Muratori, R. liai. Script., vol. I, p. 410. p
6. Freisingen, Gesta Frederici Imp., I, c. 28. Pertz, Script., 11. Les documents et les chroniques diffèrent sur la date exacte et
LE COLISÉE. i<<7
rendit vaine cette annulation, à ce qu'il semble, car les Annibaldi restèrent certain' possesseurs d'une partie du Colisée ; quelques membres de la famille portèrent, au commencement du siècle suivant, le nom de Del Colosseo ou de Délia Rota (1300-1309) l.
En 1288 (8 septembre), Raymondo Frangipani, comte du Palais du Latran, fait son testament dans le Templum Frajapanensium qui semble bien être le Colisée.
Peut-être qu'en fait le véritable propriétaire à cette époque n'était ni les Frangipani ni les Annibaldi, mais, à défaut du pape réfugié à Avignon, le Peuple romain 2 ; à tout le moins ce fut au nom du sénateur, qui était alors le représentant du Peuple, qu'en l'année 1332 furent données au Colisée des courses de taureaux. Cet événement fit sensation ; le chroniqueur Monaldeschi nota avec soin tous les détails de la fête et en composa une relation minutieuse 3. Les seigneurs romains et ceux de la campagne avaient été convoqués pour le 3 septembre. Dans chaque région delà ville, une dame de la noblesse était chargée du soin de désigner les femmes qui seraient invitées ; au Transtévère, c'était Giacoma di Vico ; dans le quartier Ponti, Savella Orsini ; dans le quartier Monti, une Colonna ; une loge tendue de drap rouge leur était destinée ; il y en avait une autre pour les femmes de condition médiocre ou infime ; une troisième était réservée à ceux qui devaient descendre dans l'arène. Les spectateurs étaient répandus dans le reste de l'amphithéâtre. Pietro di Giacomo Rossi, du quartier Sant' Angelo, un vieillard, tenait une urne contenant les noms des combattants qu'il devait tirer un à un. Ceux-ci étaient vêtus d'un justaucorps et de braies de même étoffe, coiffés de casques que surmontaient un panache et une aigrette, armés d'une épée courte et d'un épieu. Le premier qui entra dans la lice fut Galeotto Malatesta ; il était habillé de vert et portait comme devise « Seul comme Horace ». Le taureau fondit sur lui, Malatesta lui creva un œil ; alors le taureau s'enfuit, Malatesta le poursuivit, lui enfonça l'épée dans la cuisse sur quoi la bête se retourna et le blessa au genou. Malatesta tomba, mais le taureau ne s'acharna pas et on l'emmena tandis qu'on en introduisait un autre et que le nom d'un nouveau combattant était tiré de l'urne. Ce fut celui de Cicco délia Valle ; il avait un costume mi-parti vert et noir et, pour devise : « Je suis comme Ënée pour Lavinie ». Or il existait réellement une Lavinie qui était fille de messire Gio vénale. Cicco tua sur-le-champ le taureau. Le suivant fut également tué par le troisième combattant, Mezzo Astalli, qui était tout en noir parce qu'il venait de perdre sa femme ; sa devise portait : « Je suis inconsolable». Ces trois champions furent suivis par un tout jeune homme, imberbe, de la famille des Cafarelli ; il s'était vêtu d'un costume « couleur de lion » et avait cette fière devise : « Qui plus fort que moi?» Le chroniqueur ne dit pas si son courage et ses succès justifièrent son dire. Après lui parut un noble de Ravenne, Lodovico délia Polenta, vêtu
sur les modalités de cette cession. E. Berger, Les Registres d'Inno- lettre en date du 13 mai 1244.
cent IV, Paris, 1S84, vol. I, p. 106. Le P. Theiner, Cod. Diplom., 1. On a vu que l'arène s'appelait la Rota à cause de sa forme plus
vol. I, p. ii8.doc. CCVII. Rinaldi, Annales adan.,n. 19. A. Nibby, ou moins circulaire.
