ETABLISSEMENTS MILITAIRES
Sous l'ancien régime, Toulouse était exempte de g-arnison permanente. On n'y peut donc voir de constructions des vieux temps consacrées au logement des gens de guerre, mais les services de l'armée occupent aujourd'hui des monuments que l'histoire et l'art imposent à l'attention.
Les plus lointains souvenirs se trouvent à la prison militaire, place des Hauts-Murats. La porte est ouverte dans l'épais rempart romain qui se prolong-e d'un côté vers la rue des Fleurs, et dont on peut reconnaître quelques traces dans le palais même de la Cour d'appel, dans la maison de l'Inquisition et jusqu'au bas de l'escalier de la rue des Moulins, — de l'autre le long- de l'allée Saint-Michel.
Un frag-ment de tour sépare la prison de la chapelle du Jésus. Deux étages d'une autre tour sont encore debout dans l'intérieur de la prison, mais le badigeon ne permet pas d'en reconnaître l'appareil. Le rez-de-chaussée sert de cachot, ainsi que déjà, selon Gatel, pendant la croisade albigeoise. Les œuvres hautes ont disparu.
Le quartier général occupe, avec les bureaux de l'Intendance et le Conseil de g-uerre, sur les rues Duranti et Saint-Antoinedu-T, l'ancien couvent des religieux de Saint-Antoine-de-Viennois. L'ordre avait été fondé en 107.5, dans le diocèse de Vienne,
ÉDIFICES d'utilité PUBLIQUE. SoQ
par Gaston et son fils Guérin avec d'autres gentilshommes de la contrée, pour le soin des malades atteints du mal des ardents, qui faisait de grands ravages et dont il reste une trace fort atténuée connue sous le nom de zona ou de cordon de saint Antoine. Le Moyen âge voyait surgir un ordre particulier pour le soulagement de toutes les misères humaines.
Les religieux de l'ordre nouveau, qui avait pris un grand accroissement, vinrent à Toulouse en 1270 et construisirent, en 1827, une église et un cloîlre à la rue de Monlarsin, qui prit bientôt le nom de la croix égypiienne en forme de tau cousue sur leur froc en souvenir de leur palron de la Thébaïde et dans laquelle le peuple ne voyait qu'une lettre de l'alphabet. Elle porte encore la dénomination singulière de rue Saint-Antoine-du-T.
Les Antonins, comme on les appelait aussi, firent reconstruire leur maison par Jean-Pierre Rivais. La façade, avec deux pavillons d'angle sur la rue, présente une ordonnance noble et monumentale, avec l'ail ernance, au-dessus des fenêtres, des frontons arrondis ou triangulaires, fort répandue depuis le modèle que San Gallo en avait donné le premier au palais Farnèse. La façade sur la cour la montre plus imposante encore par la saillie plus accentuée des deux pavillons extrêmes.
Mais l'ordre de Saint-Antoine, fort amoindri, disparut quelques années avant la Révolution et se fondit dans l'ordre de Malte, auquel tous ses biens furent attribués. L'assemblée du clergé s'opposa vainement à cette réunion, qu'elle jugeait funeste pour l'Eglise. Une bulle, fulminée à Paris par le trésorier de la Sainte- Chapelle, supprima les vingt-six maisons de l'ordre « servant de trophée à la victoire remportée par MM. de Malte sur l'Église de France ». L'assemblée tenta même, sans plus de succès, de faire appel au roi sur la nullité de la bulle.
La chapelle, devenue la salle du Conseil de guerre, dont on voit la façade en pierre de taille, avec pilastres ionicpies et frontons de style Louis XI il, fut élevée par les Péniteuls-lîleus lors- (|u'ils abandonnèicnl leur premier établissement de la chapelle du
collège Saint-Martial. Mais ils durent la céder bientôt aux Antonins et firent alors construire l'église Saint-Jérôme.
L'arsenal est installé dans l'ancien enclos des Chartreux. Lorsque, en 1792, la guerre se préparait avec l'Espagne, l'état-major fit choix du cloître et de l'enclos des Chartreux pour établir le grand parc des armées des Pyrénées, qui fut érigé en 1796 en arsenal de consiruction. L'arsenal contient des ateliers et les dépôts d'armes. 11 est clos à l'ouest par les seules anciennes murailles de la ville qui soient restées debout, mais démantelées. Elles furent construites, pour défendre le bourg- contre les Anglais, par le comte d'Armagnac, gouverneur de la province.
