STATUES
Depuis les figures tombales du Moyen âge dont le Musée conserve quatre seulement, Toulouse n'avait élevé nulle slatue à ses comtes héroïques, à ses grands prélats, à ses poètes ou à ses artistes.
Un groupe représentant la France terrassant l'hydre de l'anarchie qui enlacerait le lion de Castille avait été commandé au sculpteur Valois après la prise du Trocadéro, pour décorer la place d'Angoulême, récemment créée. La révolution de juillet ne permit plus de songer à célébrer un prince de Bourbon, et l'on songea à transformer le bronze déjà préparé en une Clémence-lsaure, puis en un monument comméinoratif de la bataille de Toulouse, et on transigea enfin avec Tartiste, qui ne cessait de réclamer, sur le nom de Gujas.
La statue de Gujas se dressa donc sur la place du Palais, devant les façades froides de la Gour d'appel, comme pour enseigner encore les règles du droit à ceux qui ont mission de l'interpréter, dans une attitude dont la bonhomie remplace le caractère. Le bronze, (|ui alLondait depuis vingt-six ans, fut inauguré le 18 décembre i8r)o. Les épigraphistes s'étaient évertués à composer des inscriptions fort conij)llquées auxquelles on fini! par |)référei- siinplenicnl les trois mois : Jacobo Cujacio to/osa/iof
De même (pie le bronze en l'honneur du duc d'Angoulême élait
devenu Gujas, de même le marbre de Saint-Béat préparé en 1828 par Griffoul-Dorval pour une statue de Louis XIII (qui devait êlre érigée sur la place Mage en remplacement de la statue de bronze, venue du Gapitole en 1755, qu'avait abattue la Révolution), fut transformé en Riquet. Le créateur du canal du Languedoc tournant le dos à son œuvre, mais regardant avec complaisance les promeneurs, apparut au haut de l'allée Lafayette le 20 septembre i853. C'est une ligure banale^ sans signification, paraissant telle surtout si l'on se rappelle le Riquet de David, à Béziers, frappé d'une inspiration subite devant la source aux deux versants des rochers de Naurouze. Mais le coup de génie de Riquet n'est pas d'avoir reconnu le point de partag'e des eaux du canal^ qui avait été indiqué avant lui, mais d'avoir découvert dans la Montagne-Noire les sources naturelles de ces eaux. Le projet du canal était conçu depuis longtemps, mais il lui manquait l'essentiel : l'eau elle-même.
La statue était destinée à être dressée contre un mur à la place Mag-e. Aussi le marbre est-il fort étriqué au revers et si l'artiste avait pu prévoir qu'il se montrerait en plein air, il aurait gémi devant le manteau tombant droit et raide sans les larges plis agités par le vent que commanderait sa place inattendue.
En 1906, une statue en bronze d'Armand Silvestre par Henri Rivière se montre devant une stèle en marbre blanc, en face du groupe de la Garonne et de l'Ariège. Le buste à la tête souriante de l'aimable poète, au milieu des fleurs qu'il a tant aimées, aurait suffi peut-être, et sa main dans ses poches sur son abdomen bedonnant dessine une attitude vraiment trop familière qui le vulgarise.
Tout auprès, au Grand-Rond, un buste en bronze du poète lang-uedocien Mengaud, auquel on doit les fières paroles de La Toulousaine, semble se joindre encore à ses compatriotes s'arrêtant dans l'allée circulaire pour savourer les accords de la musique militaire.
Non loin, un groupe plus ambitieux de M. Ducuing- montre la
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poésie romane rajeunie enlaçant une stèle surmontée du buste d'Auguste Fourès, le poète qui fut l'un des rénovateurs les plus vibrants de la langue des troubadours. La figure allégorique prend une place plus importante que le félibre lui-même. Le groupe n'est encore qu'en terre cuite.
Mais la promenade du Grand-Rond s'illustre de bronzes glorieux des artistes contemporains : le Vainqueur au Combat de Coqs, de Falguière, d'allure florentine dans son fier élancement; le David., de Mercié, calme dans la victoire que lui avait assurée sa confiance en Dieu, et, la tâche accomplie, remettant le glaive dans son fourreau; le Berger jouant avec sa Chèvre, de Barthélémy; Velléda, le marbre de Marqueste, qui g-arde dans l'ampleur de ses formes la majesté de la prêtresse, malg-ré la mélancolie intense qui s'exprime sur ses traits sans les altérer.
Au Jardin-Royal, V Adolescent lutinant une Panthère, de Fabre, montre de tous côtés la grâce de ses membres juvéniles dans leur mouvement désinvolte.
En plâtre, au square du Musée, la figure pleine de bonhomie, par M. Mercié, du poète patoisant Vestrepain récitant ses vers après s'être levé de la chaise sur laquelle il fabriquait ses chaussures.
Ce n'est de même qu'un projet, au square Lafayette, sous le chant tumultueux des oiseaux amoureux ou batailleurs, le buste, par M. Mathieu, d'un inconnu appelé Mikaël, qui fut poète, paraît-il, mais qui ressemble à un sous-chef de division s'ennuyant devant son bureau.
Heureusement la statue de Goudelin par Falguière attire toute l'attention. Le joyeux poète, assis avec abandon près de la Garonne inspiratrice, sourit en composant ses vers. Le groupe était disposé aussi pour n'être vu que de face, et il aurait été mieux situé au rond-point du pont Saint-Michel, près des ramiers aimés du poète d'où il aurait contemplé la ville entière. La place où on l'a mis n'était qu'un marais à l'époque où il vivait, et d'ailleurs les fig-ures sont trop grandes pour l'espace resserré qu'elles occupent.
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En 1910, fui érjg'é, à l'extrémité de l'allée Saint-Michel, un groupe, par M. Barrau, glorifiant les mobiles de la Hau(e-Garonne qui ont combattu et qui sont moris pour la défense du sol de la patrie. Un combattant coslumé en soldat romain s'élance hardiment; un autre, tombé sous les coups ennemis, est souteuu d'un geste puissant et maternel par la ville de Toulouse personnifiée, drapée dans de larges plis. La France domine les trois personnages, sans se lier suffisamment avec eux. Mais tous sont traités avec vigueur. Le groupe devait être dressé au haut de la Grande-Allée où il se serait présenté de face, tandis qu'il tourne le dos aux promeneurs. On a pensé sans doute qu'il serait exposé à des regards plus nombreux sur cette place très passagère. Un groupe en marbre blanc, énigmatique et confus sans les grandes lignes qui devraient dominer le plein air. Le Soir de la Vie, par M. Seysses, le remplace à la Grande-Allée.
C'est une colonne d'aspect funéraire qui honore, sur le plateau du Calvinet, les morts tombés sur le champ de bataille du 10 avril i8i4. La vue est fort belle de ce point culminant, mais elle s'attriste par l'aspect du cimetière de Terrc-Cabade, qui gagne de plus en plus le pied du coteau.