‹ Les monuments de ToulouseChapitre 6 sur 84 · CHRETIENNE · texte numérisé non relu

CHRETIENNE

FiG. II. — Chapiteau corinthien.

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b'iG. 12. — l^rise en luailire

Les monuments t>Ë toulôuse.

De même le montant de porte et d'autres pilastres feuillages de Martres furent reproduits plus tard par les artistes de la Renaissance.

Un Hermès bachique avec têtes de faune et de bacchante soudées, extrait des murailles du collège Saint-Martial, un fragment

de statue virile découvert dans le sol de l'allée Saint- Etienne, une statue incomplète de femme drapée, dégagée en i848 d'un mur épais du couvent Sainte- Glaire du Salin, indiquent que les monuments sculptés se montraient sur tous les points de la ville, aussi étendue dans l'enceinte de ses murailles qu'elle l'est aujourd'hui entre le fleuve et les boulevards.

Une haute colonne de marbre fut retirée en i8i i des démolitions de l'église Saint-Jacques. Un autel à quatre faces avec têtes dans les angles reliées par des g-uirlandes fut découvert tout auprès en 1862, à l'entrée de la rue Sainte-Anne, autel de forme basse qui ne cachait pas la statue du dieu érigée dans le temple élevé sur des degrés auquel on offrait un sacrifice.

En 1609, la rupture de la chaussée du Bazacle permit de recueillir dans le fleuve, avec les débris de l'ancien temple, du bord du fleuve, un personnage drapé dont le cou évidé était destiné à recevoir une tête qu'on pouvait changer à volonté selon la pratique coutumière des sculpteurs de l'époque impériale, et une frise

FiG. i3.

Hermès bachique trouvé près du Capitule.

LÉS ORIGINES, TOULOUSE ROMAINE ET CHRETIENNE

avec trois figures d'un travail élégant, un homme et deux iemmes dont malheureusement les têtes manquent. Il est par suite assez difficile de déterminer la scène qu'ils représentent : un enlèvement, un sacrifice,

peut-être un combat d'amazones.

Ces morceaux furent donnés plus tard par Lafaille à Jean-Pierre Rivais et publiés par le chevalier Rivais.

Lafaille apprit à l'artiste que les fondements de la muraille du quai , depuis le Pont-Neuf jusqu^à la porte de Muret, le long- de l'allée des Ormeaux que remplaça plus tard la levée du quai Dillon, avaient été établis avec les blocs de marbre trouvés dans la Garonne.

D'autres de ces blocs furent employés à la décoration de l'hôtel de pierre, qui doit son nom populaire à cette circonstance.

La mosaïque représentant l'Océan entouré de tritons et de néréides trouvée à Saint-Rustice en i833, celle de Granuéjouls remise nu jour par les travaux d'établissement du chemin de fer près de Gahuzac-sur-Vèrc, et une aiilre exhumée du sous-sol

FiG. i4- — Autel de la rue Sainte-Anne.

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d'une maison de la rue du Vieux-Raisin à Toulouse, montrent, avec divers fragments de Martres,, que cet art^ si cher à l'antiquité romaine, fut cultivé dans la région toulousaine. Il s'y maintint dans les premiers siècles du Moyen âge.

Les instruments, armes et statuettes de bronze découverts en si grand nombre à Toulouse et dans la province, les bijoux en or de Fenouillet et de Lasgraisses, de travail gallo-romain, indiquent la richesse et le goût artistique de la province.

En i856, on exhuma à la place des Puits-Glos, à 4 mètres au-dessous du sol, niveau où gisent les monnaies et les diverses antiquités romaines, deux palères d'argent de 2 0 centimètres de diamètre présentant l'une, au centre, une tête de Théodose en or ; l'autre , un sanglier devant un palmier dans l'attitude de l'arrêt , entrecroisement de l'animal et de l'arbre d'origine orientale. Elles furent

FiG. i5.- Statue trouvée dans la Garonne. ^cquisCS , dit-On, par des

amateurs étrang-ers.

La ville ne rappelle-t-elle pas encore des aspects de Rome avec ses briques illuminées sur le ciel bleu par le soleil méridional, ses toits plats de tuiles, ses vastes places sur lesquelles se dressent les basiliques, la lang-ue sonore et chaude aux désinences latines que parle son peuple? Les Toulousains sont plus dépaysés quand ils

LES ORIGINES, TOULOUSE ROMAINE ET CHRETIENNE. 21

ont franchi la Loire devant les toits d'ardoise aigus, les pierres grises, le ciel nuageux^ les accents gutturaux, que lorsqu'ils parcourent les plaines de la Lombardie, de la Toscane et des Etats romains.

