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LES CORDELTERS, LES CARMES

des-Garmes au levant, des Carmes au nord et de la Grand'rue qui continuait la rue Pharaon à l'ouest,

L'ég-lise s'ouvrait sur cette dernière rue, à l'ang-le nord-ouesl de la place actuelle, se composait d'une nef courte et larg-e de cinq travées sur la largeur; celle du milieu plus étendue, munie

Grande Rue

FiG. i33. — Plan partiel du couvent des Carmes.

Carmes.

de chapelles sur ses quatre faces, d'une vaste abside et de deux travées de chœur avec cliapelles et cinq chapeUes ahsidales.

Le i>raiid et le pelll cloître se déployaient au sud de l'église; an iiorvl, (iahfici N'eiidaiics de Malapeyre, ([ui, dans les dernières aimées de sa vie, écri\;nl Ions les joiu's un soniicl à la \'i(M-i>e, voisin des Gjirmcs d'.iilhMns, pnisfjn'il liahilail à la l'iic des Joglars, anjour-ddnii rue du Ganard, n" <S, avait fail consir-nire, en lOyi, la cha|)ell(' de .\ult<'-l)ame du Mont-t^arujcl.

L'rglise fut bâiie sur un plan singulier dans le second quart du treizième siècle, lorsque les Carmes établis d'abord à la chapelle, Notre-Dame-du-Férétra, hors des murs, à l'extrémité du faubourg- Saint- Michel, furent entrés dans la ville, en 1222. Une curieuse peinture, qui paraît dater de la fin du dix-septième siècle, conservée aujourd'hui à l'église de Seysses, représente leur entrée par la porte du palais et l'état de la porte, des murailles et des tours du Parlement à cette époque.

Il reste de la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel, le grand tableau de Charles Lafosse, au Musée, représentant la Préseniaiion de la Vierge an Temple ; du cloître, quelques chapiteaux dans la galerie du Moyen âge du Musée, et dans le vestibule de l'Institut catholique, deux colonnettes accouplées avec leurs bases et leurs chapiteaux doubles, portant entre eux le blason des Prohenques, et un autre chapiteau avec ^ ^- ^ celui des Roaix. Les Roaix habitaient sur

Fir;. i3/i. — Ce qui reste , , , ., , i • ' i ,1

, , , la p ace ou ils ont laisse leur nom, et les

du grand couveuL 1 '

Prohenques , de même , dans une maison disparue depuis l'ouverture de la rue Alsace-Lorraine.

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Catel, Mémoires, p. 217.

Barthls, SCS Heures perdues, 1788, mss, à la bibliothèque de la ville.

E. RosciiAcn, Catalogue des antiq. du Musée de Toulouse, p. 2C4 cl 272.

Abbé Massol, Église des Cordeliers après l'incendie du 2O mars i8yi (Mémoires de la Société arcliéolog-ique du Midi, t. XI, p. 121).

EsouiÉ, L'église et le couvent des Cordeliers (Mém. de l'Acad. des Sciences de Toulouse, i87G,p. 871,

Mazzoli, Le vieux Toulouse disparu, p. 3i.

Baron Desazars de Montgaillard, Vendages de Malapeire et la Chapelle du Mont-Carmel (Mém.

Soc. arch. du Midi, t. XV, p. 128).

LES AUGUSTIN S

Les Aiigiislins, crabord établis hors la porte Matabiaii, près des fossés, demandèrent, en janvier 1809, à Clément V, de passage à ce moment à l'abbaye de Bonnefont, l'autorisation de se fixer dans l'intérieur de la ville.

Ils choisirent un emplacement sur la paroisse Saint- Etienne, et malgré des discussions et un procès même avec le chapitre de la cathédrale , terminé par un accord, ils commencèrent aussitôt la construction de leur couvent et la poursuivirent si bien qu'en i34i, un clia])ilre provincial put y élre tenu par le général (le l'ordi-e, (iiiillaume de ( îr(''nione.

