‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 47 sur 83 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ARCS DE TRIOMPHE

ARC DE SEPTIME-SÉVÈRE : IL DEVIENT UN LIEU D'HABITATION. — ARC DE TITUS : DÉGAGÉ ET RESTAURÉ EN 1818. — ARC DE CONSTANTIN : RESPECT DES ROMAINS POUR CET ARC.

L'arc élevé en 203 en l'honneur de Septime-Sévère et de ses deux fils, Géta et Caracalla, à l'occasion de la défaite des Parthes et d'autres barbares, eut des destinées singulières. Il était à peine achevé que Caracalla, ayant assassiné son frère, fit gratter sur le fronton la partie de l'inscription qui le concernait ; aux mots : P . SEPT . LVC . FIL . GETAE . NOBLISS . CAESARI on substitua ceux-ci : P . P . OPTIMIS . FORTISSI- MISQVE . PRINCIPIBVS. Soit 34 lettres au lieu de 30.

Jusqu'au Xe ou au XIe siècle, l'arc continua à servir de lieu de passage ; dans l'Ordo Romanus il est prescrit que le pape doit le traverser en se rendant le lundi de Pâques du Vatican au Latran1. Mais bientôt l'arc se trouva encombré de constructions; d'un côté — du côté nord — s'élevait une église, Santi Sergio e Bacco, dont on établit le campanile sur le sommet de l'arc ; on le voit très nettement représenté dans les gravures du xvie siècle ; de l'autre côté était une habitation ayant appartenu à un certain Cimini et que ses héritiers possédaient au temps d'Innocent III, en 1199 2. Plus tard l'arc devint, ce semble, un lieu fortifié, mais pour peu de temps. Il se trouvait sur le passage de toutes les grandes pompes romaines, des processions comme des cortèges pontificaux ; on voit encore, dans la paroi latérale qui fait face au midi, des trous qui servaient à établir une tribune réservée aux magistrats du Peuple romain lors de la grande procession du 15 août3; elle n'était pas fixe; on la démolissait après chaque cérémonie 4. Au xvie siècle Léon X fit dégager l'arc. D'autre part, le Conseil communal, ou plutôt les magistrats capitolins, qui ne formaient encore que l'embryon d'un corps municipal, consacrèrent, en 1469, une somme de 14 florins à la restauration de l'arc et de plusieurs autres monuments, une colonne située près des thermes de Dioctétien et le «cheval de Praxitèle», qui n'était autre, comme on l'a dit, que l'un des groupes de chevaux du Quirinal 5.

1. « Intrat sub arcu triumpkali inter Templum fatale et templum s'agit donc bien de l'arc de Septime-Sévère. Concordiœ.t Mabillon, Mus. Italie, vol. II, p. 143. « Templum 2. Lettre d'Innocent III à l'archiprêtre Romano, dans Nibby,

fatale in Sancla Marlina » dit le Mirabilia, p. 20, lig. 3. L'église Roma an'.ica, part. I, p. 483. S. Martina, surnommé In Tribus Foris, avait été élevée vers le 3. Nibby, Op. cit., p. 487.

vi" siècle, dans le6 ruines d'un édifice appelé Secretarium Senalus, 4- Cancellieri, Possessi, p. 98, n. 2.

lequel occupait l'extrémité septentrionale de la Curia Julia. Il 5. Archiv. di Stalo, Roma, Mand. Camer., 1469-70, fol. 165.

i.;t MONUMENTS DE ROME.

En 1520, le Conseil, alors constitué, autorisa le sénateur Squarcialupi à opérer des excavations autour de l'arc pour y chercher des blocs de marbre en vue de la construction d'une loggia au Capitole; mais, comme on n'était pas sans quelque méfiance sur la façon dont les fouilles seraient conduites, une commission de huit à dix membres fut chargée de les suivre 1.

