‹ Les monuments en Chaldée, en Assyrie et à Babylone, d'après les récentes découvertes archéologiquesChapitre 13 sur 15 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

La Ville.

I. — Les malériaux qui vont servir aux constructions. — II. Les enceintes. — III. Les quais. — IV. Lo pont; lo tunnel. — V. Les édifices que représentent aujourd’hui les princi|>aux amas de ruines. — VI. Dirs Niinroiid ou la Tour k étages. — VII. Le Kasr ou Grand-Chiteau. — VIII. Tell-Amran ou les Jardins suspendus. — IX. Üabil ou le Tombeau de Délus. — X. Aspect général.

I. — Nous ne voulons point remonter aux origines de Babylone dont le nom se lie aux plus vieux souvenirs du monde et nous reporte à cet Age où riiumanité, vagissait encore dans la boue du déluge. 11 nous suffit de dire que, dès cette époque, les enfants des hommes qui habitaient les contrées mésopotamiques pétrissaient déjà « d’une main vigoureuse et hardie la terre sur laquelle on devait jeter les fondements de la civilisation ; que, ** de leur prodigieux travail, il devait sortir

une ville dont l’enfance assez obscure s’est passée dans les rudes labeurs qui devaient assurer la fertilité du sol; gigantesques travaux de canalisation dont la plaine de Shinaar porte encore la trace'. »* Il nous suffit de dire que la ville qu’ils édifièrent en ces lieux devint la capitale du monde et qu’enfin c’est à l’époque la plus grandiose de sa vie, à l’époque de Nabuchodonosor , en 570 à peu près, que nous nous plaçons pour donner la description des monuments de la cité.

La Bible, la première, est venue nous énumérer les matériaux employés par les premiers architectes de Babel : « Allons, se dirent -ils les uns aux autres, faisons des briques et cuisons-les au feu. Et ils eurent des briques au lieu de pierres et le bitume leur fut au lieu do mortier*. « En 570, ce seront encore les mêmes matériaux qu’utilisera le grand roi, le sol des plaines de Shinaar comme celui de la Basse- Chaldce, ne fournissant que l’argile.

• M. J. Menant, Les Erritures cunéiformes, page 170.

* Genèse, chap. Il, 4.

Les briques que l’on retrouve à Babylone sont de trois sortes : les premières, celles de la qualité la plus fine, sont d’un blanc jaunâtre * ; les secondes, très-résistantes, sont d’un bleu noir * ; les troisièmes, rouges, tendres, friables semblent n’avoir été qu’à moitié cuites *. « Elles sont presque toutes, dit M. J. Oppert, d’un pied carré babylonien de 315 millimètres en moyenne, équivalant à trois cinquièmes de la coudée qui est égale à celle d’Égypte * ; leur épaisseur varie entre trois et quatre pouces. •* Ces dimensions, dit M. J. Mènent, paraissent avoir été prises sur une unité de mesure, car Ctésias nous apprend que les murs de Babylone avaient une largeur de 300 briques. Ce-

i Hidi, Firsl memoir, p. 01.

* Ricli, First memoir, jmgc 6?; — Cf. .!«. Sor. Journal, lome XVllI, page 6, noie *.

^ As. Soc. Journal, lome XVIII, page 9.

* .M. J. Oppcrl. Esp. SC. en Mésop. lome I, page 143. — • The shape was always square, dil M. G. Rawlinson, op. cil., lome 111, page 394, and Ihc dimensions varied üelween Iwelve and fourlccn inches for lhe lenglh and breadlh, and between three and four inches fjr lhe Ihirimess. • D'aprùs Ricli, First meiiwir, page 01, et M. 11. Rawlinson dans As. Soc. Journal, lome XVIII, page 8.

pendant quelques-unes sont moitié moins larges et les briques crues qui servaient la construction intérieure des gros murs nont pas la même dimension, elles sont beaucoup plus grandes, w Le plus souvent une face des briques cuites porte une inscription gravée en creux, au milieu. Le texte est disposé en sept lignes, en six, en quatre et en trois ; quatre-vingt dix-neuf sur cent briques que l’on retrouve montrent une seule et même inscription ainsi conçue : “ Nabuchodonosor, roi de Babylone, restaurateur de la pyramide et de la tour, fils aîné de Nabopallassar, roi de Babylone, moi * . « •• Il est facile de voir, remarque M. Ménant, que la plupart de ces briques ont été imprimées avec des types qui ont servi à tirer des milliers d’exemplaires. Les palais de Babylone ne sont plus qu’un amas plus ou moins considérable de ces briques, et c'est avec ces matériaux que M. Oppert a pu re-

' M. J. Opperl, Exp. ic. m Méiop., lonic I, pagi*s Hî ot Ii.1. — « I.Avariéi6 des inscriptions n'est pas en rapporlavec l'immense quantité do briques que l'on extrait de ces ruines. Cependant elles n’émanent pas toules du même roi. Les plus communes sont celles do Nabuchodonosor. » M. J. Ménunl, op. sup. cil., page 18G.

construire le plan de l’antique cité et déterminer la place des principaux monuments*. *»

Trois sortes de ciment viennent, dans les constructions, relier les briques entre elles : la boue, le bitume et le mortier*.

La bouc ne pouvait évidemment produire qu’un fort mauvais ciment, aussi, pour lui donnner plus de ténacité, la mêlait-on à la paille hachée et la disposait-on par couches dont l’épaisseur allait jusqu’à deux pouces *. — Le bitume que l’on faisait venir de la ville d’Is, »» nous dit Hérodote, valait da-

• M. J. Ménant, Les Ecrit, cunéif., page 187. — t La légende est tracée avec un timbre de bois ; c'est donc un commcncemont d'imprimerie. » M. J. Oppert, op. sup. cil., page \ii. — « Toutes les briques, dit M. Ménant, op. sup. cil., page 186, sont couvertes de caractères cunéiformes, et il est visible que des précautions ont été prises pour les utiliser dans les constructions sans endommager l'écriture : lo bitume n'adhère pas sur les caractères, et l'inscription est toujours tournée en dessous. 11 est évident, par cette disposition constante, que les matériaux ont été ainsi employés au moment de la construction de rôdifice, et lorsque l'écriture qui les recouvre était en usage. En effet, dans les constructions plus modernes, à Bagdad, h Ilillali, ces briques sont placées au hasard, sans qu'on se soit occupé de la position de l'écriture. »

* Rich, First, vxemoir, page 62.

’ « .1/ lhe Dirs, dit M. G. Rawlinson, op cil., tome III, page 3'Jô, note ”, d'après .15. Soc. Journal, tome XVIII, page 9, lhe

vantage; mais toutefois, au dire de certains explorateurs, c est encore avec facilité que l’on détache avec une petite pioche et même une truelle les briques reliées de la sorte * . — Mais quand le mortier ou ciment de chaux a été employé, aucune force, aucun art ne peut arracher les briques sans les casser en morceaux *.

Des nattes de roseaux enduits de bitume étaient, comme en Chaldée, et pour donner une plus grande solidité la construction, placées entre les rangées de briques ; do trente en trente couches, dit Hérodote, en parlant des murailles de Babylone ; entre chaque couche de ciment de boue et do briques durcies au soleil, dit M. Rich, en parlant de la ruine de Babil.

Ce sont là les seuls matériaux qui ont servi à édifier des monuments que l’antiquité crut devoir placer au nombre des sept merveilles du monde *.

red clay cemenl vsed in lhe Ihird stage has a depllt of Iwo inches. ■

* Hemarque faite par Nielnihr, lîich cl naimon I.

* Rich, First inemoir, page ; — Layanl, Nineveh and liabylon, page 505.

* Slrabon, XVI; — etc.

II. — Les historiens et les inscriptions nous ont appris que deux grandes murailles entouraient Babylone et la protégeaient contre les attaques du dehors. “ La muraille extérieure, nous dit Hérodote, est la cuirasse de la ville ; le mur intérieur, à peine plus faible, est plus étroit ‘. *♦

Assarhaddon, roi de Ninive, revendique la fondation de ces grands murs, dont il nous donne les noms, et qui, dans sa pensée, ne devaient pas embrasser seulement l’antique cité *, mais encore la cité nouvelle, en un mot, la ville telle quelle se présente à l’époque où nous nous sommes placé. “ Bàbylone, nous dit en effet ce prince, est la ville des lois. Imgur-Bel est l'enceinte ; Nivitti-Bel, le boulevard; depuis les fondations jusqu’aux créneaux je les ai fondés, continués, agrandis, entourés, élargis *. »

Malgré cette pompeuse énumération, il est manifeste qu’ Assarhaddon ne conduisit point ù sa fin

> Hérodote, 1. II, ch. 181

* Vovfz plus loin : VII. Le Aasr ou Grand-Château.