Les anciennes murailles étaient percées de plusieurs portes en briques, surmontées de mâchicoulis et de créneaux, très analogues à celle de l'Inquisition, l'une de celles du Palais. On voit les dessins de plusieurs d'entre elles qui étaient encore debout vers le milieu du siècle dernier, dans le Toulouse disparu de Mazzoli.
Aujourd'hui, l'administration de la guerre serait disposée à céder son enclos à la ville en échange d'un terrain rapproché du Polygone.
L'Ecole d'artillerie a pris, à côté de l'arsenal^ l'ancien couvent des Capucins. Les religieux de la dernière réforme franciscaine vinrent à Toulouse en 1682 et se rendirent bientôt très populaires par leur dévouement pendant la peste. Leur première église, devenue trop petile, fut reconstruite d'abord en )6i5, mais la façade aux quatre pilastres doriques, rappelant celle de quelques églises de Rome, ne date que du dix-huitième siècle.
Vis-à-vis, un vaste immeuble étale l'imposante disposition de ses trois pavillons et de ses façades sur les deux cours. La construction fut entreprise par le prêtre Calvet, qui employa la grande fortune laissée par son père à cette maison où le séminaire fut établi ainsi qu'à celle du séminaire Saint-Charles, sous la direction aussi des prêtres de Saint-Sulpice. Elle est devenue une caserne.
Le séminaire de la rue Valade avait appartenu auparavant aux Jésuites, à qui la maison avait été attribuée après la dissolution
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de l'Institut de l'Enfance et l'exil à Goulances de sa fondatrice, jyjme jg Mondon ville. A tous ces changements a survécu l'élégante niche de la Renaissance qui abritait sans doute une statue de saint Pierre. On voit au-dessous le blason de Pierre de Subernes, capitoul en 1554. La niche décore l'angle entre la rue Valade et la rue de la Bastide, qui doit son nom, comme tant d'autres, à celui de son principal propriétaire^ le seigneur de La Bastide-Beauvoir.
Vis à-vis le séminaire Calvet et sur cette rue, Anne d'Autriche avait fait établir, en 1660, le séminaire des Irlandais, pour l'instruction de douze prêtres irlandais destinés aux missions de leur pays. Les Irlandais avaient un collège place Saint-Sernin.
A l'autre extrémité de la rue de la Bastide, l'hôpital militaire s'installa en 1806 dans la maison des religieuses de Notre-Dame fondées à Bordeaux, en 1606^ par la dame de Lestonnac et le cardinal de Sourdis, établies à Toulouse par la fondatrice en 1628. La chapelle, aujourd'hui démolie, s'élevait sur l'emplacement de l'entrée actuelle. On donnait aux religieuses le nom de Notre- Dame-du-Sac, parce que la rue n'avait pas, comme aujourd'hui, d'issue sur le quai.
La manutention militaire est logée dans l'ancien couvent des Carmélites de la rue Périgord. Quand les recluses rentrèrent après la Révolution, elles logèrent d'abord sur la place de l'Ecoled^\rtillerie, puis, dans le milieu du dernier siècle, elles firent construire dans le faubourg- Saint-Michel un couvent et une chapelle signalée de loin par un clocher aigu comme un minaret.
C'est à la même époque que furent bâties les deux grandes casernes d'artillerie du boulevard Lascroses, gardant le nom de l'antique porte de « las Croses » percée dans le rempart.
Des casernes d'infanterie avaient été établies^ durant le dernier siècle, dans diverses vastes maisons de l'intérieur de la ville, à la rue Kiquet, à la rue des Trente-six-Ponts. Mais leur installation insuflisanle et l'augmentation du nombre des troupes ont amené la construction de nouvelles casernes hors des fauboui'gs de Bonhoure (caserne Pérignon) et de Saint-Agne (caserne Nielj.
Lors de la création des grands commandements militaires par Napoléon III, le palais du Maréchal fut construit et habité d'abord par le maréchal Niel, à côté de l'ancienne porte Montoulieu. 11 entraîna la démolition de murailles et de tours anciennes dont il ne reste plus que des dessins. 11 est caractéristique de l'architecture d»i second empire.
DuMÈGE, I asti lui ions de la ville de
Toulouse, t. IV, p. 588.
E. DE Malafosse, Etudes d'histoire
et d'archéologie, p. 3o3.
Mazzoli, Le vieux Toulouse disparu,
pp. II, i3, i5, 17, 19, 23, 25,
E. RoscHACH, Toulouse capitale (Revue des Pyrénées, 189G, t. VIII, p. 201).
H. Jauuon, Port-Royal à Toulouse, Toulouse, 1902.