CHAPELLE SAINTE-ANNE
L'église Saint-Jacques long-eait la galerie opposée à celle qu'abritait la cathédrale. Elle se composait d'une nef avec abside pentagonale et chapelles comprises entre les contreforts. Mais cette ég'lise, qui datait du quatorzième siècle, en avait remplacé une plus ancienne dont on voit les assises inférieures à la façade de l'ouest. Elle avait partagé d'abord avec Saint-Etienne le titre cathédral, dualité qui avait apparu dans d'autres diocèses à leur origine.
Auprès de l'église était un hôpital pour les pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Galice, transféré, dès le douzième siècle^ auprès de la porte Saint-Etienne, à l'extrémité actuelle de la rue de Metz.
L'église avait accueilli plusieurs confréries, mais était surtout celle de la confrérie de Sainte-Anne qui datait du douzième siècle, s'est conservée et a donné son nom à la nouvelle chapelle construite sous la Restauration sur l'emplacement de la précédente, mais dans une autre direction, du nord au sud, contrairement aux prescriptions liturgiques selon lesquelles le prêtre célébrant la messe à l'autel principal doit être tourné vers l'orient. Cette disposition fut commandée par l'ouverture en i8i3 de la rue Sainte-Anne, prolongation de l'ancienne rue de la Chanoinie, f[tii prit une moitié de Téglise Saint-Jacques.
La chapelle Sainte-Anne a été remaniée récemment par l'archiLecle Jîach dans les formes pures et fines des églises de Rome à plafond plat.
La chaire du dix-septi('me siècle vient (rime anci(Muie église
disparue. Quelques-unes des stalles du chœur de la cathédrale, enlevées lors de la démolition du juhé, oui trouvé leur place à côté d'elle.
Il reste de l'église Saint-Jacques au musée deux clefs de voûte représentant sainte Anne et saint Joachim devant la Porte dorée et sainte Anne instruisant la Vierge.
Catel, Mémoires, etc., p. iôq.
Gallia christiana, t. XIII, p. i ; Instrumenta, nos i^ 8^ 22, etc.
DuMÈGE, Histoire des Institutions..., t. IV, p. 275.
d'Aldéguier, Notice sur l'église Saint-Etienne (Mémoires de la Société archéologi(jue du Midi, 1. 1, p. 28); Notice sur un plan...
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Lorsque les habitations nouvelles se ré[)an(lii'ent au delà de l'enceinte romaine, le modeste édicule de hois que saint llilaire avait élevé au-dessus du tomljeau de saint Sernin courut le ris({ue de n'élrc pas sul'fisamment respecté et n'était plus dig'ne d'ailleurs de la relique précieuse qui attirait les Ibules empressées des pèlerins. Vers la lin du quatrième siècle, sain! Sylve eii- Ircpi'il la coiislruclion d'une i^rande éi^lise pour l'ccevou" le corps de son premier' pr(''décesseur ; sainl lv\u[)ère la conlimia au comniencenienl du siècle suivant cl y transFéi'a les ossements véiuVrés, a|)rès avoir demaiulé les autorisations nécessaires. Car la uéces-
6o LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
site seule de mettre à l'abri de tous les dang-ers ces restes sacrés pouvait légitimer rexhumation des reliques d'un saint,, regardée alors, en Occident surtout, comme un sacrilège.
Une première église détruite par les Sarrasins, en 721, fut remplacée par une nouvelle aux temps carlovingiens, reprise ellemême peut-être par une autre qui dut précéder de très peu l'édifice aciuelj car le nombre des pèlerins augmentait sans cesse. Il reste de cette église des fûts de colonne auxquels tient Tastragale et quelques chapiteaux rudimentaires que l'on voit aux arcades des tribunes, si toutefois ces sculptures, paraissant plus anciennes, n'ont pas été taillées par des artistes attardés.
Dès la fin du dixième siècle, d'importantes donations, le testament d^Hugues, évêque de Toulouse en 960; celui de Raymond^ comte de Rouergue et marquis de Gothie , l'année suivante ; d'autres encore enrichirent l'abbaye et son église. Elles se multiplièrent avec un élan plus universel lorsque, dans les premières aimées du siècle suivant, les réformes eurent délivré les églises et les monastères de la simonie et des usurpations des laïques. Le roi Robert vint en pèlerinage à Saint -Sernin et y laissa des dons importants. L'évêque de Toulouse, Pierre Roger (i 01 8-1 082), conçut le projet de reconstruire l'église, qui, de nouveau redevenait insuffisante, dans une forme digne de sa majesté. A ce moment, d'ailleurs, où l'on venait d'échapper aux attaques des Normands, on voulut remplacer les églises carlovingiennes couvertes seulement de charpentes par des églises voûtées, afin de les mettre à l'abri des incendies et de les rendre plus solides. On demanda aux maîtres d'œuvres des voûtes et, dans les belles ég-lises, des voûtes élevées. La voûte devint la génératrice de la construction entière des nouvelles églises.
