‹ Les monuments en Chaldée, en Assyrie et à Babylone, d'après les récentes découvertes archéologiquesChapitre 11 sur 15 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Consécration des édifices.

1. Inscriptions sur des plaques de métal. — II. Les pierres de fondation a terrien • en Clialdée et à Babylone. — III. Cylindres, pierres, amulettes.

*• Les Assyriens, dit M. Place, connaissaient l’usage des consécrations religieuses ou civiles lors delà fondation d’un monument... En vertu d’une sorte de conformité avec les cérémonies modernes, accompagnant la pose d’une première pierre, ils usaient de certains rites et employaient des moyens commémoratifs à un moment quelconque de la construction *. »•

I. — C’étaient des barils de terre cuite inscrits, des inscriptions gravées sur des plaques de métal.

‘ M. Place, op. ci/., tome I.

« M. Place trouva, dit M. Oppert, pendant l’été de 1854, dans les fondations de Khorsabad, une caisse en pierre qui contenait cinq inscriptions sur différentes matières, or, argent, antimoine, cuivre et plomb. Sur ces cinq tablettes, il en a rapporté quatre. La table de plomb, trop lourde pour être transportée de suite, fut embarquée sur les radeaux qui devaient conduire à Bassora les produits des fouilles ; elle a partagé le sort de cette précieuse collection *. *»

Le texte de l’inscription des quatre tablettes qui nous sont restées est, à peu de chose près, idntique ; le plus court est celui qui a été gravé sur le métal le plus précieux. M. Oppert en a donné la traduction suivante :

« Palais de Sargon qui est aussi Belpatisassour, le roi puissant, roi du monde, roi d’Assyrie, qui régna depuis le lever jusqu’au coucher des quatre régions célestes, il constitua des satrapes sur le pays.

‘ Nous avons dit d(^jà que ces radeaux avaient fait naufrage dans le Tigre. — M. J. Oppert. Exp, sc. en Mésop. tome II, p. 343.

« Puis, je bâtis, d’après mon bon plaisir, dans le pays qui avoisine les montagnes, près de Ninive, une ville. Je la nommai Hisr-Sargon, la demeure de Nisroch, Sin, Sol {Samas), Saturne, Hercule (Ninip), et je distribuai dans son intérieur les sculptures dédiées à leur grande divinité.

« Nisroch donne un fils ou une fille !

« Le peuple jeta ses amulettes.

« Je construisis une salle couverte de peau, avec du bois de santal (?), debène (?), de lentisque, de cèdre, de cyprès, de cyprès samal, de pistachier. Je fis un escalier tournant dans l’intérieur des portes, et je posai dans sa partie supérieure des solives de cèdre et de cyprès.

“ Sur des tables en or, en argent, en antimoine, en cuivre, en plomb, j’ai écrit la gloire de mon nom et je les ai mises dans les fondations.

« Celui qui infeste les œuvres de ma main, qui dépouille mon trésor, que Assur, le grand seigneur, détruise en ce pays son nom et sa race*. »

D’après le contenu de ces inscriptions, il est évi-

* M. J. Oppert, Exp. sc. en Mésop., tome II, p. 343 à 351.

dent qu elles ont été tracées après l’achèvement de l’édifice ou tout au moins lorsque la construction en était très-avancée. « Son œuvre achevée, dit M. Place, Sargon aura voulu y attacher une consécration particulière. Dans ce but, il a fait enfouir les barils inscrits et les pièces métalliques sous l’un des murs les plus épais de l’intérieur du palais. Ce dépôt aurait eu une destination assez analogue à celle des médailles placées dans les fondements de nos constructions modernes. «

II. — Le môme usage avait été observé dans la Chaldée et l’était à Babylone. Il est peu de textes dans lesquels les rois, reconstructeurs d’anciens édifices, n’aient parlé de la « pierre de fondation, n terrien. Une inscription, entre toutes, provenant de Nabouimtouk *, gravée sur un baril trouvé par

‘ M. Rawlinson el presque tous les assyriologues souliennenl l’idenlilé de Nabouimlouk avec Nabonahid (Nébo me protège). Le nom de ce roi, en assyrien, éla>t Nabonahid ; à Babylone. Nabouimlovk. Du premier sont venus le Nabonnedus de Bérose, et le Labynète d’IIèrodolo , du second ont été formés le Nabannidochus d'Abydène et le Naboandelus ou mieux Noboand^-chtts de Joséphe. — M. J. Oppert n'admet pas cettü identité.

M. Taylor à Mugheïr, nous a appris l’importance que l’on attachait aux terrien.

Il s’agit de la - pierre de fondation ♦» du temple ^'Ulbar d’Agané (Sippara), temen d’autant plus précieux aux yeux des rois qu’il cachait les tables sacrées que Xisuthr avait apportées de Larsam, « la ville du soleil et de la lune. » Nabouimtouk raconte ainsi les elforts dépensés vainement avant lui pour le retrouver et ceux que lui-même a déployés, mais avec plus de bonheur.