* Inscription (V Aberdeen, col 4, I. 18 et suiv. ; trad. de .M. J. Ojipert.

lentreprise qu’il avait conçue. Il commença peutêtre quelques tronçons de la ligne du midi, qui était la plus exposée aux incursions des Elamites contre lesquels il eut »\ soutenir des guerres continuelles, et qui se liguaient avec les rois de la Basse-Chaldée contre le trône de Ninive, mais il dut s’arrêter lù, car Nabopallassar et après lui Nabuchodonosor, rois de Babylone, ont attaché leurs noms à cette œuvre. Une inscription de Nabuchodonosor nous le prouve : « Imgur-Bel (que Bel le protège) et Nivitti-Bel (le séjour de Bel), voilà le grand mur de Babylone que Nabopallassar, roi de Babylone, le père qui m’a engendré, commença sans en achever la magnificence. Il fit les creusements ; deux fossés énormes furent construits, dont il limita les bords par du bitume et des briques. Il fit les fossés concentriques, il entoura de digues les bords de l’Euphrate, mais il n’accomplit pas son œuvre Mais son fils aîné, qui sou-

tint sa mémoire, acheva la grande enceinte de Babylone, Imgur-Bel et Nivitti-Bel. En dehors des creusements que fit mon père, je bâtis deux autres fossés en bitume et en briques, sans compter les

constructions que mon père avait commencées et que j ai achevées ' . «

Ce mode de fortification, consistant d’une part en un mur extérieur, Cenceinte ; d’autre part, en un second mur intérieur, le boulevard, fut do même adopté pour la défense des villes assyriennes. Ce fait nous est confirmé par des inscriptions : « Sennachérib, roi des légions, roi d’Assyrie, a fondé et achevé l'enceinte et le boulevard de Ninive, et l’a fait commémorer sur des cylindres *. « — « Assour protège l’armée de Cenceinte, dit Sarkin, Ninip- Samdan pose la pierre angulaire de la ville dont le. boulevard puisse subsister jusqu’aux jours les plus reculés *. «

Hérodote et les données qui nous ont été fournies par les inscriptions et les fouilles nous permet-

* Jnscrifilion de la Compagnie des Indes, voyez eol, l el trad. de M. J. O]ipoit.

* Cuneiferm Insc. of Western .I 5 a, vol I, pl. 0, n- viii. B, Irad. de M. J. Opperl. — Le môme roi construisil m briques l'cnceinle cl le boulevard de Kakzi (Shumaoiek), au sud d'Arbùles, il nous ledit lui-même; voyez loc.sup. cit, pl. 7.

* Voyez M. J. 0|)perl, Exp. sc. en Mêsop., tome I, p. 270.

tent d’assister, pour ainsi dire, ù la construction des murs de Babylone.

En avant des murailles, un fossé profond et large que l’eau va remplir est creusé. La terre que les travailleurs retirent, passant en d’autres mains, est tamisée, corroyée, malaxée avec soin ; des moules de dimensions égales la reçoivent; des timbres gravés en relief au nom du roi constructeur impriment en creux sa légende sur la brique crue; on la fait cuire au feu. Les assises s’élèvent. Les murs sont formés h l’extérieur de briques cuites, à l’intérieur de briques crues ou séchées au soleil, unies entre elles au moyen du bitume de la rivière d’Is ', et de trente en trente

> Hérodote, II, 179: « On compte huit journées de marclio de Babylone ù une autre ville que l'on nomme Is, où coule une pclile rivière du même nom qui se jette dans le grand courant de l'Euphrate; cette rivière fait jaillir de ses sources do nombreux grumeaux de bitume, et c’est de là qu’on en a transporté pour construire les murs do Babylone. » — « Cotte ville do Is que mentionne le père do l’histoire est le bourg acluolde Ilit, sur l’Euphrate, dit M. Oppert; son nom. on nraméen, ÜM, veut dire une enceinte, et Hérodote ne pouvait le transcrire autrement que par Quinte-Curco nomme cotte ville iVenniS", il transmet des faits analogues. ■

couches de briques sont disposés des lits de roseaux entrelacés enduits de bitume. Des tours, servant do contre-forts et en même temps de défenses, avancent sur Talignement de la muraille et dépassent son sommet de toute leur tête Cent portes do bronze avec des linteaux et des traverses de même métal donnent accès dans l’enceinte *.

Quelles étaient maintenant les dimensions de ces murs? — Les seuls renseignements que nous trouvions dans Hérodote sont ceux-ci : « Située dans une vaste plaine, Babylone forme un carré, dont chaque cêté a cent-vingt stades ; son périmètre entier

> Selon Clcsias il y avait 2.>0 tours. Diodore dit « qu'il no faut pas s'étonner du nombre restreint des tours, parco qu'on n'avait pas besoin d'en b&tirl&où les marais défendaient la ville; » — « c'est-à-dire du eût*'; ouest, ajoute M. Upporl. Iji raison semble faible; dans ce cas. on n'aurait pas eu besoin de mur non plus. > Il ne faut donc accorder que pou de foi au (lire do Ctésias.

* "Voyrz Hérodote II, 178, 179 et 180;— L’inscriplion de la Compagnie des Indes ; — L’inscriplion du baril de Philips où l'on remarque celte phrase.: ■ Bubylone est le refuge du dieu Méro'Jach; j’ai achevé Imgur-Bel, sa grande enceinte. Dans le seuil des grandes portes, j'ai ajusté des battants en airain, des rampes et des grilles très-fortes. J'ai creusé ses fossés, j'ai atteint le fond des cau.v, j'ai construit les bords de la tranchée en bitume et en briques. Les maisonnettes sur

est donc de quatre cent quatre-vingts stades... Le grand rempart est large de cinquante coudées royales, et haut de deux cents « Mais, des divergences qu’il est presque impossible de concilier existent entre les données d’Hérodote et celles des historiens qui, comme lui, nous ont entretenu de Babylone*. Nous ne rapporterons point tous les chiffres cités, nous dirons seulement que, conformément aux mesures appuyées par Bérose et Abydène , M. J. Oppert a cru pouvoir rétablir les dimensions suivantes :

Imgur-Bel était long de 480 stades, (90,720"');

les bords du baul mur, comparables ù un rocher que l'on no peut enlever, furent faites on bitume et on briques.» Tnul. do M. J. Oppert. — Enfin, une autre inscription publiée dans W. A. t. I, pl. 52, n" 3. nous dit ceci: » Imgur-Bel et Nivitli-Bel, les grandes enceintes de Babylone, je les ni bAlies en carré; j’ai construit en paroi escarj^éo, en bitume et en briques, les fossés creusés; j’ai lait élever au milieu d’eux les rues. J’ui fait ajuster dans les grandes portes des battants d’airain, des rampes et des grilles. » Trad. de M. J. Oppert.

• Hérodote II. 178.

* Voyez à ce sujet: Volney, Chronol. des DabtjL; - M. Oppert, Exp. sc.en Mésop., t.I.p. 224 ctifçç.; — M.G.Rawlinson, The fiée great vionarchies of the ancienl easlern world, tJtr.e III, pages 3i0 et seij., et pages 347 et seqq. ; - Etc.

haut de 90 coudées, (47"* 25) ; large de 50 coudées, (2G™ 25) ; des tours, de place en place, le surmontaient , elles étaient hautes de 200 coudées , (105“).

Nivitti-Bel avait 360 stades de long, (G8,040'“); 50 coudées de haut, (2G"* 25) ; 18 coudées de large, (9® 45); ses tours étaient élevées de 110 coudées, (57® 75)

Une inscription de Nabuchodonosor est venue prouver la confiance que Ion pouvait avoir dans le chiffre de la longueur du grand mur — 480 stades, — rapporté par Hérodote. “ Je fis mesurer, dit le roi Imgur-Bel, le grand murde Babylone, l’inexpugnable, qu’aucun roi avant moi n’avait fait : 4,000 mahargagar , voilà la superficie de Babylone *. « Or, d’après M. Oppert, “ le mahar est une mesure de superficie de 60 pieds de côté, et le mahargagar est 3G0 fois 3,600 pieds carrés; d’où 4,000 mahargagar donnent : 4,000x3,600X360 = 5,184,000,000,

> Voyez M. J. Oppert, E. S. il., t. 1, pages iVi et ‘228.

* InscniJtion de la Compagnie des Indes; — trad. de M. J. Oppert.

âO

cest-à-dire, pour le côté du carré, 72,000 pieds, et 72,000 pieds font 120 stades, le côté du grand

carré de Babylone ' Le grand mur renfermait

donc un espace de 513 kilomètres carrés, cestà-dire un territoire grand comme le département de la Seine, et quinze fois letendue de la ville de Paris en 1859, sept fois celle de la môme capitale en 1860. Le second mur entourait un aréal de 290 kilomètres carrés, beaucoup plus grand que la ville de Londres *.