L'cuclos des religieux s'c-lciidll eiilre l<3S rues des lîauri(M's, apjx'lée au dix-seplième siècle de la (li'oix'-Baragnon, [)iiis des Au-

au niveaji de CP

FiG. i35. — Coupe ilc l.i lour.

gustins, et rue des Arls en i835; la rue Pejras, aujourcriuii du Musée; la rue de Messer Galban, de la Véronique au dix-sepliènie

Rl

des

Arts

Rtœ^ Alsacey Lorraine^

FiG. i3G. — Plan fféorral du couvent des Auaruslins.

siècle, des Tourneurs maintenant^ et la rue de la Colombe, absorbée par la rue de Metz.

Le terrible incendie de 1 1\^^1 détruisit une partie des bâtiments

LES AUGUSTINS

l'i'i. 107. l/ct-lisc, l;i lour cl !<' jardin du cloîlix'.

conventuels. L'église, le cloîlre et ses cbnpelles, ne furent pas grayemenl endommagés. L'ég-lise, d'ailleurs, n'était ni achevée ni même voûtée. Les deux dernières travées de l'ouest sont postérieures à l'incendie. Elles difFèrent des précédentes et ne sont plus surmontées par le chemin de ronde comme on le voit à l'extérieur. Les religieux furent contraints à l'économie et mirent même en location une partie des bâtiments conventuels. La construction se pi'olong-ea jusqu'aux premières années du siècle suivant, et le 3o juin i5o4 l'église fut consacrée par l'évêque dominicain de Bérisse, délég-ué par Jean d'Orléans.

C'est aussi une vaste nef languedocienne composée de sept travées, d'un transept et d'une abside à chevet plat, accostée de deux absidioles de même forme, avec quatorze chapelles peu profondes; l'emplacement de la première au nord pris par le porche d'entrée sur la rue, celui de la septième au sud par le passage de l'église à la sacristie. On voit la porte bouchée aujourd'hui, mais qui ne fut percée qu'après la construction du petit cloître en

lG2().

L'encadrement de cette porte et son fronton classique furent reportés en face de la g-alerie orientale du petit cloître pour servir d'entrée au Musée, à la place où on les voit aujourd'hui. Mais elle fut fermée à son tour et l'entrée ouverte sur la galerie opposée à côté alors du logement du concierge.

Avant la conslruclion du petit cloîlre, les fidèles entraient dans l'église par un long- couloir coudé, qui de la rue de la Véronique, plus tard des Tourneurs, arrivait à la grande porte de l'ouest par laquelle on entre aujourd'hui à la galerie toulousaine du Musée. L'église est maintenant fort défigurée, mais on voit nettement de l'extérieur la disposition des contreforts à ressauts, les arcatures des premières travées supportant le chemin de ronde, les fenêtres à meneaux flamboyants et les gargouilles tourmentées, moins largement trailées que celles des Cordeliers, aujourd'hui leurs voisines.

Au-dessus des murs de l'église et des galeries du cloître, le

LES AUGUSTFNS.

clocher de briques, harmonisant ses tons chauds avec les verts ombrag-es, dresse ses trois élages octogones; le premier avec fenêtres cintrées aveugles, surmonté d'une galerie en saillie que sup-

t^iG. i38. — Le "TJind cloîlro.

])()rl(Mil (le Faux màchicoiiHs, les deux auli'cs avec lenèlres géminées en mitre. Mais le ti'oisième l'ut à tiemi aballu par la ibudrc avec un (|u;ilrirui(' cl la llrclic, le \ f\ sc|)l<Mnl»i'e iH.lo.

l/ocloi^onc s'(''cli;q>|)(' (Tuik" liaiilc base carrc'-c |>ai" des écoiseoiis ru hiscaii, (|in siipjioriciit aux (jiialr'c amples une [x'Iile Ion-

relie pleine, prismatique, unissant heureusement les deux profils et accentuant l'ascension de la pyramide. Les tourelles tassent aussi et consolident les trompes sur lesquelles reposent les pans de l'octogone. Ces combinaisons variées et la galerie sur mâchicoulis donnent une élégance originale à ce clocher et le différencient de ses analogues. Il est muni de voûtes qui le divisent en quatre étag-es. 11 se dresse sur le flanc méridional de l'église^ en arrière de la sacristie, facilitant ainsi la sonnerie des cloches.

