RÉGION
BASILIQUE DE CONSTANTIN : LES MENDIANTES EN OCCUPENT LE SOMMET. — JARDINS SUSPENDUS. — JANUS : SERT D'ABRI AUX MALFAITEURS ET A DES INDUSTRIELS. — THÉÂTRE DE MARCELLUS : TRANSFORMÉ EN PALAIS. — DÉGAGÉ PARTIELLEMENT! .
La basilique de Constantin doit son nom à l'empereur qui l'acheva1; Maxence, qui en posa la première pierre, détruisit, pour l'édifier, l'entrepôt des épices que l'on nommait Horrea Piperataria et que Domitien avait construit ; un incendie l'avait d'ailleurs en partie ruiné en igr, sous Commode. Maxence n'eut le temps que de jeter les fondations de la basilique (312); Constantin y apporta quelques modifications; il changea la place de l'abside. C'est un des monuments les plus imposants de Rome ; lanef centrale avait 35 mètres de hauteur, 25 mètres de largeur et près de 80 mètres de longueur2 ; huit colonnes monolithes de marbre en ornaient les parois et soutenaient la retombée des voûtes. Ce monument passait pour une des merveilles de la ville, à l'égal du Colisée et du Panthéon 3.
Au Moyen âge, la basilique avait reçu le nom de temple de la Paix, qu'elle a gardé jusqu'à une époque récente4, parce que le peuple l'avait confondue avec les monuments du forum de la Paix qui étaient tout voisins ; actuellement encore, la rue qui se trouve derrière la basilique porte le nom de Via del Tempio délia Pace.
Le terrible tremblement de terre de 1349 Qui abattit jusqu'à mi-hauteur la Torre dei Conti, éloignée de 300 mètres de la basilique, dut en hâter ou en déterminer la ruine si, comme quelques auteurs le pensent, elle était demeurée intacte jusqu'alors 5. Au milieu du XVe siècle, il ne restait déjà plus debout que les trois arches qui subsistent encore ; Pogge les vit et s'étonna de leur grandeur 6. Des huit colonnes monolithes, une seule n'avait pas été renversée. Jusqu'en 1547, on ne s'occupa guère du monument qu'envahissait la végétation et qui, d'autre part, ne pouvait être utilisé, ainsi que les
1. Elle porte le nom de Wova dans le CHn'osuw (Urlichs, p.ôet 7). 4. «Lors de mes premiers voyages à Rome, dit Stendhal fPro-
2. Les nefs latérales, divisées en trois parties, mesuraient 16 mètres menad.es, 25 janvier 1828), cette ruine singulière était encore de largeur. appelée le Temple de la Paix. »
3. C. Fea, La Basilica di Costanlino, Rome, 1819. Nibby, Lettera 5. A. Nïbby, Roma antica, part. II, p. 238 et suiv., dit qu'il y di risposla al Fea, Rome, 1819. N. Ratti, Sulle Rovine del Tempio découvrit des traces de fresques chrétiennes, preuve qu'après le délia Pace, Rome, 1823. Platner, Ancient Rome, p. 336. Ve siècle la basilique était encore entière.