Lorsque, seize ans plus tard, en 1536, le pape Paul III reçut Charles-Quint, il voulut qu'il vît l'arc de Septime-Sévère dans son ensemble et, de même qu'il avait fait démolir sans hésitation pour lui ouvrir un passage grandiose, nombre d'églises et des centaines de maisons, il ordonna la destruction de la petite église Santi Sergio e Bacco ; toutefois, le campanile subsista ; il ne fut démoli qu'en 1636, quand le Conseil communal, dans sa séance du g septembre, décida qu'on le supprimerait, non pas pour l'embellir, mais parce qu'on avait besoin de matériaux pour restaurer ou agrandir l'église voisine de Santa Martina 2. Cependant le Conseil tenait l'arc en grande vénération ; en 1604, il rétribuait, pour veiller à sa conservation, non moins de cinq gardiens lesquels recevaient lors des vacances du Saint-Siège, 15 écus et demi chacun plus 4 mètres de soie florentine à 7 écus et demi les 2 mètres (canna)3. Le Conseil s'occupait aussi de dégager la base de l'arc, mais les terres qui descendaient de la colline du Capitole venaient sans cesse l'ensevelir de nouveau ; en 1563, on avait déjà tenté d'en déblayer les alentours ; en 1621, le Conseil décida, dans sa séance du 6 avril, de recommencer la même opération, tout au moins pour « la petite voûte de l'arc 4». Ce fut sans un succès plus durable ; toutes les gravures du xvne et du xvme siècle montrent l'arc à demi enseveli5 ; on voit très nettement encore aujourd'hui une ligne légèrement inclinée qui indique la hauteur du sol à cette époque 6 ; ce ne fut qu'en 1803 qu'un déblaiement complet put être entrepris ; pour en assurer l'efficacité, un mur fut alors construit autour de l'édifice, lequel n'a été démoli qu'au milieu du xixe siècle. ■

A la vérité, il n'était pas prudent de rendre l'arc trop accessible ; aussitôt dégagées, ses voûtes devenaient un refuge pour quantité de petits marchands qui s'y établissaient pour vendre des fruits, des gâteaux, des échaudés et des chaudrons, tant qu'enfin, en 1714, le Conseil communal finit par s'apercevoir qu'il était quelque peu choquant de laisser ainsi profaner un édifice que « les étrangers venaient en grand nombre visiter journellement 7».

Le 24 mars, il fut décidé que le fiscal irait signifier à ces intrus leur expulsion ; mais, comme ils ne tinrent nul compte de cet ordre, une nouvelle délibération fut prise, le 14 avril, décidant que, s'ils n'obéissaient pas, ils seraient tous mis en prison 8. Le 30 sep-

1. Archiv. Stor. Not. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. 83. quelques trophées et quelques autres sculptures. » Les Délices de

2. Lanciani, Bull. Arch. Coin., R:me, 1901, fasc. I, p. 29. Les l'Italie, Leyde, 1706, vol. III, p. 374. Voir pi. i, 5, 33. créneaux exis'aient mcore en 1615. Gravure de Giovannoli Alô. 6. On montre, très haut, dans la courbure de la voûte, une

3. Can-cellieri, loc. cit. plaque blanche qu'on dit être la trace d'une petite affiche placée

4. Archiv. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. 255. là à l'époque napoléonienne, alors qu'elle se trouvait à portée du

5. « On voit ensuite un arc qui a dû être beau, mais que le feu a regard par suite de l'exhaussement du sol. ruiné et dont les restes sont presque ensevelis dans la terre, dit 7. Arch. Stor. Capil., Cred. I, vol. 44, fol. 12. Rogissart en 1706; on ne laisse pourtant pas d'y voir encore 8. Ibid.

Monuments de Rome.

PI. 36, page 134.

ARCS DE TRIOMPHE. 135

tembre de la même année, une somme de 175 écus était votée pour la restauration de l'arc et la réparation des fissures « qui laissaient l'eau pénétrer jusqu'à sa base 1».

