A. Coppi, Memorie Colonnesi, p. 102. Vat., 424, fol
6. Aldroandi, Le Statue..., Rome, 1599, p. 298. 12. G. Alveri, Roma in ogni stalo, Rome, 1664, part. II, p. 72.
ioo MONUMENTS DE ROME.
loua, moyennant un florin d'or par an, en perpétuelle emphytéose, les jardins qui entouraient le mausolée ; les locataires, Aurelio Giovanni et Giovanni Batta de Spiriti de Viterbe, s'engageaient à enclore partiellement le tenain et à le débarrasser «du fumier, de la pourriture et des immondices » dont il était encombré 1. Ce n'était pas une petite tâche qu'ils assumaient, car l'état des chemins dans cette partie de la ville était tel qu'on avait grand'peine à y faire des charrois; néanmoins, grâce à eux, «la corruption de l'air et les miasmes malsains » dont ce lieu était le foyer disparurent en partie ; c'est pourquoi le cardinal camerlingue, Raffaello Riario, les autorisa cinq ans plus tard, le 16 octobre 1493, en vue d'accélérer le travail, à se servir des restes du Pons Neroniamis pour déverser les détritus dans le fleuve 2. Le terrain ainsi déblayé fut planté en vergers et en potagers et toute la région en prit le nom de Ortaccio.
Dès le début du xvie siècle, le monument se trouve entre les mains des Orsini 3 ; en 1512, le « monticule appelé vulgairement Lausta » appartenait à Franciotto Orsini ; à côté se trouvait un four où l'on fabriquait des amphores et que la famille Serroberti vendit à la confrérie de San Rocco au prix de 500 écus 4.
Par suite des travaux accomplis à la fin du siècle précédent, le quartier se peuplait et les terrains acquéraient plus de valeur ; une maison située au pied du monticule et dont le cens était de 45 grossi, fut vendue, en 1519, 212 ducats à un mercier et à un marchand d'aromates 5.
La même année, des fouilles étaient pratiquées au pied du mausolée ; elles mirent au jour l'un des deux obélisques qui en décoraient l'entrée 6 ; Marliani le vit vers 1534 et constata qu'il était brisé en plusieurs morceaux ; cinquante ans plus tard, en 1587, Sixte V devait faire transporter cet obélisque au chevet de l'église de Sainte-Marie- Majeure. Quant au second, il ne fut retrouvé qu'au xvine siècle et placé, en 1782, comme on l'a dit, sur la fontaine du Quirinal 7.
En 1546, le mausolée était la propriété de Francesco Soderini qui venait de l'acheter8. Lausta fut bientôt vidé de tous les déblais qui s'y étaient accumulés, et apparut sous la forme d'une double enceinte de murs circulaires, épais et encore assez élevés; la partie centrale, plantée en jardins à la française, avec quelques cyprès çà et là, devint un lieu de plaisance; une porte percée du côté du Corso, ou rétablie, y donnait accès 9 ; elle était surmontée d'un masque provenant peut-être de l'ancien édifice ; de chaque côté étaient deux statues et devant on avait disposé un sarcophage avec son couvercle ; des maisons étaient adossées au mur extérieur. C'est dans ce lieu retiré que
1. Archiv. Seg. Vat., Div. Camer., vol. 49, fol. 173. 8. Interrogatoire d'un familier de la maison : « Mons. di Soderini
2. Archiv. Vat. , Div. Camer., vol. 50, fol. 152. Ce pont était déjà ha comprato un luogo che si chiama Mausileo che sta dietro a croulé au IVe siècle ; les restes portaient, au xvic siècle, le nom de S. Rocco...» Archiv. di Stalo, Roma, Investigat., Vol. 25, fol. 73, Ponte del Austc. Lanciani, Scavi, vol. II, p. 14. en date de 6 juin 1546.
