Voir pi. 2 et 5. histoire, N. Phocas, Paris
ifi MONUMENTS DE ROME.
surmontées de chapiteaux corinthiens, dont le galbe rappelle exactement la colonne de Phocas, et il se trouve que l'une d'entre elles, une seule, a disparu; on n'en voit plus que la base, au ras du pavement. On peut donc supposer sans invraisemblance que c'est elle qui a été transportée au vne siècle ou avant au Forum1.
Cette colonne fut au xvme siècle un objet de terribles discussions entre archéologues; les uns tenaient qu'elle faisait partie du temple de Jupiter Custos, d'autres que c'était un monument isolé ; on disputait, à la mode du temps, en s'appuyant uniquement sur des textes et sur des hypothèses, à grand renfort d'invectives et d'arguments personnels, sans songer du tout à examiner le monument lui-même. Or, le 13 mars 1813, pendant les dernières fouilles accomplies par ordre de l'empereur Napoléon, on découvrit à quelques pieds sous terre l'inscription que porte le socle de la colonne et qui en expliquait clairement tout le mystère2. Aussi, le lendemain, un sonnet courait la ville, qui disait en substance : « Sots savants, les volumes par vous écrits sur le nom à donner à ma colonne en auraient, empilés, égalé la hauteur ; combien vous eussiez été plus avisés et moins ennuyeux si, jetant la plume, vous aviez pris une bêche 3. »
Ce n'était pas que la matière première manquât ; l'administration des marbres avait longtemps entassé sur le quai qui garda le nom de Marmoratai des blocs de marbre à l'usage des statuaires et des architectes ; lorsque, au ive. siècle, ce service cessa de fonctionner, il en existait une quantité énorme, mais on préférait alors employer des marbres pris à proximité et déjà taillés plutôt que d'aller en chercher dans ces dépôts.
Cependant, du moins durant le ive siècle, le pouvoir s'était efforcé d'empêcher la destruction des monuments ; il entrait dans les attributions du préfet de la ville de pourvoir à leur conservation ; le Sénat avait également un droit de surveillance ; en 331 par exemple, ce fut sur son ordre qu'on restaura le temple de la Concorde ; il défendit en même temps qu'on compromît la solidité des édifices en opérant trop près des fouilles pour en extraire des matériaux et qu'on enlevât, comme on commençait à le faire, les revêtements de marbre pour les transformer en chaux.
Ceci n'empêchait pas qu'on eût établi un tarif pour la destruction des marbres. Une loi de Théodose, promulguée en 389, contient un article, De Sepulchris (liv. IX, tit. 17), qui décide que ceux qui convertissent des marbres en chaux devront payer au fisc une livre d'or par sépulcre 5.
A partir du Ve siècle, ce fut le gouvernement qui ordonna la destruction des temples;
1. Voir pi. 5 et 33. découvert un grand nombre de blocs de marbre dont plusieurs
2. Il y eut, semble-t-il, une autre fouille faite par la duchesse de portaient des inscriptions. Article de Bruzza Ann. Inst. 1870, Devonshire, en 1817 ; une gravure de l'époque la représente. p. 106-204, et Middleton, The Remains of Ancienl Rome, vol. I, Cabinet des Estampes. Rome, Topographie. p. 148. Voir Ch. Dubois, L'Administration... des carrières dans le
3. Stendhal, Promenades dans Rome, 24 janvier 1828, Paris, monde romain, Paris, 1908, Introd., p. xxxix. Cf. sur l'emplace- 1893, vol. I, p. 200. ment où ces marbres étaient déposés, Lanciani, Bull. Corn., 1891,
4. Il existait un service chargé de recevoir les marbres à Ostie, p. 23, et Huelsen dans Mitlhetlungcn des D. Kais. Inst. in de les faire transporter à Rome par des esclaves spéciaux et de les Rom, 1892, p. 322.
réunir au port de Marmorata ou Marmoratum, en face de la 5. G. Winkelmann, Storia dette Arti, tard. Fea, Rome, 1784,
Porta Portese ; le lieu a conservé ce nom ; récemment il y a été vol. III, p. 318.