PLAN
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FiG. 83. — Plan, par M. E. Harot.
ne relèvent pas la lourdeur. Tout indiquait de laisser la noble cour ouverte aux regards et de la fermer par la grille enlevée du quai Dillon.
I^'église était une des plus vénérables de la chrétienté. Elle avail gardé jusqu'eu i']{)r) son cIkimu- avec sa riche oi'nementation i\r marbres cl de mosaïques datani des prcjniers (emps du christia-
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nisme dans la province. Elle fut construite, vers la fin du cinquième siècle, par les princes visigoths^ qui s'étudiaient à imiter les arts de Rome dans leurs sanctuaires comme dans leurs palais. Ils étaient désireux aussi de plaire à leur peuple catholique, malgré leur attachement à l'arianisme^ s'inquiétant beaucoup moins d'ailleurs de discussions théolog-iques que de désirs d'indépendance.
Trois rang-s d'arcatures entourées de colonnettes de marbre, couvertes d'ornements ou en torsade, abritaient des personnages de la Bible et de l'Evangile, de g-randeur naturelle^, en mosaïque sur fond d'or, qui avait fait donner à l'église le nom de Deaiirata. Le choix des fig-ures confirme leur aniique origine. Les saints du Nouveau Testament ne furent, en effet, représentés qu'un peu plus tard. Le culte rendu à l'archange Uriel, que l'on voyait dans une des arcades, fut interdit par le Concile de 745. Cinq mages apparaissaient encore, pour la dernière fois peut-être, car dès avant le sixième siècle ils furent partout réduits à trois.
L'ég-lise était formée d'abord par un décag-one précédé d'un péristyle que les antiquaires toulousains du dix-huitième siècle ne manquaient pas de regarder comme un temple d'Apollon ou de Minerve. Et tandis que l'abbé Audibert et M. de Montég-ut discutaient ardemment sur la divinité à choisir, nul des croyants fidèles ne s'avisa de soupçonner même qu'il était en présence d'un sanctuaire chrétien.
Lorsque à l'époque romane on voulut agrandir l'église, on détruisit la moitié antérieure du décagone, et la moitié qui resta devint le chœur de la nef prolong-ée. Mais la coupole qui la couvrait, ajourée par une ouverture unique comme celle du Panthéon de Rome, se maintint jusqu'au moment où, en 1708, on s'aperçut que son poids faisait boucler les murs. Le vieux chœur de la Daurade se rapprochait des premières églises de Rome, et aussi de Saint-Vital, de Ravenne. Les Visigoths, imitateurs résolus de l'art romain, ne pouvaient en suivre les modèles qu'à travers le seul art vivant alors, l'art byzantin.
NOTRE-DAME LA DAURADE
La nef, dont les gros piliers, dit Chabanel, se prolong-eaient jusqu'à la Garonne, datait du temps de l'évêque Izarn et du comte Guillaume.
Fin. 84. — Planche du Traité de la religion des Gaulois, par dom Marliii, 1727,
Les réparalions entreprises, après le premier danger aperçu, compromirent davantage la solidité de l'édifice et, en T7G1, les Bénédictins furent contraints de démolir leurs vénérables murailles
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qui déjà, en 1G21, lorsque le curé Ghabanel écrivait l'iiistoire de
son église, « s'en allaient piéca de vieillesse ».
Les colonneltes de marbre furent dispersées.
Vingt-quatre turent recueillies par le conseiller au Parlement, de Montégut, l'un des érudils qui s'attachèrent à étudier le monument, et on les voyait naguère encore dans son parc de Monlégut-Ségla ; plusieurs viennent d'être enlevées par des acquéreurs inconnus ; quatre sont au Musée, deux ornent la cour d'une maison de la rue Joutx-Aigues, n° 4-
Deux fragments, en torsade , servent de bornes aux côtés d'une porte de la rue de l'Echarpe ; un troisième frag-ment analogue a été retiré du pavé par la Société archéologique et il honore sa collection ; un quatrième , enfin, s'est égaré jusqu'à la rue des Trois-Piliers, bien loin de son ancien sanctuaire.
FiG. 85. — Deux des colonnes de marbre qui ornaient le chœur de la Daurade, et entre lesquelles étaient les mosaïques dorées.
Une poignée de petits cubes dorés reste seule, au musée Saint- Rajmond, de la superbe mosaïque.
NOTRE-DAME LA DAURADE. IIQ
La première pierre de l'église actuelle fut posée en 1764. Hardy, fils d'un sculpteur, en fui l'architecte. Il était hanté évidemment par le prestige de Saint-Pierre de Rome qui enflammait à ce moment toutes les imaginations, et il semble s'être attaché à reproduire, à la Daurade, son entière ordonnance. Mais, avec l'amoindrissement de l'échelle, l'aspect de majesté disparaît, les lourdeurs s'accentuent, et la grandiose magnificence de l'incomparable monument de la Ville éternelle n'est plus qu'une froide enflure.