Si l'arc avait été débarrassé des miséreux qui en encombraient le bas, le fiscal en personne s'était approprié les salles qui se trouvaient dans la partie supérieure au-dessus des petites arches ; on y avait accès par un escalier dont la porte se voit à quelques mètres au-dessus du sol, sur la face méridionale ; un autre personnage s'était installé dans la grande salle centrale 2. On l'expulsa non sans certains égards, car on lui accorda un délai d'un an (août 1748) 3. Après quoi la clé de l'escalier fut remise solennellement au premier des conservateurs qui était alors le marquis Costaguti.

Au commencement de l'année 1755, divers travaux de consolidation furent entrepris ; on plaça des cercles de fer autour d'une des colonnes, on refit des scellements, on boucha des fissures 4.

Le fiscal continuait à occuper la partie supérieure de l'arc ; il l'avait même transformée en logement garni et y louait un appartement moyennant 8 paoli par mois. En 1748, le Conseil ayant décidé de mettre fin à cette occupation, le fiscal, Bernardino Fiacci, demanda un délai d'un mois en faveur de ses locataires 5. Il ne semble pas, au surplus, qu'on ait tenu la main à l'exécution de cette décision car, en 1805, le Conseil prit une résolution invitant le fiscal en exercice à renoncer à cet avantage et lui attribua en compensation une indemnité 6.

L'abbé Uggieri écrivait, en 1814 7, qu'il existait encore sous les deux petits arcs des boutiques de comestibles et d'ustensiles de terre cuite ; la voûte d'un de ces deux arcs avait été noircie et même calcinée par le feu, un incendie ayant eu lieu peu auparavant. Uggieri attribue les traces de feu visibles un peu partout, tant sur l'arc de Septime-Sévère que sur celui de Constantin, à des accidents de ce genre car, dit-il, les maisons qu'on y accolait étaient en bois.

En 1803, « à l'applaudissement de l'Europe savante », le pape Pie VII avait fait dégager et entourer d'un mur de protection et d'isolement l'arc de Septime-Sévère8.

A partir de 18 15, les forçats, comme on l'a dit, furent employés à arracher les arbustes et les plantes qui envahissaient l'arc 9;en même temps, le Conseil faisait élever le mur d'enceinte, de crainte que les gamins ne le franchissent pour détériorer les basreliefs inférieurs.

C'était au pied de l'arc de Septime-Sévère que la communauté juive vint, à partir

1. Archiv. Slor. Capit., Cred. VI, vol. 14, fol. 242. il en fut fait des reproductions en marbre et en bronze auxquelles

2. Ibid., Cred. VII, vol. 40, fol. 297. Guattani consacra une étude et dont Antonio Canova, le grand

3. Ibid., Cred. VII, vol. 40, fol. 302, 358. sculpteur, ne refusa pas de vanter l'exactitude et le travail.

4. Ibid., Cred. VII, vol. 71, fol. 28. Giuseppe Antonio Guattani, I tre archi trionfali di Costantino ,Se-

Ibid., Cred. VII, vol. 40, fol. 302. Séance du 13 août 1748. vero e Tito, esequiti in piccola proporzione con marmo e metalli

6. Ibid., Cred. XVIII, vol. 32, fol. 214. dorati dalli signori Gioacchino e Pietro Belli romani scullori in

7. Supplément aux Journées pittoresques, part. I, p. 46 n. a. métallo, con brève illustrazione di G. A. Guattani; Roma, 1815. 3. Nibby, Roma antica, vol. I, p. 484. Une inscription rappela ce Attestation de Canova reproduite par Guattani : « Attesta ai aver

travail. Une partie de ce mur de protection disparut en 1831 veduli i sopranotati lavori esequiti con ingegno, esatlezza e preci-

lorsqu'on rétablit la communication entre l'arc et les édifices sione infinita, tanto nette parti che sono in marmo, corne negli

capitolins. ornati e bassorilievi; onde l'opéra industriosa e lodevole sembra a

9. Ibid., Cred. XVIII, vol. 99, fol. 30. En cette mime année, parer mio degna di nwlta stima ed approvazione degli amatori. »

I3fl MONUMENTS DE ROME.

