PIUS IX PONT. MAX
QUUM PARTEM MEDIAM IN EXQUITIAS CONVERSAM
VETUSTATE FATISCENTEM
RESTITUENDAM ET MUNIENDAM CURASSET
MEMORIAM RENOVAVIT
AMPHITHEATRUM FLAVIUM AN. 1857. PONTIF. VI
triumphis spectaculisq. insigne Forcella, Isc. di Roma, vol. XIII, p. 199, n. 418. Archiv. Stor.
dus gentium impio cultu dicatum Capit., Cred. VI, col. 52, fol. 65.
martirum cruore ab impura superstitione expiatum 7. Archiv. St. Capit., Cred. VI, vol. 9, p. 50. Les architectes
ne fortitudinis eorum excideret memoria furent Antonio Ferretti et Gaspare Mellini.
monumentum 8. La fontaine avait été commencée par Giacomo délia Porta
aclemente x. pont. Max. an. jub. 1675 en 1 594. Arch. St. Capit. ,Attiorig., vol. 12, AttiH., Arconio, fol. 30.
cesse. Pour paver la place du Capitole et la voie qui y donnait accès, on y prit dix-neuf charretées, puis encore d'assez grandes quantités de travertin (1698) l.
Le vendredi 2 février, le jour de la Purification, tandis que le pape tenait chapelle au Vatican et qu'on prononçait les paroles : « Ut nullis nos permittas perturbation i bus concussion un tremblement de terre se fit sentir qui provoqua dans Rome une extrême frayeur et causa un assez grand nombre de dégâts ; il y eut trois secousses distinctes 2. Trois arcades de la seconde enceinte du Colisée, du côté de l'église Saint-Grégoire, dans la partie qui est, en effet, la plus ruinée, s'écroulèrent 3, et aussitôt les tailleurs de pierre d'accourir et de solliciter la faveur d'enlever les blocs qui gisaient sur le sol. Le 28 mars, l'un d'eux, Perini, offrit de payer 2,30 écus la charretée ; mais comme le pape exigeait que l'argent fût versé au Mont de Piété, au crédit du Colisée, et que les travaux fussent contrôlés par le camerlingue, on répondit à Perini de patienter jusqu'à Pâques. Le 18 avril, le procurateur du Peuple se rendit auprès du camerlingue et lui représenta que si la vente se faisait en plusieurs lots, elle rapporterait plus et peut-être jusqu'à 80 écus; le 2 mai, l'architecte du Peuple romain reçut mission de traiter avec ceux qui se présentaient et de recevoir l'argent d'une première vente ; mais le 30 juillet, le Conseil apprit que le pape (Clément XI) venait de céder toutes les pierres tombées « au Tribunal des voies » afin qu'il les employât au port de Ripetta ; une compensation devait être allouée à ceux qui avaient déjà traité pour leur achat. Quelque temps après, en novembre, le fiscal évaluait le travertin ainsi cédé à 464 écus 4.
Ainsi le pape agissait en propriétaire tout -puissant, et il l'était. Cependant le Conseil communal et les représentants, les « gardiens » de la Confrérie du Saint-Sacrement étaient toujours en compétition touchant la propriété du monument dont la Confrérie continuait à revendiquer le tiers (1703) 5.
L'habitude s'introduisit au xvie siècle que la communauté juive vînt saluer au Colisée le pape nouvellement élu, le jour où il se rendait solennellement au Latran pour y recevoir la couronne. Les Juifs étaient tenus de le décorer d'étoffes, à ce qui disent les chroniqueurs ; il est vraisemblable qu'il ne s'agit que de la partie où ils se tenaient, sans quoi... ! Ils apposaient bien en vue des banderoles contenant des paroles louangeuses à l'endroit du pape. Il en fut ainsi pour le couronnement de Pie V, le 27 janvier 1566, de Grégoire XIII, le 25 mai 1592, de Paul V, le 6 novembre 1605, d'Innocent X, le 22 novembre 1644 6.
En 1700 (8 décembre), à l'occasion du couronnement de Clément XI, une foule énorme se pressait au Colisée ; une estrade tomba, mais ceux qui s'y trouvaient n'eurent pas grand mal, parce que l'estrade s'affaissa sur deux carrosses 7.
1. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. 9, fol. 228 et suiv. 6. Cancellieri, Possessi, passim.