3. Lanciani, Scavi, vol. II, p. 13. ■ 9. Plan de Rome Du Pérac Lafreri (1551), publ. par le P. Ehrle,
4. Archiv. St. Capit. S. R. C. Inst., vol. 18, p. 162. 1908. Cependant d'autres plans de Rome, par exemple Nolu,
5. Ibid., vol. 32, fol. 112. 1718, indiquent l'entrée du côté de la Via Pontificale. Dans la gra-
6. Lanciani, Scavi, vol. I, p. 192. Bulletino delta Corn. Arch. vure de Giovannoli Ali, 1615, le château Saint-Ange s'aperçoit Com. di Roma, 1882, pi. XVI et XVII. au fond, dans une position évidemment arbitraire, mais qui néan-
7. Cancellieri, Mercato, p. 168. moins semble confirmer la première hypothèse.
/ . +-" * ' -. ■ " •■•!/■• • y .'>+'•' - - " Jtfp "*py iS il
*»a»jSiitîMia.«
Monuments de Rome.
PI. 26, page 100.
MAUSOLÉE D'AUGUSTE. loi
Soderini et ses familiers venaient se reposer du tumulte de la ville et méditer sur les traverses alors plus que jamais fréquentes de l'existence humaine. « Je vous écris au milieu du monument d'Auguste, au Champ de Mars, disait l'exilé florentin Busini dans une lettre à Benedetto Varchi. Soderini mon maître veut le restaurer entièrement et l'a transformé en un beau jardin avec quelques salles à l'entour, en forme de grottes dans lesquelles nous prenons nos repas » (1549) 1«
Mais la pensée de Soderini n'était pas seulement de faire du tombeau d'Auguste un lieu de plaisance, il comptait aussi en tirer parti ; dans cette vue, il se fit autoriser à déterrer les statues [imagines), les dalles, les fragments de marbre qui gisaient autour du monument dans un rayon de 30 mètres, afin de les convertir « in usum humanum », mots sinistres qui semblent ne signifier que trop clairement que Soderini se réservait le droit de les transformer en chaux s'il ne les jugeait pas dignes d'entrer dans ses collections 2. Combien de morceaux intéressants durent alimenter le chaufour qui fonctionna dans le voisinage jusqu'à la fin du siècle 3 !
Le mausolée passa, après la mort de Francesco Soderini, entre lesmains de Paolo Antonio 4, puis il devint la propriété de la famille Correa5; toutefois la Commune, représentée par le conseil du Capitole, conservait certains droits ; la preuve en est qu'en 1700, l'architecte de la ville reçut mission d'aller l'examiner et de présenter un rapport ; toutefois les conseillers capitolins, qui s'intéressaient ainsi à sa conservation, pensaient qu'il s'agissait du tombeau de Pompée, et c'est le nom qu'ils lui donnent 6. Le Conseil communal n'était pas seul d'ailleurs à veiller sur le mausolée ; en 1773, la confrérie de San Rocco, à qui appartenaient plusieurs bâtiments voisins et notamment deux hospices7, s'en occupait de son côté ; en 1773, le cardinal Giovanni Maria Riminaldi, primicier de l'archiconfraternité, ordonna en son nom des travaux du côté qui confinait à l'église San Rocco, c'est-à-dire vers la partie sud. Une inscription rappela ce travail 8.
« Le mausolée d'Auguste, écrit La Lande en 1765, est situé derrière San Carlo al Corso, près de Ripetta. C'est une vieille tour ronde qui est au marquis Gabrielli, mais qui a appartenu successivement aux Fioravanti et au marquis Conca (Correa). Il ne reste plus rien des colonnes et des marbres dont elle était enrichie par dehors, la couverture en est tombée et l'on ne voit plus rien au-dedans qu'un jardin, une terrasse qui règne sur
1. Calvi, Op. cit., p. 1. '744, P- 87. cite entre ces deux propriétaires, la famille Fiora-
2 t Patentes facùltates effodendi statuas marmnreas et alla hujus- vante, qui eut une habitation adossée au mausolée dans la Via de'
modi circa Mausoleum.» Avril i549- Archiv. Vat., Div. Camer., Pontinci. Cf. le passage de De Lalande cité plus loin et Moroni,
vol 158 fol 18 L'autorisation est des plus étendue ; Soderini Diz. di Erud., vol. 73. P- 248. Nardini, Roma antica, vol. III, p. 76.
pouvait disposer à son gré des objets trouvés, employer les maté- 6. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 41, fol. 56. Rogissart, qui le
riaux pour de nouvelles constructions, les objets d'art pour orner vit en 1706. écrit : « Tout proche est le mausolée d'Auguste, qui
ses demeures, à la seule condition de remettre les lieux en état était un édifice rond que cet empereur avait fait construire au
après les fouilles. L'expression In usum humanum était d'ailleurs Champ de Mars pour lui servir de sépulcre, mais aujourd'hui il
de style dans ces concessions. On la retrouve à propos du en reste si peu de chose qu'il est impossible de croire, a ce qu on
Colisée. Archiv. Seg. Vol., Div. Camer., vol. 251, fol. 205. en peut voir, que c'ait été autrefois une des merveilles du monde...»