de 1590, faire hommage aux papes nouvellement élus lors de leur « prise de possession» ; le chef de la juiverie, généralement le rabbin, présentait au Souverain Pontife une Bible, que celui-ci prenait et parfois laissait ensuite choir sur le sol en disant qu'il approuvait la Loi, mais blâmait l'interprétation qu'en donnaient les Juifs 1. L'arc était, à cette occasion, tendu de draperies et couvert d'inscriptions louangeuses à l'égard du nouveau pape ; en 1655, lors du couronnement d'Alexandre VII, il fut compté 267,12 écus à Giovanni Piccioli, «écrivain de belles lettres», c'est-à-dire de lettres bien peintes, pour les inscriptions qu'il avait tracées ; en 1667, pour le sacre de Clément IX, le sénateur paya 10 écus seulement au décorateur Lorenzo Carpanti qui avait placé des tentures: encore ce prix comprenait-il la décoration de l'arc de Titus 2 !

Arc de Titus.

L'arc de Titus, érigé par Domitien pour commémorer les victoires de son père et de son frère, est un de ceux qui ont été le plus endommagés; seules l'arche et la partie centrale ont été conservées ; les deux côtés ont disparu, et les bas-reliefs, bien supérieurs par la pureté du style à ceux des arcs de Septime-Sévère et de Constantin, ont beaucoup souffert. La raison du délabrement de cet édifice tient peut-être à une malfaçon qu'a signalée Valadier au cours des travaux de réfection entrepris sous sa direction. « Aucun des blocs, dit-il dans son rapport, n'était retenu par des crampons, comme cela se pratiquait toujours; ils étaient simplement posés les uns sur les autres. Le monument fini, de l'extérieur on ne pouvait s'apercevoir de rien3. »

D'ailleurs, au Moyen âge, il fut bientôt enclavé dans des habitations; entre l'arc et le Palatin s'élevait la tour appelée Cartularia, peut-être parce qu'elle servit au xme siècle de dépôt d'archives ; elle faisait partie du système de fortifications établi dans toute cette région par les Frangipani et qui comprenait aussi probablement l'arc de Titus ; de l'autre côté étaient les habitations des Pères de Santa Francesca Romana4. L'arc portait alors le nom de Del Testamento ou de Sette Luceme à cause des bas-reliefs rappelant le Chandelier à sept branches et les faits de l'histoire du peuple hébreux. Plus tard, des maisons s'élevèrent de tous côtés, en sorte que l'arc devint l'aboutissant d'une rue fréquentée, ce qui explique le mauvais état des bas-reliefs inférieurs 5.

Ce ne fut guère qu'au commencement du xvme siècle que l'on songea à empêcher la ruine complète de l'arc. Dans sa séance du 7 mai 1715, le Conseil communal chargea deux des conservateurs d'aller avec l'architecte du Peuple romain faire une inspection ; dès le 18 mai, ils rendirent compte de leur mission et, le pape Clément XI ayant donné son approbation, les travaux commencèrent 6. On s'aperçut alors que les moines avaient

1. Cancellieri, Storia dei solenni Possessi, Rome, 1802, p. 141, p. 392- Middleton, The Remains..., vol. II, p. 3°3- Voir pi. 37. 167 176, 205, 261, 281. 5. On le voit clairement dans la gravure de Gamucci, Le Anti-

2. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. 1, fol. 275; vol. 3, fol. 367 chilà délia città di Roma, Rome, 1588, p. 44 (ire éd. en 1565).

3. Archiv. di Stato, Roma, Archiv. del Camerlingato, part. I, Cf. Carlo Fea, Nuova Descrizione de' monumenti antichi..., Rome, fasc. 106. 1819, p. 289. Voir pi. 1, 24 et 35.

P. Adinolfi, Roma nell' Eli di Mezzo, Rome, 18S1, vol. I, 6. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 44, fol. 56.

L'ARC DE CONSTAA 1 1 \.

L'ARC DE CONSTANTIN. LA META SUDANS. L'ARC DE TITUS. LA TOUR CARTULARIA.

Gravure de Du Pérac (1575), pi. 15.

l'arc de Constantin. Gravure de Parboni, 1S25.