Roma antica, vol. I, p. 4rr. Marangoni, Memorie St. del Colosseo, 2. En 1312, le peuple s'était soulevé; il avait détruit la plupart
p. 53. D'après le document de Theiner, la partie cédée l'aurait des citadelles baronniales, mais le Colisée ne put être pris. Mura-
été en emphytéose et la date serait celle du 16 avril. Les Archives tori, Storia Augusla, vol. X, p. 454. Adinolfi, vol. I, p. 367.
Valicanes, Reg. Vat. 21, fol. 98, ép. 619, contiennent une deuxième 3. Muratori, vol. XII, col. 535.
i68 MONUMENTS DE ROME.
de rouge et de noir, avec cette devise : «Si je meurs noyé dans le sang, quelle douce mort», puis un Savello d'Anagni, vêtu tout de jaune et portant cette devise: «Que chacun se garde bien de la folie amoureuse». Puis encore Giovanni Capoccio, dans un costume couleur de cendre, avec la devise: «Je brûle sous la cendre»; Cecco Conti, couleur d'argent, avec la devise : « Aussi blanche est la foi»; un membre de la famille Colonna avait cette hautaine devise : « Si je tombe, vous qui me regardez, vous tomberez avec moi ». Deux autres Colonna suivirent, puis nombre de combattants encore.
Ce furent, à tout prendre, les taureaux qui eurent le dessus; onze succombèrent, mais dix-huit de leurs adversaires furent tués et neuf blessés ; on fit aux morts de belles funérailles à Sainte-Marie-Majeure et au Latran.
Si les Frangipani ne possédaient plus alors le Colisée en totalité, ils en détenaient une portion et les abords ; le 28 octobre 1338, Pietro di Riccardo Frangipani vendit à Orso Orsini le quart « Palatii Magni », c'est-à-dire du Palatin, et certaines demeures attenantes près du Colisée et dans le Colisée \
Le tremblement de terre de 1349 n* des ravages dans ce qui restait encore intact du monument ; de cette époque date peut-être le commencement de l'état ruineux où nous le voyons à présent2. Des parties entières s'effondrèrent, le sol fut jonché de pierres; le légat du pape, Pietro Boëri, évêque d'Orvieto, lui écrivait en 1362 qu'il les avait mises en adjudication, mais qu'il ne s'était présenté d'autre acquéreur que les Frangipani qui cherchaient peut-être par ce moyen détourné à reprendre pied en ce lieu. Ceci montre d'ailleurs que le Souverain Pontife considérait le Colisée comme lui appartenant puisqu'il disposait de ses débris 3.
La Compagnie du Saint-Sacrement qui, à ce qu'il semble, en avait reçu une partie en don, acquérait peu à peu le reste ; elle avait été fondée en 1223 par le cardinal Giovanni, Colonna, dotée de statuts en 1231 et s'était établie dans la région du Latran d'où elle étendait ses possessions vers le Caelius et le Palatin. D'un acte daté de 136g, il ressort que la Compagnie acheta de Cola Cecco di Giovanni (des Annibaldi) une maison située dans le Colisée pour le prix de 30 florins 4 ; trois ans plus tard elle acheta de Giovanni et Andréa de Annibaldi « la moitié d'une maison entière » située dans le Colisée, au milieu d'autres maisons, pour le prix de 30 florins d'or. Ces maisons se trouvaient, d'après le texte de l'acte, voisines de l'hôpital San Giacomo, par conséquent du côté du monument qui fait face à la Via San Giovanni et au Latran, dans cette partie qui menaçait ruine au temps de Pie VII et qu'il dut soutenir au moyen d'un énorme contrefort de briques 5.
D'autre part, en 1386, intervint une convention en vingt-sept chapitres entre la
1. Gregoroyius, vol. III, p. 331, n. 2. 3. A. Nibby, Roma nell' anno..., part. I, p. 417. Winkelmann,
2. La démolition du monument avait dû commencer déjà depuis Stor. délie Arli..., Rome, 1784, vol. III, p. 398.
longtemps, depuis qu'on avait besoin de pierres ; on avait déjà 4. P. Adinolfi, Roma, vol. I, p. 374. Cf. du même auteur,
arraché, avec un soin méticuleux, tous les crampons de métal qui Laterano e Via Maggiore, Rome, 1857, p. 120, n.
unissaient les assises et pratiqué ces innombrables trous qui se 5. L'antique église S. Giacomo del Coliseo avec son hôpital fut
voient sur tous les piliers. Guattani, Roma antica, p. n, p. 5, n . 1. démolie en 1815. On y admettait surtout des femmes. Archiv. di
Suaresio, Diatriba de Foraminibus lapidum in priscis œdificus, Siato, Calaslo S. Sanctorum, 1435, p. 59. Voir plus loin, p. 183.
dans Novus Thésaurus anliq. Grevii, Venise, 1735, vol. I, p. 313. Cf. Gatti, Bull. Arch. Corn., 1895, p. 118.