Les religieux de l'abbaye adoptèrent, en 1076, la règle de saint Augustin. L'évêque Izarn, n'ayant pu les soumettre à la dépendance qu'il exigeait d'eux, conclut un accord, en 1082, avec Hunaud, abbé de Moissac, par lequel il lui cédait, ainsi qu^à l'abbé de Gluny, l'église de Saint-Sernin, en se réservant certains
SAINT-SERNIN. 6l
droits sur elle. Mais, dès l'année suivante, les moines clunisiens durent quitter l'abbaye sur l'ordre de Grégoire VII qui rendit leurs immunités aux chanoines auguslins par une Bulle du 23 juillet io83, transmise à Izarn et au comte Guillaume que l'évéque avait mis dans ses intérêts.
Il est possible cpie les chanoines aient entrepris la reconstruction de leur église dès leur entrée dans la règle augustinienne entre 1076 et 1082, et non pas seidement après leur retour en io83.
Lorsque Urbain II passa à Toulouse au printemps de 1096, il consacra les premières assises de la nouvelle ég-lise et l'autel principal dans lequel il déposa un fragment de la tête de l'évêque martyr, le 24 mai, en présence de quinze évêques et de Raymond de Saint-Gilles à la veille de partir pour la croisade.
Le chœur seul, capitis membriim, était construit à ce moment et ne dépassait même pas la hauteur de l'arcature aveugle.
Les travaux paraissent avoir été interrompus par des troubles à la suite desquels le comte Guillaume et sa femme Philippine donnèrent, en 1098, de grands biens pour les reprendre et réparer les dégâts.
Raymond Gayrard, pieux laïque d'abord, puis chanoine et prévôt de Saint-Sernin, prit en main la suite des constructions et les dirigea pendant de long'ues années jusqu'à sa mort, survenue le 3 juillet 1 1 18, en élevant les assises basses des croisillons, de la nef et des collatéraux jusqu'au-dessus des fenêtres avec claveaux de pierre alternés de briques. L'ég-lise entière est construite en briques avec quelques assises de pierre. Il arrêta la nef et les collatéraux à la limite où se dressent aujourd'hui les marches montant de la nef au narthex. La pi-eniière travée de la nef actuelle formait le narthex primitif. Le chemin de ronde au-dessus de la voûte du second collatéral s^u-rête en effet à ce point. Deux tours carrées furent élevées en façade aux deux extrémités des coilaléi'aux connue à l'ég-lise de Concjues. On utilisait souveni, pour h's respectueusement conserver, des matériaux anciens,
surtout ceux qui perpétuaient des souvenirs, et l'on voit à l'extérieur, en haut de la tour du nord, l'inscription tumulaire sur marbre blanc du prêtre David avec une grande croix pattée, datant du cinquième siècle.
L'uniformité de facture des chapiteaux dans les œuvres basses imitant la corbeille corinthienne avec la libre variété d'un art qui devient original à son tour, jusqu'à l'extrémité des collatéraux, montre que Raymond Gayrard poursuivit rapidement la construction d^une seule venue sur toute la longueur de l'église, contrairement à l'usag-e habituel d'élever l'édifice, travée par travée, des bases à la voûte.
L'année après la mort de Raymond Gayrard, le ig juillet, Calixte II consacra un nouvel autel.
Vers 1160, on résolut de prolonger l'ég'lise vers l'ouest en construisant contre les deux tours deux autres tours encore inachevées, avec deux belles salles au rez-de-chaussée voûtées d'arcs ogives en boudin. Les deux premières tours furent ainsi doublées. Un narlhex nouveau se trouva ainsi compris entre les deux salles. On avança la double porte qui s'ouvrait sur le premier narthex jusqu'au niveau extérieur des salles, de même qu'à Chartres on venait d'avancer les trois portes dans des conditions analogues.
Vers 1220, en même temps que se construisait la façade de la cathédrale, on établit entre les deux tours cinq arcades semblables à celles de la cathédrale, en utilisant les petits chapiteaux provenant d'une arcature romane plus longue qui aurait surmonté la façade au-dessus des portes^ ainsi que le montrent certains sceaux et poids de la ville, mais en préparant une arcature plus monumentale par les trois superbes chapiteaux qui se dissimulent encore aujourd'hui derrière les boiseries de l'orgue. Enfin, on éleva le mur pig-non avec la g-rande rose sans meneaux qui dut être réparée en i653.
Mais les œuvres hautes de la nef s'étaient déjà élevées rapidement, toutefois avec plus d'économie, à mesure que l'on
SAiNf-SERNÎN.
s'approchait de la façade, ainsi qu'on le reconnaît à la simplicité des fenêtres des sept dernières travées de la façade septentrionale donnant sur le cloître et des trois de l'autre, car la ferveur
FiG. 45. — Plan général de l'église et des annexes démolies.
et les ressources n'étaient plus aussi productives. Sauf quelques ornements de détail, l'ég-lise se montrait, à la fin du douzième siècle, telle que nous la voyons aujourd'hui, du moins à l'intérieur. La vaste église est constituée par une nef de onze travées, précédées d'un narthex, acconq)agiiée de chaque côté d'un double
collatéral, d'un transept couvert par une coupole à pans sous le clocher, de deux croisillons, chacun de quatre travées entièrement contournés par un bas côté, munis de deux chapelles cintrées à l'orient, et de deux portes jumelles au sud et au nord justifiées par le pilier sur l'axe des deux extrémités; enfin, par une abside avec déambulatoire et cinq chapelles, celle de l'orient plus profonde.
