L ARC DE DRUSUS
Monuments de Rome
chaux. » Il ne put découvrir dans toute la ville que cinq statues de marbre, dont quatre dans les thermes de Constantin, les deux groupes de héros tenant des 1 ! h vaux, attribués alors à Phidias et à Praxitèle et qui donnaient au lieu où ils se trouvaient, comme durant tout le Moyen âge, le nom de Montecavallo1, deux statues couchées, sans doute le Nil et la statue appelée Marforio (actuellement au Capitolc), une autre dans le « forum de Mars». Finalement il constate que s'il subsistait encore quelque chose des anciens monuments, c'est qu'ils avaient été construits d'une façon si solide que l'on ne parvenait à les détruire qu'avec une peine infinie. Il faut ajouter que, dans beaucoup d'entre eux, la grosse maçonnerie étant en briques, les Romains, après avoir arraché le marbre, n'avaient plus aucun intérêt à en poursuivre la destruction.
Ambroise le Camaldule fut émerveillé toutefois quand il visita Rome, au temps d'Eugène IV, de la grandeur des ruines et du nombre des œuvres d'art qu'il rencontrait à chaque pas. « On ne peut aller nulle part, écrivait-il à son père, sans apercevoir une sculpture antique ou quelque pan de muraille soit gisant sur le sol, soit encore debout. Partout on voit à terre des fragments de colonnes de marbre ou de porphyre. Quelquesunes entières soutiennent des portiques 2. »
Nicolas V, qui fit tant pour rendre sa capitale plus habitable, au point qu'on dit de lui, comme de plusieurs autres d'ailleurs, qu'il l'avait trouvée de brique et laissée de marbre, n'opéra ces transformations qu'en sacrifiant maint vestige du passé ; on enleva du marbre et du travertin au Colisée et dans plusieurs autres monuments, au mont Aventin, près de l'église de la Minerva (thermes d' Agrippa)...; dans ses registres il est trop de fois fait mention de sommes payées à des entrepreneurs pour avoir « rompu » ou extrait de la pierre dans les ruines 3. Dans les thermes d'Agrippa, il fit prendre quatre grandes colonnes qu'on amena à Saint-Pierre: le transport en coûta 1600 ducats4. Il laissa abattre, entre les années 1450 et 1454, le magnifique temple de Vénus et de Rome dont il ne reste plus que les deux absides adossées5. L'arc de Gratien, Valentinien et Théodose, dont on n'a conservé que l'inscription dédicatoire, disparut également de son temps6.
Pie II permit aux constructeurs de la loggia de Saint-Pierre d'où se donnait la bénédiction apostolique, de prendre des pierres dans les bains d'Antonin (Caracalla), au portique d'Octavie, au pont de Néron, à la Curie, au Colisée, dans les substructions du temple de Jupiter Capitolin. Pour construire le palais de Saint-Marc, Paul II laissa détruire en partie le temple de Claudius, situé cependant assez loin, au sud du Colisée, sur la pente septentrionale du Cœlius. Sixte IV fit achever la destruction du temple de Her cutis Victoria, temple circulaire comme celui des bords du Tibre et qu'ornaient jadis des peintures dues au peintre-poète Pacuvius et une statue en bronze doré de Myron 7.
1. Ce sont les deux groupes qui ornent la place du Quirinal. 4. Ibid., p. 107.
2. E. Martene, Veterum Scriptorum..., ampl. Collectio, Paris, 5. Nikolaus Muffels, Beschreihimg der Sladt Rom, éd. Vogt, 1724, vol. III, col. 341, lib. X, ép. 30. Ambroise, né en 1376, mourut Stuttgard, 1876, p. 48. Muntz, p. 108, n. r.
en 1439. 6. Lanciani, Destruction 0/ ancient Rome, p. 206 et suiv.