D après ces calculs, Babylone aurait eu une étendue que nous pouvons à peine nous figurer aujourd’hui ; et, si nous prenions à la lettre le texte d’Hérodote , sa population eût été en rapport avec ces colossales dimensions : « L’intérieur de la ville, nous dit en effet l’historien grec, est rempli de maisons à trois et quatre étages *. ♦♦ Mais il est évident que par intérieur de la ville, nous devons en-

‘ Voyez M, J. Opperl, Exp. sc. en Mé,op., lome t, pages 229, notes 2 et 3.

* Voyez M. J. Oppert, op.sup. cil., tome 1, page 234.

' * Hérodote, I, 180.

tendre simplement la surface habitée ; or, cette surface était loin môme d etre égale à l’espace compris dans la seconde enceinte, car selon Quinte- Curce : « Les maisons ne touchent pas aux murs ; il y a un espace intermédiaire de près d’un arpent ; toute la ville môme n’est pas occupée par des constructions, il n’y a d’habité qu’un espace de 90 stades, et encore tout n’y est pas continu ; les édifices y sont, pour plus de sécurité, isolés ; on ensemence et cultive tout le reste du terrain enfermé dans les murs, afin qu’en cas d’attaque du dehors on trouve de quoi nourrir les assiégés « Imgur- Bel et Nivitti-Bel étaient donc bien moins les remparts d’une ville proprement dite que les enceintes d’un immense camp retranché. Nous en avons encore une nouvelle preuve dans Aristote ; quand il veut donner une idée d’une ville telle qu’il la conçoit, il dit :

« Ce n’est pas par des murs qu’on fait une ville. On n’aurait alors qu’à entourer le Péloponnèse d’un mur, ce serait la môme chose que Babylone' ou

‘ Quinlo-Ciirce, V, 1.

toute autre ville dont le pourtour renferme plutôt un peuple qu’une cité

D’autres murs intérieurs venaient compléter le système de fortification de Babylone. Nous citerons les trois murailles qui entouraient la Cité Royale *, et l’enceinte de Borsippa : “ J’ai fondé, j’ai bdti le mur de Borsippa, qu’il soit d’un bon augure, a dit Nabuchodonosor. J’ai creusé ses fossés ; en bitume et en briques j’ai délimité ses bords « Borsippa avait d’abord existé comme ville séparée de Babylone, mais quand la construction d’Imgur-Bel fut achevée, elle se trouva renfermée entre la première enceinte et la seconde. Le mur, dont parle Nabuchodonosor a, selon toute probabilité, relié Borsippa à Nivitti-Bel.

« En outre, çà et là, au milieu des deux quartiers, sur les deux rives, certains édifices sont for-

‘ Arislole, Politique, III. 1 ; • Toihut/i S ïa(«K Ba-

PuXwv xott r.Sca (yu T:epiYj;a»TV «aSXXov ?0vou; 7, tA- X£0)Ç.

* Nous en donnerons la description quand nous parlerons du Grand-Chàteau.

’ hnc. de la Compagnie des Indes.

tifiés « C’est Hérodote qui parle, et les inscriptions ont confirmé son témoignage.

III. — L’Euphrate qui descend de l’Arménie, grand, profond et rapide, pour aller se jeter dans le Golfe Persique, s’étendait à travers toute la ville * sur une longueur de 160 stades^, égale, à péu de chose près, à la diagonale d’un carré de 120 stades de côté.

A une certaine époque de l’année, ce fleuve subissait une crue telle que la plaine, tout autour de Babylone, se trouvait couverte par les eaux \ aussi, dès les temps les plus reculés, les rois avaient-ils dit songer à prévenir les inondations.

* HOrodole, I, 180

* Ilérodolo, 1, 180.

* Dioilorw, 11,8.

* « L‘ICii)diralc subit une crue, qui commence au printemps et dure jusque vers Tùté. à l'époque où les neiges fondent dans l’Arménie. » — Et tous les voyageurs ont observé cclto crue de l’Euphrate dont nous pailo Slrabon. — L’iiisloricn continue : • Iæs champs seraient donc submergés et convertis en lacs si l’on ne délournail pas l’excès d’eau par des canaux et des tranchées... Voilà pourquoi on a pratiqué ces canaux. ■ Strabon, XV. 1.

Les deux premiers noms qui se rattachent à des travaux exécutés dans ce but sont ceux de deux femmes, de deux reines, Sémiramis et Nitocris.

La Sémiramis que nous citons ici n est point la reine légendaire à laquelle Ctésias et après lui Diodiore ont attribué la construction des grands édifices et la fondation môme de Babylone. Nous entendons parler de la Sémiramis d'Hérodote, de la reine qu'une inscription gravée sur une statue de Nébo ' trouvée par M. Loftus, nous désigne sous le nom de Saammuramnt *, épouse d'un roi Houlikhous qui semble avoir régné sur l'Assyrie vers l’an 840.

C’est elle qui éleva dans la plaine, nous dit Hérodote, des digues très-remarquables, car auparavant le fleuve s'y répandait habituellement comme une mer *. «

Nitocris, dont le nom purement égyptien, Neitliakhcr (la Neith victorieuse), révèle l’origine, femme

' Actuollcmcnt au mus‘‘c nrilanniquc.

» U-. .1. /. l. I, pl. 35, n»2,l. 'J.

’ Ilvrodolc, I, 181.

de Nabopallassar ‘ (625à604), continua l’œuvre de Sémiramis C’est à cette reine encore que, suivant Plérodote, Babylone aurait été redevable des quais de l'intérieur de la ville. Mais, sans mettre en doute le récit de Thistorien , puisque l’inscription de Londres parait mentionner une sorte de digue que l’époux de Nitocris aurait commencée^, on peut affirmer que ces travaux ont été très* restreints.

C’est aux successeurs de Nabopallassar surtout que l’on doit les attribuer.

D’après l'Inscription de Ij>ndres, Nabuchodonosor * se serait occupé des berges voisines des murs d’enceinte. Nériglissor ^ nous a attesté dans une inscription qu'il avait pris soin des quais du palais ®. Enfin, Nabonid, suivant Béroso, aurait construit les quais de la ville ’.

> i\abn-pal~uzw\ Ni*bo prol^gc mon lils.

* Hérodote, l, 185.

’ Insaiplion de fjondres, col. 6 au commencement.

* Nabu-kudurn-uzur, Nébo protège ma ramillc.

* Nergal-sar-vzur, Ncrgal protège le roi.

*> Cette inscription se trouve ù Cambridge ; elle a été publiée par le Musée BrUanni<iuo.

* < ’Ktti tovtou •:rep\ -rov Ttorofixov Tstyr, ty,?

Et le texte do Bérose a été confirmé par une importante découverte que fit M. Fresnel en septembre 1853. M. Oppert qui fut à même de la vérifier le 7 octobre de la même année nous la décrite ainsi :

« Entre le Kasr et Babil se trouve un endroit où, de tout temps, il y a eu des carrières de briques. Alepoque indiquée (7 octobre 1853), j’examinai ces restes près du village de Kowairesch, mais un peu au nord. La baisse, sans précédent, de l’Euphrate permettait de voir au-dessus de l’eau des constructions qui se prolongeaient jusqu’à une

distance où la profondeur de l’Euphrate ne permit

plus d’apercevoir les briques. Ce quai portait tous les caractères d’une construction hydraulique, les briques étant plus dures, très-rouges et complètement enduites de bitume. Celles du côté de la rive avaient une teinte grise jaunâtre... Elles portaient l’inscription suivante :

« Nabonid, roi de Babylone, conservateur de la

Xo)v(oiv TtoXeo); il z)ivijou xai à(r:pâXTOu xaT£xocJJlr^èr, . ■*

Fraj. Iiistor. grxc., od. Muller, t. II, p. 508, fr. li.

« pyramide et de la tour, fils du nommé Nabobala- “ tirib, le seigneur puissant. »

Quelques-unes fournissaient cette légende :

** Nabonid, roi de Babylone, qui a fait la maison “ des dieux Nébo et Mérodach, fils du nommé Na- « bobalatirib, le seigneur puissant, moi' . «

D’après les auteurs anciens, les quais se présentaient de la sorte :

Le mur d’enceinte, coupé en diagonale à chacune de ses extrémités par le fleuve, se rattachait des deux cotés à une maçonnerie de briques cuites qui formait les quais des deux rives Ces quais avaient une étendue de 160 stades, nous dit Diodore * ; ils étaient percés de portes à battants d’airain qui faisaient face aux rues aboutissant au fleuve * ; les descentes des portes à l’Euphrate étaient pavées de briques cuites \

“ Mais toutes ces œuvres n’étaient rien, selon

' M. J. Oppcrl, Ksp. SC. un )lâ»op. 1. 1, p. 184.

* H<^rodolc, I, 180.

' Diodore. II, 8.

* llérodolo, I, 180.

» IIiTodole, I, 180.