2. Ibid,, Cred. XIV, vol. 13, fol. 22. 7. Dans l'un, dit l'abbé Cancellieri, était, stores baissés, la fa-
3. Ibid., Cred. XIV, vol. 13, fol. 28. meuse courtisane Tolla di Bocca di Leone qui avait tant agité
4. Ibid., Cred. I, vol. 41, fol. 157 et suiv. Rome. Solenni Possessi, p. 540. Le texte de Valesio (Archiv. St-
5. Ibid., Cred. I, vol. 41, fol. 173. Capit., Cred. XIV, vol. X, p. 104) ne mentionne pas ce détail.
LE COLISÊE (SUITE). vjq
En 1707 on dut consolider de nouveau la grand'salle du palais du sénateur que le tremblement de terre de 1703 avait fortement ébranlée, et l'on songea à faire usage des pierres dont le pape n'avait pas disposé encore, mais les meilleures avaient été enlevées et les autres ne purent être utilisées 1.
Il était dit que le Colisée servirait aux destinations les plus inattendues : en 1714, Clément XI en avait fait une fabrique de salpêtre qui devait alimenter la poudrerie voisine située sur le Palatin, près de la route qui conduisait à la Villa Mills et portait le nom Via délia Polvereria2. Cette poudrerie fut transportée sous Napoléon Ier sur l'Esquilin, près de Saint-Pierre-aux-Liens, dans quelques salles encore debout des thermes de Trajan 3. La rue voisine prit alors le nom de Via délia Polvereria qu'elle a conservé.
Afin que les ouvriers ne fussent pas dérangés, on ferma les arches avec des planches4; le Conseil protesta et obtint les clés de cette clôture (avril-décembre 1714).
D'autre part, un ermite s'était établi au Colisée, dans l'ancienne chapelle de la confrérie du Gonfalon qui tombait en ruines, mais cet ermite qui, à ce qu'il semble, était un Français, car il s'appelait Pierre Dayé, ne se bornait pas à dire des messes et à faire des oraisons ; profitant de l'abondante végétation qui se développait sur le Colisée, il s'en fit un revenu ; il fauchait les herbes, plantait et récoltait des moissons, entassait la paille sous une des voûtes dont il avait fait une grange et vendait sa récolte à bon compte ; le Conseil communal intervint ; il estima que cette prise de possession portait préjudice à ses droits et chargea son avocat de s'aboucher avec le moine (août 1727) 5; il devait exiger tout au moins qu'il signât un contrat en due forme ; un accord intervint ; le bon ermite continua son industrie, mais il s'engagea à rembourser l'argent qu'il tirerait de la vente du foin et des herbes, en célébrant des messes 6.
Ce fut vers ce temps (1725) que l'architecte Carlo Fontana proposa au pape Benoît XIII de construire une église dans le Colisée pour « le remettre en honneur»! Cette église, qui aurait eu l'élégance convenue et la forme banale de tant d'autres églises bâties à Rome en ce siècle, se serait élevée au fond de l'arène, du côté oriental ; son dôme devait dépasser le faîte des plus hautes parois du monument, et une large ouverture aurait été pratiquée pour y ménager un accès 7.
La salpêtrière n'était pas non plus sans inquiéter les magistrats capitolins ; la Chambre apostolique nn avait cédé l'exploitation à un fermier qui ne surveillait pas suffisamment la fermeture de l'enceinte ; les portes demeuraient ouvertes et des intrus entraient dans le monument et le dégradaient. On menaça le fermier d'en parler au pape (14 octobre 1737) 8. Mais il en alla ainsi pendant des années, le Conseil réclamant toujours et ne recevant pas satisfaction. D'autre part, l'ermite, ou son successeur vraisemblablement, continuait à inquiéter le Conseil ; on avait oublié la convention de 1727 et le Conseil se demandait
1. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 42, fol. 117. et dans les gravures de Piranesi, de Barbazza et d'autres. Voir pi. 47.
2. Marangoni, p. 72. 5. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. 72, fol. 177. 3. Plus tard elle portale nom de Via San B -n.aventura. Nibby, 6. Ibid., Atti orig., vol. XIII, p. 2.
Roma antica, part. I, p. 419. 7. Carlo Fontana, L'Anfiteatro Flavio, Rome, 1725, cap. V.
4. Cette fermeture s'aperçoit très bien dans une aquarelle de 8. Archiv. Stor. Capit., Cred. VI, vol. 100, fol. 87. Deseine,
Antonio Canale reproduite par Bartoli, Cento Vedutc, pi. XVII vol. I, p. 109, donne une description du Colisée à cette époque (1690).
de quel droit il se trouvait là, de quel droit il semait du graiu sur un sol appartenant au Peuple, faisait des moissons et établissait un dépôt sous les arches. L'architecte communal fut commis pour examiner tout cela (juin 1743). On obligea finalement l'ermite à remettre les clés de sa grange 1.
