire du mausolée de sainte Hélène, ainsi appelée parce que, pour alléger le poids des matériaux sur les voûtes, on y avait remplacé, comme dans le Janus, les pierres par des vases de terre cuite 50

Au surintendant des travaux pour avoir conduit une colonne de brèche rouge du Transtévère au Latran et une autre en porphyre prise dansl'église Santi Apostoli 3 . 2

A Muzio Greco pour une colonne de 6 mètres en marbre violet venant de Santa Pudenziana 10

Au même, pour une autre colonne de même origine 15

Aux prêtres de Santa Agnese pour des marbres 25

Au surintendant des travaux pour le transport d'une colonne de marbre amenée de l'église Saint-Pierre-aux-Liens pour le chœur et l'autel du Saint-Sacrement . . 9

A un excavateur qui a licence de retirer des marbres dans le lit du fleuve 2

Au capitaine Paradisi pour quatre colonnettes de travertin prises à la Suburra * . . 6

Aux chanoines de la Rotonda pour marbres jaunes et Salini et pour du « métal». 25

A un charretier pour une colonne de marbre violet de 12 mètres provenant de Santa Pudenziana 10

A Berettarossa pour un fût de colonne venant deCasapia, destiné à être taillé pour le pavement de l'église 5 8

A Madame Catherine, veuve, place Giudea, pour un fût de colonne de jaune antique pris dans sa maison (venant évidemment du portique d'Octavie) 5

Aux nonnes de San Silvestro pour une dalle de marbre 9

A deux « excavateurs de marbre » pour douze blocs pris à San Clémente (probablement c'étaient des marbres enlevés au Colisée, dont cette église est proche). . 20

Aux chanoines de la Rotonda pour du métal et des marbres jaunes, Salini et autres. 50

1. L'orgue est l'œuvre de Luca Biagi de Pérouse. 4. Ce sont des colonnettes comme on en voit encore dans la

2. Rohault de Fleury, Le Latran, Paris, 1887, pi. IV, parle Via délia Suburra ou dans celle délia Madonna dei Montl, encasde ce portique. Ph. Lauer, Le Palais du Latran, Paris, 1911. trées dans des maisons.

3. La colonne de porphyre provenait vraisemblablement du 5- Un asile, fondé par saint Charles Borromée au temps de temple du Soleil, dont l'emplacement se trouvait peut-être dans le Pie IV, portait ce nom ; il se trouvait dans le voisinage du Panjardin Colonna au Quirinal ; comme on l'a dit, le prince Colonna théon, près de l'église S. Chiara (Quirini, La Beneficenza Romana, fit présent, vers 1860, d'une colonne semblable à l'église de Saint- Rome, 1892, p. 250). Par conséquent, ces marbres venaient peut-être Pierre-aux- Liens; c'est une des quatre qui supportent le baldaquin. des thermes d' Agrippa ou du temple du Soleil qui, d'après Huelsen, Cf. G. Winkelmann, Si. délie Arti, Rome, 1784, vol. III, p. 88. s'élevait en ce lieu.

LA FONTAINl DU QUIRINAL. UAMPHITH1 [TRI < I TRENSE

PI. 19, page 7$.

Monuments de Rome.

A Vestri pour solde du prix de marbres africains amenés du quai Ripa (où les

anciens en avaient entassé de grandes quantités) 50

Au banquier de la fabrique de San Nicola a Cesarini pour dix-huit charrettes de travertin en treize blocs destinés à remplir les colonnes de la chapelle du Saint- Sacrement ' 32

A Flaminio Vacca (le fameux antiquaire), sculpteur, pour une colonne de marbre

veiné destinée à être concassée - 10

A maître Judici pour du marbre pris dans le Colisée 10

Au même pour du marbre de la même provenance 12

Aux frères de l'église San Stefano del Cacco pour une dalle de marbre s 9

Aux chanoines de la Rotonda pour du marbre et du bronze, acompte 30

A un charretier pour du péperin pris dans un aqueduc pour faire un lit sous les

marbres du pavement k 3

Aux chanoines de la Rotonda pour des marbres jaunes et du métal, avance. ... 50 A un excavateur pour du péperin pris dans les restes d'un aqueduc avec autorisation de la Chambre (apostolique) 2

Ainsi aucun monument ne fut épargné ; on alla même chercher des marbres à Ostie, où des ateliers de taille et de polissage étaient établis ; le surintendant des travaux y faisait de fréquents voyages d'inspection.

