‹ Les monuments de ToulouseChapitre 19 sur 84 · C. Paul etCAYLA, Toulouse..., p. i · texte numérisé non relu

C. Paul etCAYLA, Toulouse..., p. i

Taylor..., Voyages... en Lcuufuedoc, t. I, pi. i5.

Abbé Julien, Histoire de N.-D. la JJalbade , Toulouse, 1891 ; L'église et le cloclter de la Dalbade au seizième siècle fRev. des Pjrén., t. IX, 1897, p. 427).

J. DE L., Le Christ de Pitié de la

Dalbade (QuW.àe la Soc. archéol.

du Midi, i8g6, i47)' Ms"" Douais, L'art à Toulouse... du quinzième au dix-huitième siècle (Rev. des Pyr-, t. XII, 1900, pp. 348, 465 et sqq. ; t. XIII, 1 90 1 , pp. 48 et sqq.).

Abbé Auriol, Un tableau de Cammas à la Dalbade (Riilletin de la Soc. arch. du Midi, 191 1, p. 179)-

FiG. 94- — ■ Grilles du treizième siècle à Saint-Pierre (paroisse).

SAINT-PIERRE-DES-CUISINES

Quelques ouvriers et humbles gens se groupèrent hors des murailles, au nord-ouest de la ville, autour d'un oratoire dédié à saint Pierre. Le bourg prit le nom de Villa de Coqiiinis, plus tard, de Saint-Pierre-des-Guisines, nom venu, sans doute, de cette population de pauvres hères (Ducange, au mot Coqiiini). On avait cru retrouver l'origine de cette appellation dans la charte du comte Guillaume qui accorda aux habitants le droit de faire cuire leur pain chez eux sans recourir au four comtal, mais, dans cette charte, le bourg- est déjà désigné sous le nom de Coquinis. Un four, d'ailleurs, n'est pas une cuisine. On ne pouvait plus dire Sainl-Pierre-des-Goquins depuis que ce mot avait pris le sens oui rageant ([u'il n'avait pas d'abord.

Le conilc l*()ns avait déjà donné son alleu de Sainl-l^lei're à

l36 LES MONUMENTS DE TOULOUSE.

l'abbaye de Moissac. Son fils Guillaume et Adalmodis sa luère, veuve de Pons, confirnièrent cette donation, en 10G7, en déchargeant les habitants de tous cens et redevances pour les cuirs qui y étaient blanchis, et en leur permettant de faire cuire leur pain dans les fours qu'ils auraient la liberté de bâtir. Une rue voisine porte encore le nom de rue des Blanchers.

Les comtes toulousains paraissent avoir favorisé, en effet, les travailleurs modestes du bourg- nouveau par des avantages qui tendaient à accroître leur nombre et par leurs fréquentes réunions qui les attachaient à eux. Peut-être trouvaient-ils auprès d'eux un accueil moins heurté que devant les habitants de la ville plus indépendants et plus batailleurs. Raymond de Saint-Gilles, avant de partir pour la première croisade, vint à l'église Saint-Pierre se démettre devant eux de l'administration de ses Etats qu'il confia à son fils Bertrand. Raymond V, de même, en 1 188, pour accorder aux magistrats municipaux le droit de rendre la justice, et Raymond VI, à son avènement, en 1 194? pour recevoir le serment de fidélité des habitants de la ville et des faubourgs.

L'évêque Foulque et Simon de Montfort vinrent aussi, pendant la croisade, traiter avec les Toulousains à Saint-Pierre, qui semble avoir été leur première maison de ville.

L'église était au prieuré de l'abbaye de Moissac, et le prieur nommait un vicaire perpétuel pour l'administration du culte.

En i3445 Vital Gautier donna plusieurs maisons, cinq entre autres sur la place de la Daurade, pour la fondation d'un collège en faveur d'écoliers parmi lesquels deux devaient être prêtres et célébrer les offices à Saint-Pierre. Cent ans plus tard, le collèg-e fut transféré à la Daurade.

Lorsque les Chartreux s'établirent à Toulouse, le pape Paul V prononça l'union du prieuré de Saint-Pierre à leur couvent de la rue Valade. L'abbaye de Moissac reçut en échange le prieuré de Villardonnel, dans le diocèse de Carcassonne.

La vieille église de Saint-Pierre fut dès lors négligée et tomba parfois dans un état fâcheux de délabrement. Les curés nommés

ïïAINT-PIERRE-DES-CUISINES. 187

par les Chartreux leur adressèrent des plaintes fréquentes, notamment en 1780, en 1758 après l'écroulement d'un partie de la charpente.

L'ég-lise, convertie en magasin pour le service de l'arsenal, établi dans le monastère en 1798, divisée en hauteur par un plancher, a perdu tout caractère. C'est une longue nef reconstruite au douzième siècle, ainsi que le montrent les briques épaisses de cette époque et le portail au midi. Elle fut surliaussée plus tard, mais ne fut jamais voûtée. Une chapelle à deux travées, couverte d'une voûte de briques et d^arcs ogives à boudins, s'ouvre, comme une abside, à l'angle sud-est. Elle servait de sanctuaire. On distingue encore sur la voûte des traces de peinture représentant l'ange et l'aig-le des symboles évangéliques. Elle est éclairée par une fenêtre ouverte au quatorzième siècle, d'après la forme de ses meneaux, dans le mur plus ancien. Sur le mur est encastrée une pierre de petite dimension portant Tinscription funéraire du prieur Etienne de Montvalen, mort le 6 des ides de février 1180.

Une autre chapelle de forme barlongue, également à deux travées, long-e la nef à l'angle opposé. Elle fut couverte à la fin du quinzième siècle d'une voûte à liernes et à tiercerons dont les nervures descendirent jusqu'au sol. Un enfeu est creusé dans le mur. Une seconde chapelle, aujourd'hui encombrée de matériaux, formait avec la première un bas-côté, interrompu toutefois par un réduit carré, sacraire ou ossuaire.