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FiG. 46. — Coupe sur la nef, les tribunes et les collatéraux.
La longueur totale est de ii5 mètres hors œuvre, la largeur de la nef et des collatéraux de Sa™ 52, celle de chaque collatéral de 3'"25 ; celle des croisillons de 8'"6o et de j6'"4o avec leurs collatéraux, leur longueur avec le transept de 64 mètres. La nef présente 2 1 "^11 de hauteur, le premier collatéral 9'"55, le second 7'"3o, la tribune au-dessus du premier collatéral 6™o4, la coupole 27^24, la flèche du clocher s'élève à la hauteur de 65 mètres.
Le transept s'ouvre sur la nef et les croisillons par des arcades d'une hauteur ég-ale à celle des doubleaux de la g-rande voûte, disposition d'un puissant effet monumental dont l'Auverg-ne {l'avait pas donné l'exemple.
SATNT-SERNTX.
LES MONUMENTS DE TOLîLOUSE.
Le cloclier, torininé par une flèclic entourée par une balustrade aux formes romanes, s'élève fièremenl au-dessus de la croisée que
Fie. 48. — Abside de Saint-Sernin.
recouvre une voûte à Juiit nervures, supportée aux ang-les par des trompes en arcs concentricpies superposés. Il se compose de cinq étages octogones en léger retrait : les trois premiers avec fenêtres géminées en plein cintre, les plus basses pleines pour plus
de solidité, les deux supérieurs avec fenêtres angulaires jumelles et un oculus en losange sous un bandeau aigu. Bien que l'ensemble présente une belle unité, il est probable que les deux étages furent ajoutés. Le renforcement inélégant des piles qui supportent le clocher, étranglant la perspective de la nef, aveuglant une moitié des travées des angles du transept, montre que cette surélévation n'était pas prévue et que ce surcroit d'étag'es obligea à consolider les bases au grand dommage de l'effet général. Au-dessus du chevet des églises de Saint-Nectaire et de Paray-le-Monial qui présentent une grande analogie avec celui de Saint-Sernin, avec moins d'ampleur toutefois, les clochers n'ont, à la première qu'un étage et que deux à la seconde.
Il est possible que lorsqu'on éleva les deux tours carrées de la façade, on ait voulu surélever le clocher pour lui conserver audessus de l'autel dont il indiquait de loin la place, son importance prééminente.
Les deux étages supérieurs, à fenêtres en mitre semblables à celles du clocher des Jacobins, terminé en 1299, lui seraient antérieurs si le sceau de 1242 représente une chose vue.
L'effet est heureux à l'extérieur. On ne peut voir une plus superbe harmonie de lig-nes et aussi de jeux de lumière au soleil levant que ceux de la flèche élancée surmontant le cintre de l'abside cerclée de fenêtres comme d'un collier de gemmes, soutenu par les chapelles rayonnantes (jui assoient sur une base j)uissante et riche la magnifique pyramide.
Les façades latérales présentent de même une disposillou harmonieuse avec leurs toitures superposées, leurs l'obusles fenêti'es basses à double ressaut sans moulures et leurs fenêtres hautes avec colonnettes et tores, les unes et les autres encadrées par les contreforts. La nef est ainsi éclairée par les fenêtres percées dans le mur extérieur du second collatéral et par celles ouvertes dans les Iribunes. Une corniche sn|)[)ortée |)ai' des consoles à billetles et à copeaux couroinic l'étage des fenêtres basses.
ii'ordonnancc nih'M'icnrc (pic ['(''Arlenl les faradcs inijM'essionne
dès rentrée par la majesté puissante et la sévère simplicité de la grande nef et des doubles collatéraux. Les lignes des travées sont
FiG. l\Ç). — La nef de onze travées; Iribunes aux arcades géminées.
combinées avec une harmonie si savante queViollet-le-Duc croyait ne pouvoir l'attribuer qu'à des tracés rigoureux de triang-les,
tandis qu'elle résulte du sens artistique du maître d'œuvres. Elle est dictée d'ailleurs par les nécessités de la construction qui sont les meilleurs et doivent être les seuls g-uides de l'architecte.
