E COLONNE
Monuments de Ro
PI, 4. page j
fouilles pratiquées près de l'église Santi Pietro c Marccllino, en 1874, on découvrit 1< restes d'un bain privé de l'époque de Dioclétien dans les fondations duquel on retira quatre-vingt-quinze fragments d'architecture ou de statues brisées qui avaient été employés comme matériaux. Le Colisée lui-même a été achevé aux dépens d'autres monuments ; du côté nord, c'est-à-dire dans la partie la mieux conservée en son intégrité, on distingue, dans le haut de la paroi, des fûts de colonnes, des linteaux, des chapiteaux, des pierres de toute espèce, pillés sans doute aux alentours1. N'est-il pas singulier que ce monument, dont les débris ont servi pendant des siècles à bâtir des quais, des maisons, des palais et des églises, ait été lui-même en partie construit avec les dépouilles d'édifices antérieurs?
L'arc dit de Constantin est orné de statues et de bas-reliefs pris à un autre arc élevé à une époque où le style n'était pas encore tombé en décadence, peut-être à l'arc de Trajan qui était situé sur la voie Appienne et a entièrement disparu.
En 365, Lucius Aurelius Avianus Symmaque se servit, pour restaurer le pont Cestius, de blocs de travertin pris dans le théâtre de Marcellus.
Quelques pierres furent successivement employées à divers usages ; le piédestal d'une statue élevée dans un municipe de la campagne romaine à la mémoire d'une illustration locale servit, en 285, à la restauration des thermes de Caracalla puis, en 365, à l'édification d'un monument en l'honneur de Valentinien Ier ; ce piédestal finit au xvie siècle, comme tant d'autres, dans un four à chaux ; heureusement on avait eu la pensée de transcrire les inscriptions qu'il portait et qui retracent son histoire 2.
La colonne de Phocas, qui formait jadis le motif central et caractéristique de la charmante vallée du Forum et qui semble aujourd'hui un peu perdue au milieu du fouillis des vestiges exhumés et relevés, a été également empruntée à un ancien monument et il ne paraît pas impossible d'en retrouver l'origine3.
L'exarque d'Italie Smaragdus l'érigea en l'an 608 afin de commémorer la gloire et les « innombrables bienfaits» de l'empereur byzantin Phocas qui, au vrai, était un usurpateur fort cruel et aucunement digne de cet honneur, d'autant plus grand en fait que ce fut la dernière manifestation de ce genre. Une statue dorée de l'empereur ornait le sommet de la colonne4. Comme on n'était déjà plus capable alors de tailler une colonne, Phocas dut en chercher une toute faite aux alentours, à moins qu'il n'ait, comme d'aucuns le pensent, employé une colonne déjà en place en changeant simplement l'inscription dédicatoire. En tous cas, que ce soit par Phocas ou par un autre, il paraît certain que la colonne fut prise ailleurs. Or, pas très loin, sur les bords du Tibre, il y a un petit temple rond, dédié à l'Aurore à ce qu'on peut supposer, car il était sous l'invocation de Mater Matuta (M atutina) , et dont on a fait depuis l'église Santa Maria del Sole ; ce gracieux monument est entouré de colonnes cannelées en marbre,
1. Voir pi. 51 et 52. Les restes d'anciens monuments se distin- 4. Le P. H. Thédenat, Le Forum Romain, Paris, 1904, p. 163 guent à gauche de la gravure. et 264. C'est Phocas qui autorisa la transformation du Panthéon
2. Corpus I. L., Roma, vol. VI, p. 244, n. 1173. en église chrétienne. G. Schlumberger a longuement écrit son