‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 42 sur 83 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LEUR UTILISATION. — ÉGLISE SAN CIRIACO. — PROJET D'ÉTABLISSEMENT DES CHAR- TREUX. — LE CARDINAL SFORZA TRANSFORME UNE PARTIE DES THERMES EN PARC POUR LA CHASSE. — VILLA ET JARDINS DU CARDINAL DU BELLAY. — CATERINA SFORZA FONDE L'ÉGLISE SAN BERNARDO. — PIE IV CONVERTIT LE TEPIDARIUM EN ÉGLISE ; SANTA MARIA DEGLI ANGELI. — LA MÉRIDIENNE. — LA PLACE DES THERMES, SPEC- TACLES FORAINS. — LES GRENIERS.

Les thermes de Dioclétien, les plus vastes de Rome, recouvraient 14 hectares de superficie x ; ils mesuraient 420 mètres de long sur 380 mètres de large2 ; plus de trois mille baigneurs pouvaient, dit-on, y venir à la fois ; les thermes de Caracalla, si imposants pourtant, étaient moitié moins grands. La légende voulait que quarante mille chrétiens eussent été contraints d'y travailler, et l'on affirmait même que sur beaucoup de briques se voyait empreinte une croix, ce qui est inexact 3. Les vestiges de cet édifice étonnent encore aujourd'hui qu'il en reste si peu 4 ; cependant il ne fallut que peu d'années pour en achever la construction. Commencée en 303 par l'empereur Maximien en l'honneur de son collègue Dioclétien alors absent de Rome, il fut inauguré par Constance Chlore et Galère entre les calendes de mai 305 et le VIIIe jour des calendes d'août 306, quand Dioclétien avait déjà abdiqué 5. Il ne vit donc guère les bains qui portent son nom.

Presque aussitôt, sous le règne de Constantin, la fameuse bibliothèque Ulpia, qui avait été conservée dans une salle située au forum de Trajan, fut transportée dans les Thermes ; les érudits, tels que Flavius Vopiscus qui rapporte le fait, venaient y travailler6.

La durée des thermes de Dioclétien fut courte ; cent cinquante ans s'étaient à peine écoulés depuis leur création, que les soldats d'Alaric y commettaient d'importants dégâts

1. E. Paulin, Les Thermes de Dioclétien, Paris, 1890. Platner, tinelli, Roma ex Ethnica sacra, Rome, 1653, p. 354-

The Topography of Ancient Rome, Boston, 191 1, p. 493. R. Lan- 4. On estime que plus de deux cents colonnes en furent tirées

ciani, Sloria degli Scavi, vol. II, Rome, 1903, p. 135-149 etpassim depuis le Moyen âge pour être employées ailleurs, E. Platner.

dans l'ouvrage. André Palladio, Les Thermes de Rome, Paris, Beschreibung der Stadt Rom, Stuttgart, 1838, vol. III. B., p. 351

1838. Corrado Ricci, dans Bollettino (TArle, 1909. Henry de 5. Corpus Insc.Lat., vol. VI, p. 233, n. 1124; p. 234,^1130,1131;

Geymuller, Doc. inédits sur les Thermes... de Dioctétien, Lausanne, p. 3079 (Additamenta), n. 31 242. On sait que Dioclétien ne vint

1883. A. Pellegrini, Diss. suite ravine délie Terme Diocl., 1876, dans sa capitale qu'après vingt ans de règne,

dans le Buonarroti. 6. Script. Lai. Minores, Hanovre, i6rr, p. 435. F. Vopisci

2. Homo, p. 651. Pre/acio. Sur la bibliothèque Ulpia, voir Al. Donati, Roma vêtus,

3. P. Ugonio, Istoria délie Stalioni, Rome, 1588, p. 197. F. Mar- lib, II cap. xxiv.

raa MONUMENTS DE ROM h.

U55) qiu» à vrai dire, furent assez vite réparés. Sidoine Apollinaire pouvait, en 466, en célébrer encore la magnificence1. Leur décadence définitive commença du jour où Vitigès, en 537, coupa les aqueducs qui amenaient l'eau à Rome2 ; devenus inutiles, les Thermes Eurent donc abandonnés et peu à peu se ruinèrent ; d'ailleurs la région circonvoisine devenait un désert ; ce n'est qu'assez récemment qu'elle s'est repeuplée.