La nef est voûtée en berceau avec arcs doubleaux à profil carré, reposant sur des colonnes qui descendent jusqu'au sol, engagées sur des piles cruciformes que cantonnent des pilastres surmontés d'un cavet sur les trois autres côtés, avec ressauts dans les ang-les rentrants, correspondant aux doubles voussures des arcades et aux arêtes des voûtes des collatéraux. Les piliers entre les collatéraux n'ont que des murs nus sur leurs quatre faces. Les doubleaux rapprochés du clocher sont renforcés ainsi que leurs supports. La poussée des voûtes est contrebutée par la voûte continue en quart de cercle de l'étage du collatéral; la voûte en demi-berceau est plus résistante que la voûte d'arête. Elle est renforcée encore par des arcs, cintrés dans les premières travées, en tiers-point dans sept des dernières au nord et dans cinq au midi, qui achèvent de brider le berceau central. L'étag-e est élevé afin de laisser s'ouvrir de hautes fenêtres faisant pénétrer la lumière, car les jours directs sont sacrifiés afin d'assurer la solidité de la grande voûte, et la lumière descend dans l'église par les arcades géminées de la tribune d'un aspect très monumental. Les tribunes reposent sur les voûtes d'arête du premier collatéral contrebutées par les voûtes en quart de cercle très basses couvrant le second. On voit de l'intérieur les petites baies cintrées qui éclairent des sortes de casemates dans lesquelles on ne pénétrait g"uère. Elles ne sont qu'une nécessité de construction, mais elles s'utilisaient jadis peut-être jjour mettre en sûreté les objets précieux apportés par les pèlerins. Une seconde voûte d'arête sous laquelle [)Ouvaient de même circuler les processions se prolonge au-dessous, maintenue aussi par des doubleaux qui s'appuient d'un coté sur les piles cruciformes qui les séparent du [)remier collatéral, et de l'autre sur les colonnes engagées du mur extérieur siiriiioiilées de chapiteiuix coriiithieiis. Seul, le (h'nii<M- cha-
LES iMONUftlE.NTS DE TOULOUSE.
piteaii au midi est liislorié, représenlaut un arclier bandant son arbalète, un peu postérieur peut-eire, semblable à l'un de ceux du cloître de Moissac.
FiG. 5o. — Chapiteaux de Saint-Sernin et de Moissac avec le même sujet.
On ne saurait imaginer une construction plus logicpie, })lus l'ésislante et produisant, par le seul jeu de ses éléments, une telle élégance dans une telle robustesse.
Saint-Sernin est, en France, la seule église romane ])résentant cinq divisions avec ses doubles collatéraux.
Mais la beauté la plus saisissante de Saint-Sernin, après l'aspect général de l'entrée, réside dans le transept et l'abside. Chacun des croisillons semble former une église spéciale avec sa haute nef, son collatéral et sa tribune qui la contournent entièrement et ses deux chapelles à l'orient. L'église attirait de nombreux pèlerins, et il importait de leur olFrir un vaste espace, autour du grand autel^ aux jours solennels des ostensions des
reliques. Les parties de l'église entourant le sanctuaire sont toujours, d'ailleurs, les plus soig-nées. Les piliers des collatéraux
l^iG. T)!. — Déambulatoire.
sont munis de colonnes sui- leur l'ace e( leur rev(M"s ; les arrades sont orncM's (Timic ai'clii\ollc.
ij'ahsidc, jxmi proloudc \u)\]\- un Ici \aisscau, ce (jui semble iti(li(jii(M' (iiToii ira\;iil |>as |»r(''N ii d'ahord un aussi i^faud d<''\(d()[)-
"j'î LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
pement, n'en esl pas moins un superbe morceau. Elle est entourée d'un déambulatoire, prolongement du premier collatéral^ facilitant le passage de Tun à l'autre côté et le double courant de la foule des pèlerins montant et descendant autour des tombeaux, nécessaire d'ailleurs pour donner accès aux cinq chapelles. 11 est couvert d'une voûte d'arête dont les doubleaux reposent d'un côté sur de fortes colonnes monolithes ou sur des piles carrées, et contre le mur extérieur sur des colonnes engag-ées à chapiteaux corinthiens ou historiés. Au-dessus du déambulatoire circule une galerie couverte d'un demi-berceau, revêtue vers l'intérieur d'une arcature dont on voit les analog-ues, à la même place, à Saint-Etienne de Nevers, par exemple.
Cette galerie permettait la circulation complète autour de l'église, entre les deux tribunes des collatéraux. Les lits épais de mortier de la voûte en demi-berceau et les coups de brette transversaux sur les pierres portent l'empreinte des dernières années du onzième siècle. Afin d'éviter une trop g-rande hauteur, on remplaçait, aux absides, par ces g-aleries basses les tribunes à arcades des collatéraux.
Les arcades sont aveuglées par des panneaux ornés de peintures pour éviter l'effet fâcheux qu'auraient produit les trous noirs multipliés autour de l'abside.
Les cinq chapelles, celle de l'orient plus profonde, sont éclairées par trois fenêtres à colonnettes et à moulures toriques, et des fenêtres surmontées d'un oculus s'ouvrent entre les chapelles. Grâce à elles et à la couronne supérieure de l'abside, l'ensemble est inondé de lumière.
