‹ Les monuments de ToulouseChapitre 52 sur 84 · MUSEE DES AUGUSTINS · texte numérisé non relu

MUSEE DES AUGUSTINS

Au dix-huilième siècle, quelques amateurs de grand goût, tels que les marquis de Bélesta et de Fourquevaux, le baron de Puyinaurin, les Gavarret, les Gassan, en dernier lieu le comte Jean Dubariy possédaient une galerie de tableaux, tandis que M. (le Saint-Amant collectionnait monnaies et médailles, le conseiller au ]*arlement M. de Monlégut les anti([uités. Ils se |)laisaieiit à recevoir très iamilièrement les artistes et les cui'ieux, mais nul ensemble d'objets d'art n'avait été offert au public toulousain.

Cependant , Jean Ghalelte, peintre du Consistoire sous Louis XIII et Louis WX, avait exposé dans une des salles de l'Hôtel de ville les travaux des artistes de Toulouse et les siens. Plus tard, Lafaille fit décorer cette même salle par des tableaux représentant diverses scènes de l'histoire de Toulouse qu'exécutèrent Antoine Coypel, Bon-Boulog-ne , Jean-Pierre Rivais et Antoine Rivais.

En outre, la Société des arts devenue l'Académie de peinture avait eu de 1761 à 1792 ses expositions annuelles.

Dès les premiers mois de la Révolution, un grand nombre d'œuvres d'art étaient confisquées et enlevées aux établissements religieux, aux logis des émigrés et des proscrits. Plusieurs furent détruites par la foule ignorante. D'autres, soustraites par des trafiquants avisés, quittèrent la ville. Carnot, envoyé en mission, signalait ces pertes en 1792, et peu après, le 3o décembre, François Bertrand, membre de l'Académie de peinture, proposait à cette compagnie la création d'un musée. L'Académie nommait aussitôt une commission à cet effet, mais elle fut supprimée par la Convention et dépouillée elle-même. Cependant l'idée était accueillie par le Conseil du département un an après. En janvier 1794? le représentant du peuple Pag-anel fit déposer plusieurs objets dans l'église des Cordeliers. Elle ne tarda pas à être abandonnée, et, six semaines après, l'ancien couvent des Augustins fut choisi pour abriter les œuvres d'art qui s'entassèrent d'abord dans les g-aleries et les salles du cloître.

Le citoyen Briant, qu'un arrêté du représentant du peuple Dartigoeyte avait nommé inspecteur, eut pour collaborateur François Lucas, (( démonstrateur du Muséum provisoire du midi de la République », qui fut ouvert au public le 17 août 1796. Ce fut le second créé en France. Le Catalog-ue rédigé par Lucas parut aussitôt. Il eut rapidement plusieurs éditions.

Les organisateurs avaient déployé une réelle activité; ils purent faire ajouter aux collections indiquées plus haut celles de Jean de Cambolas^ de Mauran, de Cassan, de Sapte, de Thézan, de Pom-

ÉDIFICES d'utilité PUBLIQUE. 3o3

pignan, de Beaumont, puis celles du cardinal de Bernis, archevêque d'Albi, de l'évéque de Moiitauban de Breteuil.

En 1806, le conservateur du Musée est Jean-Paul Lucas qui publie à son tour un catalogue, le sixième.

Le musée provisoire est devenu définitif. Sous le Consulat et l'Empire, le pouvoir central avait favorisé les réclamations de quelques familles revenues de l'émigration, amnistiées par le nouveau régime. La ville avait dû rendre les tableaux de MM. Riquet de Bonrepos, de Garaman, de Saint-Félix et autres, mais elle obtint comme dédommagement une belle part des trésors ravis aux capitales vaincues. Ce furent en i8o3, i8o5, 18 12 des dons magnifiques que Toulouse eut la chance extraordinaire de pouvoir garder en 181 5 et qui sont encore l'honneur de son musée.

En mjême temps, un tout jeune antiquaire, Alexandre Dumège, qui sera inspecteur des antiquités durant cinquante ans, réunissait les statues, les chapiteaux, les sculptures diverses du Moyen âge qu'il sauvait de la destruction dans les églises de Toulouse et dans la région, depuis les Basses-Pyrénées jusqu'à Narbonne.