<3iiinte-Curce, en comparaison des immenses cavernes que l’on avait creusées dans le sens de la profondeur pour arrêter l’impétuosité du fleuve. Et elles étaient nécessaires, car l’Euphrate arrivant à dépasser la hauteur des quais eiH pu entraîner les maisons dans son cours si des cavernes et des lacs ne se fussent ouverts pour le recevoir. Ces bassins étaient construits en briques cuites et partout enduits de bitume

“ Les cavernes affectaient la forme de boyau, d'abord montant et ensuite descendant. Elles s’ouvraient au-dessous du niveau du fleuve qui, en s’élevant, remplissait d’abord l’entrée de la caverne dont le devant était en montée ; mais, arrivée h la hauteur de cette montée, l’eau s’écoulait en descendant de l’autre côté dans l'excavation, et la ville se trouvait ainsi délivrée d’un danger presque périodique. Quelques-unes de ces cavernes, dont la tradition s’est encore conservée dans le pays, aboutissaient à des lacs artificiels creusés de l’autre côté do la ville et à des réservoirs qui ne pouvaient se

' Quinlc-Ciirce. V, I.

remplir que lorsque le fleuve avait atteint une certaine hauteur

Ainsi, grâce à ces travaux, on était arrivé à un double résultat : la ville se trouvait préservée de l’inondation, et les eaux détournées, tout en approvisionnant les dilTérents quartiers de Babylone, servaient encore à ces irrigations qui faisaient la fertilité des plaines raésopotamiques.

Nabonid a pu être le roi constructeur des quais de l’intérieur de la ville , mais , bien avant lui , on avait su utiliser la dérivation des eaux de l’Euphrate. Les inscriptions, en effet, nous parlent fréquemment de canaux, de réservoirs creusés par des rois de beaucoup antérieurs à ce prince.

IV. — Ces œuvres, de nécessité première, n’avaient pas seules attiré l’attention des rois. La ville ayant deux quartiers séparés par le fleuve, ils avaient pensé à établir entre eux des communications directes, faciles.

Les auteurs nous citent deux constructions

* M. J. Oppert, op. xup. rit. t. I, p. 18C.

répondant à cette fin ' : un tunnel et un pont *.

Le pont, situé au milieu même de la ville *, était destiné à relier les deux quartiers, de telle sorte que Ton ne fut plus obligé de « prendre une barque, comme cela avait lieu sous les premiers rois, quand on voulait passer d’une rive à l'autre * ; « le tunnel unissait le palais de la rive droite au palais de la rive gauche \

Soit que la hardiesse des architectes anciens n’égalùt pas celle des modernes ; soit que les moyens dont ils pouvaient disposer ne leur eussent point permis d’agir comme on le fait aujourd’hui , ils avaient dû pour exécuter ces travaux, déranger le

* Voyez Hérodole, Diodore, Quinlc-Curcc, elc.

* Selon Hérodote, I, 186. le pont fut l’œuvre de Nilocris. D'après Diodore, II, 8, le pont et le tunnel auraient été construits par Sèmiramis. On sait ce qu’il faut penser do la Sèmiramis de Diodore. Doit-on ajouter foi à la version d’Hérodote ? M. Opporl, op. svp. cil, t. I, p. 191, la coniliat et rapporte la construction du pont au règne do Nabonid.

* •' ...xaTi jjL£OT,v xou jAoiXtTT* Trv ToXev, * dit Hérodote, I, 186.

* Hérodote, I, 180.

* Diodore, 11,8.

cours (lu fleuve. « Nitocris détourna dans un réservoir les eaux du fleuve ; il en fut rempli et le courant mis à sec »

Les historiens nous racontent ainsi la construction du pont dont la longueur pouvait être de 160 mètres *.

« De grandes pierres furent taillées. On enleva la vase profonde qui couvre le fond du lit de l’Euphrate ; on y entassa des sables, des pierres ; on

assit avec art les piliers distancés de douze pieds

les uns des autres. Les pierres superposées furent attachées par des crampons en fer et les joints remplis par du plomb fondu. Du côté où les piliers avaient à soutenir le courant, on fit des angles qui présentaient tout autour un plan incliné se continuant sur presque toute la largeur du pilier en dedans afin que l’acuité des angles coupât le courant

' Hérodote, I, 18G.

* Diodorc parle d‘une longueur de cinq stades, soit 945 mètres. Il est évident que ce chiffre est exagéré. M. Oppert lit cinq plèlhres, 500 pieds, ce qui rond, dit-il, exactemoni la plus petite largeur do l'Euplirale dans l'antiquité ; et Diodoro avait bien spécifié : « ù Pendroil du fleuve le plus encaissé. »

du fleuve et que les plans inclinés, tout autour, cédant à cette force, en adoucissent la violence. Le pont, large de 30 pieds, fut recouvert; de poutres de cèdre et de cyprès. A la nuit, on les retirait *. « Cette précaution avait-elle un caractère politique ? Avait-on pour but de maintenir la séparation établie par le fleuve entre le quartier de la rive droite et le quartier de la rive gauche qui était peut-être le quartier pauvre ou juif? Voulait-on prévenir les vols ou les attaques nocturnes? Ce dernier motif seul peut être affirmé, si Ton se fonde sur le récit d’Hérodote : *» On retirait les poutres de peur que, rôdant par l’obscurité, les habitants ne commissent des vols au préjudice les uns des autres *.

Quant à la description du tunnel, nous l’emprunterons à Diodore ; elle porte, dit M. Oppert, au point de vue de l’architecture, le cachet de la vérité, comme en général toutes celles qu’il nous a laissées.

• Voyez Uérodole, Dioüoro, loc. sup. cil.; Quinlo Curce, V. 1.

* HdrodoU*, î, 186.

“ Après avoir détourné le fleuve dans un bassin, on fit un souterrain d’une résidence ù l’autre ; on bAtit les voûtes de briques cuites, owles recouvrit de chaque coté de couches d’asphalte, jusqu’à ce que l’épaisseur de cet enduit eût atteint quatre coudées. Les parois de la tranchée avaient une largeur de vingt briques ; la hauteur, jusqu’à la naissance de la voûte, était de douze pieds ; leur largeur de quinze. Cette tranchée fut e.xécutée en sept jours ; alors, on fit retourner le fleuve dans le lit antérieur, de sorte qu’il coulait au-dessus du tunnel ; et ainsi, on pouvait parvenir d’un château à la résidence opposée sans traverser le fleuve. On fit faire de chaque coté du souterrain des portes d’ai • rain qui subsistèrent jusqu’aux rois de Perse. •*

« Le récit de Diodore réunit, en ce qui concerne le tunnel, tous les caractères de la vraisemblance, même jusque dans les chiffres ’. 1

V. — Le nombre des édifices qui embellissaient la ville de Nabuchodonosor paraît avoir été considé-

• Voyez M. Oppert, op. svp. cit. I. I, p. 193.

rable, les inscriptions en mentionnent une multitude, et l’on peut dire avec raison que chacune des vagues solides qui découpent si diversement la plaine babylonienne n’est qu’un composé de débris de palais ou de temples. Quelques constructions seulement, mais les plus remarquables, nous ont été décrites par les auteurs, et ce sont celles-là même que désignent, à l’heure présente, les principaux amas de ruines dont nous avons indiqué l’aspect : Fl Kasr ou le Grand Palais; Tell-Amranibn-Ali ou les Jardins suspendus; Babil ou le Tombeau de Bélus; Birs-Nimroud ou la Tour à Etages.

VI. — Le Birs-Nimroud marque la place où s’éleva cette tour de Babel rendue si célèbre par l’Ecriture ’ ; et, on le sait déjà, c’est aux pieds do ce monument de la folie humaine que se forma une ville du nom de Borsippa *, qui, par la suite, ren-

‘ üenèse, ch. 9, > >•. 1 i lü.

* Borsippa 'les Grecs, Borsif du Talinud, Barsil’Jes inscriptions : confusion des langues. Dans celle ville, dit le Talmud, l'air que l’on respire rend oublieux : flSwîO n’IX

fermée entre Imgur-Bel et Nivitti-Bel ne devait plus être qu’un des quartiers de Babylone.

Aujourd’hui, toutes les briques que l’on retrouve au Birs sont, par rapport à Nemrod, ce chef des enfants des hommes qui, dans les temps bibliques, émigrèrent vers les plaines de Shinaar, d’une époque relativement moderne et ressemblent en tous points à celles du Kasr, de Babil et de Tell-Araran. La première construction a donc été remplacée par une seconde, et c'est de cette dernière dont le temps a conservé les vestiges.

Grâce à une précieuse découverte, la date de la reconstruction do la Tour à Étages ne fait plus partie du domaine des conjectures. Une inscription, gravée sur des barils d’argile, cachés dans lé monument par le roi constructeur, a été heureusement retrouvée en double exemplaire, par sir Henri Rawlinson Et, répétées sur les deux barils, soixante lignes d’écriture nous ont appris de la ma-

> Les fouilles de M. Hawlinson se porlèrent surtout sur le côté sud-ouest ; c'est do ce côté que lo savant anglais trouva les deux cylindres de Nabuchodonosor.

nière la plus positive, quand, par qui, et pourquoi la Tour avait été restaurée.