J. H. Middleton, The Remains 0/ Ancient Rome, vol. II, p. 224. 6. De Varielate Fortunœ, Paris, 1722, lib. I, p. 10.
autres ruines, ni comme habitation ni comme lieu de défense ; cette année, le il février, le premier des conservateurs fit au Conseil communal la déclaration suivante : « Les restes de notre passé ont été détruits ou menacent ruine par suite des injures du temps ou du peu de considération où les tiennent les habitants ; nous devons, en ce qui nous concerne, avoir à cœur ces souvenirs de la gloire de nos ancêtres, lesquels ont mérité l'immortalité par leurs hauts faits et leurs grandes vertus, leurs victoires et leur génie. » Et il concluait en conseillant d'accepter les propositions d'Euryale Silvestri, lequel demandait qu'on lui cédât la partie haute du monument *. Elle était devenue une sorte de forêt ; arbustes et plantes de toute sorte y croissaient à l'envi. Or Silvestri, qui était un riche amateur d'antiquités venu à Rome quelque vingt ans auparavant, après le sac de 1527, offrait de faire enlever, à ses frais, toute cette végétation. Derrière la basilique, il possédait un monticule2 qu'il avait converti en un jardin archéologique plein de statues, de marbres, de pierres sculptées, comme c'était la mode alors 3. Aldroandi, qui en donne rémunération 4, y vit des Bacchus, des Faunes, des têtes d'empereurs, des tables de marbre et quantité de fragments que Silvestri avait trouvés dans une vigne lui appartenant. Silvestri avait-il demandé la concession du haut de la basilique seulement en vue d'assurer la conservation du monument, ou bien voulait-il en faire une annexe de son musée? Il existait alors toutefois, semble-t-il, une ruelle qui peut-être séparait la basilique et le monticule qui s'élevait derrière 5.
A la mort de Silvestri, ses neveux vendirent le palais qu'il habitait, le jardin avec ses collections, et probablement la jouissance du sommet de la basilique à un petit-neveu de Léon X, Ottaviano de Médicis, alors archevêque de Florence (13 février 1567) 6. Il y continua les traditions de son prédécesseur et accumula dans le jardin les antiquités ; toutefois, le 14 mars de l'année 1591, il céda le palais et ses circonstances au duc de Zagarolo, don Marzio Colonna, sa vie durant.
Montaigne parle en ces termes de la basilique : « A voir sulemant ce qui reste du tample de la Paix le long du Forum Romanum duquel on voit encore la chute toute vif ve corne d'une grande montaigne dissipée en plusieurs horribles rochiers, il ne samble que deus tels bâtiments peussent (tenir) en toute l'espace du mont du Capitule 7... »
Après l'année 1662, Paolo Mercati en était propriétaire ; il y logea les Mendicanti qui y résident encore ; les Mendicanti, les Mendiantes, était une confraternité organisée pendant l'année jubilaire 1650 par une pieuse dame romaine et définitivement constituée en 1660 par le P. Caravita8; les filles pauvres qui étaient recueillies par cette confraternité devaient aller par les rues et sur les places, chantant des hymnes et des cantiques et sollicitant des aumônes, d'où leur nom. Elles allaient jouer un rôle important dans l'existence du monument. Il semblerait, en effet, que leur rêve ait été, durant des années,
1. Archiv. Slor. Not. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. 551. 267, art. à propos de quatre dessins inédits de la Collection Des-
;. Mélanges de l'École française de Rome, vol. IX, an. 1891 , tailleur,
p. 161. 6. Archiv. di Slalo, Roma, Prospero Campana Not. Prot. 437,
3. Lanciani, Scavi, vol. II, p. 72, 209 et suiv. fol. 168. Il fut élu pape en 1605 sous le nom de Léon XI.
4. Aldroandi, Venise, 1556, p. 276. 7. Voyage d'Italie, éd. Lautrey, p. 222.
5. Mélanges de V École française de Rome, vol. XI, 1890, p. 261- 8. Q. Querini, La Beneficenza romana, Rome, 1S92, p. 300.
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basilique de Constantin. Gravure de Du Pérac (1575). P'- 5-
basilique de coNSTANTiN.Gravure de SamozziX£383), pi. 5. basilique de Constantin. Gravure de Dosio (1669), pi. 8.
basilique de Constantin. Gravure de l'an VIII (1800).
basilique de Constantin. Gravure du commencement du xixe siècle.