C'est le même plan, croix latine avec vaste chœur et croisillons arrondis, épaisses piles carrées aux quatre ang-les du transept avec tribunes analogues à celles qui servent à Saint-Pierre pour l'ostension des reliques, mais qui sont inutilisées à la Daurade ; arcades supportées par des piliers carrés couronnés par une large corniche saillante ; pilastres massifs, chapiteaux énormes rapetissant l'édifice, profils semblables. La nouvelle église ne s'éleva pas sur les murs anciens et s'inclina vers le sud-ouest.
En août 177.3, le collatéral méridional prit la place de l'ancien cimetière.
L'ég'lise, d'ailleurs, n'est pas terminée, la Révolution arrêta son essor. Les piles de la croisée étaient destinées à supporter une coupole. Si l'on examine l'extérieur de l'ég-lise, du quai ou de l'Ecole des arts^ en essayant de la dégager, par la pensée, des bâtisses qui se sont accolées contre elle, on voit très bien que les constructions interrompues attendent un tambour avec une coupole, et l'on se rend compte que si la conception présomptueuse avait pu se compléter, elle n'aurait pas manqué de caractère et de noble allure. La coupe de l'église, dessinée par Hardy, donne l'aspect qu'aurait présenté le monument complété.
La façade occidentale qui n'était pas elle-même sans quehpie réminiscence de celle du Carie Maderne, s'est surchargée inutilenit'iil, il y a une ving-taine d'années, d'une colonnade fort conteuse, hors (le propos, ])uis(pi'elle se dresse contre le mur mênu', sans laisser un intervalle qui puisse constituer un péryslile ou un siuq)leabri. VMo était toutefois indiquée dans le |)Ian initial.
l'"i(i, ^^0. — La coupole projelôe par Hardy,
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L'intérieur de l'église a reçu des décorations qui ne sont pas sans valeur. Le peintre Joseph Roques y a laissé son œuvre la plus considérable : les six «randes toiles représentant, dans le chœur, diverses scènes de la vie de la Vierge ; compositions conçues sous l'influence de David et le souvenir des maîtres italiens, moins déclamatoires et moins maniérées, plus près de la nature aussi, dans leur dig-nité expressive, que les machines du dix-huitième siècle définitivement condamnées. Plus tard, Prévost peignit sur les courbes des croisillons, non sans quelque hantise de la Sixtine, les quatre figures colossales des évang-élistes. Plus près de nous, Bernard Bénézet a orné les chapelles de l'Immaculée- Conception et du Sacré-Cœur de scènes où se retrouvent, malgré le déclin de l'âge et quelques brusqueries de couleur, son art d'envelopper la figure humaine dans des lig-nes serrées, d'une pureté et d'une noblesse qui le rapprochent de Flandrin.
Enfin dernièrement, M. Virebent a décoré la chapelle vénérée de Notre-Dame-la-Noire de fig-ures et d'ornementations en terres colorées et émaillées, dont la valeur artistique et l'effet sont à peu près perdus par l'obscurité qui ensevelit l'ég-lise dans une ombre constante. C'est une erreur, trop fréquente depuis quelques années, de voiler par des vitraux colorés les fenêtres étroites destinées à ne recevoir que des verres blancs ou de discrètes grisailles, dans des églises dont le caractère général demande une lumière brillante donnant un aspect de pompe et de fête et faisant valoir l'ordonnance classique d'imitation italienne. Notre sentiment gothique ne peut s'harmoniser avec elle. La décoration antérieure d'attributs et d'emblèmes largement traités, comme on le voit au croisillon opposé, était plus conforme au style de l'édihce.
La ne!" conserve aussi un crucifiement d'une belle intensité de ton et, dans le vestibule sur le ([uai, deux tableaux sans valeur artistique mais rappelant des événements toulousains, et montrant les moines bénédictins se portant au secours du l'aiibourg' Sailli-Michel incendié, avec la slahie de la Vierge noire.
On voil aussi, dans une des chapelles du sud, le tombeau du poète Goudelin dont les restes, déposés au cloître des Carmes, furent transportés à la Daurade, après la démolition de ce cloître, par les soins pieux de l'Académie des Jeux floraux, le i4 juillet 1808.
Grégoire de Tours. Hisforia Franroriim, 1 , 7, c. xv.
Jean de Chabanel, De ranliquilé de l'église Notre-Dame dite la Danrade, i6ï>5.
Dom Martin, La Religion des danlois, t. I, p. i4G.
Gallia christiana, t. XIII, p. 100.