Monuments di Ro

ARCS DE TRIOMPHE. 137

singulièrement abusé de leur voisinage ; non contents d'appuyer la charpente d'un toit sur un des bas-reliefs et de détériorer une muraille, ils avaient occupé l'intérieur de l'arc et percé une fenêtre dans une des faces. Le fiscal, qui était l'intermédiaire entre le Conseil communal et le Saint-Siège, fut chargé d'aller protester auprès du pape (16 juillet 1716) 1. La fenêtre tout au moins fut bouchée.

L'architecte du Peuple romain, Alessandro Specchi, mena rapidement les travaux, qui étaient achevés l'année suivante, mais ne furent payés par la Chambre capitoline, sans doute avec le secours de la Chambre apostolique, que quatre ans plus tard, en 1721 ; la dépense ne s'éleva qu'à la somme de 142,81 écus 2.

La véritable restauration de l'arc et son dégagement datent du pontificat de Pie VII, quand le cardinal Guerrieri, alors trésorier général de l'Eglise, chargea l'architecte Stern, en 1818, d'entreprendre ce travail 3. L'Église avait d'autant plus à cœur cette réfection qu'elle voyait dans ce monument un témoignage de l'asservissement du peuple juif et une confirmation des Ecritures, ainsi que l'écrivait le cardinal Pacca, doyen du Sacré Collège, aux conservateurs en leur promettant de lever tous les obstacles. Ces obstacles ne tardèrent pas à se manifester. L'architecte Stern étant mort, les travaux se trouvèrent un moment suspendus, mais le cardinal Pacca obtint que Valadier fût chargé de les reprendre ; c'est alors que l'opposition éclata ; on reprocha à Valadier d'avoir démoli l'arc sous prétexte de le restaurer, et l'on disait que ce ne serait plus l'arc de Titus mais l'arc de Pie VII ; on prétendit qu'en déplaçant les bas-reliefs on en avait brisé plusieurs. Le cardinal Pacca en écrivit tout alarmé aux conservateurs4. Cependant Valadier put mener à bien son œuvre, l'archéologue Fea, surintendant des antiquités, s'étant déclaré en sa faveur. Par économie, les parties ajoutées furent faites en travertin, le reste étant de marbre blanc. Il y eut de grandes difficultés pour le paiement des frais. En 1818, l'entrepreneur de maçonnerie Ravaglini avait reçu un bon de 1 400 écus, mais il ne lui en fut versé que 500 et il dut attendre jusqu'en 1820 pour avoir le reste. En 1823, les travaux étant achevés 5, on lui devait 4 396 écus qui lui furent remboursés par acomptes de 100 écus par mois. Le total de la dépense s'éleva, après vérification par Valadier, à 11,191,83 écus 6.

Au temps de Stendhal les juifs s'abstenaient de passer dans le voisinage de cet arc élevé en l'honneur de celui qui avait détruit leur nation7.

Arc de Constantin.

«Masse imposante, riche décoration, juste proportion des parties, solidité, élégance,

1. Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 44, fol. 96. qu'une copie de l'arc de Titus. » (Promenades dans Rome, Paris,

2. Ibid., Cred. VI, vol. 15, fol. 186 (25 février 1721). 1893, vol. I, p. 325-)

3. Note de Valadier, Archivio di Slato, Roma, Archiv. delCamer- 5- Diario, // Chracas, Rome, 3 janvier 1824.

lingato, part. I, fasc. 106. 6. Même dossier que ci-dessus, note 3.