Le christianisme pénétra dans les Gaules où il trouvait, comme dans tout l'empire, des âmes prêtes à l'accueillir grâce aux aspirations qui se manifestaient vers des doctrines plus pures et plus consolantes que celles des cultes antiques discrédités et en conflit entre eux. L'habile politique de Rome tolérait des associations de secours, surtout en vue des sépultures au milieu desquelles les groupes de chrétiens purent facilement se glisser. A Toulouse, ainsi que dans d'autres villes, ils durent se réunir d'abord hors des murailles ou auprès d'elles, à l'abri des regards de la foule. L'établissement d'une société chrétienne précéda la constitution des églises et l'institution des évêques. La foi nouvelle avait déjà conquis de nombreux adhérents lorsque le premier évêque, Saturnin, y fut martyrisé en Tan aSo.

Les sarcophag'es établissent la liaison entre l'art antique et l'art chrétien. Les formes romaines s'emploient à représenter les faits évangéliques.

Le Musée conserve des sarcophages des premiers temps chrétiens, quatre venus du cimetière qui entoura l'église naissante de Saint-Sernin, un provenant de celui de Saint-Etienne, et un autre qui était conservé au-dessus d'une porte latérale de la Daurade. Ils sont décorés par des rinceaux de vignes ou de feuillag-es, et par des scènes de l'évangile. Sur le dernier figurent la multiplication des pains et la résurrection du fils de la veuve de Naïm encadrée par des rideaux relevés dont les plis rappellent vaguement une patte d'oie. Le peuple imagina de voir en lui le tombeau de la légendaire reine Pédauque.

Un enfeu à droite des portes jumelles dites des comtes, à Saint-Sernin, abrite quatre sarcophages des mêmeis temps dans les(}nels furent déposés |)lus tar-d des iik^uIm-os de la famille comtale.

Les Wisigoths succédant aux Romains à la tète de la province s'attachèrent à reproduire leurs usages, leurs arts et leur luxe. Ils élevèrent la basilique ronde de la Daurade qui ne fut détruite qu'en 1775, mais dont quelques colonnes de marbre se voient encore à Montégut-Ségla et au Musée.

Les successeurs de saint Saturnin élevèrent, pour abriter ses restes, l'église dont quelques fragments anciens se retrouvent, après plusieurs reconstructions, dans celle qui fut bâtie dans les dernières années du onzième siècle par les chanoines de Saint- Aug-ustin et qui demeure la plus belle église romane de France depuis la destruction de Cluny.

En même temps, l'évêque Izarn reconstruisait sa cathédrale dont on voit des assises de briques percées de deux fenêtres cintrées sur le mur du nord et les chapiteaux utilisés dans la grande nef du treizième siècle.

Un beau portail rornan est encore attaché à la façade méridionale de Saint-Pierre-des-Guisines et un sarcophag-e énig-matique repose à côté sous une arcature cintrée contemporaine.

Les chapiteaux des cloîtres conservés au Musée témoig-nent, ainsi que ces monuments, de la prospérité de la province avant la croisade albigeoise, de la précocité de l'art roman toulousain à la fois robuste et délicat.

Dès les premières années du treizième siècle, Toulouse vit surg-ir avec la cathédrale de Raymond VI la première des larg-es nefs uniques qui furent ensuite si multipliées dans la région méridionale eij, dans la ville, au Taur, aux Gordeliers, à Saint-Nicolas, à la Dalbade. La double nef des Jacobins en montre une variante, et ces imposantes constructions permettent de ne pas regretter que l'art g-othique du Nord n'aie pas pénétré dans le Midi fidèle aux traditions de l'art monumental romain. Il s'y manifesta toutefois, à la fin du même siècle, avec le chœur de la cathédrale élevé par Bertrand de l'Isle.

Au puissant caractère religieux que les églises et leurs cloîtres imprimèrent à Toulouse, des abbayes et de la cathédrale aux vas-

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tes couvents des ordres conventuels, succéda dès les débuts de la Renaissance une physionomie nouvelle due aux belles demeures qu'élevèrent les riches marchands et les parlementaires.

Toulouse et la province, qui n'avaient jamais adopté franchement l'art gothique, s'empressèrent d'introduire dans leurs monuments les formes nouvelles. Elles semblaient tressaillir à l'appel qui leur arrivait d'au delà des Alpes et retrouver leurs origines antiques.

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