I.IJS .•MONU.MENIS DE TOI LdltSE
FiG. 03. — Le Christ bénissant; bas-relief sur le mur des cryptes.
C'est vers celte époque sans doute que Ton plaqua sur le mur (le clôture les l)as-reliefs de marltrc Ih'cu anirricin-s, dont les vè-
fi.VIXT-SEUNiX.
leiiienls aii.v plis raides el les inscriptions indiqueni les Jeniièt'es années du onzième siècle, bien que la souplesse des visages en adoucisse Texpression. Le GhrisI dans une auréole qu'entourent les quatre fii^-ures évani>éliques , le chérubin et le séraphin qui l'accostent rappellent les ivoires byzantins et, plus encore, les anges et les apôtres debout sur des stèles fort analogues aussi à celles des monuments gallo-romains. Le Christ, le chérubin el le séraphin ornaient évidemment le linteau d'une porte, peut-être de la porte méridionale que l'on remplaça vers le milieu du douzième siècle par celle où l'Ascension est lîg"urée, jug"ée plus digne de l'entrée la plus fréquentée par les habitants de la ville. Les anges j^ortant le bâton de commandement surmonté d'une croix des silenciaires de la cour de Bjzance semblent indiquer par leur geste contrarié qu'ils étaient dressés sur les moulants de la porte dont ils monlraienl l'entrée.
Si la construclion était hxée, i'ornemenlation, surtout celle des g-alcries,, pouvait attendre, el elle ne se lermina (pie loi'sqiu' les ressources le permirenl. Cesl ainsi (pie cinci coloiuiclles piinelles dc la triiiune seplenirionale et se|)l de Paul ce sont sin'montées de chapileaiix de la i\enaissan('e , moins (iticnieril lailh's que leui'S
l''i(;. CA). — l'ii cli(''riil)iM.
contemporains des liofels de Toulouse. D'autres demeurèrent
épannelés, et d'autres enfin constitués simplement par des assises en briques.
Les chapiteaux de la grande nef voisins de la porte ne furent sculptés qu'au quatorzième siècle, en même temps que ceux du narthex actuel, construit mais demeuré inachevé au commencement du treizième. C'est alors aussi que fui ouverte la grande rose dépourvue de meneaux.
A ers la fin du quinzième siècle on établit les grilles clôturant le transept. D'une composition bien entendue mais d'un travail sans finesse, elles furent les premières où la t(Me rapportée et rivée remplaça les plaques soudées de fer battu.
Dans le milieu du siècle suivant fut établi, au-dessus des corniches et sur tout le pourlour du grand comble, un chemin de ronde couvert par la charpente, éclairé par des baies cintrées pouvant servir de créneaux. La charpente dégagea la voûte du poids et de l'humidité des tuiles qui auparavant reposaient à cru sur elle.
FiG. O7. — Un apôtre.
La flèche du clocher fut reconstruite en i47<^, P^ii" It" maçon Philibert Allier, avec une hauteur presque doublée.
Les anciennes stalles parurent sans doute moins dignes de l'église depuis que le chœur de Saint-Etienne s'était embelli de celles de 161 1. L'abbé Jean Rusé d'Effiat donna, en i()70, une somme de 4-i5o livres, le Chapitre une somme égale et le chanoine Michel Solarg-ues i.ooo livres pour en faire exécuter de nouvelles.
Elles reproduisirent absolument celles de la cathédrale, avec moins d'ampleur parce que le chœur de Saint- Sernin est beaucoup moins large, et aussi avec un caractère nouveau pour la stalle abbatiale dont les formes lourdes paraîtraient dater de Louis XIII, tandis que la stalle de l'archevêque^ à Saint-Etienne^ pourrait être attribuée à la Renaissance.
Le travail , terminé en quatre ans^ fut exécuté |)ai' Jean Bureau ^ Pierre Palis, Jean Dubois, maîtres menuisiers, et Gaillard Joui'd(îj maître char-peiitiei'.
Les luttes religieuses n'étaient [)as calmées à Toulouse, <'( la
'Ki. <hS.
n ;ini;e..
miséricorde de la première stalle^ colé de l'épîlre, montre (lalvin en chaire sous la figure d'un porc.