La façade occidentale montre, comme la nef, des traces de reprises. Elle s'appuie sur deux contreforts d'angle évidés dans leur partie supérieuie, et un contrefort intermédiaire n'en occupe pas le milieu. Deux oculus et ti'ois fenéires en tiers-point, l'inférieure avec meneaux gothiques, éclairent la nef.

La porte n'est j)as [)ercée dans la façade de l'ouesl, mais sur celle du midi, soit [)ar('e ([m'cIIc élait ainsi moins exposée aux vents et aux pluies, soit pliil(')l parce (|ii'('lle s'y ti'ouvait mieux défendue.

Ce porlail, la seuliî partie vraiment remarcpiable de l'église.

date de la seconde moitié du douzième siècle. Il est en saillie sur le mur pour donner plus d'espace aux colonnettes et aux trois

FiG. 9.0. — Porlail de Saint-Pierre-des-Cuisines.

archivoltes de briques en boudin. Elles s'encadrent dans un arc de pierre orné de billettes et reposent sur les tailloirs saillants, ornés de fleurons, de six chapiteaux. Le premier, à droite de la porte, montre de longues feuilles, sobrenieni traitées, dégénères-

SAIXT-PIERRE-DES-CUISINES. iSq

cence du corinthien; le second, le Christ en croix entre la Vierge

et saint Jean, avec les |)ersonniHcations du soleil et de la kme dessus des l)i'as de hi croix; sur Taiitre face, hi descente aux I

aniiu-

l4o LES MONUMENTS DE TOULOUSE.

bes, par laquelle on représenta la résurrection du Christ dans les

premiers temps, avec le Christ terrassant le démon, et le Christ encore emportant un élu qu'il soulève par les cheveux vers le ciel,

SAINT-PIERRE-DES-CUISINES

sculpté au-dessus sous la forme d'un autel ; le troisième, la Vierg-e dans une attitude d'adoration et Jésus naissant, non sur la crèche mais sur un autel supporté par une colonnette à volutes ioniques entre le bœuf et l'àne.

Sur les chapiteaux opposés, on voit d'abord saint Pierre et saint Paul^ partant pour leur mission, le livre des évangiles dans la main et parlant vivement entre eux ; à côté, le Christ remettant les clefs à saint Pierre ; puis l'Annonciation , l'ange étant contre le mur et presque caché, ce qui prouve que, même à l'époque romane, les chapiteaux étaient sculptés avant la pose , et sur l'autre face, la Vierge et sainte Elizabeth s'embrassant étroitement ; enfin, saint Pierre assis sur un trône, tenant le sceptre du commandement, et saint Pierre crucifié la tête en bas.

Les personnages s'agitent sous une ai'catiu'e reposant sur des colonnettes cannelées en torsade. Ils sont vêtus d'élolfes à plis serrés. Leurs allures mouvementées et ex[)ressives les ra|)[)r()('licnt

FiG. 98. — Tombeau clans un cnleu près le portail.

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de ceux de la Daurade représentant les scènes de la Passion enca-

FiG. 99. — Plan de Saint-Pierre-des-Cuisines et de l'église des Chartreux.

drées aussi de colonnettes, mais toutefois sans en ég-aler le sentiment dramatique et la finesse d'exécution.

SAINT-PIERRE-DES-CUISINES

Le clocher,, au levant de l'ég-lise, à moitié démantelé, laisse apercevoir une fenêtre avec un oculus au-dessus, montée en assises de pierres et de briques, comme celles de l'abside de Saint-Sernin, indiquant ainsi leur contemporanéité des dernières années du onzième siècle.

C'est la partie actuellement la plus ancienne de l'ég-lise, qui, dans son ensemble sans unité, montre des remaniements et des adjonctions échelonnés pendant tout le Moyen âge.

Un bas-relief du seizième siècle, fort mutilé, représentant la Cène, est même encastré au revers du mur de façade.

Sur le mur en retour de la petite cour ouverte au-devant du portail^ ancien cimetière qui se prolongeait sur le midi de l'église, est creusé un enfeu abrité par une larg-e arcature double en briques. Trois hautes arcades en pierre reposant sur les chapiteaux de quatre colonnes protèg-ent le sarcophag-e sans ornement supporté par trois colonnettes. On ne sait quel est le personnage de marque dont le sarcophage renfermait les restes.

Le tombeau paraît antérieur au portail. Les sculptures des chapiteaux sont plus archaïques. Elles s'inspirent d'un autre art que l'art romain. On y voit des lions et des drag-ons ailés découpés en méplat sur la pierre, comme un travail d'ivoire ; des entrelacs tressés rappelant un ouvrage de vannerie ou dessinant un triangle. Ces sculptures dérivent, comme tant d'autres à l'époque romane primitive, des bijoux visigothiques et des manuscrits carlovingiens.

Catel, p. 2l3.

Dom Vaissète, Histoire de Languedoc, t. VI, p. 176, note, et p. 497-

Cléobule Paul et Cayla, Toulouse pittoresque et monumentale , p. 182.

Tayloh, Ch. Nodier et Gaillaux, Voijarje pittoresque en Languedoc, pi. 24 bis.

Colonel Delort, L église St-Pierredes-Cuisines (Mémoires de la Société archéolog-ique, t. XII, p. 200).

Capitaine Peragallo, Le quartier de l'arsenal avant ijSg, t. XIII, p. 344.

.1. DE L,, Le portail de Saint-Pierredes-Cuisines (Bulletin de la Soc.

archéolog'ique, 1907, p. 70).

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