COLISÉE. CLÉ DE VOÛTE PORTANT L'ÉCUSSON DE LA CONFRÉRIE DU SAINT-SACREMENT.
En face de la Meta Sudans.
COLISÉE. CLÉ DE VOÛTE PORTANT L'ÉCUSSON DE LA CONFRÉRIE DU SAINT-SACREMENT.
En face de la Meta Sudans.
confrérie du Saint-Sauveur et les représentants du Peuple, conservateurs, /xinderesi et balestrari, par laquelle la confrérie recevait les droits de mero et mixto imperio, c'est-à-dire une juridiction absolue, sur toute la région comprise entre le Latran, la Via Santa Clémente et le Colisée, le droit de mort étant réservé au sénateur l. Cette convention fut remaniée en 1400 (24 avril), en 1403 (2 juillet) et en 1405 (19 septembre) ; une lettre du sénateur en date du 6 décembre 1418 étendit encore les droits de la confrérie. Ce fut alors probablement qu'elle fit graver ses armes sur une clé de voûte du côté de la Meta Sudans2. Celles du Peuple furent gravées sur un des piliers 3.
Néanmoins il ne paraît pas que l'édifice entier ait appartenu à la confrérie, mais bien le tiers, le reste demeurant à la Commune. En effet, un état cadastral de l'année 1435 porte que le tiers de tout le Colisée appartient à la confrérie, tandis que les deux autres tiers sont à la Chambre urbaine, plus «une crypte ou maison» et un four dans l'arène {rota) que loue un certain Paolodi Stefano ; « au-dessus de cette cave, ajoute le document, est un emplacement où l'on dépose de la paille 4 ». Outre ces maisons et ces hangars, il existait une église dans l'intérieur du Colisée, sur l'arène ; elle portait le nom de San Salvatore de Rota Colisei ; c'était apparemment une toute petite église; un seul prêtre la desservait. Une seconde église, placée peut-être dans une des arcades, en tout cas voisinedela Meta Sudans, d'où son nom, s'appelait Santa Maria de Metrio ; un seul prêtre aussi la desservait. Une troisième église, Santa Maria délia Pietà, se trouvait également construite dans une arcade 5. Cette dernière église fut reconstruite en 1622 par l'archiconfrérie du Gonfalon.
On retirait toujours des pierres du Colisée. En 1439, le 16 et le 21 décembre, un Allemand transporta pour le pape, du Colisée au Latran, en vue de la décoration de l'intérieur de la basilique, des blocs de travertin; ce travail lui fut payé 36 bolognini 6.
Flaminio Vacca rapporte dans ses Mémoires, écrits en 1594, qu'il avait entendu raconter par les moines Olivétains de Santa Maria Nuova in Campo Vaccino que le pape Eugène IV avait abandonné le Colisée aux moines de ce couvent l'année même de son avènement, en 143 1, pour qu'ils en empêchassent la destruction, et qu'à cette fin les moines l'avaient entouré d'un mur 7. Vacca raconte même que les Romains s'émurent de voir leur monument ainsi enfermé et détruisirent ce mur » malgré tous les parchemins des moines 8». Marangoni demanda plus tard (xvine siècle) aux moines s'ils avaient connaissance de ce fait, et ils répondirent que c'était une tradition, mais que leurs archives n'en contenaient aucune trace 9.
Il y a cependant du vrai dans ce que raconte Vacca. Alors que le pape Eugène IV
1. D'après l'acte cité plus loin, la confrérie du Saint-Sauveur griptam sunt certa loca in quitus reponuntur stramina >; et aurait été possesseur du monument depuis 1370 environ. Ibid., Arm.J, mazzo III, autre document daté du 29 avril 1511.
