‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 56 sur 83 · Armellini, p. 124. St. degli Scavi, vol. I, p · texte numérisé non relu

Armellini, p. 124. St. degli Scavi, vol. I, p

C'était alors un lieu désert où paissaient « non les moutons, mais les chèvres et les chevaux», et qui, aux yeux de Pogge, « n'avait plus de forme» l. Fulvio qui écrivait au commencement du xvie siècle 2, Panvinio qui écrivait vers le milieu du siècle, parlent de l'abandon dans lequel étaient tombés ces lieux ; on n'y voyait plus que des débris et des jardins et « rien ne subsistait plus de leur antique splendeur»3. C'était la retraite où philosophes et poètes aimaient à méditer sur le retour des choses d'ici-bas. On avait même imaginé de dire, comme pour traduire par une image la transformation de cette enceinte jadis si brillante et si animée en une solitude envahie par les herbages et les ronces, que si on l'appelait « la colline Palatine ou Balatine », c'était parce qu'on n'y entendait plus que le bêlement des troupeaux 4 !

Cependant les « excavateurs» continuaient leur œuvre ; en avril 1514 deux d'entre eux transmettent leur licence à un certain Paolo Pini 5. D'autre part, le monastère de San Gregorio louait des cryptes, et ces cryptes, qui avaient peut-être été autrefois des salles de palais, servaient de greniers à foin6 ! Le 30 novembre 1515, l'abbé du monastère de San Gregorio, Brugnoli, loue à Gasparino de Ronco, aubergiste, une cave à engranger du foin située entre deux autres caves ayant une destination identique. Le même jour, l'abbé loue deux autres caves destinées aussi à cet usage7.

Le versant du Palatin du côté du Settizonio était devenu propriété des moines ; en 1520, le 8 avril, ils y louent une vigne et un souterrain 8.

Le terrain était évalué à un prix assez élevé dans cette région ; quelque vingt ans auparavant, en 1497, un marchand d'aromates avait vendu une vigne sise près du Cirque Maxime, entre les propriétés de l'église Sant'Anastasia et du couvent San Gregorio, au prix de 400 florins, ce qui représente, en valeur intrinsèque, 5000 à 6000 francs 9.

Le Peuple romain semblait s'être désintéressé jusqu'alors du Palatin ; vers le milieu du siècle, il y fit valoir ses droits aux dépens des moines de San Gregorio10 ; en 1557, une muraille élevée avait été établie autour d'un terrain appartenant au monastère et dans lequel les Capizzucchi comptaient entreprendre des fouilles ; prévenus, les conservateurs et le prieur des caporioni, chefs de la municipalité, sans toutefois en informer le Conseil11, opérèrent une descente sur les lieux accompagnés d'un gros d'ouvriers démolisseurs et firent jeter bas la muraille pour bien établir les droits du Peuple. Les acteurs mêmes du drame, l'un des conservateurs, Angelo Paluzzi, le prieur et l'abbé en déposèrent six ans plus tard dans un procès que présida le cardinal Marco Antonio Amulio, en sa qualité de Préfet des Antiques. L'un des témoins, Curzio de Lentuli, déclara même

1. Gregorovius, vol. III, p. 670. Voir pi. 15, 25, 42, 44 et 45. 7. Lanciani, Notizie, vol. I, p. 179-

2. Nibbv, Roma antica, vol. II, p. 465. 8. Fr. Cerasoli, Il Palazzo Maggiore, dans Boll. Arch. Com.,

3. Dans Gr.evius, Thesaur. Rom. Antiq., vol. III, Venise, 1732, Rome, 1898, p. 230.

col. 340. 9. Arch. Stor. Capit., Atti Orig., vol. 891, fol. 23.

4. Gregorovius, vol. IV, p. 315. 10. Archiv. Capit. Atti Orig., vol. 398^.157-193. Art. Cerasoli.

5. Lanciani, Scan', vol. I, p. 162. n.Onne trouve aucune trace de délibération à ce sujet dans les

6. Devenues des cryptes par suite de l'enfouissement progressif procès-verbaux des séances. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 20 de tous les monuments. Decreti di Consiglio, 1551-1560.

Il l'Ai M IN.

PALATIN : LE PALAIS DE SEPTIME-SÉVÈRE. (PllOt. Alinari.)

palatin : le stade. (Phot. Alinar

Monuments de Ro

PI. -i.ï, page 156.

qu'à sa connaissance, depuis qu'il se souvenait, c'est-à-dire depuis 1530, ce lieu avait toujours été regardé comme appartenant au Peuple romain.

