‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 63 sur 83 · Il Cracas, 20 février 1805. heures de l'après-midi · texte numérisé non relu

Il Cracas, 20 février 1805. heures de l'après-midi

Le 22 juin 1804, le cardinal Giuseppe Doria Pamfili, pro-camerlingue, adressa une lettre au trésorier général pour lui exposer que, depuis nombre d'années, on dép du fumier dans les galeries du Colisée afin de favoriser la production du salpêtre destiné à la poudrerie voisine ; il en résultait que les pierres étaient attaquées et corrodées et qu'en outre les charretiers en entrant et en sortant, l'hiver en allumant de grands feux, causaient d'irréparables dommages « à ce rare édifice ». Dans une autre lettre, datée du

2 juillet suivant, il estimait à douze mille charretées la «terre nitreuse» et à six cents charretées le fumier accumulés dans le monument ; il rappelait que ces dépôts étaient jadis recouverts de paille, mais qu'un jour un fabricant de salpêtre y avait mis le feu, pensant tirer du salpêtre des cendres : mauvais calcul, dit le cardinal, car si la paille chaude contient du sel, il s'évapore lorsqu'on la brûle. Il proposait, en conséquence, d'offrir aux agriculteurs d'enlever le fumier en le payant 30 bolognini la charretée 1.

D'ailleurs, une commission réunie l'année précédente concluait de même dans un rapport daté du 13 juin 1804 ; il déclarait que « soixante-dix ans de salpêtrage» uni à l'action du fumier avaient gravement compromis certaines parties de l'édifice; des pilastres ne tenaient plus que par miracle; les arcades du côté oriental, faisant face à Saint-Jean deLatran, étaient particulièrement atteintes ; un grand travail de consolidation s'imposait.

Les projets affluèrent. Un entrepreneur proposait de se charger, moyennant 7 000 écus, de démolir tout ce qui menaçait ruine à condition qu'on lui abandonnât tous les matériaux de démolition. Que serait-il resté du Colisée ! Son projet fut repoussé avec indignation. Deux architectes se présentèrent, concluant l'un et l'autre que, pour sauver la partie orientale qui était la plus menacée, il n'y avait d'autre recours que de construire un éperon allant de la base au faîte, l'un en estimait le coût à 3 100 écus, l'autre à

3 200 (novembre 1806). Ce travail fut donc décidé et confié par un rescrit de Pie VII à un certain maître maçon du nom d'Antonio Valenti 2 (22 novembre 1806). Il avait été convenu que le trésorier général verserait à Valenti 100 écus par semaine, mais, comme on le pressa d'activer les travaux et d'engager à cet effet le plus d'ouvriers possible, il demanda que cette allocation fût portée à 400 écus ; on consentit à lui en donner 250. Les architectes Palazzi, Camporesi et Stem surveillaient les travaux. Presque dès le début, ils avaient reconnu qu'il serait nécessaire de murer quelques arcades3, en sorte que la dépense totale s'élèverait à 2 800 écus, chiffre qui se rapprochait sensiblement des premières évaluations. L'œuvre achevée, ils protestèrent qu'il fallait commémorer par une inscription l'intervention du pape, et une plaque de marbre avec des lettres en plomb retenues par des crampons de fer fut apposée sur l'éperon ; elle coûta 240 écus.

Restait à dégager de ce côté le monument; de misérables masures y étaient adossées, devenues pour la plupart des dépôts de fumier et d'ordures et infectant tout le quartier avoi-

1. Archivio di Stalo, Roma,ArchivioCamer.,Antichitd,lasc.207. Journées pittoresques, Paris, 1814, p. 28.

2. « Un homme très habile et qu'on peut même appeler unique 3. Archivio di Stato, Archivio Cartier., Antichitd, fasc. 193. Voir dans ces sortes d'ouvrages», dit l'abbé Uggieri. Supplément aux médaille commémorative, pi. 46.