2. Voir pi. 48. 5. Armellini, Le Chiese, p. 522, 523. L'une de ces chapelles possé-
3. A. Nibbv, vol. I, p. 417. Marangoni, Memorie, p. 57. dait une vigne qui rapportait 10 carlins payables à Pâques. Archiv.
4. Archiv. diStato, Roma, Archiv. del Salvatore, Catasto SS. Sanc- St. Capit., Atti orig., vol. 891, fol. 228. lorum, 1435, fol. 59 : « Tertia pars totius Colisei juncta pro indiviso 6. E. Muntz, Les Arts..., vol. I, p. 48.
cum aliis duabus lerliis partibus Camere Urbis, cum Iota una gripla 7. Memorie (dans Nibbv, vol. IV), § 72, p. 30.
seu domo cum jurno sita in rota (arena) Colisei quant tenuil in con- 8. Cf. Clementi, Il Colosseo, p. 191. Voir plus haut, p. 62.
ductam a dicta Socielate quondam Paulus Stephani, supra quam 9. Marangoni, p. 38.
était à Florence (1436- 1442), il adressa une lettre non datée aux Romains, dans laquelle il leur disait qu'il avait appris avec déplaisir que quelques parties du Colisée avaient été démolies pour «restaurer certaines maisons» et qu'il défendait que dorénavant on y prélevât des pierres à cet effet ; cependant il permettait à ceux qui en avaient reçu licence de prendre des pierres « enfouies ou éloignées du Colisée x ».
Cela n'empêcha pas que, sous le pontificat de Nicolas V, on n'enlevât dans le Colisée plus de deux mille cinq cents charretées de travertin dont il était besoin pour les constructions si nombreuses entreprises par le pape 2. Pie II, cet autre pape humaniste, si épris aussi de l'antiquité, fit tout de même que son prédécesseur ; le Colisée fut mis au pillage 3 ; pour édifier le péristyle de la basilique de Saint-Pierre, on lui emprunta force matériaux et non de ceux qui avaient croulé (1460). Paul II n'agit pas autrement quand il fit élever le palais de Saint-Marc ; ce fut la partie méridionale du monument qui pâtit alors ; à l'exemple du pape, le cardinal Riario pour bâtir son palais qui fut ensuite la Chancellerie, et le cardinal Alessandro Farnèse pour le palais qui est devenu le Palais Farnèse, empruntèrent la matière première au Colisée. On raconte que l'un des « conservateurs», Lorenzo Cafarelli, voulut s'interposer et arrêter ces déprédations ; il maltraita les ouvriers, mais ne put empêcher les destructions de se poursuivre 4.
Cependant le Colisée allait devenir un édifice consacré au culte ; il l'était déjà même un peu, ce qui aurait dû le protéger.
En l'année 1490, la confrérie du Gonfalon sollicita du pape Innocent VIII l'autorisation de représenter dans le Colisée des drames sacrés. Cette confrérie était déjà ancienne; elle avait été fondée en 1263 par saint Bonaventure et se composait de citoyens romains voués à des œuvres pieuses et charitables 5. Le pape ayant acquiescé ainsi que les conservateurs, un accord intervint, à la date du 17 mars 1490, entre les deux confréries du Saint-SacrementetduGonfalon.danslequelil était dit que la confrérie du Saint-Sacrement, propriétaire depuis cent vingt ans environ de certaines maisons et d'habitations que lui avait vendues la famille des Annibaldi, cédait à la confrérie du Gonfalon ces demeures ainsi que la partie du monument qui lui appartenait, car ladite confrérie ne pouvait s'en passer pour les représentations « en l'honneur de Dieu et de ses saints » qu'elle projetait d'instituer. La confrérie du Gonfalon s'engageait à n'en pas faire un autre usage et à les restituer dès que la confrérie du Saint-Sacrement l'en requerrait. L'acte fut signé dans le palais des conservateurs au Capitole, apparemment pour bien prouver qu'il s'agissait d'une propriété communale.