En 1580, le Conseil secret rappela à l'autorité pontificale que les excavateurs causaient de graves dommages aux monuments et que notamment des arcades et des pans de murs entiers venaient de s'effondrer au Palazzo Maggiore, parce qu'on avait creusé dans un souterrain 1.

Mais le reste de la colline appartenait en toute propriété à nombre de possesseurs. Les Frangipani avaient une vigne située entre l'église San Teodoro et l'église Santa Maria Antiqua (Libéra) ; deux documents, l'un de 1452, l'autre de 1551, en font foi 2. En 15 16, Gio. Batta et Marcello Frangipani cèdent à don Giovanni d'Aquila, recteur de San Lorenzo, une carrière de pierres située dans leur vigne près de San Teodoro. En 1535, Antonio de Frangipani et Camilla de Alberini signent une transaction à propos d'une vigne située au même lieu 3. Dans ces actes, il est parlé d'un « vieux palais » dit des Frangipani, sous le Palatium Magnum ; par conséquent, il est évident que les Frangipani possédaient alors depuis longtemps un terrain sur lequel ils s'étaient bâti une demeure ; ce devait être dans les soubassements de la Domus Tiberiana 4. En 1568, Mario de Frangipani loue jusqu'à la troisième génération ce palais : «quemdam locum vulgariter vocatum el palazzo antiquo de Freapani ».

Plus tard, ce terrain fut acquis par les Farnèse pour agrandir leurs jardins.

La création des Jardins Farnèse au Palatin date du pontificat de Paul III qui accorda à son neveu, Alessandro, cardinal du titre de Sant'Angelo, la propriété du site où s'était élevé le palais de Tibère5. Alessandro fit aussitôt dessiner par G. Barozzi un jardin en pente vers le Forum et élever un portail du plus bel effet que l'on a attribué à Vignola, à Michel-Ange et à Antonio da Sangallo. Des acquisitions accrurent ce premier enclos. La vigne du fameux humaniste Inghirami, dit Fedra, fut cédée par ses héritiers ; elle touchait d'un côté à celle de Pietro Millini (Villa Mills) ; la vigne des Palosci, située près de la demeure des Vestales, fut vendue au cardinal Alessandro le 17 janvier 1542. Peu après, par acte du 15 avril 1548, le cardinal faisait don des Orti Famesiani à Ottavio Farnèse, duc de Parme, « pour la grande affection qu'illui portait » 6. Le 20 mai 1565, le cardinal Ranuccio achetait moyennant 400 écus la vigne des Maddaleni, laquelle était voisine de l'arc de Titus au lieudit« Porticus Margaritariœ ». Le 6 juin 1579, les frères Cutelli vendaient au cardinal Alessandro une vigne qu'ils tenaient des Mantaco avec une habitation, un verger, un colombier, située près de l'église Sant' Anastasia; elle fut payée 300 écus 7.

Autre acquisition en 1582. Le clergé de Sant'Anastasia céda un petit terrain « couvert de ruines croulantes, de figuiers et de vignes » et « qui ne rapportait pas grand'chose » au cardinal Alessandro moyennant une rente annuelle de 10 écus. Par son

1. Archiv. Slor. Not. Capil., Cred. I, vol. 28, fol. 35. Séance du 4. Ibid., p. 36. Près de San Teodoro, côté ouest du Palatin. 17 mai 1580. 5. Nibby, Roma antica, vol. II, p. 467. Art. Cerasoli.

2. Art. Cerasoli, p. 309. A. Bartoli, La Villa Mills, art. cité. 6. Lanciani, Storia degli Scavi, vol. II, p. 43.

3. Archiv. Slor. Capit., Prot. 96, c. 90. 7. Lanciani, Scavi, vol. II, p. 36.

testament daté du 13 mai 1580, le cardinal Alessandro.qui mourut en mars 1589, confirma la dotation qu'il avait faite.

Cependant des fouilles assez importantes étaient conduites dans ce lieu et amenaient sans cesse la découverte d'antiquités dont les Farnèse ornaient le jardin l. Elles se poursuivirent durant tout le siècle suivant 2 et furent dirigées au commencement du xvme siècle par le célèbre archéologue Bianchini qui, comme on sait, y trouva la mort à la suite d'une chute 3.