Le grand seigneur Mérodach avait enjoint à son serviteur, le pasteur des peuples, Nabucliodonosor, de reconstruire ses sanctuaires. Et le puissant empereur, dont Nébo avait chargé la main du sceptre de la justice, avait songé au Temple des Sept Lumières de la Terre, auquel remontait le plus ancien souvenir de Borsippa.

« Un roi antique le bdtit, (on compte de là quarante-deux vies humaines,) dit, dans son inscription, le sauveur qui prêtait loreille aux injonctions du dieu suprême, mais il n’en éleva pas le faîte. Les hommes l’avaient abandonné depuis les jours du déluge, en désordre, proférant leurs paroles. Le tremblement de terre et le tonnerre avaient ébranlé la brique crue, avaient fendu la brique cuite des revêtements ; la brique crue des massifs s’était éboulée en formant des collines. Le grand dieu Mérodach a engagé mon cœur à le rebâtir ; je n’en ai pas changé l’emplacement, je n’en ai pas altéré les fondations. Dans le mois du salut, au jour heureux, j’ai percé par des arcades la brique crue des mas-

sifs et la brique cuite des revêtements. J’ai ajusté les rampes circulaires, j ai inscrit la gloire de mon nom dans la frise des arcades, j’ai mis la main à reconstruire la Tour, à en élever le faîte .* comme jadis elle dut être, ainsi je l’ai refondue et rebâtie ; comme elle dut être dans les temps éloignés, ainsi j’en ai élevé le sommet. ’ «

Le Temple des Sept Lumières de Babylone , comme celui de Khorsabad, présentait une série de tours carrées, superposées, aux angles orientés, suivant la coutume, vers les points cardinaux.

Deux reconstitutions de cet édifice ont été proposées, l’une par M. H. Rawlinson, l’autre par M. J. Oppert; de grandes dissemblances les séparent.

D’après le savant anglais, le temple, composé de huit étages, se dressait sur une petite plateforme de briques crues élevée de trois pieds audessus du sol *.

‘ Trad, de M. J. Opperl,

* M. Opperl pense que la plate-funno indiquée par M. Rav^'linson n’est que le sommet d’un étage enfoui on partie tant par

Le premier étage, carré de 272 pieds anglais de coté, mesurait une hauteur de 26 pieds anglais; ses paus étaient, dans un but d’ornementation, légèrement découpés par des saillies carrées semblables à des piliers engagés qui formaient ainsi une série alternative de plans rentrants et sortants.

Les deuxième et troisième étages, de même hauteur que le premier, mesuraient 230 et 188 pieds anglais de coté. Plusieurs modidcations apportées dans la construction distinguaient le troisième étage. D’une part le revêtement de briques cuites ou de plaques de métal qui enveloppait le massif de briques crues dont se composait l’édifice, n’était ici formé que de matériaux de qualité fort inférieure, de briques à moitié cuites. D’autre part, et non point en vue de l’ornementation, mais pour donner à cet étage une force de résistance additionnelle, les architectes l’avaient entouré de contreforts. Enfin, ses cêtés n’étaient pas complètement perpendiculaires comme ceux des autres étages.

l’accumulation dos décombres que par des exhaussements considérables du terrain ; car, on no place pas, dit-il, une tour sur une espèce de plinthe, comme une statue.

mais biUis en talus à la base, et il avait une sorte de plinthe formée par trois rangées de briques posées sur leurs faces étroites entre une ligne de briques placées horizontalement *.

Les quatrième, cinquième, sixième et septième étages n’avaient plus que 15 pieds anglais d’élévation *, et 140, 104, 62 et 20 pieds anglais de côté.

La différence de longueur, 42 pieds anglais, qui existait entre chaque tour n’était pas également répartie, chaque tour supérieure ne se trouvait pas exactement placée au milieu de la tour inférieure. On pouvait mesurer par exemple, entre le sommet nord-est de la première tour et la base nord-est de la seconde, une distance de 30 pieds anglais; tandis que, sur le côté sud-ouest, la deuxième tour n’était en retrait que de douze pieds anglais sur la première *.

' Dispositions bien surprenantes pour un troisième étage.

* « Il n’est pas croyable <iu’on ait bâti d’une manière aussi peu systématique, » dit M. Opport ; — suivent d’autres objections tirées des dimensions mômes de la ruine; voyez Exp. SC. en MéiOp., t. I, p. ÎOG.

^ Contraire au.\ données que fournissent les ruines; d’après M. Opport, voyez op. cil. p. 207.

Enfin, sur la terrasse du septième étage se dressait la chapelle ou cellule construite également en briques, haute, longue et large de 15 pieds anglais probablement.

Sauf les exceptions que M. Rawlinson admet pour les premier et troisième étages, aucune saillie ne serait venue rompre la monotonie des larges surfaces planes : à moins cependant qu’un escalier ou une rampe conduisant aux étages élevés n’eût contourné les façades , mais ceci est une simple supposition , dit le savant anglais, car on n’a trouvé aucune preuve matérielle.

L’entrée principale du temple était située sur la face nord-ouest. De ce côté existait aussi un vestibule, édifice séparé. Sa place est encore indiquée par la masse de débris qui, réunie à celle de la Tour, prolongent la ruine dans cette projection ’.

Des chambres, creusées dans la profondeur des massifs des premier et deuxième étages servaient

■ Pour cela, il faudrait admettre que le vestibule eût atteint la liauleur du second étage; or. un vestibule ne peut être bâti dans ces conditions, surtout quand il sert d’entrée à une série de tours superposées.

(le logement aux prêtres et aux serviteurs du temple.

M. Rawlinson crut en outre avoir retrouvé la trace de couleurs qui auraient été attribuées à chacune des tours. Les sept étages, dit-il, représentaient les sept sphères dans lesquelles, selon les astronomes chaldéens, se mouvaient les sept planètes, et, dès-lors, ils ont été revêtus des couleurs affectées à chacune des planètes.

La première tour était enduite de bitume, le noir étant la couleur consacrée X Saturne. La deuxième, par son revêtement de briques cuites de couleur orange, désignait la planète Jupiter. Des briques d’un rouge éclatant (Mars) enveloppaient le massif du troisième étage. Des plaques d’or (couleur du soleil) couvraient le quatrième ; des briques d’un jaune pAlc (Vénus) le cinquième. Le sixième offrait des briques bleues (Mercure); la vitrification, selon M. Rawlinson, leur avait donné cette nuance, “ l’étage tout entier, après sa construction, avait été vitrifié par un feu intense allumé tout autour ‘ . « Le septième enfin était plaqué de feuilles d’argent.

• ProctiJé bizarre.

la couleur de ce métal étant celle de la Lune ' .

La reconstitution faite par M. Rawlinson ne nous satisfait nullement. Selon M. Oppert, l’état des ruines, la façon dont elles ont dû s’accumuler, la combattent ; elle offre, dans quelques détails, les plus graves contradictions avec les données recueillies par tous les explorateurs ; elle admet des procédés de construction ingénieux peut-être, mais d’une impossibilité matérielle évidente, des combinaisons totalement étrangères à l’esprit pratique du peuple de la Chaldée. Nous ne saurions indiquer ici toutes les inexactitudes que M. Oppert a relevées*; mais néanmoins, notre lecteur, se souvenant de l’analogie parfaite qui exista de tout temps entre les coutumes et les procédés de la Chaldée et de l’Assyrie, pourra porter, sur la restauration proposée par M. Rawlinson, le jugement qu’il convient, en la comparant avec la restitution si complète, si mathématique que M. Place a donnée de

‘ Voyez pour tous ces détails. M. H. RaT\ linson, lîérodolus et Journal of the Asialic Society., vol. XVIII,

* Voyez, Exp. $c. en Mèsop., t. I, poges 201 cl seqq.

la tour de Khorsabad, grâce à la conservation merveilleuse du monument d’Hisr-Sarkin.

La restauration présentée par M. Oppert se rapproche, presque en tous points, de cette dernière. Pour ce motif d’une part, considérant d’autre part les raisons sérieuses qui l'ont dictée au savant explorateur, nous n’hésitons pas à la reconnaître de beaucoup supérieure à celle de M. Rawlinson.

M. Oppert pense avec raison que « c'est au-dessous du sol actuel qu'il faut chercher le commencement de l'édifice, car le terrain s’est élevé sur l’ancien niveau, à cause de l’alluvion et des ruines amoncelées et ne peut s’être abaissé. «

Et, d’après lui, c’était sur une plate-forme, ayant 75 pieds de hauteur et à la base 600 pieds de carré, que se dressait l’édifice des sept tours superposées.