Monuments de Rome
PI. 40, page 144.
de transformer le haut de la basilique en jardin suspendu. De fait, la vue devait en être splendide; de là on dominait tout le Forum, alors appelé Campo Vaccino, car les vaches y paissaient l'herbe drue qui poussait entre les quelques vestiges qui émergeaient du sol ; on avait devant soi le cirque admirable formé par le Capitole, le Palatin parsemé de ruines et le Caelius. Les Mendiantes en firent donc un lieu d'agrément ; elles laissèrent les plantes pousser à foison sur les voûtes, peut-être y apporter ent-clles dès lors de la terre. On ne s'occupait guère de la conservation du monument ; tout au contraire, le pape Paul V ayant besoin d'une colonne, en 1613, songea à celle qui restait, appliquée à la paroi de briques, entre les deux arches de gauche ; on la voit représentée, un peu enfouie, dans toutes les gravures antérieures à cette date1; le pape avait décidé d'en orner la place qui se trouve devant la façade de Sainte-Marie-Majeure ; ce fut un laborieux travail, car la colonne était des plus pesante; il fallut de grands efforts pour la soulever et la coucher sur le berceau de bois grâce auquel on put l'amener à destination; l'opération, commencée le 23 octobre 1613, ne fut achevée que le 15 avril suivant 2 ; on avait employé plus de soixante chevaux ; enfin, le 19 juillet, on plaçait sur le sommet une statue de bronze de la Vierge due au sculpteur français Bartolet et fondue par Orazio Censore et Domenico Ferreri ; l'architecte Maderno avait dessiné le piédestal et dirigeait les travaux ; le cardinal trésorier Giovanni Serra lui versa, pour couvrir la dépense 3 :
Divers écus 10 996.73
Il fut en outre remis à Ferri, fondeur, pour la statue 1 187.24
A Corradini pour la dorure de la statue 33
A Laurenziani pour la fonte des dragons du piédestal 200
A Corradini pour la dorure des dragons 50
A G. Bartolet pour la statue avec l'Enfant Jésus 100
Au même pour les dragons 15
A Tul. Solaro, marbrier 361.58
Au même pour travaux faits au temple de la Paix 19.80
Pour la fontaine construite au pied de la colonne 4 3 036
A Dom. Grazioli pour la vasque et les ornements et divers 404.30
Dépense totale 16 403.65
« Je ne puis vous dire ce qu'était le temple, écrit en 1736 le président De Brosses 5, mais seulement que cette colonne isolée est la plus belle chose en architecture qui existe dans tout l'univers ; qu'elle me donne autant et peut-être plus de satisfaction à la vue qu'aucun autre édifice complet, en me présentant l'idée du plus haut degré de perfec-
1. Chose singulière, Scamozzi, Discorsi sopra l'Antichità, 1583, 1894, p. 16. V..ir pi. 5, 29 et 40.
la place à droite. Au premier étage de la villa Farnesina, dans la 3. C. Fea, Miscellanea storica Antiq., Rome, 1836, vol. II, p. 36.
salle où se trouve la Forge de Vulcain par B. Peruzzi, il existe 4. « De pauvres blanchisseuses lavent leur linge dans la fontaine
une série de fresques peintes par des élèves de Raphaël ; l'une qui est au pied de cette colonne ; ces oppositions plaisent à cer-
d'elles représente la basilique, et la colonne est à gauche. taines âmes et les font rêver. Le vulgaire n'y voit rien que de
2. Giacinto Gigli, Diario, Cod. Vat. Lat. 8717; Cancellieri, commun.» Stendhal, Promenades, 5 juillet 1828. Mercato, p. 184, n. 8. F. Cerasoli, Diario di cose romane, Rome, 5. De Brosses, Lettres familières, Paris, 1895, vol. II, 216.
tion où l'art soit jamais parvenu. Il y a une quinzaine de jours que le tonnerre est tombé sur cette colonne, au diable soit de l'étourdi, il a cassé tout net un des angles de la corniche à feuille d'acanthe...»
Peut-être existait-il aussi une deuxième colonne enfouie, ou tout au moins une base ; Sangallo le jeune s'en serait servi, au dire deDosio, dans la construction de Saint-Pierre.