L'abside, vue du fond de la nef, montre une inclinaison très marquée vers le nord, c'est-à-dire vers le côté droit de l'église, inclinaison fréquente dans laquelle les symbolistes ont cru retrouver celle de la tête du Christ sur la croix. Mais outre qu'elle ne se dirig-e pas toujours du même côté, elle ne se présente que dans les églises reprises et prolongées ou flans les grandes églises dans lesquelles une erreur de quelques lii^nes au départ pouvait
SAINI-SKUNIN.
amener une très sensible déviation de Taxe. D'ailleurs, lorsque l'abbatiale de Saint-Sernin se bâtissait, le Christ était représenté sur la croix la tête droite, vainqueur de la mort, ainsi que le montre le crucifix du douzième siècle de la chapelle du croisillon septentrional.
t'iCi. .J2.
Forte des Innocents ou Miéoeville.
Trois poi'Ies jumelles doiniciil (miIi-pc dans l'éi^lise, siu' la façade et à rexirémité des deux ci-oislIlons ; mais celle du nord, que l'on a|)[)elait la parle roijale, parce (pie c'est par elle cpie les rois de i^'i-ance, arrivani (>ar' la rue Koyale, aujoui'd'hui l'iie (lalien-Anioult, enlraienl dans r(''i^lise. Cul Mmi-(''e après la li('V()luliou, el plus
tard, deux autels se dressèrent contre elle, à Fintérieur. En outre, deux portes simples s'ouvraient encore : Tune au nord, qui faisait communiquer l'église avec le cloître; l'autre au midi, dite la porte Miégeville ou des Innocents , ainsi appelée parce qu'elle montre sur le premier chapiteau le massacre des enfants de Bethléem et qu'elle se présentait au-devant de la longue voie qui partageait à peu près la ville en deux depuis le Château Narbonnais.
Les portes jumelles se composent de deux archivoltes cintrées dont les tores s'appuient sur deux colonnes de chaque côté. Les chapiteaux de la porte du nord imitent simplement le corinthien.
Les chapiteaux des tribunes, avec ceux des portes, sont les plus beaux.
Ceux de la porte des Comtes ou des Filhols, ainsi appelée parce qu'elle s^ouvre à côté du tombeau des premiers comtes de Toulouse et parce qu'on voit en entrant, à gauche, la chapelle des fonts baptismaux à sa place liturgique, présentent les mêmes caractères que les chapiteaux historiés de l'abside et indiquent leur contemporanéité. Ils représentent les péchés et, sur le huitième, l'âme délivrée du péché, symbolisée par une petite figure sans sexe, est portée au ciel par les anges.
Deux griffons dévorent la tête de l'orgueilleux; deux autres tourmentent l'avare qui porte la bourse suspendue à son cou; deux encore déchirent avec des crocs les entrailles de l'envieux; deux serpents mordent les seins d'une femme luxurieuse; sur deux chapiteaux identiques deux démons tiennent serrés les bras relevés d'un personnage, peut-être pour maintenir la colère et forcer le paresseux à se lever. Enfin le repas du mauvais riche figure la gourmandise à côté de l'âme dans l'auréole qui peut être aussi celle de Lazare.
Le repas du mauvais riche et la g-lorifi cation de Lazare étaient souvent représentés sur la porte des ég-lises si fréquentées par les mendiants; leçon pour les uns, consolation pour les autres.
La classification théolog-ique des sept péchés capitaux ne fut guère précisée avant le douzième siècle. Mais ils étaient reconnus
auparavant comme une opposition aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales. Déjà sept démons attaquent un moine dans une peinture du mont Atlios.
Toutefois, la représentation de Saint-Sernin serait une des premières. Plus tard, à l'époque gothique on vit plutôt, sur les portes des ég-lises, le combat des vices et des vertus.
Les chapiteaux des portes occidentales montrent les superbes entrelacements d'animaux fantastiques et de ramures familiers à l'art toulousain du douzième siècle dont le g-rand style est accentué par une facture énergique. Ceux de la porte des Innocents ou Miégeville sont traités, ainsi que les modillons de la corniche, avec autant de vigueur et plus de finesse.
Nous avons sig-nalé sur l'un d'eux le massacre des enfants; on voit sur les autres l'Annonciation avec la Visitation, Adam et Eve, et un entrelacement d'animaux et de feuillages. Cette porte est la seule
qui ait un tympan, adjonction rare sur les portails des provinces méridionales. Il représente l'Ascension du Christ accosté par des anges, tandis que les apôtres relèvent vivement leur tête vers Ini et que les deux hommes cités par les Actes leur adressent la j)ai'ole qu'il est impossible de mieux traduire : Oiiid statis adspivAcnles in cehim? Ces figures paraissent imiter un travail au re[)oussé. Elles s'encadrent dans un arc surhaussé. Deux culots, l'im montrant le roi David, l'autre deux femmes assises sur des bons, d'après une inspiration orientale, supportent le linteau.
Plusieurs imitations de motifs empruntés à l'Orient apparaissent sur les chapiteaux, jjien que celles des sculptures romaines, nombreuses aloi-s dans la rég-ion, (h'meurciil (lominanlos.
FiG. 53. — Chapiteau de la porte des Innocents : l'Annonciation.