L'ornementation du transept de l'église Laterane achevée, ce fut la construction d'une chapelle dans Sainte-Marie-Majeure qui amena la destruction de quantité de marbres et de pierres antiques ; Paul V, aussitôt élu (16 mai 1605), voulut y avoir sa chapelle en face de celle de Sixte V; comme il était de la famille Borghèse, elle reçut le nom de Borghesiana ; Flaminio Ponzio en fut l'architecte. Avec son ornementation somptueuse, un peu surchargée, elle est un spécimen curieux et caractéristique de la décoration architecturale de cette époque 5. Une partie des marbres qui la décorent viennent, dit-on, du temple de Minerve dans le Forum transitorium ; ce qui est sûr, c'est que, de même que pour le Latran, on en prit un peu partout, au hasard des découvertes.

Les dépenses prévues atteignaient un chiffre élevé ; à la date du 4 août 1605, le pape ordonne à son trésorier général de prévenir le dépositaire, c'est-à-dire le banquier de l'Eglise, alors Alessandro Ruspoli, d'avoir à verser chaque mois 2 000 écus aux entrepreneurs.

Le 3 septembre, un entrepreneur milanais reçoit 108 écus pour trente-sept « charrettes» de marbre Salino venant du temple Délia Pace, et il est payé 36 écus à Arconio,

1. L'église S. Nicola a Cesarini ou de Calcarario, ainsi nommée à 3. Cette église s'élevait près de l'église de la Minerva et non loin, cause du voisinage des fours à chaux, s'élevait sur les ruines du par conséquent, des restes du temple d'Isis, au Champ de Mars, temple Herculis Custodis voisin du Circus Flaminius ; dans la 4. Les aqueducs étaient généralement bâtis en péperin, c'est-àcour se trouvaient quatre colonnes que l'on pensait avoir fait dire en tuf venant en majeure partie des monts Albins, celui de partie du temple. Corografia di Roma, p. 59. Nibby, Roma nell' Claude entre autres.

anno... Parte antica, vol. II, p. 663. L'église fut remaniée peu après, 5. « La chapelle Borghèse ou de Paul V, dit La Lande (Voyage

en 1610. d'un Français en Italie, Venise, 1569, vol. III, p. 425), est de la

2. Vacca habitait près de l'arc Délia Ciambella, c'est-à-dire plus grande magnificence ; elle est toute revêtue en beaux marbres aux thermes d' Agrippa ; la colonne avait donc été tirée de ces avec des peintures du Guide ; elle est pareille à la chape lie Sixte, ruines. Lakciani, Bull. Archiv. Corn., 1901, p. 17. Bartoli, Cento si ce n'est qu'il y a moins de bigarrure de marbres... Quatre grandes Vedute, pi. L, reproduit un dessin de Giovannoli Alô qui représente colonnes de jaspe oriental accompagnent l'autel... » Cette chapelle ces ruines. contient une des images de la Madone peintes par saint Luc.

8o MONUMENTS DE ROME.

commissaire des fouilles et des antiquités de Rome, pour le quart du prix de trente-sept charrettes de marbre de même origine ; les trois autres quarts étaient dus aux excavateurs.

Le 12 septembre, 120 écus aux nonnes de San Lorenzo in Panisperna pour quarantetrois charrettes de travertin fournies par elles.

Le 15 juillet 1606, 20 écus au procurateur de Sant' Adriano a Campovaccino pour cinq charrettes de marbre.

Le 23 septembre, 214 écus à deux excavateurs pour de l'albâtre, du jaune antique, du marbre grec.

Le 27 septembre, 74 écus pour une moitié de colonne de marbre africain venant d'Ostie.

Le 19 novembre, 350 écus pour six colonnes de marbre venant du couvent de San Francesco a Ripa.

Le 23 mars 1608, 269 écus pour solde de 392 écus, prix de onze morceaux de brèche, albâtre et jaune africain venant d'Ostie.

Le 30 août, 96 écus pour le transport de deux colonnes de granit de Saint-Pierre à Sainte-Marie-Majeure.

Le 3 octobre 1609, 200 écus pour cinq blocs de marbre blanc et noir et deux blocs de brèche.

Le 27 février 1610, 74 écus pour une colonne de marbre veiné.

Le 24 mars, 300 écus au provéditeur du monastère des jésuites de Santi Giovanni et Paolo pour deux colonnes de vert antique prises par les Pères dans leur église et pour deux colonnes destinées à remplacer celles-ci.

Le 26 mars, 90 écus pour une colonne de marbre noir de 5 mètres et demi (21 palmes).

Le 22 mai, 90 écus au majordome du cardinal Tosco pour un bloc de marbre noir et jaune.