Il ne faut pas accorder trop de créance à l'hypothèse d'après laquelle le groupe d'Alexandre Farnèse et d'une Victoire qui est au Musée des Conservateurs aurait été tiré d'une autre colonne l.
Au cours du XVIIIe siècle, un marchand de bois installa sa marchandise sous une des voûtes ; le Conseil communal jugea qu'il compromettait la solidité de l'édifice et le déshonorait ; une résolution fut prise décidant son expulsion, mais ce ne fut pas chose facile ; il prétendait avoir des brefs, il fallut batailler, négocier 2. Cependant le Conseil était informé que les Mendiantes transportaient de la terre sur le haut de la basilique et y plantaient des fleurs et même des arbustes (23 juillet 1714 )3. Ordre fut donné à l'architecte du Peuple romain d'aller les arracher. En même temps le Conseil fit bâtir autour de la basilique un mur de protection. Le marquis Emilio de Cavalieri, qui apparemment avait des droits de propriétaire ou de locataire, dut remettre au premier des conservateurs les clés de la porte « comme chose relevant du Peuple romain ». Mais ce beau local le tentait, car il rêvait d'établir sous l'arche centrale un manège ; il offrit d'en payer la jouissance 3 écus par an et le Conseil accepta (15 novembre 1714). Restait à expulser le marchand de bois. Ce ne fut qu'en février 1715 qu'on y parvint, et alors le marquis s'était ravisé. On dut recommencer à traiter ; cette fois il fut convenu que le marquis Cavalieri pourrait transformer en manège le terrain convoité, mais n'aurait pas le droit d'en disposer autrement, qu'il entretiendrait à ses frais le mur d'enceinte et fournirait comme location chaque année deux livres de cire de Venise ; la commune gardait à sa charge l'entretien des murs antiques. Cet accord devait être ratifié par le Souverain Pontife ; le fiscal se rendit donc auprès de lui, mais il dut informer le Conseil, dans la séance du 16 mars 1715, que le pape refusait son assentiment et voulait qu'on cédât au marquis la jouissance de la basilique sans bail et sans loyer, à la seule condition qu'il y ferait un manège « et pas autre chose 4 ».
Le Conseil s'occupait sans cesse de la basilique ; il faisait arracher les plantes qui y poussaient, enlever les gravats qui en encombraient les abords, il rappelait aux conservateurs de «veiller au maintien de la juridiction du Peuple romain sur les arches du temple de la Paix5». Ces droits étaient, à vrai dire, difficiles à défendre. L'architecte du Peuple vint prévenir le Conseil, le 27 juin 1716, que les Pères Olivétains de l'église Santa Francesca Romana avaient ouvert deux portes sous les arches afin de faciliter le passage 6 ;
1. G. Guattani, Roma descritta, p. 62, note 1. Cancellieri, 4. Archiv. Stor. Capit., vol. 44, fol. 52. Stor. dei Possessi, p. 99, note. Cf. A. Uggieri, Giomaie, vol. II, 5. Ibid., vol. 44, fol. 79, 87, 93.
pi. VI. Peut-être le bloc venait-il du forum de la Paix. 6. S. Francesca Romana se trouve très près de la basilique, à
2. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 44, fol. 38, 39, 45, 48. l'extrémité du Forum, opposée au Capitole ; les Pères qui se ren-
3. Ibid., vol. 44, fol. 16, 25, 27. daient du côté du forum de Trajan devaient passer par là.
LA BASILIQUE DE CONSTANTIN ET Ll l HE R MES DE TITX
Monuments de R
non contents de cela, ils occupaient une bande de terrain attenante à la basilique, avaient muré une porte donnant sur la rue et ouvert une issue du côté du jardin. Et le Conseil de protester contre cette appropriation et d'envoyer dire au pape que le Peuple considérait que la basilique lui appartenait. Le pape fit réponse qu'il en informerait le camerlingue afin qu'il parlât du fait aux Pères 1.