4. « Au lieu de soutenir l'arc par des armatures de fer... ce 7. Stendhal, Rome, vol. I, p. 24. 1 Les Juifs fanatiques de

malheureux l'a refait, dit Stendhal. Il a osé tailler des blocs de Rome, dit Graf, répugnent encore aujourd'hui à passer sous cet

travertin d'après la forme des pierres antiques et les substituera arc, qui leur rappelle les malheurs d'Israël. » Romanclla ilemona...,

celles-ci qui ont été importées je ne sais où. Il ne nous reste donc Turin, 1882, vol. I, p. 400.

rien ne manque à cet arc pour en faire un modèle», dit Guattani l. On est donc en droit de douter qu'il ait été élevé à une époque de décadence aussi avancée que celle de Constantin. L'abbé Barthelmy et Nibby 2 les premiers ont émis l'opinion que l'arc est dû à un empereur du 111e siècle ; on l'a même fait remonter à Domitien (91-96) 3. Les sculptures qui le décorent viennent sûrement en partie de monuments antérieurs au règne de Constantin, peut-être de l'arc de Trajan qui se trouvait sur la voie Appienne ; les autres sont d'un travail grossier et datent de l'époque où le monument fut dédié à Constantin4, telles les statues des barbares qui surmontent les colonnes, dont sept sont en marbre coloré de Phrygie, paonazzetto, et une en marbre blanc5.

Le nom qu'il portait fut une protection pour l'arc qui passa, au xne siècle environ, des mains des moines de San Gregorio entre celles des Frangipani, maîtres de toute la région voisine ; ils en firent un réduit fortifié, profitant de l'aménagement intérieur, de l'escalier et des salles supérieures ; cet escalier est construit, comme celui de l'arc dit de Janus, en blocs empruntés à d'autres monuments ; il s'ouvre sur le flanc du monument tourné vers le Palatin ; quant à la salle supérieure, on était convaincu à Rome, au xvine siècle, qu'elle servait jadis aux joueurs de flûte qui y saluaient les entrées des triomphateurs.

Assez tôt, le monument devint propriété du Peuple romain, et il n'en est pas d'autres à Rome dont le Conseil communal se soit occupé plus diligemment et pour lequel il ait été fait plus de dépenses. Les Romains l'avaient en particulière vénération.

Vacca rapporte que, sous le pontificat de Pie IV, un «Goth »vint vers le pape portant un vieux livre dans lequel il était dit qu'un trésor existait à Rome et qu'il était indiqué par un bas-relief où l'on voyait une figure tenant d'une main une corne d'abondance et désignant de l'autre un point du sol. Après avoir longtemps cherché, le Goth découvrit son bas-relief dans l'arc de Constantin ; il s'en vint donc demander au pape l'autorisation d'entreprendre des fouilles; le pape lui répondit que l'arc appartenait aux Romains et de s'entendre avec eux. Le Conseil communal ayant accordé la permission sollicitée, une excavation fut commencée, mais comme elle était poussée sous l'arc même et semblait devoir en amener l'effondrement, les Romains protestèrent, s'ameutèrent, d'autant plus qu'ils soupçonnaient fort le Goth de n'avoir d'autre but, « à l'exemple de ceux de sa nation », que de chercher la ruine des souvenirs du nom romain. Le fouilleur fut très

1. G. Ant.Guattani, Roma, 1805, vol. I,p. 40. Voirp. 15, 37 et quand il fit ce dessin quiest conservé aux Offices. On a dit longtemps suiv., 47. qu'elle avait été transportée à Saint-Jean de Latran et que c'était

2. F. Nardini, Roma antica, lib. VI, cap. xv, Reg. io, Rome, une des deux que l'on voit actuellement sous l'orgue. Il n'en est 1819, vol. III, p. 210, et A. Nibby, Roma antica, vol. 1, rien. Ces colonnes furent prises, lors des travaux de Clément VIII, p. 443. en 1597, dans l'ancien portique de la basilique ; elles avaient été

3. Communication de M. Arthur Frothingham au Congrès tirées du forum de Trajan ; on les remplaça par des colonnes de archéologique de Rome, 1912. granit, dont l'une venait d'une vigne située près de l'église S. Croce

4. Salomon Reinach, Les tetes des médaillons de l'arc de Cons- di Gerusalemme. Archiv. di Stato, Roma, Archiv. Camerale, Fabtantin à Rome, Paris, 1910. A. Monaci, La Paleslina e le Sculture triche, vol. an. 1599-1601, fol. 48. A. Uggieri, Opère, vol. IX, dell' arco di Coslantino , in Nuovo Bulleiinodi Arch. Crist., An. XIII, Rome, 1809, fol. 9, parle de la colonne comme ayant été trans- Rome, 1907, p. 55. portée sous l'orgue. Cf. Rohault de Fleury, Arc de triomphe de