Nolce civilisai ion est (l'orii^iiic i!;re('(}iit' el laliiic, mais par delà les rivages de la Méditerranée;, nons nous rallaclions à l'Orient qui nous a transmis surtout des motifs d'ornenu^ntation. Les éléments de la construction des églises romanes, et particulièrement de Sainl-Sernin , sont empruntés à rarcliitecfure romaine.
FiG. 54. — Tympan de la porte Miégeville : l'Ascension.
Deux panneaux avec une ligure de saint Pierre terrassant Simon le Magicien, et de saint Jacques pi échant , au-dessous duquel on voit encore les deux femmes sur les lions, montrent leur relief aux cotés du cintre de la })orte. Des sculptures ainsi appliquées se voient souvent au-dessus ou autour des portes des églises romanes. Le cintre de la porte est surhaussé pour donner jjIus de développement au Ivnqnm. Plusieurs arcades de l'ég-lise
montrent d'ailleurs une tendance à l'élancement que paraît avoir recherché le maître d'œuvres.
On voyait de même sur la fatjade occidentale plusieurs scènes hagiographiques ou légendaires dont on aperçoit encore les arrachements.
Cette ornementation pourrait être reconstituée avec les fragments conservés au Musée et grâce à la description précise que Noguier et Dajdé après lui en ont donnée.
Les chapiteaux des portes — encore lourds et de facture grossière à celle des péchés, plus orig-inaux et plus robustes à celle de la façade, plus fins à celle des Innocents — échelonnent ainsi les étapes de la construction.
A côté de la porte des Comtes^ un enfeu , reconstruit en i648, puis en 1730, dernièrement encore par Viollet-le-Duc, abrite trois sarcophages du cinquième ou sixième siècle.
L'un, au fond en marbre gris, qui a contenu les restes de Guillaume Taillefer, mort en 1087, montre le Christ entre huit apcMrcs avec, sur les côtés, le buste du défunt inconnu et un édicule représentant le saint sépulcre. Il est sui-monté d'un autre où sont représentés le Christ entre quatre apôtres, le miracle de Cana et celui de la nniltiplication des pains.
C'était le tombeau de Raymond Ber-
l'Ki. .").'). — S.iiiil ■l,ic(|ii('s |ir(''cli;iiil. I )('u\ ri'iiiiiit's siii' (les lions.
trand, son petil-fils. Au-dessous, un petit sarcophage avait re(;u les corps de deux enfants. Le sarcophage à gauche, orné de stri-
FiG. 56. — Chapiteau archaïque; tribunes de ]a nef.
FiG. 57. — • Chapiteau; tribunes du croisillon nord.
g'illes, avec le monog-ramme du Christ sur la face et des roses sur les côtés, était celui de Pons, fils de Guillaume Taillefer, mort en
FiG. 58. — Chapiteau; tribunes du croisillon nord.
FiG. 59. — Chapiteau; porte des péchés.
1061, placé vis-à-vis celui d'un autre membre de la famille comtale. Une peiiilure siu' le fond de la cha[)elle représentait la
Vierge entre saint Sernin et saint Jacques. L'hôpital Saint Jacques s'offrait aux pèlerins vis-à-vis la porte à l'angle de la rue Bellegarcle actuelle, et la statue en bas-relief de saint Jacques était l'une de celles que l'on voit martelées au-dessus de la double porte. On lit sur une petite dalle fixée à côté de l'enfeu : Hic requiescit WiUelmiis cornes cognomine Taliafer atqiie Ray-
FiG. Go. — Chapiteau; porte de l'ouest.
FiG. Gi. — Chapiteau; porte des Innocents.
miinchis Bertrawli, et on voit au-dessous des fragments de sarcophages représentant des scènes pastorales comme en faisaient sculpter sur leurs tombeaux les premiers chrétiens.
L'église de Saint-Sernin demeure, depuis la destruction de Cluny, la plus belle ég'lise romane de la France.
Elle n'est pas une construction absolument originale, surgie tout à coup du sol sans avoir été précédée par d'autres qui ont pu la préparer. Elle se rattache aux églises d'Auvergne, à Notre- Dame-du-Port de Clermont et à Saint-Paul d'Issoire ])nr le déambulatoire, la coupole octog-onale sous le cloclier, les voùles en quart de cercle des collatéraux, les colonnes engagées servant de contreforts aux chapelles absidales, les modillons à copeaux, peut-être à Saiiil-Mailial de l^inioges, aujourd'hui démoli, certai-
Bo
Î.RS MONITMFNTS DE TOITLOUSË.
iiemonl à Sainte-Foy do Goiiquos, rglise construite avant io{)(j, date de la mort de l'abbé Odalric, à qui elle est due. La parenté entre l'abbatiale de Conques et celle de Toulouse est manifeste et une trilogie aussi évidente se complète avec Saint-Jacques de Gompostelle, reproduction absolue de Saint-Sernin, avec l'unique difterence d'un seul collatéral. Les deux vastes églises furent commencées en même temps. Celle de Saint-Jacques, entreprise
en 1082, est due peut-être au même maître d'œuvres de Saint- Sernin, peut-être à Tun de ses disciples prêté par lui,, car on ^:5 ne peut admettre que l'église de Toulouse ait imité celle de Galice. Ses proportions sont plus harmonieuses, sa nef plus élancée, sa hardiesse plus g-rande qu'à Sainte-Foy et à Sainl-Jacques.