Le cloître développe dans un carré parfait ses galeries aux quatre-ving-ts arcades g-othiques sur chaque côté, tréflées et redentées, renforcées aux angles et an milieu de chacune d'elles par nn pilier carré. Les chapiteaux doubles en marbre blanc des colonnettes, pris dans une seule pierre, représentent des feuillag-es, des animaux, des têtes humaines parfois g-rotesques, souvent celle d^un moine encapuchonné, taillés sur le galbe caraclérique de deux saillies superposées par un ciseau moins fin toutefois que vigourenx.

Plusieurs chapelles s'ouvraient sur les galeries. On voit encore les archivoltes en briqnes des quatre qui furent fermées en 1621 pour donner la place an petit cloître.

Mais la sacristie, la chapelle Notre-Dame-de-Pitié et la salle capitnlaire qui s'ouvraient suivant le plan traditionnel sur la galerie orientale sont encore debout. La sacristie touche à l'église.

Sa double voûte s'appuie sur un seul pilier au milieu. La chapelle Notre-Dame-de-Pitié élève ensuite ses voûtes plus hautes reposant sur des faisceaux de colonnettes engagées dans les murs, et sur deux piles isolées, composées de quatre colonnettes, sur des bases polyg-onales à deux ressauts et recevant les arcs des voûtes sur des chapiteaux à crochets. Les colonnettes sont en marbre g'ris, les bases et les chapiteaux en marbre blanc. La chapelle fut construite g-râce surtout aux dons de Louis, duc d'Anjou, fils du roi Jean^ gouverneur du Lang-uedoc de i3()5 à 1^78, avant de devenir roi de Sicile. Elle a perdu sou abside par l'élargissement de la rue des Arts, mais elle a conservé sa porte surmontée des blasons

LES AUGUSTINS

FiG. i?>(j. — SfiIIc c;i[)iliilairc.

âoS LES MONl.îMRNtS UK TOLTLOUSË.

du duc et les deux belles fenêtres qui l'accostent dont les riches meneaux figurent une croix entourée et soutenue par des trèfles dans une circonférence et reposant sur quatre arcatures tréflées aussi et deux quatrilobes dans les ccoinçons.

La salle capitulairc s'ouvre à la suite, en face de la galerie orientale du cloître. Sa voûte à liernes et tiercerons s'appuie sur deux piles prismatiques en marbre gris à bases et à chapiteaux armoriés. Son abside abritant l'autel a été rasée, mais on voit encore, de la rue, à l'ang-le extrême, la petite abside de la chapelle Saint-Gabriel qui s'ouvrait sur la salle et abritait la sépulture des religieux. La sacristie et les deux chapelles, jadis séparées par des murs, ont été jointes par des ouvertures en tierspoint, lorsqu'en 1827 elles furent converties en une salle de musée. Mais elles s'harmonisent si bien qu'elles semblent au premier aspect n'en avoir jamais formé qu'une. Loin de choquer le regard, leur réunion, grâce à la conformité de style et malgré quelques différences entre la hauteur des voûtes et les profils des piles, constitue un ensemble aussi élégant que spacieux.

Le réfectoire longeait la galerie opposée. Transformé en écurie après la Révolution, il présentait encore un aspect fort pittoresque avec sa charpente supportée par des doubleaux.

Au-devant de l'entrée de l'église, à l'est, le petit cloître, parloir des religieux, est entouré de Irois arcades sur ses quatre côtés. Il fut dû à la hbéralité de l'organisle de la cathédrale, Lefebvre, qui le fit construire ou reconstruire en iGati. Il fut richement décoré par les statues de la Vierg-e, de saint Augustin, de sainte Monique et de plusieurs sainis et saintes de l'ordre, sculptées par le religieux Ambroise Frédeau, qui en avait été aussi l'architecte, et au-dessus par les douze scènes de la vie de David auxquelles le peintre Duchesne consacra sa vie.

Ce hais patio a été renouvelé en i8.'L^ par les busies de Lahire, de Xaintrailles, du cardinal d'Ossat et du capitoul Pierre de Carrière, moulés en terre cuite par le sculpleur Salamon, et par des bas-reliefs de même matière sans i-apporls avec l'hisloire locale.

LES AUGUSTINS

Fiii. i/|0. — l'enrtrf de In clmpcllc Xolte-D.imo-de-Pitii', ilonnont sur l(> cloilrc.