3. Muntz, Les Arts d la Cour des Papes..., iTe partie, p. 106. 7. Homo, p. 571.
Ce qui entraîna aussi la ruine plus ou moins complète de bien des monuments au Moyen âge, ce fut l'usage qu'en firent les Romains comme châteaux forts. Ces monuments se prêtaient admirablement à cet emploi ; ils s'élevaient, solides et hauts, au milieu d'un fouillis de maisonnettes et de masures en bois qu'ils dominaient de toute leur masse; c'étaient d'excellentes retraites et d'inexpugnables points d'appui. Le château Saint-Ange fut le refuge des papes dans mainte occasion et sa possession assura au Saint- Siège l'autorité dans Rome. Le Colisée servit de forteresse aux Annibaldensi, aux Frangipani, aux Orsini; le théâtre de Marcellus fut aussi le centre de résistance des Pierleoni, des Savelli, des Orsini ; il en fut de même du mausolée d'Auguste pour les Colonna, du théâtre de Pompée pour les Orsini, des ruines du Capitole pour les Corsi et des ruines environnantes pour les Specchiet les Massimi. Aux portes de la ville, les Gaetani s'étaient fortifiés dans le tombeau de Cecilia Metella qui conserva longtemps son couronnement de créneaux. Presque toutes les autres familles, les Bonfili, les Capizucchi, les Boccapaduli, les Boccamazza, les Amateschi possédaient quelque monument antique comme forteresse. Les arcs de triomphe avaient été couronnés de murs et crénelés de tours. On les classait parmi les châteaux forts.
Il en résultait évidemment de grands dommages pour ces édifices. Lorsque le peuple, appuyé par l'empereur d'Allemagne Conrad III, prit les armes contre la noblesse, son premier souci après la victoire fut de démanteler autant que cela fut possible les fortifications de ses ennemis. « Les tours et les demeures des puissants, écrivaient les Romains à l'empereur, ont été prises par nous ; nous vous en remettrons quelques-unes ; les autres ont été détruites et rasées au niveau du sol 1. »
Le sénateur Brancaleone fit abattre en 1252 cent quarante tours et châteaux appartenant aux nobles 2. Combien de vestiges de l'antiquité durent être compris dans cette destruction !
Pétrarque se lamentait, après une de ses visites à Rome, de voir les nobles causer ainsi tant de désastres 3.
Une des principales catastrophes de ce genre fut la destruction partielle du château Saint- Ange en 1380, lorsque le peuple s'en fut emparé et en eut chassé le pape. Les parties supérieures disparurent et on arracha les grandes plaques de marbre blanc qui en formaient le revêtement extérieur. « Elles servirent longtemps, dit un contemporain, Nyem, à construire des maisons.» Les Romains ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils atteignirent les assises qui constituaient la base du mausolée 4. Le Colisée eut à subir plus d'un assaut et le Septizonium, avant d'être complètement détruit par Sixte V en 1588, perdit nombre de ses colonnes lors des luttes entre le neveu du pape Grégoire VII, Rusticius, et l'empereur Henri IV, en 1084.
1. Lettre du peuple romain : « Tarres et domos potentum Urbis 3. Opéra quœ extant omnia, Bàle, 1581, vol. III, p. 97. Carmina qui vestro imperio una cum Siculo et papa resislerc parabant , cepimus latina, liv. II, epist. Paulo Annibalensi.
et quasdam in veslra fidelitale tenemus, quasdam vero subvertentes 4. Nyem, De Schismate Libri très, Leipzig, 1890, p. 39. Muratori,
solo coœquavimus. » Otto de Freisingen, De Gestis Frederici, I, 28, Antiq. Ital., vol. I, col. 1070. Pogge, parlant de cette destruction,
dans Monumenta Germaniœ, Hist. Script., vol. XX, p. 366, 1. 44. dit que les Romains la décrétèrent, mais que leurs mains furent
2. Mat. Paris, Historia Major, Londres, 1640, p. 972, 975, 980. incapables de l'exécuter. De Varietate Fortunée, p. 19.