Le 12 juin, 20 écus pour du travertin venant de l'amphithéâtre Castrense, plus trois colonnes entières et quatre petites colonnes brisées.

Le 26 juin, 28 écus pour du granit.

Le 16 octobre, 100 écus aux nonnes de Santa Susanna pour du beau marbre qu'elles tenaient des frères de Sant' Adriano au Forum.

Le 23 octobre, 12 écus pour le transport de quatre colonnes de porphyre pris dans la cour Délia Floreria au Vatican.

Le 17 septembre 1611, 5 écus pour le transport d'un bloc de travertin pris au Forum, dont le sculpteur Solaro devait faire un dauphin pour la grande fontaine du Belvédère, laquelle existe encore. Plus tard on lui donna un second bloc pour l'autre dauphin. Il reçut 25 écus.

En 1610, le pape Paul V avait permis à son compatriote Scipione Borghèse de raser les thermes de Constantin dont il existait encore de nombreux vestiges, comme

COLONNE ET OBÉLISQl l

LA COLONNE DE L'iMMACULÉE-CONCEPTION. PIAZZA

di spagna. Gravure du commenc' du xixe siècle.

l'obélisque de la villa mattei.

Gravure de Amici Romano, 1839.

S AINTE-M ARIE-M AJ EU

RE. LE CHEVET DE L'ÉGLISE AVEC L'OBÉLISQUE. GrœviuS, vol. IV, 1/32.

Monuments de Rome.

on le constate dans les gravures de Du Pérac 1 et d'autres dessinateurs de ce temp . Ces thermes se trouvaient sur la partie méridionale du Quirinal ; Borghèse édifia sur leur emplacement et avec leurs débris un palais qui passa ensuite aux Altemps, aux Bentivoglio et devint la propriété du cardinal Mazarin ; les ambassadeurs de France y résidèrent de 1650 à 1704. En 1690 il appartenait au duc Zagarola Rospigliosi -.

Néanmoins ces thermes ne disparurent pas complètement, car Rogissart, qui visita Rome dans les premières années du xvnr3 siècle, parle des « restes des bains de Constantin dont on voit encore de grands pans de muraiUes, des arcades, des voûtes, des citernes souterraines sur les ruines desquelles on a bâti des greniers ou magasins publics 3 ».

A partir de 1612, les marbres antiques sont utilisés pour le palais du Quirinal aussi bien que pour la chapelle de Sainte-Marie-Majeure ; ils viennent du temple de la Paix, des thermes de Dioclétien, du forum de Nerva que le pape (Paul V) faisait détruire, du forum de Trajan, du Palatin. Un tailleur de pierre travaillait sur place au temple de la Paix 4.

Le 2 juin 1612, il est compté 12 écus à un charretier pour avoir transporté des marbres du temple de la Paix, de la Marmorata, de Sant' Andréa délie Frate, de San Lorenzo in Lucina à l'éghse de Sainte-Marie-Majeure.

Le 31 août 1612, il est compté 32 écus au même entrepreneur pour avoir transporté des marbres pris « alla Perna», c'est-à-dire à San Lorenzo Panisperna.

Le 28 février 1613, il est compté 9 écus aux nonnes de Santa Cecilia, au Transtévère, pour du travertin destiné à remplir l'intérieur des colonnes de Sainte-Marie-Majeure.

Le 18 avril 1613, 10,70 écus au charretier Bernardo pour transport de marbres à Saint-Pierre; ils avaient été extraits dans les thermes de Dioclétien.

Le 30 juin 1614, au même, 70 écus pour transport de marbre venant du forum de Nerva, du temple de la Paix, des thermes de Dioclétien.

Le 17 octobre 1614, au même, 20 écus pour transport de deux grosses colonnes des thermes de Dioclétien à Sainte-Marie-Majeure.

Le 30 juillet 161 5, à Ascanio Vignali pour avoir conduit avec ses buffles une colonne de Saint-Pierre à Montecavallo (Quirinal) pour en faire un des côtés de la grande porte du palais.

Le 26 août, à Bonazzi, 20 écus, prix d'une colonne de granit dont on devait faire le seuil de la porte du palais.

Le 7 avril 1616, au Père procurateur des Chartreux (thermes de Dioclétien), 15 écus pour trois fragments de colonnes destinés audit palais et 17 écus à l'abbé Paolo de Angelis pour quatre fragments de colonnes de granit.