« Les tables de Larsam avaient été enfermées dans la pierre de fondation du temple ülbar d’Agané dans les temps anciens par Sagaraktiyas, roi de Babylone, et Naramsin son fils, mes prédécesseurs, et n’avaient pas été vues jusqu’aux jours victorieux de Nabouimtouk, roi de Babylone. Kourigalzou, roi de Babylone, mon prédécesseur, les chercha ; mais il ne trouva pas le temen du temple ülbar. » Et alors il fit une inscription : »♦ J’ai cherché “ la pierre de fondation et je ne l’ai pas trouvée. *

Assarhaddon tenta la même exploration sans plus de succès ; Nabuchodonosor employa son armée à la recherche de ce temen sans parvenir à le décou-

Trir. Enfin, « Moi, Nabouiratouk, roi de Babylone, reconstructeur de la pyramide et de la tour, dans mes années victorieuses, par la crainte d’Istar d’Agané, ma souveraine, je fis un puits. Samas et Ao m’excitèrent, et je me mis à chercher le terrien du temple Ulbar, en partie par mon bonheur, en partie par ma constance, digne d’un roi. Je commandai à mon armée la recherche de ce temen, et trois périodes d’années' après les fouilles qu’avait entreprises Nabuchodonosor, roi de Babylone. Et ils l’explorèrent pendant longtemps, et j’ai cherché et je n’ai pas trouvé. Et ainsi ils dirent : « Nous avons cherché ce temen, et nous ne l’avons pas vu. ^ Et l’orage des eaux avait tout inondé et avait fait une ruine. **

L’inscription offre une grande lacune ; c’est là où le roi devait rendre compte de sa réussite finale, car un peu plus loin il s’écrie : « J’ai trouvé et j’ai lu le nom de Sagaraktiyas. »>

L’inscription de Sagaraktiyas, que Nabouimtouk venait de trouver, avait la même destination ^ue

» Trente-six ans apparemment.

celle de Sarkin citée plus haut. Nabouimtouk, du reste, a pris soin de la transcrire, de l’ajouter au texte qui fait mention de ses recherches, et voilà les lignes que le roi avait lues :

“ Sagaraktiyas, pasteur véritable, seigneur auguste, roi de Babylone, moi. Je dis ; Le soleil et la déesse Anounit m’ont appelé pour gouverner les pays et les peuples. Ils ont rempli ma main des tributs de tous les hommes. Je dis ceci : Ce temple du jour, temple du Soleil, mon maître, de Sippara, et la maison à'Ulbar d’Anounit, ma souveraine, à Sippara, furent renversés jusqu’à leurs substructions, par Zaboum, dans les temps antérieurs. J’ai déblayé leurs substructions, j’ai mis à nu leurs fondations, j’ai éloigné les amas de terre, j’ai délimité leurs parements, j’ai achevé leurs usurat, j’ai rempli leurs fondations, j’y ai apporté de la terre nouvelle. J’ai aplani les fondations et j’ai mis au-dessus le soubassement. A la gloire du soleil et d’Anounit, pour ma propre satisfactfon, ils m’accordèrent la constance de leur affection. Qu’ils prolongent mes jours, qu’ils rétablissent ma première vie et qu’ils perpétuent dans cette maison les années de bonheur,

qu'ils conservent l’écriture de ce document et qu’ils rehaussent la gloire de mon nom *. *

III. — « Le peuple jeta ses amulettes, *» nous dit l’inscription de la tablette d’or de Khorsabad ; l’inscription des barils de Sarkin, nous l’avons vu, portait déjà : “ J’ai jeté dans le sol des pierres magiques qui enlèvent une part des vices de la substruction. w N’avons-nous pas là, certainement encore, l’indication de quelque cérémonie, de quelque consécration. On ne saurait dire que les textes ont été mal traduits, les fouilles de M. Place ont amené l’évidence. On a trouvé en effet dans les fondations des murs de la ville, dans la couche de sable surtout qui s’étendait sous les taureaux sculptés, une foule de petits objets, tels que pierres, cylindres, amulettes. A la suite de quelle cérémonie ces objets avaient-ils été déposés là? On ne sait. Quoi qu’il en soit, “ la présence d’une population nombreuse et non pas seulement de quelques personnages importants au moment de l’accomplissement de cette

* Voyez M. J. Oppert. Exp. sc. en Mésop. tome I, p, ?71 à

cérémonie, résulte de la quantité et de la nature même des objets retrouvés. Si plusieurs ne manquent pas d’une certaine valeur, soit par le travail, soit par la matière, la majeure partie était de qualité très-ordinaire; quelques-uns même n’étaient que des coquilles ou de simples cailloux percés d’un trou et n’avaient pu appartenir qu’aux classes les moins aisées de la société.

« La provenance des uns et des autres n’est également pas douteuse. Les trous qui les traversent, les traces d’usure qui se remarquent sur la plupart des objets, prouvent que tous avaient été portés avant leur dispersion sous les fondements. La représentation de ces boules, barillets, cylindres, pierres gravées et taillées, est fréquente dans les bas-reliefs aux vêtements des personnages ; on les distingue sur la poitrine, sur les baudriers et particulièrement aux franges des longues robes descendant jusqu’aux pieds. Un de ces bas-reliefs déposé au Louvre est des plus concluant à cet égard; les ornements sculptés par l’artiste ont conservé la teinte rouge particulière au plus grand nombre de ces amulettes. Tous avaient donc été détachés des

vêtements qu’ils ornaient pour être, jetés dans la couche de sable ‘ . **

M. Place pensait, parmi ces objets, retrouver des médailles, des pièces de monnaie; son attente a été trompée.

‘ M. Place, op. cil., tome I.

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