1. Lanciani, Scavi, vol. I, p. 50. Pogge, qui vit le Colisée préci- 4.C. Huelsen, Bilder aus der Geschichtc des Capitols, Rome, sèment à cette époque, écrivait : « Coliseum vulgo appellaium atque 1899, p. 26. Pomponius Letus, le fondateur de l'Université romaine, ob stultitiam Romanorum majori ex parte ad calcem delatum.» De faisant visiter Rome à un étranger, le mena au Colisée dont les Varietate Fortunœ. parois, dit-il, sont revêtues de marbre à l'intérieur comme àl'exté-
2. E. Muntz, Les Arts..., vol. I, p. 105. La charretée était, on s'en rieur et les arcades supérieures, ornées de statues. G. -B. de Rossi, souvient, une mesure de capacité équivalant à 30 centimètres cubes. Note di Topografia Romana, dans Studi e Documenti di Storia e
3. Ibid., p. 266. Biondo, à cette époque, se lamentait comme Diritto, Rome, 1882, vol. III, p. 58.
Pogge au temps d'Eugène IV, sur la destruction du Colisée. Roma 5. Adinolfi, Laterano e Via Maggiore, Rome, 1857, p. 158,
triumphans, Bâle, 1531, liv. III, p. 261. doc. XII.
L'emplacement choisi pour y établir la scène fut cette partie de l'arène où se trouvait l'église Délia Rota, c'est-à-dire le côté oriental ; ce lieu conserva longtemps l'appellation de Du Théâtre ; les arcades servaient de fond et de coulisses ; le public se tenait dans l'arène ; on établissait dans les galeries supérieures les machines destinées à soutenir les anges et les apparitions ; des décors grossiers représentaient Jérusalem, Béthanie, le jardin de Gethsémané, la maison d'Hérode ; on montait des échafaudages pour figurer le Mont des Oliviers et le Calvaire. Les peintres décorateurs et les machinistes étaient pris parmi les membres de la confrérie ; quant aux frais, ils étaient couverts en partie par des personnes charitables ; en 1517, un donateur offrit 60 ducats «pour que la tradition de ces spectacles ne se perdît pas » 1.
On a quelques détails des frais ; par exemple, en 1490, il fut dépensé 65 bolognini pour les supports en fer destinés aux anges et pour la croix ; en 1492, même somme pour le repas des choristes et 10 bolognini pour deux charretées de perruques, barbes, ailes, vêtements, bannières..., 15 bolognini au peintre qui peignit Béthanie; en 1493, on dépensa 98 ducats dont 40 ducats pour le charpentier qui avait fait la tribune de Pilate. En 1496, il fut dépensé 40 ducats dont 10 carlins pour le peintre décorateur qui avait représenté le Mont des Oliviers. En 1498, la représentation coûta 42 ducats; en 1499, 61 ducats; en 1500, 80 ducats dont 14 carlins à un chaussetier pour les chausses du Christ et du drap rouge pour son vêtement.
Parmi les objets appartenant à la confrérie du Gonfalon dont il fut établi un inventaire à la fin du XVe siècle (1490-1494-1498), on en relève quelques-uns qui servaient évidemment aux représentations 2 :
2 manteaux de Marie, un bleu, un rouge ; 22 perruques ; 1 paire de chausses pour le Christ ; 1 potence pour pendre Judas ;
1 manteau de la Madone violet clair ;
2 vêtements pour les larrons ;
1 manteau d'étoffe noire pour le costume de veuve de la Vierge ;
1 étendard noir pour Pilate avec un scorpion noir sur fond jaune ;
1 garniture de brocart pour Caïphe ;
1 sceptre pour Pilate ;
1 voile avec la Véronique.
Les acteurs étaient des artisans, des marchands, un orfèvre, un lainier, un libraire papetier (1500).
La première pièce représentée en 1490 fut la Passion du Christ, en sept actes ; elle
I. Archivio del Gon/alone, Décret., A, fol. 138. E. C\L.vz,IlTeatro d'Ancona, Origini del Teatro italiano, Rome, 1891, vol. I, p. 277, popolare romanesco dans Nunva Antologia, 16 avril 1908. G. Amati, 2. M. VaTtasso, Per la Sloria del Dramma sacro m Italia, Rome.