C'est vers ce temps (1739-1740) que le président De Brosses vit « ces masses révérées et abandonnées». «Les galeries de l'enveloppe extérieure du Colisée, dit-il, servent encore de refuge aux petits marchands qui étalent sur des perches.» L'édifice lui parut en si mauvais état qu'il ne voyait qu'une manière de le sauver : en abattre la moitié pour reconstruire l'autre avec ses débris !
« Mon projet serait de réduire le Colisée en demi-amphithéâtre, d'abattre le reste des cintres du côté du Mont Caelius, de rétablir dans son ancienne forme l'autre moitié qu'on laisserait subsister et de faire de l'arène une belle place publique. Ne vaut-il pas mieux avoir un demi-Colisée en bon état que de l'avoir tout entier en guenilles 2 ? »
Par bonheur, Benoît XIV en jugea de façon différente. Le Conseil communal avait appelé son attention sur l'état de certaines parties du monument. Il entreprit une restauration assez étendue, ainsi qu'en témoigne une inscription dont on a vu plus haut le texte 3.
En 1741, l'ermite chargé de la garde de la chapelle était un Parisien, François de Beaufort 4. L'année suivante il faillit être assassiné par les bandits qui avaient établi leur résidence au Colisée.
Un saint homme qui ne s'occupait pas de tirer parti de son état, Leonardo de Porto Maurizio, prit vers cette époque le Colisée pour lieu de ses pieux exercices et de ses prédications (1744) 5. Une foule immense y assistait, et son action fut grande sur les esprits.
On représenta grossièrement, sur une des arcades de «l'entrée occidentale», la ville de Jérusalem avec la Crucifixion 6.
En 1750, le nouvel ermite obtint du Conseil communal d'établir au centre de l'arène une croix monumentale7 et dans les galeries un chemin de la Croix8 ; ils n'ont été détruits qu'en 1870 9. En même temps, afin d'encourager la piété, il fondait une confrérie composée de laïques, les Amants de Jésus et de Marie, qui s'occupait de provoquer la dévotion au chemin de la Croix 10. Les cérémonies religieuses se multipliaient. Le 19 septembre 1756, le Colisée fut transformé en église ; le cardinal Guadagni célébra la messe
1. Ibid., Cred. VI, vol. ioo, fol. 356, 421, 423. A cette occasion, on enleva quantité d'immondices. Archiv. Capit.,
2. De Brosses, Lettres familières, éd. 1836, vol. II, p. 250. Cred. VII, vol. 70, fol. 33. « On a pratiqué depuis peu, écrit un
3. Cf. Edit publié à la date du 15 février 1744 par Cracas, n. 4143. voyageur des chapelles circulaires où sont représentés, ainsi qu'au Marangoni, p. 70. Calvaire près de Paris (du Mont Valérien), les principaux traits de
4. Marangoni, p. 68. Il y eut plus tard un autre ermite français la Passion. Il se trouve toujours quelque missionnaire qui y prêche au Colisée, Benoit- Joseph Labre, que Pie IX béatifia en 1860 et qui sub die, et comme le lieu est très vaste, le prédicateur s'enroue d'un fut ensuite canonisé ; il mourut en 1783. côté pendant que l'auditoire s'enrhume de l'autre.» Cf. Voyage
5. Fra Raffaele da Roma, Vita del P. Leonardo, Rome, 1754. d'un Français en Italie (La Lande), vol. III, p. 348. Ces prêches Il le dit né en 1676 (20 décembre) et mort en 1751 (26 novembre) continuaient au temps de Stendhal.
et ne mentionne pas ses prédications du Colisée. 9. La croix fut enlevée au moment où l'on fit les fouilles ordon-
6. Marangoni, p. 67. nées par Napoléon Ier, mais rétablie tout aussitôt.
7. Archiv. St. Capit., Cred. VII, vol. 40, fol. 140. 10. Cette confrérie établit son siège dans une chapelle située près
8. Les chapelles furent construites aux frais de Ferdinando de SS. Cosma e Damiano, au Forum, entre deux colonnes à demi Maria de Rossi, vice-gérant de Rome. Moroni, Diz. vol. XV, p. 26. enterrées. Cracas, 3 mars 1753-
/ / < 01 ISÊE.