« Par les ordres de ce pape (Paul V), dit Stendhal 5, on enleva ce qui restait du

1. Vestigi dell' Anlichilà di Roma, Rome, 1575, pi. 32. 35 ; années 1600-1614, fol. 3, 10, 19, 24, 26, 27, 29 ; année 1610,

2. t>ESETKE,Descript.dela villedcRome, Lyon, 1690, vol. I, p. 148. fol. 6, 9, 16, 22 ; année 1611, fol. 30, 33 ; fasc. 1612, fol. 1, 13, 17,

3. Rogissart, Délices de l'Italie, Leyde, 1706, vnl. II, p. 385. 20, 35, 77, 118; années 1615-1620, fol. 16, 18. 34.

4. Archiv. di Stato, Ruina, Fabbriche, 1605-1609, fol. i, 3, 15, 21, 5. Promenades dans Rome, 28 mai 1828.

temple de Pallas, élevé par l'empereur Nerva (il s'agit du temple de Minerve dédié en 98). Cette ruine magnifique se composait de sept grandes colonnes cannelées de marbre blanc et d'ordre corinthien. Elles soutenaient un riche entablement et un fronton... Ce pape le fit démolir parce qu'il avait besoin de marbres pour sa fontaine Pauline sur le mont Janicule \ »

C'est la fontaine qu'alimentent les eaux amenées du lac Bracciano par un aqueduc bâti en partie sur les restes de celui de Trajan.

En 1614, Paul V fit transporter devant Sainte-Marie-Majeure la seule colonne qui restât dans la basilique de Constantin 2.

Quelques monuments furent démolis sous le pontificat d'Urbain VIII (1623-1644), entre autres une partie du temple Sacrai Urbis, situé au Forum et qui avait été converti au VIe siècle en une église dédiée à Santi Cosmo e Damiano. On détruisit un portique de six colonnes situé au nord-ouest de cet édifice et que surmontaient les inscriptions dédicatoires de Vespasien et de Septime- Sévère 3, ainsi que les restes d'un monument qui était peut-être le temple du Soleil d'Aurélien et qui se trouvait sur la place que décoraient les fameux groupes de chevaux4. Mais ce qu'on reprocha surtout au pape, ce fut l'enlèvement des ornements de bronze dont ses prédécesseurs et les moines n'avaient pas encore dépouillé le Panthéon 5. C'est à cette occasion que l'on répéta : « Quod non fecere barbari, fecenmt Barberini. Ce que n'ont pas fait les barbares, les Barberini l'ont fait», car le pape était de cette famille.

Les règlements qui interdisaient la destruction ou l'exportation des antiquités existaient toujours cependant, mais n'étaient qu'occasionnellement appliqués. Dans une lettre adressée de Rome le Ier décembre 1659 au nonce en France Piccolomini, il est dit que, malgré les lois très sévères qui s'opposaient à l'enlèvement des statues, il venait d'en être envoyé un grand nombre au cardinal Mazarin ; elles avaient été trouvées par le duc de Bracciano, Lelio Orsini, près de l'église Santa Croce de Gerusalemme, lieu fertile en antiquités, comme on l'a vu ; cinq de ces statues étaient fort belles, et il y avait, en outre, quantité de fragments de marbre. Tout l'envoi avait été saisi à Civitavecchia au moment de l'embarquement ; toutefois personne ne doutait à Rome que cet embargo serait levé dès que le pouvoir pontifical saurait le nom du destinataire. Le duc de Bracciano avait bien demandé l'autorisation de faire des fouilles, ainsi que le lui imposaient les règlements, mais seulement après les avoir faites, et cette autorisation lui avait été d'ailleurs refusée 6.

Les thermes d'Agrippa, situés près du Panthéon, existaient encore au XVIe siècle, comme le montrent les représentations de Giovannoli Alô (1619) et de Palladio (1622) ;

1. C'est aussi ce qu'écrivait Stefano Pialeàl'AccademiaRomana Arch. Com., 1895, p. 39 et suiv. Il pense que ce temple s'élevait di Archeologia, le 14 décembre 1823. Voir Comptes rendus de cette non pas sur le Quirinal, mais près des thermes d'Agrippa et, par Académie, Rome, 1823, vol. I, part. II, p. 69. conséquent, du Panthéon. Voir aussi Gatti, Archeologia, Rome,

2. Voir plus loin la monographie de ce monument. 1911, P- 53- Voir pi. 7.

3. Homo, p. 616. 5. Voir plus loin la monographie du Panthéon.

4. Cf. Ch. Huelsen, 11 Tempio del Sole dans Bull, délia Com. 6. Lanciani, Scavi, vol. I, p. 175.

SANTA CROCE DI GERUSALEMME. — ARC DI1 DL PORTl GAL.

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