MÉDAILLE DE CLÉMENT XI MONTRANT LA MÉRIDIENNE
treux, en ont fait transformer l'intérieur par le chevalier Van Wittel (Luigi Vanvitelli) . Michel- Ange avait placé l'entrée en face de l'endroit où se trouve actuellement la gare ; Vanvitelli fit pour ainsi dire pivoter d'un quart de cercle l'axe de l'église ; la grande porte fut murée et remplacée par un autel dédié à Nicola Albergati ; l'entrée latérale donnant sur la place Termini devint l'entrée principale avec leCaldarium pour vestibule ; l'autel de la Vierge qui lui faisait face fut transformé en maître-autel ; toutes les proportions se trouvèrent modifiées malheureusement ; comme la nef devenue le transept était ornée des huit belles colonnes dont on a parlé, « pour mettre de l'uniformité dans la nouvelle nef, dit Vasi 3, on ajouta huit colonnes de briques peintes en granit ». Leur couleur mate ne fait que mieux ressortir la beauté des autres.
En 1701, Francesco Bianchini 4 songea à tirer parti, en vue de l'établissement d'une « méridienne », de l'immutabilité des murailles des Thermes « qui avait été éprouvée
1. Archiv. di Stalo, Roma, Archiv. Camerale, Fabbrica diS. Maria degli Angeli a Terme, 1563-1566 ; comptes des héritiers Battista Odescalco & Cie « dépositaires» de l'Église.
Total des sommes ordonnancées 17 57° écus
Total des sommes payées 17 512, 71 1/2
Solde au crédit de la Chambre apostolique (sic). . 75, 26 1/2
2. Par exemple, des alentours de l'église S. Matteo dans la Via Merulana ; peut-être y avait-il là quelque ruine dont il ne reste plus aujourd'hui la moindre trace, tant le travail d'enlèvement fut complètement exécuté. D'autre part, dans Archiv. Cartier. Fab-
briche, Conti D. Fontana, 158s, lib. X. Sommes payées pour enlever des marbres dans les ruines des Thermes, ces marbres devant servir à faire des statues dans la chapelle de N. S. et de Moïse dans Sainte-Marie-Majeure, 23 écus (27 septembre 1588). Le contemporain B. G amucci parle de cette église «qui, dit-il, sera, on l'espère, l'une des plus belles de la ville ». Page 1 14 ".
3. Itinéraire instructif, corrigé par Nibby, Rome, 1826, vol. I, p. 235. Corrado Ricci, Bollettino d'Arte, 1909.
4. Bianchini, De Kalendario et Cyclo Ccesaris..., Rome, 1703- La Lande, Voyage d'un Français..., Leyde, 1769. vo'- UI, p. 484.
L'ARl DE SEPTIM1 / I / RI
l'arc de septime-sévère, côté du capitule. (Phot. Moscioni.)
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I 'arc de septime-sévère. coté du forum. Sur la face de gauche, petite porte donnant accès à l'intérieur. (Phot. Moscioni.)
Monuments de Rome.
par une antiquité de quatorze siècles» et dont le grand tremblement de terre de 1703 allait donner encore une preuve. Cette méridienne, destinée à permettre des observations astronomiques, devait être d'autant plus utile que le pape Clément XI se proposait précisément alors de faire une réforme dans le cycle pascal du calendrier grégorien. Bianchini, prélat romain, et Maraldi, de l'Académie des sciences de Paris, neveu de Cassini, qui avait été appelé à Rome à ce sujet, encastrèrent dans le pavement, à l'imitation de ce qui s'était fait à Bologne, une lame de cuivre de chaque côté de laquelle furent disposées des dalles de marbre antique grec ornées de figures représentant les signes du zodiaque. Un canal plein d'eau servait de niveau. Grâce à cette méridienne, Bianchini put établir la latitude de Rome, qu'il trouva être de 41054' 27". Ce qui est exact à quelques secondes près (4i°54'6"), et ce résultat est d'autant plus méritoire que, un peu plus tard, quand, à la demande du cardinal Valenti, le P. Boscovich vérifia la méridienne, il trouva qu'elle n'était pas droite; qu'au lieu d'être divisée en 1000 parties, elle n'en comptait que 900, et que ces parties n'étaient pas égales entre elles ! Cette méridienne existe encore.
Un manège avait été installé, en remplacement de l'ancien, dans une autre partie des Thermes, peut-être dans la salle circulaire qui se trouve à l'extrémité occidentale de la partie centrale et qui subsiste1 ; les exercices qui s'y exécutaient montrent, en tout cas, que la piste devait être une piste de cirque de petit rayon. Montaigne y fut, le dimanche 8 octobre 158 1, sur ce qu'on lui avait dit de l'habileté d'un écuyer qui y travaillait ; il est curieux de voir combien ces exercices diffèrent peu de ceux accomplis aujourd'hui. « J'allais voir aux thermes de Dioclétien, dit-il, un Italien qui, ayant été longtemps esclave des Turcs, avait appris mille choses rares en équitation ; ainsi, courant à toute bride, il se tenait droit en pied sur la selle et jetait de toute sa force un dard, et puis d'un coup retombait en selle. Courant en furie et tenant d'une main à l'arçon, il descendait du cheval, touchant du pied droit la terre, gardant le gauche dans l'étrier ; plusieurs fois il descendit et remonta en selle de cette manière. Il faisait des pirouettes sur la selle toujours au galop. Il tirait avec un arc turc en avant et en arrière d'une manière extrêmement adroite. Appuyant la tête et les épaules sur l'encolure du cheval, et levant les jambes droit en l'air, il continuait à pousser son cheval. Ayant une masse à la main, il la jetait en l'air et la rattrapait au vol, toujours courant. Étant debout sur sa selle, une lame à la main, il piquait droit sur un gant et le transperçait, de même qu'on courre la bague 2. »
Quant aux Thermes en eux-mêmes, Montaigne n'en dit rien.