Les deux rangs des stalles arrivaient jusqu'au pilier où est aujourd'hui la chaire, l^n mur séparait le chœur du peuple, suivant le fâcheux usage adopté depuis l)icn des années par les chanoines qui entendaient être seuls chez eux. Gervais Drouet, qui venait de sculpter le groupe de la lapidation de saint Etienne à la cathédrale, fut chargé, en lOGS, d'ornementer le revers de ce mur vers le chœur. L'abbé d'Effiat et le pieux chanoine de Gambolas s'unirent au chapitre pour payer ce travail qui coûta 2.700 livres, dont il ne reste ni description ni dessin.
Marc Arcis sculpta, en 1729, le moule du martyre de saint Sernin exécuté en un mélange de plomb et d'arg-ent doré que l'on voit comme un rétable derrière l'autel, et les deux ang-es adorateurs qui l'encensent.
En 1735, les chanoines enlevèrent le grand reliquaire gothique et érigèrent au-dessus des anciennes piles le baldaquin que l'on voit aujourd'hui. L'architecte Michaud en donna le plan ; les marbriers Jean Cauquil et Jean Galinier exécutèrent le travail du soubassement des colonnes en marbre de Cannes. Lucas sculpta, en 17495 If's quatre taureaux en bronze doré qui supportent le groupe de l'apothéose de saint Sernin dû à Etienne Rossât.
L'autel aux formes contournées fut donné par l'ancien chanoine Bousquet.
Le baldaquin d'allure triomphale présente à tous les yeux le tombeau du saint patron et sa glorieuse ascension au ciel. Quand il s'entoure de cordons de lumière, aux g-rands jours de fête, il semble être l'âme même de l'église malgré le désaccord de ses lignes avec celles du onzième siècle.
Les murailles du chœur avaient été revêtues, au commencement du seizième siècle, de peintures représentant les premiers évêques de Toulouse et les principaux actes de leur vie, dues évidemment aux artistes qui ornaient à ce moment celles de la cathédrale d'Albi. Le grand Christ de la voûte de l'abside fut repris en même temps.
mais son allure imposante et le grand style des figures évang-éliques indiquent une époque plus ancienne. L'ensemble rappelle les Christ analogues que Ton voit à la même place dans les ég-lises d'Italie, à la cathédrale de Pise par exemple.
Une peinture du douzième siècle, où saint Augustin remettant sa règle aux chanoines est encore représenté avec la mitre aux deux cornes latérales, décorait autrefois le cloître sur la galerie de l'est; une porte de fer l'abrite aujourd'hui des pluies de l'ouest.
Enfin, on voit à la sacristie du nord, anciennt' chapelle des Sept dormants dont deux statues sont au Musée, un crucifiement du quatorzième siècle, daté par le blason de Jean de Comminges, premier archevêque de Toulouse, de 1817 à 1827^ et les principales scènes de la vie de sainte Catherine. Mais une restauration trop complète a enlevé à ces peintures la fleur de leur sincérité.
Le cloître et les bâtiments claustraux furent détruits dans les années de la Révolution et celles qui suivirent. II n'en reste que quelques chapiteaux au Musée avec trois pierres tombales d'abbés. Les murs d'enceinte de l'abbaye et des cimetières ont disparu. Seule est restée l'élég-ante porte de la Renaissance, datée de i535 environ par les blasons des capitouls Antoine Ganelon et Jean de Saint-Pierre. L'église fut isolée peu à peu et dernièrement entourée d'un jardin fermé par une grille.
Le monument n'eut pas à souffrir de la Révolution. Les reliques furent sauvées par les soins pieux du curé constitutionnel Hubert. Après le rétablissement du culte, les murs intérieurs furent revêtus, en 1804, d'un badigeon jaunâtre qui cache l'appareil de bri([ues et de pierres et les rapetisse. Plusieurs slalles furent supprimées, dix stalles hautes achetées alors par l'église de Villemiir et les stalles basses correspondantes par celle de Sainl- Volusien de F(ux. Le sculpicur P.eurné dressa, eu icSod, devanl les piles du transept, les statues en lerre cuite de saini Sylvc el (le saint Ivxupère.
IjPS cryptes (''tnicnl tond)ées depuis la l»(''V()luli()n dans uu
pénible état de délabrement. En i852 le curé Suberville, aidé par son vicaire rab])é (a'épel, entreprit de les restaurer. Les piles furent consolidées, la plupart des clefs de voûtes et des chapiteaux sculptés à nouveau. Mais on voit encore sur des clefs le blason de la famille de Montant, bienfaitrice de l'ég-lise comme de celle du Taur, et celui d'Arnaud de Villemur, abbé de 1268 à 1292.
