‹ Les monuments de ToulouseChapitre 63 sur 84 · EVOLUTION URBAINE · texte numérisé non relu

EVOLUTION URBAINE

Jusque vers le milieu du dernier siècle, Toulouse avait conservé son aspect du Moyen âge. Dès 1848, la place du Gapitole fut agrandie. Bientôt, deux grandes voies se coupant au centre de la ville en angle droit furent projetées et elles s'étendent aujourd'hui l'une du nord au sud, où elle semble attendre encore un prolongement qui la joindrait à Tallée Saint-Michel, l'autre de l'ouest à l'est, jusqu'à la placette où s'ouvrait jadis la porte Saint-Etienne et où elle aurait dû être accueillie par un square plus séant aux regards que l'étroite maison se présentant comme la proue d'un vaisseau de haut bord.

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Tandis que la lumineuse trouée des deux rues d' Alsace-Lorraine et de Metz perçail les étroites ruelles des vieux quartiers, le riant ovale des boulevards enveloppait, dans la dernière année du siècle, la ville entière, dont le pont des Aniidonniers permettra bientôt de faire le tour complet, formant avec le pont Saint- Michel comme les deux boucles de la brillante ceinture.

Des façades s'élèvent sur les voies nouvelles, renouvelant Tantique alliance pittoresque de la pierre et de la brique.

La population de Toulouse était arrivée à se tripler, passant des 48.000 habitants de 181G aux i5o.ooo d'aujourd'hui. Elle se portait avec une préférence nouvelle vers les quartiers extérieurs pour y chercher la lumière et l'air, l'espace surtout pour ses industries nouvelles, particulièrement vers le nord-ouest, suivant une loi mystérieuse constatée dans plusieurs grandes villes. Cet entraînement s'explique peut-être à Toulouse, comme dans les villes de France situées sur les bords de la Loire et de la Seine, par la tendance à suivre le cours des fleuves et aussi par l'attirance de la gare.

Les nouveaux quartiers ont formé maintenant sur tout le périmètre comme autant de petites villes ayant chacune leur église, leur marché, leur ligne de tramways, leurs promenades que constitueraient déjà à elles seules les allées d'arbres longeant leurs trottoirs asphaltés.

Déjà, depuis plus d'un siècle, le quartier des Amidonniers s'était très développé en réunissant les principales industries toulousaines. Jadis vaste espace, partie de la Grande Lande, où les capitouls avaient vendu à plusieurs habitants le droit de pâturage au prix de sept deniers d'or^ et dont le nom est resté; abri plus tard des pestiférés dans les temps d'épidémie, avec une chapelle entourée d'un cimetière, il prit une grande importance lorsque le canal du Lang-uedoc et surtout le canal de Brienne l'enrenl traversé. Les capitouls firent creuser le Ganalel , canal de fuite du moulin du Bazacle, et, par suile, angiiieuler son (h'bil mncc sa force molfice. Ils (•('';(lèr"eiil gr-ahiiteiiiciil le lerraiii siu" la ri\e

droite du Canalet. Le fabricant d'amidon Lagarde profita le premier, en 1784, de l'intelligente faveur des capitouls. D'autres fabriques analogues ne tardèrent pas à s'y établir, mais elles ont peu à peu cédé la place à de nombreuses industries diverses et à la vaste construction de la nouvelle manufacture des tabacs.

Ainsi s'est étendu peu à peu un quartier créant au milieu du grondement des chutes d'eau et des machines une colonie active et bourdonnanle qui a pris dans la ville une physionomie spéciale et nouvelle.

Des établissements de plaisir n'ont pas tardé à y pénétrer. Ce fut d'abord une laiterie champêtre et paisible, mais cet asile idyllique fut bientôt agité par les sports chers à la génération actuelle, et même, en juin 1897, des arènes avec gradins de bois pour les corridas espag-noles, attirant des foules inattendues avides d'émotions violentes et brutales, oublieuses des jeux plus nationaux où s'exerçait l'adresse, et qui avaient fait donner le nom de jeu du Mail à plusieurs promenades extérieures d'anciennes villes.

Des tramways électriques unissent aujourd'hui à la ville le quartier lointain dont le nouveau pont des Amidonniers augmentera bientôt le mouvement et la prospérité.

Mais l'industrie toulousaine ne se concentre pas uniquement dans cette colonie travailleuse. Il suffit de voir tourner les roues motrices dans le pittoresque canal ombragé de Tounis pour s'assurer qu'à cette autre extrémité du cours du fleuve à travers la ville le labeur est de même actif et fécond. Les effluves d'électricité répandent sur tous les points la force motrice grâce à laquelle des fabriques diverses munies des outillages les plus récents livrent des produits de premier ordre. On entend grincer leurs rouag-es sur les bords de la Garonne et sur ceux du canal, dans plusieurs rues même. C'est une nouvelle physionomie que prend l'antique Toulouse. Des fortunes considérables s'y créent rapidement, les maisons de banque s'y multiplient, des transformations de mœurs s^ introduisent, et ceux ({ui ont vécu dans les rues calmes et silencieuses d'il y a soixante ans ne les recon-

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naissent plus dans le tumulte des foules, surtout à certaines heures, avec la trépidation des automobiles, les étincelantes provocations des devantures. Les rues du vieux quartier du négoce luttent vaillamineiit encore, tout en conservant l'aspect du passé, contre leur brillante rivale d'Alsace-Lorraine, qui prend un aspect continuel de fête malgré son nom douloureux. Elle s'anime surtout par les mag-asins de luxe, par les grands l)azars qui ont fait disparaître les boutiques familiales d'autrefois, mais livrent aux multitudes les objets usuels et d'élégance même à bas prix.