M. Oppert croit « que ce premier soubassement descendait, sur le côté sud-ouest, en trois gradins dont le supérieur était toujours en retrait sur le côté sud-ouest de 12 pieds, mais non sur ceux de nord-ouest et sud-est *. « Sur la face nord-est s’ou-

> Celte donnée semble résulter de l’état do la ruine.

vrait le temple de Lunus décrit par Hérodote ' et mentionné par Nabuchodonosor :

“ Au dieu Sin qui soutient le flanc de mon autorité j’ai consirmile Bit-Tim-Au-Ni, son temple, en forme de caverne, dans la plate-forme au-dessous de la Tour*. «

Vers le côté nord-ouest était l’entrée de la Tour. Le troisième étage du monument selon M. llawlinson était le premier de l’édifice d’après M. Oppert, de là, l’explication des précautions exceptionnelles qui avaient été prises en vue d’assurer sa solidité. Les sept tours ne présentaient pas des élévations différentes, mais 25 pieds de hauteur chacune, deux cent cinquante pieds pour la hauteur totale de l’édifice,) et leur longueur de côté était de 180, 156, 132, 108, 84, GO et 36 pieds babyloniens. L’étage supérieur ne s’élevait pas sur le côté, mais au centre même de la terrasse inférieure, de telle sorte que sur chaque face il y avait un pourtour de 12 pieds.

* Ilérodolt*, I, 183.

* Inscriplion de Londres, col. i, 1. Gl.

« On avait ménagé une montée autour de tous ces massifs, nous dit Hérodote. A peu près au milieu se trouvait un lieu en retraite et des bancs sur lesquels ceux qui montaient pouvaient se reposer •» M. Oppert se fondant sur les dispositions de la ruine, pense, que la montée était « ménagée de deux cotés seulement, nord-ouest et sudest, de manière A ce que les rampes de toutes les tours commençassent sur les angles nord et est et aboutissent sur les angles ouest et sud. On pouvait ainsi faire le tour : prendre de la première tour la rampe nord-ouest, longer de la seconde le pourtour sud-ouest de 12 pieds de large et prendre la rampe sud-est, longer le pourtour nord-est et prendre la montée nord-ouest de la troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce quon arrivât au septième étage. «

Comme à la Tour de Khorsabad peut-être ces rampes offraient des séries do gradins ; des parapets, semblables à ceux d’Hisr-Sarkin, régnaient sans doute sur toute la longueur.

• ll^-rodole, I, 181.

Des dispositions avaient certainement été prises pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie, mais on ne saurait les reconnaître aujourd’hui.

Au septième étage se trouvait le grand sanctuaire où reposait l’inspecteur suprême du ciel et de la terre, Nébo

Enfin, si les couleurs attribuées aux planètes ont été représentées sur les divers étages, elles ne l’ont été qu’au moyen de briques vernissées, et dans l’ordre suivant : noir, blanc, orange, bleu, écarlate, argent et or *.

Avec de l’or, de l’argent, d’autres métaux, des pierres, des briques vernissées, du lentisque, du cèdre, Nabuchodonosor avait achevé la magnifi-

• Ce sancluairc a été décrit par Hérodote, I, 18t.

* La forteresse d’Ecbatane dont parle Hérodote, I, 98, donnait, pour la disposition des couleurs, l'ordre suivant : blanc, noir, écarlotc, bleu, orange, argent, or. — Hérodote a quelque peu interverti l'ordre des couleurs attribuées aux planètes par les orientaux ; V. Rawünson, Ilérodotus, I, p. 242. — O M. Rawlinson, avec sa sagacité instinctive, dont tout le monde admire la force et les résultats, a reconnu que les couleurs étaient disposées à Ecbalane, non selon ta distance supposée des planètes à la terre, mais selon l'ordre des jours de la semaine. »

cence de la Tour, la maison éternelle. Il avait recouvert en or les poutres du lieu de repos de Nébo ; les battants, le seuil, les linteaux et les gonds de la porte, il les avait incrustés avec du zariri. La tente de ceux qui sont proches de Nébo, (cest-àdire l’intérieur du temple,) il l’avait recouverte de rangées do marbre et d’autres pierres. En briques couvertes de cuivre il avait élevé le faite du Temple des Sept- Lumières. Il avait fortifié l’édifice

Et dans la certitude qu’il avait accompli son devoir, le vicaire des dieux sans reproche osant s’adresser à Nébo lui disait en suppliant :

“ Nébo, qui t’engendres toi-même, dominateur, qui exaltes Mérodach, sois entièrement propice à mes œuvres pour ma gloire. Accorde-moi pour toujours une vie jusqu’aux temps les plus reculés, une fécondité septuple, la solidité du trône, la durée de la victoire, la pacification des rebelles, la soumission des pays ennemis ! Dans les colonnes de

' D’après l'Inscription de tondre', col. 3, 1. 38 el seqq. — Voyez dans M. Opperl, Eip. sc. en Mésop.f les pages concernant le Birs’Nimroud, t. I, pages ?00 et seqq.

la table éternelle qui fixe les sorts du ciel et de la terre, consigne le cours fortuné de mes jours, inscris y la fécondité ' ! «

VII. — La situation de Babylone, la fertilité de son territoire, sa civilisation, le prestige que lui donnait son caractère religieux avaient attiré vers elle, bien antérieurement à la date de la chute définitive de la capitale assyrienne, une foule d émigrants qui n’avaient pu trouver place dans ses murs. Autour de la cité, des faubourgs, des quartiers s’étaient formés et avaient pris une importance telle que les derniers rois de Ninive eux-mêmes, avaient dû songer à les protéger contre les attaques du dehors. Nous avons vu Assarhaddon commencer la construction des grands murs d’enceinte.

Quand Ninive tomba, Babylone, qui jusque là n’avait eu qu’une importance secondaire, devint « la souveraine. »» La conquête accrut encore sa population, les faubourgs se changèrent en vérita-

‘ Inscription des barils Irouvi's par M. Rawlinson, in fine.

blés villes, et, aux motifs qui avaient dicté aux princes assyriens l’entreprise des grands murs, vint s’ajouter, pour les vainqueurs, la nécessité de créer une capitale digne par son étendue d'étre la reine de l’Asie. Nabuchodonosor conduisit à sa fin l’exécution des travaux d’Imgur-Bel et de Nivitti-Bel, et, dés lors, sous le nom do Babylone, fut comprise non-seulement Vurbs antique, mais encore Hillah, Borsippa et Cutha. C’est ainsi que les différents quartiers de Paris se sont rangés autour de la cité; c’est ainsi que Londres est venue se grouper autour de la cité romaine et anglo-saxonne.

D'autre part, les palais dans lesquels avaient trôné les petits princes de la Chaldée, les gouverneurs de la Babylonie, province de l’empire assyrien, ne pouvaient plus suffire au faste qu’exigeait la puissance des maîtres de l’Orient. Il fallait de nouvelles et de splendides demeures, aussi, voyonsnous Nabuchodonosor transplanter les habitants de la ville en dehors des murs anciens, et, de la cité toute entière, ne faire qu’une résidence royale.

Elle s’étendait de l’un et de l’autre côte de l’Euphrate. A l’ouest, sur la rive arabe, se dressait

l’ancien palais ; il était protégé par les quais d’un côté, sur les autres faces par une portion, longue de 30 stades, de l’ancien mur de la cité*. A l’est, de l’autre côté du fleuve, en dehors et en face du palais de ses pères, rapportent Bérose * et les inscriptions, Nabuchonosor fit élever un second palais : « J’ai construit le palais, le siège de raa royauté, le cœur de Babylone, dans la terre de Babylone, dit le roi dans une inscription ; j’ai fait poser les fondations à une grande profondeur au-dessous du niveau du fleuve, j’ai relaté sa construction sur des cylindres recouverts de bitume et de briques. « Quinze jours suffirent à la construction *. Un passage souterrain, le tunnel, mit en communication la demeure royale de la rive droite, à celle de la rive gauche *. Quelques années après l’achèvement du Grand Palais, au sud de cet édifice, le même roi devait entreprendre les Jardins suspendus ; au nord.

‘ Diodore II, 8.

* Bérose cilé par Josèpho, contra Apionem, I, 20.

^ Bérose, loc. sup. cil. ; — Inscription de Londres, col. 8, à la lin.

* Voyez plus haut.

existait déjà la Pyramide ou Tombeau de Bélus. Ces monuments étaient garantis d un côté par le fleuve, et des trois autres par la seconde portion de l’ancien mur, composé, comme tous les murs babyloniens, de terre revêtue d’un ouvrge en briques cuites; cette seconde portion mesurait, suivant Diodore, soixantes stades.