Vingt-huit ans plus tard, en 1744, on s'aperçut que les Mendiantes avaient recommencé à apporter de la terre sur la plate-forme du haut et à y faire des plantations. «Elles grimpent sur l'édifice à son grand préjudice», disait le premier conservateur2.
La preuve que le sommet des arches était devenu un lieu de promenade et de plaisance, c'est qu'on y menait les étrangers comme pour voir une curiosité.
« Il y a de petits jardins au-dessus des voûtes du temple de la Paix, dit La Lande en 1765, mais on ne doit y marcher qu'avec précaution à cause des trous qu'il y a déjà dans les voûtes et de ceux qui peuvent s'y ouvrir à chaque instant. Pour y aller, on est obligé de passer dans le Conservatoire Délie Mendicanti où il y a 120 orphelines 3. »
Le marquis Emilio Cavalieri étant mort, le manège passa à son fils Gaspare, le 21 février 1755 4 ; une tribune avait été installée pour les spectateurs 5. Mais le nouveau possesseur ne jouit pas longtemps de sa concession car, deux ans plus tard, les Mendiantes étaient mises en possession pour sept ans du terrain situé « sous les arches 6 ».
En 1814, des réparations furent commencées pour empêcher la chute de certaines parties de la basilique plus spécialement menacées7; quatre ans après, le fameux archéologue Fea entreprit des fouilles qui permirent enfin de restituer au monument son nom et d'en comprendre la forme primitive ; on retrouva des fûts de colonnes, des fragments et le pavement de la voie Sacrée. En 1828, sous la direction de Nibby, unmur fut construit autour de la basilique et le jardin établi sur le haut supprimé, mais les terres qui y avaient été apportées ne furent enlevées qu'en 1871 8 ! Il y fallut beaucoup de temps, à ce qu'on raconte encore à Rome.
En 1849, la basilique, qui semble avoir été vouée par le destin, ainsi que la plupart des monuments de Rome, aux usages les plus divers, avait été transformée en une salle d'exercice pour les troupes françaises qui défendaient le Saint-Siège. Les quelques fragments du pavé, déjà fort endommagé, qui restaient encore, disparurent alors.
Sous la basilique se trouvait le passage qu'au Moyen âge on nommait Arco de Latrone ou Latroni à cause des nombreux méfaits qui se perpétuaient en ce lieu obscur et écarté! Il avait été pratiqué dès l'antiquité, lors de la construction de l'édifice, pour faciliter les communications entre le forum de la Paix, situé derrière; et la Via Sacra9.
1. Arch. Stor. Capil., Cred. I, vol. 44, fol. 98. 6. Arch. Stor. Capit., Cred. VII, vol. 69, fol. 94.
2. Ibid., Cred. VI, vol. 100, fol. 524. 7. A. Nibby, Roma anlica, part. II, p. 249.
3. Voyage d'un Français en Italie (La Lande), Venise, 1769, 8. Au temps de Moroni, Diz. di Erud., on croyait que la colonne vol. IV, p. 323. de Néron s'élevait au centre de la basilique, que les Romains y
4. Arch. Capit., Cred. VII, vol. 40, fol. 716. déposaient leur trésor, qu'un incendie l'avait détruite et qu'on
5. Ficoroni, Le Vestigia e Raritd di Roma antica, Rome, 1744, avait vu des fleuves de métal en fusion couler jusque sur la Via p. 70. En 1749, la Commune avait fait des travaux d'entretien Sacra....
dont le coût n'est pas spécifié. Archiv. Capit., Cred. VII, vol. 49, 9. Middelton, The Remains of ancient Rome, vol. I, p. 67, II,
fol. 237. 224. Platner, Rome, p. 336.
Ce passage a 4 mètres de large et 15 mètres de long. Sous le pontificat de Félix IV (526-530), quand le temple voisin Sacra Urbis fut devenu l'église Santi Cosma e Damiano, le passage, muré à l'une de ses extrémités, devint un lieu de sépulture ; on y pratiqua des loculi qui se voient encore; plus tard et jusqu'à une époque récente, on y rangeait, dit Lanciani, des barils de vin1!