Les Orti Farnesiani demeurèrent en la possession de cette famille jusqu'en 1731, quand s'éteignit le rameau romain ; Elisabeth Farnèse, reine d'Espagne, mère de Charles III, en hérita 4et c'est ainsi qu'ils passèrent entre les mains des Bourbons de Naples qui les cédèrent à l'empereur Napoléon III, en 18605, lors de leur expulsion; à son tour l'empereur les vendit au gouvernement italien après les événements de 1870 au prix qu'il les avait payés, soit de 650 000 livres 6.

L'Académie des Arcadiens se réunissait au xvme siècle sous les ombrages des Orti Farnesiani pour y jouir de la grande beauté de ce lieu, de la vue sans seconde qu'on y a et de la fraîcheur des cyprès et des hêtres 7. C'est là qu'ils posèrent les règles qui formèrent les célèbres Leges Arcadums.

« Ces jardins, dit Vasi, étaient autrefois aussi agréables par les allées, les bosquets et les fontaines qu'ils contenaient que riches par les statues, les bas-reliefs et autres marbres anciens que Paul III y avait fait transporter et qui, vers la fin du dernier siècle, ont été envoyés à Naples. »

La famille Capranica possédait certaine partie de la colline ; Blondo, après avoir décrit l'église Sant' Andréa, ajoute que «les autres parties du palais» sont entourées d'une haute muraille et appartiennent au cardinal Capranica (élu en 1426). Les Capranica détenaient encore une vigne en ce lieu en 1557-1563 ; cette vigne était située du côté de l'arc de Titus.

Au xvie siècle, les Mat'tei étaient propriétaires de ce qui subsistait de la Domits Augustana, c'est-à-dire de ce qui avait été la demeure d'Auguste agrandie et embellie par ses successeurs9; ils en rasèrent une partie; en 1689, la situation financière de la famille étant devenue critique, Eugenia Spada, mère et tutrice du jeune Alessandro Mattei, dut, à la requête des frères Durazzo, vendre moyennant 4500 écus, la villa qui contenait encore quelques statues, au comte Paolo Antonio Spada, de la branche de Faenza

1. G. Fiorelli, Documenii inedi'.i...,vo\. III, Rome, 1879, p. 191, 6. Nibby, vol. II, p. 467. D. Cancogni, Le Rovine del Palatino,

204. Alberto Cassio, Corso délie Acque, Rome, 1757, vol. II, p. 440, Milan, 1909, p. 29. Middleton , Remains of ancient Rome, Londres,

parle d'une fontaine élevée par le cardinal Odoardo Farnèse. 1892, vol. I, p. 158.

î. Au sujet de dommages causés par ces fouilles, voir un article 7.IsidoroCarini, L' A rcadia dal 1690 al 1S00, Rome, 1 891, p. 21.

du Gïornale d'Italia, en date du 20 avril 1913. B. Piazza, Opère pie..., Rome, 1698, cap. xxn, p. XLVIU.

3. G. A. Guattani, Roma, part. I, p. 46. D. Cancogni, Guida del Palatino, Milan, 1909, p. IX, représenta-

4. Description des Jardins Farnèse au milieu du xvnr9 siècle tion du bosquet où s'assemblaient les Arcadiens.

dans R. Venuti, Descrizione di Roma..., Rome, 1766, part. II, 8. B. Piazza, Opère pie di Roma, Rome, 1698, cap. xxn,

p. 396. p. XLVIII. Plus tard les Arcadiens, telle la plèbe de Rome, se reti-

5. Représentation des Jardins à cette époque dans Philippe rèrent sur l'Aventin. Moroni, Diz. , vol. I, p. 45.

et Félix Benoist, Rome dans sa grandeur, Paris, 1S70, vol. I, 9. A. Bartoli, La Villa Mills, dans Rassegna contemporanea ,

p. 67. janvier 1908, p. 89-102. Lanciani, vol. II. p. 35.

MÉD il lu: s.

V fnnnimml

Cirque avec obélisque.

Colisce. A gauche Colosse >le Grand bronze de Néron.

N1T..11 A iln.nr M, 1.1 Smlani. .,.„ sf< ..

Méd. de Gordien III. M'il

xÊM '^d^ftibgm

Jeux du Cirque. Médaille de Gordien III.

Les Ouatre Obélisques ériges

par Fonini.i

Médaille conicmporaine.

Page 1