3. Archiv. di Slato, Relazioni dei Birri, Buste IV, p. 191. Relation Les Délices de V Italie, Leyde, !7o6, vol. II, p. 348.
du lieutenant en date du i« mai 1598. Le four se trouvait près de 7. Plan de Nelli.
S Giacomo s- Cancellieri, Mercalo, p. 66. Cf. Gio. Batt. de Rossi, A oU di
' 4. Aldroandi, Délie Statue..., p. 198. *«**»" * monumenH aniichi, dans Studi e Doc. di Storia eDiritto,
5 Bernardini, Descrizione del Nuovo Ripartimenlo , Rome, vol. V, Rome, 1884, p. 152, description d'après Bat. Nolli.
L'épaisseur du mur et des chambres souterraines. Il y a plusieurs murs concentriques qui formaient autrefois différents étages et allaient toujours en diminuant jusqu'à un dernier où était la statue colossale d'Auguste. x »
Cependant la famille Correa avait adossé au mausolée une habitation qui prit le nom de Palazzo Correa 2 ; le monument lui-même devint bientôt la Correa et l'est resté longtemps. C'est alors que le mausolée changea encore une fois de destination, il devint une arène pour des courses de taureaux3. Le marquis Francesco Saverio Vivaldi Armentieri avait entrepris d'en faire un lieu de spectacle; le centre fut transformé en piste 4 ; sur le mur d'enceinte on construisit des loges avec une entrée spéciale pour la noblesse à travers le palais Correa, et chacun admira « la parfaite rondeur » de l'enceinte, la commodité des dégagements, la bonne disposition des places. On afflua ; des brochures élogieuses furent publiées et des gravures représentant l'édifice répandues. Aux constructions de bois il fallut bientôt en substituer de briques ; un mur fut élevé pour protéger les spectateurs des rayons du soleil 5. Séduit sans doute par cette installation, un entrepreneur de spectacles forains, Bernardo Matas, sollicita la licence d'y donner des courses de taureaux ; dans sa supplique au gouverneur de la ville, le futur cardinal Giovanni Cornaro, il faisait valoir qu'il avait dix fils vivants lesquels lui coûtaient fort cher, que les spectateurs ne courraient aucun risque à cause de la disposition des lieux et que les toréadors eux-mêmes ne seraient guère exposés, car il en choisirait de très habiles venant d'Espagne. Mais Cornaro reçut la pourpre précisément alors (ier juin 1778), et Matas dut pendant deux ans encore nourrir ses dix enfants comme il le put ; enfin, en 1780, le nouveau gouverneur, un Napolitain, Fernando Maria Spinelli, chargea un architecte d'aller inspecter les lieux et, sur le rapport qu'il fit, Matas eut permission d'organiser des courses (20 mars) 6. Aussitôt il se mit à l'œuvre et en juin les spectacles commencèrent ; deux publications les annoncèrent avec fracas, vantant les merveilles des arènes. Il y eut non seulement des combats de taureaux, mais aussi des courses en sac, des chasses aux cochons, des jeux de bagues, des mâts de cocagne ; on vit même s'élever un «globe aérostatique7 », mais le jeu de ballon, qui provoquait toujours à Rome des batailles, fut interdit.
Le bon abbé Uggieri traduit l'émerveillement des Romains quand il écrit : « La figure circulaire du local qui, dans un coup d'œil, met en vue tous les spectateurs, la belle et riche illumination en pot (sic) à feu, la foule du peuple, sa variété, la machine du feu d'artifice placée au milieu de l'arène, ses explosions non interrompues, un ballon aérostatique qui presque toujours s'y élève, les détonations successives du feu d'artifice
1. Voyage d'un Français en Italie, Venise, 176g, vol. IV, p. 12. 5. Antonio Bertolotti, La Rassegna Settimanale, Rome,
2. Entre le mausolée et la Via Pontefici. Voir Uggieri, SuppU- 1879, n. 78 (29 juin), p. 498. ment aux Journées pittoresques, part. I, pi. XIV et XV, coupe et 6. Cancellieri, Mercato, p. 66.