Arc appelé « Janus Quadrifrons ».
Ce monument, dont on ignore et la date où il fut construit et l'usage auquel il était destiné, s'élevait entre le forum Boarium et le Vélabre ; on a supposé qu'il servait d'entrée au marché ou d'abri aux changeurs ; tout à côté se trouve l'arc des orfèvres, Arcus Argentariorum, que les marchands du forum boarium érigèrent en l'honneur de Septime-Sévère (204). Peut-être le Janus, qu'on a eu tort d'appeler Arc de Janus, car Janus signifie ici Portique, fut-il élevé vers le même temps ; la grossièreté de la construction et la médiocrité de l'ornementation semblent le prouver2; ce qui est certain, c'est que le Janus fut construit à une basse époque avec des pierres prises dans d'autres monuments ; on le constate dans l'escalier qui conduit aux salles supérieures et dont il sera parlé plus loin 3.
Les assises étaient reliées par des crampons de bronze qui furent arrachés comme dans la plupart des monuments, mais telle était la solidité de la construction qu'il n'en a nullement souffert ; il était du reste si massif que, pour alléger la charge de certaines parties, on y avait remplacé les pierres par des urnes creuses en terre, d'après un procédé que l'on voit employé dans le mausolée d'Hélène4.
Le Janus devint donc tout naturellement, au Moyen âge, un château fort ; au xne et au xme siècle, les Frangipani en couronnèrent le sommet d'une construction de briques assez élevée et crénelée ainsi que d'une tour qui ne furent abattues qu'en 1829 5; d'ailleurs, à cette époque, elles étaient en ruines. Dans la première moitié du XVIe siècle, l'arc passa, soit en donation, soit par contrat de mariage, soit d'autre façon, des Frangipani aux Massimi. On lui donnait alors parfois un nom singulier, l'Arc de la Vache et du Taureau, à cause d'un bas-relief représentant ces animaux qui se trouve sur l'une des faces. En 1569, les Massimi louaient à Lodovico Cenci représenté par sa mère Portia, le droit de déposer du bois sous l'arche moyennant 3 giuli par an 6.
Au xvne siècle, l'arc, suivant le sort commun, était devenu propriété du Peuple romain. Le Conseil communal autorisa, le 13 février 1662, son charpentier Giovanni di
1. Lanciani, Ruins and Excavations, p. 205. dit-on, retrouvée en 1860 par le comte Grazioli, dans les fondations
2. D'autres, 'au contraire, le font remonter au règne de Domitien, d'une maison qu'il faisait construire tout à côté. A. Pellegrini, s'appuyant sur un passage de Suétone qui dit que cet empereur Roma vedula m otto giomi, Rome, 1869, p. 197.
construisit un arc dans chaque région de la ville : « Janos arcusque 4. Guattani, Roma, vol. I, p. 30.
cum quadrigis et insignïbus triomphorum perregiones Urbis tantos 5. Gregorovius, vol. III, p. 185. Voir pi. 42.
ac tôt extruxii ut cuidam grâce inscriptum sit : Arci. » (C. L. Roth, 6. A. Nibby, Roma aniica, part. I, p. 467. A. Donato, De Urbe
Svetoni quœ supersunt.., Leipzig, 1902, p. 249.) Roma, lib. II, cap. 26. A. Uggieri, Giornale pittoresche, Rome,
3. Les niches étaient garnies de statues de bronze dont l'une fut, 1800, vol. I, p. 54. Lanciani, Ruins, p. 518.
JANl S Ql IDRIFRONS.
JANUS QUADRIFRONS (ARC D'ENTRÉE DU FORUM BOARIUM). (Phot. Moscioni.)
janus quadrifrons. Gravure de Giovannoli Alô (i6iq), i" p., pi. 39.