Une fontaine murmure an milieu. Mais les pilaslres des arcades, le meneau des demi-l'enehes eL les consoles de pierre soulenant les bustes mainliennenl le caractère de la conslruclion pi-emièi'C.

A la Révolution, l'église des Augusiins abrita les œuvres rrart provenant des établissements religieux supprimés et des confis-

FiG. i4i. — Le petit cloître.

cations sur les biens des émigrés ; un « Muséum » y Fut inauguré en 1795. Le couvent est encore le g-rand musée de Toulouse. En i8o4, les écoles municipales de dessin établies au Gapitole

LES AUGUSTINS. 21 t

furent transférées dans le couvent des Aug-ustins qui devint l'Ecole des Arts.

Lorsqu'en i834 on voulut remédier à l'humidité dont souffraient les tableaux accrochés aux murs de la grande église, le sol fut surélevé de plus de deux mètres par un plancher, la belle voûte fut cachée par une charpente à la Philibert Delorme et les fenêtres gothiques se virent remplacées par des baies semi-circulaires comme on en voit dans les usines.

La grande rue Alsace-Lorraine enleva le réfectoire avec d'autres dépendances de l'ancien couvent et ouvrit un long développement d'espace à construire en façade.

Yiollet-le-Duc fut chargé, en 1880, de tracer le plan des bâtiments nouveaux. Le sagace interprète de l'art du Moyen âge, le restaurateur habile des monuments gothiques, parfois trop enclin, surtout dans les dernières années de sa vie, à les rétablir non pas comme ils étaient, mais comme ils auraient dû être, a été moins heureux quand il a créé. Peut-être ses successeurs ont-ils modifié ses plans, car il n'eut pas le temps d'en voir l'exécution. Toujours est-il qu'il semble qu'on se soit plu à accumuler toutes les fautes qu'il était possible de commettre. Lourdeur générale des constructions^ murs formidables pour ne supporter qu'un étage, faisant songer à ceux d'une prison, plus choquants encore audessus des fines et légères arcatures du cloître, porte basse sous un cintre épais complétant un aspect de geôle, fenêtres massives aux meneaux inélégants auxquels on fait l'honneur, pour pouvoir leur donner un nom, de les déclarer de style Tudor, balustrade vulgaire en croix épaisse de Saint-André qu'un élève d'école primaire n'oserait présenter aux expositions scolaires de fin d'année. Sur ces assises de forteresse quelques détails de sculpture maigres et cliétifs, faux mâchicoulis d'une trop grande échelle qui rapetissent le monunieiil, et toutes ces maladresses dans une ville où abondent de si délicieux modèles de la Renaissance !

Les deux salles intérieui-cs sont mieux conçues si l'escalier qui les joint accumule encore tant d'erreurs de goùl sur d'énornu's

dépenses inutiles de matériaux. Celle du rez-de-chaussée, grave et sévère, s'harmonise à souhait avec les antiquités romaines qu'abrite sa voûte au cintre surbaissé ; toutefois, les sommiers supportant les robustes doubleaux présentent des profils trop menus dont les moulures s'amollissent à distance. Celle de l'étage, éclairée par le haut, rappelle la salle Lacase, du Louvre.

Les arcades du cloître et l'élég-ant clocher émerg-eant des ombrages conservent seuls leur aspect pittoresque, évocateur du passé. Nul ne peut oublier cet oasis de paix silencieuse au milieu du tumulte de la ville quand une fois il s'y est un moment reposé. Quel souvenir enchanté en g-ardent les grands artistes toulousains qui puisèrent leurs premières inspirations juvéniles dans le préau monastique qu'entouraient de leur temps les classes et les log-es de l'Ecole des Arts !

Gatel, p. 203.

L.-F. SiMPLiciEN s. Martin, Les Angiistiiis de la ville de Tolose ,

IJoude, MDCLIJI.

Maillot, Notice sur le couvent des Augustins de Toulouse (Mém. de l'Académie des sciences de Toulouse, 1827, p. 79).

Ch. Nodier et J. Taylor, Voyages en Languedoc, p. 3o, pi. 17-34.

DuMÈGE, Monastère des Ermites de Saint-Augustin (Mém. de la Soc. arch. du Midi, t. III, p. 129).

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