Des précautions particulières avaient été prises pour la défense du Grand-Chàteau. Il était entouré de deux murailles. « Je fis construire un mur puissant tout autour, en bitume et en briques, dit Nabuchodonosor dans YInscription de Londres. J’en fis un autre grand en pierres (employées aux soubassements probablement), les produits des hautes montagnes. Comme des monts j’en ai élevé le sommet*. " Diodore, lui aussi, nous a parlé de ces murailles ; il nous les décrit ainsi : En dedans de

la première enceinte de 60 stades était une seconde enceinte faite avec des briques crues, revêtue de briques sur lesquelles étaient représentées des figures de toutes sortes d’animaux; elles étaient

' Inscription de Londres, col. 9, l. 19, ss.

peintes avec tant d’art qu elles semblaient être vivantes. Cette enceinte avait 40 stades de longueur; son épaisseur était de 300 briques (300 pieds), et sa hauteur, suivant Ctésias, de 50 brasses (300 pieds); la hauteur des tours était de 70 brasses (420 pieds). Enfin, en dedans de cette seconde enceinte, il y en eut une troisième qui entourait’le palais. Son périmètre était de 20 stades, et elle dépassait en hauteur le mur intermédiaire. Sur les tours et la muraille on avait reproduit toutes sortes d’animaux qui avaient plus de 4 coudées de haut (2'" 01). Au milieu d’eux se trouvait représentée Sémiramis, au moment où montée à cheval elle frappait de son dard une panthère ; tout auprès d’elle était son mari Ninus, qui, de sa main, traversait un lion d’un coup de lance’. « Au pied des murs de l’acropole il n’existait pas de fossés, il n’en est fait mention dans aucun texte *.

‘ Diodoro II, 8.

* ■ Cela explique, dit M. Oppert. la conservation des murs, » ou du moins, celle suite d'élévations qui en tient la place et que l'on peut suivre, en certaines parties, sur des longueurs considérables encore.

Si le récit de Diodore est manifestement exagéré en ce qui concerne la hauteur et la largeur des deux murs intérieurs, il a été pleinement confirmé par l’exploration des ruines en ce qui touche aux représentations peintes. Au pied des monticules qui indiquent encore les murailles, le sol est jonché de fragments de briques vernissées. « Nous trouvâmes, dit M. Oppert, des fragments en partie bleus, sur lesquels se détachait un fond jaune ; ce dernier portait un système d’écailles entourées de lignes noires, et qui rappelle le dessin retrouvé dans les bas-reliefs de Ninive pour indiquer un terrain montueux planté d’arbres. Ces écailles étaient, en outre, rendues plus visibles par les élévations de la brique elle-même ; la peinture était appliquée sur une espèce de bas-relief à peine ébauché... D’autres fragments représentaient une ondulation bleuâtre, comme s’ils devaient exprimer l’eau; d’autres montraient des restes de murailles, des arbres même. Une autre catégorie de briques peintes fournissait des images d’animaux ; nous trouvâmes ainsi un pied de cheval, les membres d’un lion, surtout la crinière et la queue. Une large ligne noire,

tracée à travers un fond bleu, pouvait rendre la lance du chasseur. Ensuite nous vîmes un œil d’homme parfaitement dessiné de face quoique la petite partie qui était conservée au-dessous de l’œil semblât indiquer un visage de profil. »» Enfin on rencontra des fragments de lettres cunéiformes.

Les inscriptions se trouvaient sans doute audessus des représentations figuratives, et ornaient ainsi la frise du bâtiment, qui souvent, comme à Ninive, était formée d’une bordure de bleu et de blanc. Il est possible que cette ornementation épigraphique alternât avec une autre formée par des rosaces blanches sur fond bleu, dont on a retrouvé également des fragments assez nombreux. «

Les couleurs que l’on voit le plus fréquemment sont le blanc, le bleu et le jaune d’ocre. Peu de briques sont couvertes du vernis rouge ; le noir est plus fréquent. Les briques n’ont été enduites de vernis que sur un de leurs côtés étroits seulement, sur une tranche, et portent en haut un signe particulier dans lequel M. Thomas a reconnu la marque de pose. « M. Thomas a deviné le mode dont se servirent les Babyloniens pour plaquer sur leurs

murs des représentations figurées : la présence des marques de pose la mené à cette découverte. Il fit observer que les couleurs ne se bornaient pas seulement à la surface qui leur était destinée, mais qu elles avaient taché le côté qui se trouve audessus et au-dessous de l’enduit. On prenait une plaque d’argile d’une dimension assez grande pour y pouvoir composer le sujet tout entier, ou du moins une partie très-notable do la représentation, on modelait cette plaque de briques comme on sculpte du marbre, et on la coupait ensuite par des rectangles de la hauteur de 8 centimètres et de la largeur de 10 ou de 12. Ces morceaux, munis d’une marque de pose, étaient alors couverts séparément de couleurs vernissées, et ensuite cuits au four. Il arrivait ainsi que l’enduit coulait sur les côtés en haut et en bas

Ainsi préparées, ces briques étaient appliquées contre la muraille enduite au préalable d’une couche de mortier ; la marque de pose guidait l’ouvrier dans la reconstitution du dessin qu’il avait à repro-

* M. J. Oppert, Exp. sc. Mésop.^ tome I, p. 145.

duire. La couche colorante étendue sur les briques avait près de deux millimètres d’épaisseur et ressemblait à une vitrification, toutefois la cassure en était difficile.

Diodore nous a appris que l’on “ pénétrait dans la citadelle par de triples portes au-dessous desquelles il y avait des trappes d’airain qui s’ouvraient par un certain mécanisme M. Oppert a cru pouvoir indiquer encore la place de deux.de ces portes, mais aucune fouille n’ayant été faite, rien n’est venu confirmer l’opinion de M. Oppert.

L’état de ruine du palais est tel que l’on ne saurait se faire aucune idée exacte sur sa forme primitive. Babylone ne s’est point trouvée dans les mêmes conditions que Hisr-Sarkin par exemple, A Hisr-Sarkin le fléau destructeur qui a passé sur les monuments s’est pressé dans son œuvre et n’en a accompli que la moitié, il n’a touché que la tète de l’édifice, le palais n’a été détruit que dans sa partie «upérieure. A Babylone, il s’est fait sentir durant un long espace de temps, il a pu compléter

* Diodore, II. S.

ses ravages. Toutefois, on peut affirmer que les palais de Babylone se sont élevés comme ceux de Ninive sur des plates-formes carrées, aux angles dirigés vers les points cardinaux, pavées de briques cuites ou peut-être même de dalles, mais en des cas plus rares qu’en Assyrie On peut affirmer encore que ces palais se sont dressés au milieu des plates-formes; que leurs murailles, d’une élévation et d’une hauteur prodigieuses, soutenues par de puissants contre-forts, ont été composées, à l’intérieur, de briques simplement séchées au soleil, à l’extérieur, de bonnes briques cuites *. Mais il est de toute impossibilité de se prononcer sur les agencements intérieurs, de reconnaître le nombre d’é-

' Voyez on ofTci M. Oppert, Ej p. sc. en Mésop. tome 1, page 119 : « Nous avons découvert plusieurs dalles do pierre de U" 525 do longueur chacune... » Beaucoup d’entre ces dalles portaient le nom de Nabuchodonosor, et la légende était ainsi conçue ; « ürand palais do Nabuchodonosor, roi do Baby- « lone, üls de Nabopallassar, roi de Babylone. qui marchait « dans le culte des dieu.x Nébo et Mérodach, ses seigneurs. » D’autres pierres, do la dimension d’un pied carré, ont également été mises au jour, mais elles sont plus rares que les grandes, dont la surface est juste d’une coudée carrée. »•

- A la dilTorence de r.\ssyrio qui, nous l’avons vu, se servait presque c.vclusivement de la brique crue.

tages que les palais ont compté , les modes de toiture et declairage qui ont été usités. On peut supposer seulement que Ninive et Babylone ont été, dans ces cas encore, dans des conditions analogues. Cette supposition paraîtra suffisamment fondée, si Ton considère les rapprochements continus, letonnante parenté qui existèrent entre la Chaldée et l’Assyrie, et surtout l’influence qu’exerça l’architecture du peuple du sud sur celle du peuple du nord. Ët cette influence fut tellement considérable qu’elle conduisit l’Assyrie à copier la Chaldée dans le choix même de ses matériaux, bien quelle en eût d’autres à sa disposition Enfin, des dessins, semblables à ceux que nous avons remarqués sur les murailles des palais ninivites ornementaient les murs des édifices babyloniens. Le mode seul d’application différait. En Assyrie les scènes étaient sculptées sur des plaques d’albàtre ; à Babylone, elles étaient reproduites au moyen de bnques vernissées ; — nous l’avons dit déjà, le sol de la Chaldée ne fournissait que l’argile.

* Voyez plus haut.

— Les quelques sculptures ou bas-reliefs babyloniens retrouvés portent tous les caractères de la plus complète inhabileté, et, en aucune sorte, ne peuvent être comparés aux œuvres du ciseau ninivite.

Telles sont, croyons -nous, les seules notions recueillies jusqu’alors sur les demeures des rois de Babylone.

VIII. — A 700 mètres du Grand Palais, au sud, étaient situés les Jardins suspendus. Selon Diodore, ils étaient l’œuvre d’un roi syrien postérieur à Sémiramis. Une de ses femmes, originaire de la Perso l’avait engagé, nous dit l’historien, à lui rappeler, par des plantations artificielles, son pays natal, et ces constructions avaient été ordonnées pour satisfaire à son désir* . Ce roi, dont parle Diodore, n’était autre que Nabuchodonosor * , Bérose nous l’apprend ; la femme à laquelle il voulait complaire se nommait Àmytis, elle était mède de naissance et

> Diodore, 11, 10.