L'ég-lise de Saint-Sernin n'en est pas moins un monument aussi orig-inal et personnel que grandiose, caractérisant et résumant un art toulousain par ses g-randes lig-nes et par ses sculptures.
L'influence de Saint-Sernin fut immense dans toute la région. On la reconnaît à Saint-Salvy d'Albi, surtout à l'ég-lise de Saint- Gaudens et dans un grand nombre d'autres des Pyrénées^ où elle apparaît avec ses voûtes, les sculptm^es de ses portes, ses chapiteau X .
Si l'influence française est très i-are en Italie avant l'époque gothique, l'ég-lise de San Antimo, en Toscane, dans la vallée du lleuve Starcia, s'est cependant inspirée de Sainte-Foy-de-Gonques et de Saint-Sernin, ainsi que le montrent son plan, ses arcades g-éminées de ses tribunes et ses sculptures.
Fi«. O2.
Chapiteau de la Renaissance, aux tribunes.
SAiNT-SERNiN.
Les cbapiteaiix des portes et des tribunes attiraient l'admiration que nous éprouvons encore. Ils manifestent la valeur d'art qu'avaient atteinte les maîtres de la pierre à Toulouse, art plus hardi, plus sûr de lui-même que les imitations corinthiennes des nefs et de Tabside. A côté des souvenirs antiques pénètrent les influences orientales , arrivant avec les soieries et les étofles de Byzance : oiseaux, chèvres et loups aff'rontés, quadru- Vi^fN^^^^îi^!
pèdes aux allures vig-oureuses dont les corps s'unissent à une seule tête , dragons fantastiques dévorant un pécheur, aigles aux grandes ailes comme à l'arc triomphal. De lointaines traditions de Fart barbare, transmises par les miniatures carlovingiennes, apparaissent encore avec des ornementations géométriques, des entrelacs en forme d^ouvrages de
vannerie, des petites têtes isolées comme on en voit sur les boucles des ceinturons. Des imitations de la nature, mais toujours très stylisées, se montrent déjà.
Les chapiteaux historiés annoncent les attitudes dramatiques et les gestes expressifs de ceux des cloîtres de la ville. Ainsi le sacrifice d'Abraham et le Christ dans une auréole soutenu par deux anges dans le croisillon nord.
La ressemblance, l'identité même de plusieurs de ces cliapl-
FiG. 63. — Chapiteau central du croisillon sud.
teaiix avec ceux du cloître de Moissac, sculptés vers i i3o, prouve leur contemporanéité.
Il est touchant de constater le soin relig-ieux avec lequel sont traitées les sculptures des tribunes, cpie Fon pouvait à peine distinguer d'en bas et qu'on ne voyait jamais de près. Les tribunes ne sont, en effet, qu'une nécessité de construction conlrebutant la g-rande voûte par leur voûte en demi -berceau. On n'y accède que par d'étroits escaliers, impraticables pour les foules ; les fidèles, les religieux même n'y montaient pas. On voit aux ang-les entre les croisillons et la nef et dans les tours de la façade des chapiteaux doubles sous les arcades géminées dont Textérieur seul, celui qu'on pouvait voir du pavé de l'église, est sculpté, tandis que l'autre n'est qu'épannelé. C'est dans les tribunes qu'apparaissent les chapiteaux les plus beaux.
Les chapiteaux de l'abside, encore timides, montrent moins d'habileté de ciseau et moins d'accent que ceux des croisillons et des nefs, surtout que ceux des tribunes. Les imitations directes des corinthiens antiques y dominent. On y voit aussi, près de la chapelle Sainte-Anne, deux lions dont les têtes se rejoignent en une seule, d'importation orientale; contre le mur du fond, deux guerriers, vêtus de la cotte, combattant avec la lance, défendus par un bouclier rond à umbo.
Dans les chapiteaux des croisillons et des nefs, les feuilles corinthiennes supérieures prennent l'aspect de crochets ; dans le collatéral septentrional on voit sur deux chapiteaux, en face des deux chapelles remplaçant les portes donnant autrefois sur le cloître, le Christ au nimbe crucifère bénissant, ayant à sa gauche saint Pierre tenant une longue clef et à sa droite saint Thomas, et Jacob et Laban se rencontrant suivis de deux ser'viteurs qui portent un paquet au bout d'un bâton.
Les bases diverses montrent la même prog-ression de facture dans leurs profils : dans l'abside et les croisillons les deux tores dérivés de la base attique sont parfois ég-aux, tandis qu'à côté d'eux d'autres bases sont fort belles ; dans quelques gorges se
montrent des boules ; d'autres jjoules forment des griffes ; à la base de la colonne d'ani^le, entre le croisillon méridional et l'abside, des grifïes évidées })rennent la forme d'un pied bifurqué d'animal; une base près de la chapelle des fonts baptismaux se compose de la superposition barbare de plusieurs moulures. Les bases des colonnes doubles aux premières travées de l'abside ne sont qu'un simple tore.