iS( MONUMENTS DE ROME.

sinant ; de l'église et de L'hôpital San Giacomo dcl Colosseo il ne demeurait que des ruines également transformées en dépotoirs. L'architecte Stern adressa à ce sujet un mémoire au pape en 1807. Toutes ces constructions appartenaient à l'hôpital San Giovanni et lui ra l 'i h étaient -(8,50 écus de location par an ; on pouvait donc en estimer la valeur à 606 écus, mais, vu leur état de délabrement, l'hôpital les céda à 400 écus dont l'entrepreneur Valenti paya la moitié pour prix des matériaux et la Chambre apostolique le reste l.

En 1808, un petit terrain tout voisin fut acquis pour y déposer les terres qu'on enlevait incessamment duColisée où on les avait accumulées pendant des siècles; le prix de ce terrain fut de 558 écus ; en même temps l'architecte Stern, qui avait entrepris de relever le plan exact de l'édifice, se faisait attribuer par la Chambre apostolique une cabane située près de l'arc de Constantin afin d'y déposer ses instruments ; il la paya 400 écus à prélever sur ce qui lui était dû.

Des fouilles accomplies en 1813 sous la direction de Carlo Fea donnèrent lieu à plus de polémiques que de découvertes.

En 1815, on expropria six dépôts de fumier qui existaient encore du côté oriental, pour dégager plus complètement le Colisée et agrandir la place et la rue menant au Latran. La dépense fut de 1 500 écus. En détruisant ces masures, restes de l'ancienne église San Giacomo et de ses dépendances, on mit au jour quelques fresques « à la manière de Giotto» ; l'une, qui était de dimension colossale, représentait l'apôtre saint Jacques avec le bourdon à la main ; une autre représentait la procession du 15 août ; une autre, des évêques adorant le saint. ... Avant d'être détruites, ces fresques furent copiées par Ferdinando Bondar, peintre parmesan ; une partie de ses dessins seraient au Vatican 2.

La commission consultative des Beaux-Arts fut appelée, en octobre 1824, à examiner certaines parties du Colisée qui semblaient fort ébranlées ; elle comprenait l'archéologue Fea, Thorwaldsen, Visconti. L'architecte Valadier, qui s'occupa tant des anciens édifices romains, proposa et fit accepter un plan de restauration3. Mais sept ans plus tard, Fea et Valadier étaient en lutte ouverte. Fea signalait au Souverain Pontife, qui était alors Grégoire XVI, les «irréparables dommages» causés par les fouilles qu'avaient pratiquées Nibby et Valadier et dont le résultat était défaire écouler dans l'amphithéâtre toutes les eaux du voisinage (28 avril 1831) 4.

On eut fort à faire pour lutter contre l'envahissement des eaux; le commissaire des Antiquités essayait tous les moyens imaginables pour les épuiser, mais en vain ; tout Rome, dit l'abbé Uggieri, venait assister à ces tentatives malheureuses. On répandit le bruit que ces eaux stagnantes allaient propager la fièvre, et force fut au commissaire de combler les fouilles et de renoncer à trouver la base des substructions de l'arène. On put alors rétablir le chemin de la Croix qu'on avait dû déplacer ; la pensée de rendre

1. En 1830, l'architecte Duc, pensionnaire de l'Académie fran- p. 130. Cf. Adinolfi, Laterano e Via Maggiore, Rome, 1857, çaise, était autorisé à mesurer le Colisée et à y pratiquer des p. 114. B. Millino, Oral, di S. Lorenzo, cap. iv, p. 170. fouilles. 3. Archivio di Stato, Roma, Arck. del Camerlengaio, tit. IV,

2. 76trf.,fasc. 207. G. A. Guattani, Memoric encidopediche sulle fasc. 2376, 2411, 2532.

ttà .- belle Aili di Rom 1 pcr il iSiy, vol. VII, Rome, 1819, 4. Ibid., fasc. 2411.

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