Kappresenlaiione délia Passione, Rome, 1866. Alessandro 1903, p. 127.
a\ ait pour auteurs Giuliano Dati, Bernardo di Antonio Romano et Mariano Particoppe ; on la donna ensuite, plus ou moins modifiée, le vendredi saint de chaque année.
En 1491, le chevalier de Harff assista à une représentation le jeudi saint : « Des hommes vivants, dit-il, représentèrent la flagellation, la crucifixion, la mort de Judas ; ils étaient de familles nobles, et tout se passa avec beaucoup d'ordre et de décence1.»
Le dialogue, d'abord en dialecte romain, fut ensuite en italien 2.
La foule accourait à un spectacle nouveau à Rome ; il vint même tant de monde qu'il en résulta du tumulte, du scandale, en sorte que le pouvoir pontifical fit défense, le 23 mars 1523, de donner les représentations habituelles ; elles furent reprises deux ans après, en 1525, à cause du jubilé ; l'on dépensa pour améliorer le théâtre 250 écus. Les représentations furent suspendues de nouveau à la suite du sac de la ville en 1527 ; la scène ayant été détruite, elle dut être refaite ; il en coûta 20 écus (1531). On ne donna plus ensuite de représentations que tous les quatre ans, à cause de la dépense : la représentation de 1531 avait coûté 298 écus ; celle de 1539 en coûta 651. En 1540, le pape Paul III, sur de faux rapports qui lui avaient été faits, interdit le spectacle, mais l'année suivante, non seulement il le permit, mais il fournit la poudre à canon nécessaire ; la Chambre apostolique eut ordre d'en livrer 4 livres3. Déjà en 1531 elle en avait donné autant 4.
La représentation de 1541 fut peut-être la dernière, en tout cas l'une des dernières. On n'en donnait plus en 1558.
L'église de Santa Maria in Campo Carleo, actuellement détruite, s'appelait, au XVe siècle, Spolia Christi, parce que les acteurs venaient y dépouiller leurs costumes 5.
Ces représentations dramatiques, où l'on voyait, à côté du Christ et de saintes personnes, le Diable avec ses cohortes de démons, et plus encore peut-être le passé légendaire du Colisée, en faisaient un lieu de terreur, propice aux incantations. En 1522, comme la peste régnait dans la ville, un Grec nommé Demetrios persuada aux Romains qu'ils apaiseraient la colère céleste en sacrifiant selon les anciens rites un taureau au Colisée ; une foule immense assista à la cérémonie 6.
Celliniyvit des légions de démons et, pour fanfaron qu'il fût, avoue avoireu grand'peur (1532). Voici son récit 7 : « Il m'arriva de lier amitié avec un prêtre nécromant d'origine sicilienne qui avait l'esprit très élevé et des lettres grecques et latines. Etant venu à causer nécromancie, je lui dis que j'avais désiré toute ma vie en savoir quelque chose. A quoi le prêtre me répondit : « Il faut avoir l'âme bien trempée et grand courage pour s'y risquer.» Je lui répondis que j'en aurais et défaire le nécessaire. Alors il m'indiqua un
1. A. Reumont, Archiv. Stor. Vencto, vol. XI (1876), p. 141. 3. Archiv. di Stato, Roma, Mand, Camer., 1531-1535, fol. 122;
2. Les archives de la confrérie contiennent le texte original du 1537, 1541, fol. 187.
drame sacré composé par Dati et ses collaborateurs. Il parut en 4. Vattasso, loc. cit., p. 7r et suiv.
1501, à Rome, et fut réimprimé en isr3 et 1515 . « Incomincia la 5. O. Panciroli, / Tesori nascosli nell' aima Città di Roma,
Representatione de la Passione de Jesu Christo represenlata in Roma Rome, 1600, p. 481.
in el luogo diclo Coliseo per li officiait elf latdli délia venerabile 6. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 36, fol 25.
compagnia del confaUone. » 7. Vila di Benvenuto Cellini, éd. O. Bacci, Florence, 1901, p. 126.