Dans la nef, la base atlique apparaît dans sa pureté, la scotie à la courbe élég-ante séparant les deux tores inégaux.
Si i'ég-lise nous apparaît dans son ensemble telle que le douzième siècle finissant l'a laissée, elle a subi cependant quelques modifications.
FiG. 04. — Les cryptes.
La {)lus in)|)ortante fui la surélévation de lu crijplr. La crvple est le cœur de l'église. Elle renferme les reliques cpii allirent les pèlerins, et,, comme toutes les cryptes anciennes, elle fut cons- Iruite, de même que l'ég'lise au-dessus d'elle, poni- abriler le corps (I \\\\ saint, celui du pi'cmici" (''N'r(|U(' de Toulouse.
Elle se composait d^abord des quatre chapelles profondes aux voûtes cintrées, reprises au dix-septième siècle, que nous voyons encore aux extrémités du nord et du sud et qui se prolongent au delà du périmètre actuel de l'ég-lise, disposition qui indique peut-être une antériorité; puis des deux chapelles actuelles de la Sainte-Epine et de Saint-Jacques, où l'on descendait et où l'on remontait par un double escalier ouvert devant l'autel. Une voûte centrale ne dépassait qu'à peine le pavé de l'église, suffisamment toutefois pour éclairer par de petits jours ouverts sur le déambulatoire la soudure crypte où d'ailleurs des lampes étaient constamment allumées. On aperçoit les bases de deux colonnes qui s'appuyaient sur l'ancien pavement. La partie inférieure des autres colonnes du pourtour de l'abside est enfermée aujourd'hui dans le massif du podium. Les chanoines se plaçaient alors en cercle autour de l'autel, selon la coutume primitive.
En 1258, l'évéque Raymond de Falgar et l'abbé Bernard de Gentiac voulurent exposer plus pleinement aux fidèles le corps de saint Sernin et élever pour lui un monument mag-nifique. Ils firent construire un édicule formé par six piles disposées sur un plan hexag-onal, creusées en niches occupées par les statues des six premiers évêques de Toulouse, unies par des arcades tréflées en tiers-point au-dessus desquelles se dressaient les statues des six apôtres dont la crypte possédait les reliques. En 1284 les ossements vénérés furent retirés du sarcophag-e où ils reposaient au-dessous de l'autel et enfermés dans une châsse d'argent reproduisant la forme de l'église, qui fut exposée au milieu et au sommet de l'hexagone. Les six colonnes reposaient elles-mêmes sur les six piles de même plan (jue l'on voit maintenant dans la crypte supérieure.
Cette crypte supérieure, l'ancien chœur des chanoines dont le niveau fut abaissé pour ne pas élever démesurément le monument hexag-onal, ainsi que le montrent les bases des deux colonnes latérales, reçut alors les reliques nombreuses qui étaient venues se joindre à celles que les anciennes cryptes possédaient déjà; le
corps de saint Edmond, roi d'Ang-leterre, donné à Louis VIII par les barons ang-lais en reconnaissance du service qu'il leur avait rendu en terminant un débat entre eux et le roi, et remis par Louis VIII à l'église toulousaine; plus encore la sainte Epine donnée par saint Louis à son frère Alphonse de Poitiers.
L'autel qui n'abritait plus le corps du saint patron quitta sa première place sous la coupole du clocher et fut reculé vers l'abside, au-dessus de la colonne centrale de la g-rande crypte. Pour qu'il pût être mieux en vue et dans une situation prééminente on éleva, en effet, les voûtes de cette crypte qui reposent à leur milieu sur la svelte colonne. De même que les piles de la crypte nouvelle elles montrent bien, ainsi que les colonnes et les chapiteaux^ le caractère de la seconde moitié du treizième siècle.
En même temps on établit autour de la crypte supérieure, pour l'abriter et la clore^ le podium du tour de l'abside. C'est une construction massive en briques dont les ouvertures cintrées, informes et sans moulures ne datent certainement pas de l'ère romane, pas plus que les bases des g-rosses colonnes et des piles carrées qui s'appuient sur elle, d'un profil plus maig-re que celui des belles bases des onzième et douzième siècles.
Des entrées furent ouvertes sur le déambulatoire dans les massifs du podium. L'une de celles du sud-est est surmontée d'un arc qui devait se terminer en accolade, de l'époque Louis Xli, encadrant une belle tête de christ; puis, de même que sa voisine, accostée de montants avec ornements dans le goût de la première Renaissance.
Les chanoines cessèrent de s'asseoir pendant leurs oflices autour de l'autel et vinrent occuper des stalles au-devant de lui dans les premières travées de la nef.
Plus fard, pour gagner de l'espace^ ils sapèrent la partie inférieure des colonnes adossées qui supportent les doubleaux renforcés. La date est donnée par les trois demi-vols de Foul([ue de la Rovère, abbé de i4i3 à i453, sculptés et supportés par deux anges sur le biseau de la premièi-e pile du coté de ri{i\ angile.