Un curieux chapiteau a été aussi conservé à l'entrée de la seconde chapelle du nord. Il représente le rat retiré paisiblement dans son fromage tandis que d'autres rats affamés accourent vainement lui demander vivres et gite. Sujet fig-uré aussi sur la porte de la cathédrale de Carpentras, venu d'un fabliau de l'Inde que la malice populaire conservait fidèlement pour le transmettre à Lafontaine.
Aux deux chapelles du fond des cryptes et à l'abside de la crypte haute furent placés trois autels du quatorzième siècle venus de la chapelle de Rieux.
Le curé de Lartigue prit, en i855, l'initiative d'une restauration générale. Le gouvernement impérial, la ville et la fabrique fournirent les fonds, et Viollet-le-Duc fut chargé de l'entreprise.
Il supprima le chemin de ronde du quinzième siècle et rendit ainsi au monument ses proportions premières. Mais il lui enleva son caractère d'imposante gravité par les cascades de toitures couvrant les nefs diverses, par la guirlande d'arcatures menues entourant l'église comme une collerette que n'a])pelait aucun élément de l'ancienne consiruction. La couverture en tuiles des chapelles absidales fut renq^lacée par un dallage en pierre de taille contraire aux usages du pays toulousain où la pierre est fort rare. La préoccupation fort opposée à l'art du Moyen âge de dissimuler les toitures amena à alourdir la porte des Innocents, aux proportions si justes, par l'acrotère aux oculus aveugles absolument injustifié.
Ce fut aussi une idée singulière que celle d'enserrer dans un triangle rigide, comme dans une camisole de force, la courbe gra-
SAINT-SERNtN. qS
cieuse de la porte de la Renaissance, seul débris éparg-né des constructions entourant Téglise. c^'^j
Dans l'intérieur, il n'a guère été possible de toucher à l'ordonnanc? robuste et sobre des piliers et des arcades. Mais le déambulatoire et ses chapelles, le tour des corps saints comme on l'appelait jadis, ont subi des suppressions regrettables. Si informé que l'on soit du caractère et des formes du onzième siècle, peut-on être assuré de
Sceau de Saint-Sernin.
rétablir absolument l'état premier? Et, dans le doute, pourquoi
Le Château narbonnais.
Fi(i. 70. — Sceau des consuls de Toulouse.
avoir enlevé les Ijas-reliefs en bois doré retraçant les scènes de la vie des saints de Toulouse, (pii, dans leur sincère inlerpré-
tatioii (lu It'iups de Louis XIII, donuaienl des indications précieuses sur les costumes comme sur les conceptions de l'art à cette époque?
Le prétexte d'une froide unité de style ne doit plus laisser sacrifier les ornementations, souvent d'ailleurs très harmonieuses, (pie les g-énérations successives ont ajoutées aux vieux édifices. Comme eux, elles méritent le respeci ; connue eux, elles traduisent les ])ensées jiieuses et les volontés des ancêtres; comme eux, elles sont les témoins de l'histoire de l'art, elles font de l'ég'lise un organisme toujours vivant dont le cœur jamais n'a cessé de battre.
Viollet-le-Duc garnit aussi trois fenêtres de Tabside de vitraux en grisaille, d'un style archaïque, exécutés par Oudinot. Le peintre verrier toulousain Rigaud compléta cette décoration.
M^'" Albouy, curé de la paroisse pendant trente ans, mort le i4 janvier 1908, a dallé la vaste église en marbre d'Arudy, les chapelles en mosaïque, le chœur en dalles de marbre diversement colorées, moins monumentales (pie la mosanpie; il a revêtu les murs des chapelles de peintures, mais les plus remarquables, la Pentecôte à la chapelle absidale et l'apothéose de sainte Germaine dans une autre, avaient déjà été exécutées par Bernard Bénézet ; enfin, le même prélat a animé aussi les fenêtres des croisillons par des grisailles dues au regretté Didi'on, (jui sliarmonisent avec la gravité de la superbe l)asili(jue.
Kic. 71. — Projet (le Vioilet-le-Duc pour ht fnrndc de Sninl-Srrnin.
SAIXT-SERNIN.
gs