SAINT-PIERRE^ EGLISE PAROISSIALE. \ [\'J
Les Gliarlreiix s'étaient attachés à construire sur des bases solides une église sévère et simple. En reconnaissance pour les fidèles qui les avaient généreusement aidés dans leur fondation, ils adoptèrent un plan nouveau pour leur ordre qui leur donnait une nef en prolongement du chœur conventuel avec l'autel commun entre eux. L'église prit ainsi la forme d'une croix grecque, avec l'autel au centre, une nef à trois travées avec chapelles pour les fidèles, un transept et deux croisillons peu profonds des deux côtés de l'autel; au delà s'étendait le chœur des relisi-ieux.
D'abord peu élevée, l'église fut éclairée par des petites fenêtres carrées, murées aujourd'hui, dont on voit l'imposte au-dessus de la toiture des chapelles. Elle fut simplement couverte d'une charpente. Le petit clocher carré que l'on voit conLre le dôme fut monté sans ornements et sans flèche.
La porte, en assises de pierres et de briques en bossages, qui donne entrée dans l'église, date de cette première entreprise, ainsi que les deux bénitiers à godrons qui l'accostent.
Le narthex sur lequel elle s'ouvre fut construit en même temps, ainsi que l'indiquent ses moulures. Il occupait la place de l'ancien collège et donnait entrée à l'ég-lise, au log-is des hôtes et à l'apothicairerie. La porte sur la rue Valade fut montée dès cette époque. Deux colonnes corinthiennes, un peu lourdes, se dressent de chaque côté du cintre. Elles supportent une frise où des emblèmes mystiques alternent avec les instruments de la passion et le monogramme du Christ. Au milieu, sont écrits en majuscules les deux mots : DOMVS MEA. Le couronnement, d'une ordonnance [)lus tourmentée par ses trois niches inégales, ses cariai ides supportant le fronton arrondi et ses volutes, d'une pierre d'ailleurs dilFérente, parait postérieur d'un demi-siècle. L'ensemble est toutefois harmonieux dans sa puissance contenue.
Une vue cavalière, publiée il y a une quinzaine d'années par les Charti'cux de Monlreuil-sur-Mer^ montre l'état de la maison et de l'ég-lise en 1G87 : l'église plus basse, le dôme moins élevé, la |)orle sui' la rue telle (prou l;i Noil eiicor-e ; à droile, ra|)olliicai-
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rerie, devenue le presbytère après le concordat; au delà de la porte, le narthex, représenté à tort par une cour; en angle vers l'ouest, la galerie avec ses colonnes encore debout conduisant au logis des hôteS;, et, au nord, les bâtiments conventuels qui se prolongeaient jusqu'au rempart, le petit cloître, puis la bibliothèque et la cellule du prieur; enfin, vers l'est, le grand cloître, l'àme de toute chartreuse, vaste préau entouré de cellules accompag'nées de leur petit jardinet où les moines vivaient isolés dans l'étude et la prière.
Ce plan montre aussi combien le couvent s'était ag-randi depuis l'étroit collège de Moissac, la vig-ne et les jardins des premières années du siècle. Il s'étendait alors du cimetière de Saint-Pierredes-Guisines à l'enclos des Capucins, entre les rues Valade et de la Boule-longue, dont il ne reste qu'un frag-ment, et celle des Escoussières disparue, jusqu'au rempart qu'il devait même franchir en 1766.
Les Chartreux haussèrent les murs de leur double église dans les premières années du dix-huitième siècle, mais ne purent la voûter que vers 1760. Il est possible que leurs ressources aient été amoindries lorsqu'en 1674 la Chartreuse de Castres eut été rétablie. Le dôme était en construction déjà en i65o, mais ne fut terminé que presque à la veille de la Révolution. Le 17 mai t653, Guillaume Peschaud s'engageait envers dom Antoine Augier à couvrir le dôme et l'ég-lise, et en 1671 le couvreur de toits Jean Druilhe envers dom Urbain Auban à couvrir le dôme. Mais, tandis qu'ils dressaient les premières assises du dôme projeté, ils commençaient la décoration de leur chœur par les tableaux grossièrement dessinés et peints représentant les scènes de la vie du Christ, qu'ils encadrèrent, en 1757,, de moulures de plâtre; ils firent exécuter en i683, par François Fayet, les peintures sur lesquelles l'artiste rémois, attiré à Toulouse, fit apparaître, avec une verve trop facile, en tons de grisaille qui ne lui permirent pas de montrer, comme à l'église des Minimes, ses instincts de coloriste, les Pères du désert et la vie de saint Bruno^ sans se pri-