5. Une gravure de G. Ant. Dosio, reproduite par Bartoli, Constantin, in Revue Archéologique, septembre 1863, p. 246. Cento Vedute, Rome, 191 1, tav. XV, montre l'arc avec sept co- A. Nibby, Roma moderna, part. I, p. 259. Cf. ce qui a été dit lonnes ; celle qui se trouve le plus près de l'arc de Titus manquait plus haut relativement à ces colonnes, p. 77 et 78.

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ARCS DE TRIOMPHE

heureux de s'en tirer avec la vie sauve, et la recherche du trésor dut être abandonnée l.

Peu d'années après, en 1570, le Conseil vota une somme de 100 écus pour dégager l'arc qu'entouraient des bâtisses et désigna trois surveillants des travaux2; mais l'arc ne fut pas tout à fait débarrassé des constructions parasites qui y avaient été appliquées; une maison avait été construite du côté du mont Cœlius, et l'on voit actuellement encore la trace des trous qui furent pratiqués dans la pierre pour en soutenir le toit 3. Sans doute le Conseil avait assez à faire d'empêcher la végétation d'envahir et de détruire le monument. En 1652, il est compté un écu et 80 b. à un ouvrier pour avoir enlevé un certain nombre de figuiers4; deux ans après il était dépensé 3 écus pour un travail plus complet ; cet article revient souvent dans les comptes du Conseil ; en 1718, par exemple, il fallut arracher une forêt d'arbustes, d'épines et de plantes ; un homme dut se suspendre à une corde pour opérer ce travail ; il représenta au Conseil les dangers qu'il avait courus et obtint un écu5. En outre, le Conseil votait sans cesse des crédits pour la restauration du monument :

Réfection d'une base sous l'un des pilastres qui menaçait ruine écus 2

Remise en place d'un morceau de ce pilastre (1697) 6 90 bol.

Pose d'armatures en fer 7

Réparations diverses. Badigeonnage des parties nouvelles pour leur donner le même ton

que les autres (1705) 4

Peinture de l'escalier intérieur 7 20 bol.

En même temps on transporta du côté du Colisée de grandes quantités de terre qui encombraient les arches et cachaient les bas-reliefs inférieurs ; la dépense fut de 7 écus ; il en coûta autant pour établir une voie pavée pour le transport des matériaux8 ; on la dalla avec des pierres antiques.

Une restauration complète s'imposait9. Un pape florentin, Clément XII, d'esprit éclairé, venait précisément de monter sur le trône (1730) ; il fit savoir au Conseil communal qu'il mettait à sa disposition, pour opérer ce travail, une somme de 10 000 écus à prélever par termes successifs sur le Mont de Piété, et aussitôt il fut décidé qu'un échafaudage serait construit pour permettre à l'architecte du Peuple romain, Filippo Barigioni, de se rendre compte des travaux à faire (27 septembre 1731) ; le 9 octobre, le Conseil désigna comme surveillants, le marquis Girolamo Teodoli et Alessandro Capponi, leur conférant tous les pouvoirs nécessaires « sans limitation pour la dépense ou pour toute autre chose que ce soit » ; le 28 octobre, ils obtenaient de la Secrétairerie d'État un bref de nomination les confirmant dans cette charge, et les travaux commencèrent presque aussitôt.

1. Flaminio Vacca, Memorie, dans Nardini, Borna antica, 5. Arch. Nat. Capit. Cred. VI, vol. 16, fol. 124. vol. III, p. 40, { 103. Voir pi. 25. 6. Ibid., Nat. Capit., Cred. VI, vol. 9, fol. 263.

2. Archiv. Nat. Capit., Cred. I, vol. 39, fol. 219. 7. Ibid., Cred. VI, vol. 12, fol. 27.

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