Une église fut bâtie vers ce temps à l'angle nord-ouest des Thermes, peut-être dans quelque construction attenante ; elle était dédiée à saint Cyriaque, martyr au temps de Dioclétien et que l'on disait avoir été employé à la construction des Thermes ; elle existait déjà en 494, quand il est fait mention d'un prêtre Martianus « attaché à l'église Sancii C iriaci iuThermis Diocletianis 3». Elle était fameuse à cause des souvenirs qui s'y rattachaient. Le pape Pascalis (817-823) y officia ; Urbain II donna à saint Bruno « l'église des Thermes avec les bâtiments contigus» pour lui servir d'habitation (1091) 4. Au XVe siècle, cette église était croulante; Sixte IV la désaffecta; cependant elle ne semble pas avoir été démolie tout de suite ; comme on l'a dit, elle figure dans le plan de Bufalini dressé en 155 1 5.

On a retrouvé au cours des travaux de construction du ministère des Finances, en 1874, quelques vestiges de cette église, des colonnes, des chapiteaux G.

Sous le pontificat du pape Urbain V, les Thermes furent sur le point, une première fois, de devenir un monastère ; deux membres de la famille Orsini, Niccola, comte de Nola, etNapulione ou Napoleone, comte de Monopoli, firent requête au Souverain Pontife, lui demandant la cession du monument « avec son église, son campanile, ses cloches, son cimetière et toutes ses dépendances 7 », en vue d'y établir treize pères chartreux et leur prieur qui n'avaient pas de résidence à Rome, car leur ordre n'y possédait pas de maison. Le pape y consentit par un bref daté d'Avignon, janvier 1363, mais en stipulant que les deux requérants feraient toutes les dépenses d'installation nécessaires 8.

La mort de l'un d'eux, Napoleone, mit obstacle à la réalisation de ce projet, et ce fut près de l'église Santa Croce in Gerusalemme, dans les ruines du Palatium Sessorianum9, dont l'église Santa Croce occupe une des salles, que les religieux furent établis. Napoleone avait d'ailleurs laissé la somme de 3 000 florins en vue de leur installation.

Le pape sanctionna cette attribution par un bref daté du 19 août 1369 à Montefiascone 10.

Cependant les Thermes continuaient à se détruire ; malgré leur importance, les

1. Migne, Palrologia La!., vol. LVIII, c. 744. 6. Armellini, Le Chiese di Roma, Rome, 1S91, p. 819.

2. C'était l'aqueduc de l'Acqua Marcia qui alimentait principa- 7. On peut inférer du texte que les Thermes servaient déjà d'halement les Thermes. Procope, Guerres goth., I, 19. Cf. Grisar, bitation à des religieux.

vol. II, Rome, 1897, p. 214. 8. Archiv. Seg. Vat., Reg. Vat. 261, p. 21, Doc. XXXVI.

3. L'emplacement de ce sanctuaire est clairement indiqué dans 9. Dont on a vu que les vestiges furent abondamment exploités le plan de Bufalini, édition Ehrle (1551). Cf. Moroni, Diz. Erud., au xvn8 siècle. C'est Constantin qui transforma en basilique la vol. XI, p. 314, et Duchesne, Liber Ponlif., vol. II, p. 60. grande salle du palais où sa mère Hélène passe pour avoir habité.

4. P. D. Benedeito Tromey, Storia di s. Brunone, Naples, 1775, Au nord de l'église existait une autre salle dont il ne subsiste que vol. II, p. 99, et App., p. LX. les parois et l'abside ; elle était encore entière au XVe siècle. La nef

5. Quant au titre de l'église, il fut transféré à l'église SS. Quirico de l'église Santa Croce mesure 34 mètres de long sur 28 de large et e Giulitta. Moroni, Diz., vol. II, p. 314. Ceci est contesté par a 20 mètres de hauteur.

Armellini, Le Chiese di Roma, p. 819. 10. Ugonio, Hist. délie Stat., p. 210.

LES THERMl S DE DIO( II lll \

les thermes de DiocLÉTiEN. Gravure de Giovannoli Alô (1G19), 3e p., pi. 49.

LES thermes de dioclétien. avant leur transformation. Gravure de Du Pérac (1575), pi. 30.

Monuments m Ro

PI. 31, page 123.

descriptions de Rome de la fin du Moyen âge en font à peine mention x, Pétrarque n'y fait allusion que comme un but de promenade :

« Nous avions coutume, après avoir erré dans l'immense ville, dit Pétrarque dans une lettre à Giovanni Colonna, de nous reposer dans les thermes de Dioclétien et parfois

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