plans. Nibby, Roma moderna, vol. II, p. 979. Le plan en pers- 7. Viaggio aereo di un uomo (Vincenzo Lunardi) in pallone,
pective de Rome de 1568 et celui de 1625 (Graft) montrent très 8 juillet 1788. Ce voyage s'accomplit avec l'autorisation du gou-
nettement une demeure adossée au monument. verneur, non sans de grandes difficultés. // Cracas, 12 juillet 1788,
3. D. Magnan, La Ville de Rome, Rome, 1778, vol. II, col. 17, n.1412. Lunardi avait fait d'autres ascensions, dont une en Angleil est encore parlé du jardin. terre en 1784, emmenant un chat, un chien et un pigeon ! Cracas,
4. Vasi, Itinéraire de Rome, Rome, 1S26, vol. I, p. 319. 1890-1891, n. 175.
dont il est chargé, les cris des spectateurs, un ciel serein et la fraîcheur ordinaire des soirs d'été produisent une illusion enchanteresse qu'il est impossible de la décrire (sic). Les étrangers, qui pour la première fois y assistent, en restent stupéfaits et n'oublient plus les fochetti (illuminations) de l'amphithéâtre Correa 1. »
Matas, en habile homme qu'il était, n'avait pas dès l'abord découvert toute sa pensée ; s'appuyant sur son premier succès, il demanda qu'il lui fût accordé de tirer des feux d'artifice et de donner des concerts, afin, disait-il, qu'il pût regagner par ce moyen les dépenses considérables qu'il avait dû engager pour préparer les courses de taureaux. Cette autorisation lui fut concédée le 15 juillet avec obligation pour lui de donner des spectacles jusqu'à la fin du mois d'août. Le prix de location des arènes était de 432 écus par an.
L'entreprise, malgré ce beau début, périclita à cause du mauvais air qui régnait dans ce lieu trop voisin du fleuve ; l'Augusteo devenu improductif fut mis aux enchères et ne trouva pas d'acquéreur ; Vivaldi racheta ses droits à Matas et revendit le monument moyennant 29 500 écus à la Chambre apostolique le 5 octobre 1802 2; celle-ci le céda à bail à un entrepreneur qui dut faire fortune, si l'on en juge par les recettes de deux des représentations dont les comptes ont été conservés ; le 7 juillet, le spectacle coûta 38 écus et en rapporta 455; le 10 juillet la dépense fut plus élevée, car il s'agissait d'une représentation de nuit : elle s'éleva à 181 écus dont 137 pour l'éclairage ; la recette fut de 219 écus 3.
Le mausolée n'avait pas encore fini le cours de ses destinées ; il devint un cirque en l'an 1804; un cirque français : M. Guillaume et «ses écuyers français » y montrèrent leur habileté aux Romains du 9 avril au 23 mai. Durant bien des années on vit ainsi des artistes telles que la « légère Schier et l'adroite Latard » accomplir dans le mausolée des acrobaties et se livrer à des exercices équestres. Quand on voulait divertir les souverains, on les menait dans la Correa ; le roi dés Deux-Siciles et sa femme Lucia Migliaccio y assistèrent à une représentation d'honneur quand ils vinrent à Rome en 1819. C'est l'architecte Valadier qui avait décoré la salle 4.
Malgré les interdictions de Léon XII et de Pie VIII, on continuait à y donner des combats de taureaux : la preuve en est que le gouverneur régla, en 1829, la façon dont on devait introduire les bêtes dans la ville 5. Plus tard, en 1834, une troupe de cirque dans laquelle figuraient plusieurs sujets français, se montra de nouveau dans la Correa 6.
En 1838, elle avait encore subi une métamorphose et était devenue un lieu de délassement et de rencontre ; le soir un orchestre y jouait et, dans l'ombre, les uns assis écoutaient, les autres se promenaient jusqu'à ce qu'un feu d'artifice terminât la fête 7. Mais les Romains se lassèrent vite de ce divertissement et, en 1850, un autre M. Guillaume
1. Uggieri, Supplément aux Journées pittoresques, loc. cit. du bois aux armatures en fer indiquées par Valadier, lequel fut