L'accroissement prodigieux du mouvement de la gare, qui paraît tel, surtout lorsqu'on se rappelle les jaunes diligences partant de la rue Lafayelte, suffisantes encore il y a un demi-siècle, une par jour dans chaque direction, montre aussi combien le commerce et l'industrie se sont développés. Elle vient d'être reconstruite sans grand effort d'art, car elle était devenue insuffisante, mais elle est encore trop resserrée entre le Canal et les pentes du Galvinet. Lorsqu'on l'établit à cette place, dans le milieu du dernier siècle, on était loin de s'attendre à un tel tourbillon d'activité.

Les armoiries en mosaïque des principales villes desservies par le chemin du Midi sont le seul ornement de la façade nouvelle. On voit se succéder, en partant de l'aile du sud : Foix, Mende^ Narbonne, Gastelnaiidary, Rodez, Montpellier, Perpignan, Cette, Béziers, Carcassonne, Albi, Lodève; au milieu, Toulouse, Bordeaux; puis Pau, Agen , Dax, Castres, Saint-Gaudens, Auch, Mont-de-Marsan, Saint-Girons, Montauban, Bayonne, Bédarieux et Tarbes.

Le cœur de la ville garde encore, malgré ces transformations, son vieil aspect romain, au point que ses habitants sont plus dépaysés quand ils ont franchi la Loire que lorsqu'ils parcourent l'Italie. Ses monuments n'ont jamais perdu, même dans la période gothique, le caractère de gravité et de puissance que l'imitation de ceux de Rome leur avait inquimé. Ses murs et ses toits de briques aux colorations ardentes et aux ombres chaudes s'harmonisent, comme sur les bords du Tibre et de l'Anio, avec les veris

vigoureux des ombrag-es et les bleus vifs du ciel méridional. Souvent apparaît tout à coup, lorsqu'on la parcourt, une image des villes italiennes. Ne voit-on pas parfois à Rome, comme vers Saint-Sernin, une place déserte où Tlierbe croît, une basilique au milieu, une fa(;ade de palais abandonné, la longue muraille d'un jardin de couvent? Ailleurs, c'est la cour silencieuse d'un hôtel orné de sculptures, qu'on appellerait un palais en Italie, une porte d'ég'lise ouvrant sur la rue agitée les profondeurs d'une nef où des figures ag-enouillées se perdent dans l'ombre, les maisons des quais faisant miroiter dans le fleuve, au soleil de quatre heures, leurs façades bariolées. Naguère, on entendait aux soirs d'été des chants d'ensemble retentir sur les placettes. Le peuple perd peu à peu sa gaieté expansive et la simplicité confiante des mœurs d'autrefois pour imiter les plaisirs de convention de la société mondaine; mais sa langue vibranle et colorée qui résiste et ne veut pas mourir, n'est-elle pas encore un chant^ comme celles d'Espagne et d'Italie?

Mais surtout, Toulouse, grâce à ses Facultés et à ses Ecoles, qui continuent la célébrité de son Université du Moyen àg-e, à ses nombreuses Sociétés savantes répondant à toutes les aspirations de l'esprit humain, conserve dignement sa primauté de capitale intellectuelle du Midi.

FiG. 191. — Annales niunici|)alps; miniature de i368.

FiC. 192. — Cr'oisée, seconde cour, rue Miilcousinat, no 11,

MAISONS ET HOTKLS

Les maisons de Toulouse furent très g'énéralement construites en

pans de bois pendant le Moyen âg-e et même après le terrible incendie du 7 mars i463 qui obligea cependant à rebâtir une grande partie de la ville, de la rue Sesquière, près de la place des Carmes, jusqu'au delà de la Daurade. Seules les familles puissantes par leur foi'l une territoriale , le négoce et les charges de judicalure ou de capitoulat possédaient des maisons de briques surmontées ■ de toufs ou de iiiicaiidcs, pr('S(|ii(' loulcs lours d'cscnlicr (jui remplaçaient les loui's féodales (TaNaiil la ( a-oisade albigeoise, (-es tours d'escalier deviiireiil à la l\enaissance Tune des plus ('l(''ganles ])ar-Mfes de Vi\v[ iiKumiiienlal loulousaiii.

!()."). — (lli.-ipiteau de la maison roiiiane des Isalii'uiers.

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