Si le Saint-Siège disposait à l'occasion des Thermes au profit de l'Eglise, les représentants du Peuple ne renonçaient pas à faire valoir les droits qu'ils s'attribuaient sur ces débris ainsi que sur toutes les ruines romaines ; mais ce n'était pas toujours pour les conserver ! Ainsi, en 1574, un certain Guglielmo Dei ayant manifesté l'intention
1. Voir le plan en A. 2.Trad. Ed. Lautrey, p. 461. Cf. Essais, liv. I, chap XLVIII.
d'utiliser une partie de l'exèdre semi-circulaire, le Conseil intervint et, plutôt que de le voir usurper ainsi sur les droits du Peuple, il ordonna la démolition de la « niche» en litige « afin de faciliter la circulation» (14 septembre 1574) l.
Un peu plus tard, en 1587, lorsque le pape Sixte V fit entreprendre des travaux pour amener l'eau à la fontaine Termini, il fallut exproprier en partie un terrain appartenant aux Panzani; en compensation, le pape leur concéda quelques ruines de l'hémicycle, non toutefois sans que le Conseil intervînt pour donner son acquiescement (séances du 26 août et du 28 septembre 1587 2).
Cette expropriation avait, au reste, un autre but. Sixte V voulait former devant les Thermes une place, et il se proposait même, comme on a vu, d'y dresser un obélisque ; quantité « de maisons, de murs et d'antiquailles», dit un contemporain, furent jetés bas ; le 16 juin 1586, le pape, après avoir entendu la messe dans l'église Santa Maria degli Angeli, était venu visiter les travaux ; le cardinal San Giorgio (Sforza) dut céder quelques mètres des Horti ou Orti Bellajani qui lui appartenaient à vie 3.
On disait alors à Rome que la pensée du pape était d'établir ensuite dans cette place des foires ou un marché afin d'attirer de ce côté la population ; de fait, la place des Thermes servait, au xvme siècle, comme lieu d'exhibition. En 1750, on vit y arriver sur un char traîné par quatre boeufs, un rhinocéros qui fit quelque temps l'admiration des Romains 4; plus tard, en 1776, un amphithéâtre y fut dressé dans lequel, aux sons d'un orchestre de quarante musiciens, eurent lieu des courses de taureaux 5.
Sixte V, dans son ardeur à tout transformer, ne se borna pas à faire raser, ainsi qu'on vient de le dire, une partie de l'exèdre ; pour faciliter la construction de la villa Peretti Montalto qu'il avait commencée et que sa sœur Donna Camilla achevait6, il souffrit qu'on abattît bon nombre de pans de murailles encore debout. Du 16 mai 1586 au 15 mai 1589, 94 482 mètres cubes de maçonnerie furent démolis avec l'aide de la poudre. En outre le pape permit à Fontana de s'approvisionner de matériaux dans les Thermes ; pendant tout le pontificat, les autorisations d'excaver se succédèrent 7. Les terres enlevées servirent à exhausser le sol dans la rue de la Suburra, près de San Pietro in Vincoli.
Voulant introduire l'industrie de la soie à Rome, Sixte V autorisa un juif du nom de Maggino di Gabriele à établir, autour de la villa Montalto et dans les Thermes, une cité ouvrière ainsi que des ateliers (1587). Deux ans après, Maggino était obligé de louer toute son installation à un Napolitain, Giovanni Angelo (1589). Celui-ci se ruina à son tour et le contrat de location fut résilié. Une épidémie qui sévissait dans la
1. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 26, fol. 190. Voir plan en D. dore Hem ans, Historié and Monumental Rome, Londres, 1874, p. 572.
2. Ibid., Cred. I, vol. 29, fol. 98, 105. La disposition des lieux est 7. Lanciani, The Ruins and Excavations, p. 434. On fouillait très nettement figurée dans le plan de Rome de 1625. constamment dans cette région fort riche en pouzzolane. En 1585,
3. Cod. Val. Urb., 1054, ad an. Caterina de Lorenzini avait reçu permission d'en retirer dans les
4. Il Chracas, ad an. alentours de la Piscina, annexe des Thermes, qui existait encore au
5. Ibid. xvne siècle et qui a totalement disparu (détruite en 1726) ; toute-
6. François Deseine, Rome moderne, Leyde, 1713, p. 653, en fois il lui était défendu de creuser dans un certain périmètre autour donne une représentation. L'architecte en fut Fontana. Cf. Ch. Isi- des ruines (Lanciani, loc. cit., p. 144).