» Bérose cité par Josèphc, cont. Apionem, I, 19.

fille du roi Astyages L’union du roi avec cette femme paraît avoir suivi la destruction de Jérusalem ; la construction des Jardins suspendus n’est en effet mentionnée dans aucune des inscriptions relatives à la circonvallation de Babylone, à la restauration de la Pyramide, de la Tour, œuvres qui doivent être comprises dans les seize ans qui s’écoulèrent entre l’avènement de Nabuchodonosor et sa campagne de Judée.

Diodore , Strabon et Quinte -Curce nous ont laissé des descriptions détaillées des Jardins suspendus.

Voici d’abord la description de l’auteur latin :

•* On a construit sur le rocher des piliers qui soutiennent l’ouvrage entier ; sur ces piliers, on a étendu un solum formé de pierres carrées pour supporter la terre qu’on y a déposée à une grande hauteur et pour résister à l’humidité provenant des

‘ La construction des Jardins suspendus, dit M. Oppcrl, peut avoir été l'œuvre d’un roi ûg6 qui veut complaire .à sa maîtresse dont il craint rinfidélitiL.. car il y avait non loin de Babylone des contrées montueusos et d’une grande beauté.

arrosements. Ces soubassements soutiennent des arbres tellement forts, que leurs troncs occupent un espace de 8 coudées de circonférence ; ces ar-’ bres ont jusqu’à 50 pieds de haut et fructifient tout comme s’ils étaient cultivés dans leur propre terre. La masse des jardins est très-solide, car elle est soutenue par 20 parois très-larges, distantes les unes des autres de onze pieds. Ceux qui la voient de loin peuvent croire que c’est une forêt qui s’adosse à une montagne ' . «

Strabon s’exprime ainsi :

« Les monuments de Babylone sont comptés parmi les sept merveilles, de même que le Jardin suspendu qui a la forme d’un carré de 4 plèthres de cêté. Il est composé de plusieurs terrasses formées par des voûtes s’élevant les unes au-dessus des autres et soutenues par de gros piliers. Ces piliers sont creux, remplis de terre pour qu’ils puissent contenir les racines des plus grands arbres. Ces piliers ainsi que les planchers des terrasses et les voûtes sont en briques cuites cimentées avec de

‘ Quinle,-Curce, V, I.

l’asphalte. On arrive à l’étage supérieur par des gradins le long desquels on a disposé des turbines. Des hommes, dont c’est l’ouvrage, les mettent en mouvement sans cesse et font monter l’eau de l’Euphrate dans le jardin situé tout près du fleuve*, n

Diodore est encore plus explicite :

« Le jardin de forme carrée, avait de chaque côté quatre plèthres, on y montait par des degrés sur des terrasses posées les unes sur les autres, de telle sorte que le tout présentait l’iispect d’un amphithéâtre. Ces terrasses, sur lesquelles on montait, étaient soutenues par des voûtes qui, s’élevant graduellement de distance en distance, supportaient toutes le pied des plantations; la voûte la plus élevée avait 50 coudées de haut, au-dessus d’elle se trouvait la plate-forme du sommet dont l’élévation égalait celle de l’enceinte. Les piliers étaient construits avec une grande solidité, ils avaient 22 pieds d’épaisseur, et chacun était séparé de l’autre par un intervalle de 10 pieds. Les plates-formes des

« Sirabon, XVI.

terrasses étaient formées par des blocs de pierre dont la longoeur, y compris la saillie, était de 16 pieds sur 4 de largeur. Ces blocs étaient recouverts d’une couche de roseaux mêlés de beaucoup d’asphalte ; sur cette couche reposait une double rangée de briques cuites, cimentées avec du plâtre ; celles-ci étaient, à leur tour, recouvertes de lames de plomb afin d’empêcher l’eau de filtrer et de pénétrer dans ces fondations. Sur cette couverture était répandue une masse de terre suffisante pour recevoir les racines des plus grands arbres. Les tunnels recevaient la lumière par les voûtes qui leur étaient superposées ; ils étaient nombreux et variés pour que les rois pussent y séjourner. Au sommet il y avait un édifice ayant des tranchées perpendiculaires et des machines qui faisaient monter l’eau du fleuve, sans que personne du dehors pût s’en apercevoir *. ••

En s’appuyant sur les indications des auteurs et sur celles que peuvent fournir encore les ruines, M. Oppert a proposé la reconstitution suivante :

‘ Diodore, II, iü.

Les Jardins suspendus reposaient sur un monticule artificiel servant de soubassement. Dans ce soubassement étaient ménagés des tunnels, des réservoirs destinés à retenir l’eau de l’Euphrate audessous de la plate-forme des jardins*. Au-dessus de ce monticule s’élevait le véritable édifice. « Nos mesurages, dit M. Oppert, ainsi que la configuration du terrain permettent d’attribuer à chaque côté une largeur de 250 mètres, soit 8 plèthrès (252 '"). »» Le chiffre de 16 plèthrès carrés indiqué par Strabon et Diodore, représente selon M. Oppert, l’étendue du sommet de la plate-forme. — Des piliers, larges de 22 pieds, distancés les uns des autres de 10 pieds, s’enfonçant profondément dans l’intérieur du monticule régnaient sur toute la largeur des côtés. Il y en avait 25 par côté, et 25 fois 25 répartis sur toute la surface du premier carré (790 pieds de côté). Sur cette construction reposait la première terrasse. La deuxième terrasse, occupant un carré de 662 pieds était soutenue par

‘ F.i M. oppert a cru retrouver dos restes de ces canaux souterrains.

21 fois 21 piliers ; la troisième par 17 fois 17 répartis sur la surface d’un carré de 534 pieds de côté ; la quatrième enfin était supportée par 13 fois 13 piliers occupant un carré de 406 pieds de côté.

Le monticule de la base mesurait 50 pieds de haut ; chacun des étages, y compris les plafonds des voûtes et les parquets de terre, présentait aussi une élévation de 50 pieds, soit pour la hauteur totale de l’édifice, 250 pieds (78

Chaque étage inférieur dépassait l’autre de 64 pieds sur le côté et de 128 pieds sur la façade. « C’est ainsi, dit M. Oppert, que les terrasses entouraient, sur trois côtés, la construction supérieure, et ces plateaux formaient ce qu’on appelle rèTTKpavîia, la vue. La ruine semble indiquer que le quatrième côté, opposé au fleuve, s’élevait perpendiculairement ou verticalement dans toute la hauteur de l’édifice, ce qui rendait certainement les vues du jardin plus variées et plus imposant l’aspect de l’édifice du côté de la terre ‘. ♦»

Les inscriptions que l’on connaît ne font aucune

> M. ,1. Oppert, Exp. sc. en Ah'sop., tome 1, page IGi.

mention des Jardins suspendus, et aucune fouille n’a été entreprise jusqu’ici dans le but de rechercher les soubassements et la pierre angulaire du monument. La découverte de cette pierre serait cependant précieuse, tant au point de vue de la description de l’édifice, qu’au point de vue historique, car elle nous parlerait très-probablement de la destruction de Jérusalem et des événements qui se sont accomplis dans la dernière période du règne de Nabuchodonosor.

IX. — La Pyramide ou Tombeau de Bélus, située au nord du Grand Palais, était voisine de la première enceinte de la Cité Royale. Ce monument paraît avoir été le temple métropolitain de Babylone proprement dite. 11 était aussi le plus ancien édifice de la ville ; sa construction remontait à la date de la domination kouschite.

A l’époque d’Àssarhaddon, le temple tombait tellement de vétusté que le roi put considérer la restauration qu’il entreprit comme une véritable réédification. Par un décret, il avait fixé l’année et le jour où devaient commencer les

travaux. « En présence du dieu Mérodach, dit-il dans une inscription, je me prosternai et jassemblai la totalité de mes armées et mes peuples de la Basse-Chaldée dans toutes leurs tribus. J allumai du bois d’aloès et je déposai ma tiare en guise de signe heureux... ; les matériaux que j’avais apportés des plus hautes montagnes, je les déposai. Alors, je mis ma tiare sur ma tète, ordonnai aux grands de se prosterner. Dans une tente couverte de peaux de veaux-marins, construite avec de l’ébène, du santal et du lentisque, je me réservai un endroit pour moi, et fis mouler les briques de la Pyramide, le temple des grands dieux, et pour ses merveilles, car Babvlone est la ville des lois '. « Plus tard, le temple ayant de nouveau souffert dos injures du temps, des restaurations furent entreprises. A ces travaux s’attache encore le nom de Nabuchodonosor qui se dira dès-lors, dans les inscriptions, « le reconstructeur de la Pyramide et de la Tour. »•

• Pierre d’Aterdccv, roi. .1, Opper!.

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