Les travaux jugés indispensables pour la nouvelle destination du couvent des Augustins s'exécutèrent. Ils s'attaquèrent à l'église dont l'humidité nuisait aux tableaux. En t83i, l'architecte Vitry fit surélever le sol , dissimuler les hautes et belles voûtes par un plafond de bois et de plâtre, et ouvrir des fenêtres banales en demi-cercle pour remplacer les étroites fenêtres gothiques qui furent bouchées. En 1837, de fâcheuses galeries furent dressées sur celles du cloître pour le service de l'Ecole des Arts et la présentation des petites toiles.

L'ouverture de la rue d'Alsace-Lorraine quarante ans plus tard avait obligé à détruire l'ancien réfectoire du couvent. On entreprit ensuite la « restauration » de tout ce qui restait de l'édifice. Viollel-Ie-Duc en fui cliargé et son projet de reconstruction fut accepté. Mais ce plan subil une première atteinte {)ar la création d'une voie transversale (pii entamai I largemeiil d'un coté sa sur-

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face, et, en dernier lieu^ les prévisions de dépenses étant de beaucoup dépassées, on arrêta les travaux, on installa un jardin sur le sol laissé libre. L'œuvre reste à jamais sans doute inachevée.

Une lourde façade étend des travées sur la rue d'Alsace- Lorraine. La grande salle du rez-de-chaussée, d'un aspect robuste et grave, s'approprie avec justesse à sa destination. Elle abrite les sculptures romaines, quelques-unes rares trouvées à Toulouse, d^autres à Béziers en i84i ; les plus nombreuses, d'une valeur inestimable, découvertes à Martres-Tolosane successivement par Dumège en 1826 et 1828, par Belhomme, Ghambert et Vitry en i84o et t843, par Lebèg-ue en 1891 ; enfin, en 1892, par M. Joulin, qui les a décrites dans un beau volume des Mémoires de F Académie des Inscriptions, qui constitue aussi le tome XV bis des Mémoires de la Société archéologicjiie du Midi.

Les §"aleries du cloître, les trois salles contig'uës, sacristie, chapelle capitulaire et chapelle de Notre-Dame-de-Pitié renferment les sculptures incomparables des époques Romane, du Moyen âge, de la Renaissance, œuvres locales qui constituent un des meilleurs titres de gloire pour l'art toulousain.

La grande salle remplaçant l'église n'a pas été touchée; elle est réservée aujourd'hui aux tableaux et aux statues des artistes de Toulouse. Toutes les autres œuvres des grandes écoles étrangères ou des artistes français ont été installées au premier étag-e des constructions neuves. Les directeurs du Musée, MM. Rachou et Yarz, ont donné à cette vaste galerie l'allure d'un salon. La frise, élégamment mais sobrement ornementée, accompagne sans surcharger le fond vert passé faisant valoir les peintures. Par exception, un sculpteur toulousain y fut admis. Mais les trois superbes figures qui illuminent le milieu de la salle portent le grand nom de Falguière. Toulouse doit à un Américain de Boston, M. Weld, ce don généreux et inattendu.

Les g-aleries surbaissées qui surmontent le petit cloître ont reçu les dessins et quelques toiles de dimension restreinte.

EDIFICES D UTILITE PUBLIQUE

A. DuMÈGE, Description du musée des aiiliques de Toulouse, i835.

Georges, Rapport sur Vélat du musée de Toulouse, 3i4 p. in-8'^, Toulouse, i863; — Catalogue raisonné des tableaux du musée de Toulouse, 292 p., i864-

E. RosGHACH, Le Musée de Toulouse, son histoire, sa description (Mémoires de l'Académie des Sciences, Toulouse, 1870).

E. RoscHACH, Musée de Toulouse (Cataloo-ue des antiquités et des objets d'art, i865).

H. R\<;hou, id. (nouv. édit. du précédent revue et aug'mentée), igiA; — Le Musée des Augustins (Documents sur Toulouse, A. F. A. S., 1910, t. I, p. 82).

E. RoscHACH, Histoire et catalogue des peintures (Inventaire des richesses d'art de la France, t. VIII).

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