Monuments de Rome.
rendez- vous et me dit de m'y trouver avec deux amis. Etant donc allés ensemble au Colisée, le prêtre mit son costume de nécromant et traça sur le sol des cercles avec les plus grandes cérémonies du monde ; il avait apporté des parfums et du feu et aussi des drogues qui empestaient. Quand tout fut disposé comme il convenait, il fit une porte au cercle et, nous prenant par la main, il nous introduisit un à un dans le cercle ; puis il distribua les rôles ; à son aide nécromant, il confia le puntaculo (talisman) ; aux autres, le soin de veiller aux parfums et au feu. Après quoi il commença la conjuration. Tout cela prit une heure et demie environ ; alors apparurent plusieurs légions (d'esprits) , de telle sorte que le Colisée en paraissait rempli. Quand le prêtre estima qu'il y en avait assez, il se tourna vers moi et me dit : « Demande-leur quelque chose. » Et je leur demandai de me faire voir ma bonne amie sicilienne. Mais cette nuit-là nous n'obtînmes pas de réponse. Le nécromant dit qu'il nous faudrait revenir une autre fois et que j'aurais satisfaction sur tout ce que je demandais, à condition que j'amenasse un jeune homme dans toute son innocence. Je pris un de mes apprentis âgé de douze ans, ainsi qu'un domestique et une autre personne qui était déjà venue la première fois. Quand nous nous trouvâmes au même lieu que précédemment, le nécromant fit les incantations habituelles, mais avec plus de précautions et de soins encore, et il nous plaça dans le cercle magique. Ce fut à moi qu'il confia le talisman en me recommandant de le tourner vers les lieux qu'il m'indiquerait ; je le tenais au-dessus de la tête de l'enfant. Les incantations commencèrent ; le nécromant interpellait par leur nom les chefs des esprits, leur commandait au nom du Dieu incréé, vivant et éternel, en hébreu, en grec et en latin. Bientôt le Colisée entier fut rempli de troupes de démons cent fois plus nombreuses que la première fois. De nouveau, sur l'invitation du prêtre, je demandai à voir mon amie Angelica. Le prêtre me dit alors : « As-tu entendu ce qu'ils t'ont répondu ? Que dans un mois tu seras avec elle.» Et il ajouta que je tinsse ferme, car les légions étaient en nombre mille fois plus grand qu'il ne l'avait demandé et que c'étaient les plus dangereuses, que maintenant que j'avais ma réponse il fallait les congédier doucement. L'enfant qui était sous le talisman répétait qu'un million d'hommes d'aspect féroce l'entouraient, que quatre géants énormes venaient d'apparaître, qu'ils étaient armés et s'apprêtaient à forcer le cercle.
« Le nécromant, lequel tremblait de peur, s'efforçait avec de douces et suaves paroles de congédier tous ces diables. Pour moi, qui avais aussi peur que les autres, je tâchais de ne point le montrer et de les rassurer, mais au fond j'étais comme mort à cause de la frayeur qu'avait le nécromant. L'enfant m'entourait les genoux et criait qu'il préférait mourir tout de suite. Et il disait que le Colisée était en flammes et que nous en étions enveloppés. Cependant le nécromant me pressait de faire front aux légions et disait aux autres de continuer à faire brûler les parfums, à entretenir le feu et à répandre les mauvaises odeurs. Notre terreur aux uns et aux autres était extrême.
«Soudain un incident grotesque et naturel survint qui mit en fuite les démons et nous fit tous éclater de rire. L'enfant raconta que le Colisée se vidait peu à peu et bientôt
il assura que les derniers esprits s'en allaient l'un après l'autre. Le nécromant retira alois ses vêtements, prit une pile de livres qu'il avait apportés et nous partîmes non sans qu'il eût fait quelques passes magiques pour briser le cercle qui nous entourait. L'enfant allait entre nous, tenant la cape du nécromant d'une main et de l'autre mon manteau. « A mesure que nous avancions, il assurait que deux des démons du Colisée nous précédaient, tantôt allant sur les toits, tantôt rasant le sol. Le nécromant m'affirmait que depuis qu'il faisait de la magie, il n'avait jamais vu tant de démons à la fois et qu'il s'estimait bien heureux de s'en être tiré sain et sauf.»