CHAPITRE U
Architecture Ghaldèenne.
I.— Antiquité des cités Cliaidéennes. — II. Constructions des rois Sagaraktiyas, Uruck, Poumapouriyas, Kourigalzou, Hammourabi. — III. Résuitats des fouilies de MM. T.otAis et Taylor en ce qui concerne la recomposition de l'édifice Ghaldôen.
Les villes d’Erech, de Nipour, de Larsam, Chalanné, Sippara furent le centre et la 'de de l’empire chaldéen qui, suivant les calculs de Bérose, dura de l’an 2017 à l’an 1569 avant notre ère. La fondation de quelques-unes de ces villes remonte à l’époque la plus reculée. La Bible l'attribue au Çhamite Nemrod, qui, lui -même, •• n’apparaissait déjà plus au rédacteur de la table généalogique de la Genèse que dans un nébuleux lointain et avec un caractère purement fabuleux *. • — •* Et le com-
* M Maury, Rev. des Deux-Mondes, 15 mars 1867, Ninive et Babytone.
raencement de son règne, dit-elle, fut Babel, Erech, Accad et Calneh au pays de Sennaar \ »
Nemrod, suivant certains commentateurs, aurait même été plus loin encore; en effet, si les uns lisent le verset 1 1 du chapitre X de la Genèse de la manière suivante : « Et de cette terre sortit Assour qui bâtit Nineveh et Rekhoboth et ChaXah; » d’autres le lisent « Et il (Nemrod) sortit de ce pays-là et il bâtit Ninive et les rues de la ville, et Chalah.^., » s’appuyant sur ce que Assour n’est pas seu-
lement un nom propre, mais encore le participe du verbe inusité correspondant au latin gressus, en sorte que le membre de phrase en litige (ivcJN NV») peut se rendre littéralement par exiit gressus * ; d’un autre côté, ils remarquent que depuis le verset 2 jusqu’au verset 21 le chapitre X ne traite que de la généalogie de Japhet, tandis qu’à partir du verset 21 jusqu’au verset 31 il n’est plus question que de Sem et de ses descendants.
Pour nous, nous suivrons la première interpré-
• Genèse, ch. X. i. 10.
* Voyez Gosenius, Lexicon IJebraïcum et Chaldak'cum ; voc. yiVtt et
tation, et sans nous appuyer sur des théories particulières, nous n’en donnerons pour cause que des faits généraux. Rarement, sur les monuments assyriens, est invoqué le nom de Nemrod {Del-Nipru, le dieu chasseur), Assour au contraire y est vénéré comme le dieu le plus puissant, “ le roi de tous les dieux ; n il a donné son nom à une ville, la capitale avant Ninive ; à la nation ; à la contrée tout entière', et ceci n’aurait certes pas eu lieu si la fondation des villes assyriennes était due à Nemrod. De plus, l’intercallation du verset concernant le Sémite Assour au milieu de ceux qui énumèrent la descendance de Cham n’a rien que de très-naturel. A l’époque où fut écrite la Genèse, les villes Chaldéennes et Assyriennes étaient depuis longtemps déjà réunies sous la môme domination, nous l’avons vu plus haut par l’acte de possession fait à Ellassar par Is-
’ Assour (le dieu bon) est le •« roi do rassemblée des Grands Dieux. » Il est aux rois de Ninive ce qu’Ammon est aux Pharaons. « Dans le mois do la bémidiction, au jour heureux, j’ai, au milieu d'eux, » — Sargon vient de parler des grands de sa cour, — u invoqué Assour, le père des dieux, le plus grand souverain des dieux et des Astaroth qui habitent l’Assyrie. »
midagan et son fîls Shamas-VuP ; et Moïse entre les villes comprises dans le même empire aura vouln établir une distinction immédiate : Nemrod a fondé telles et telles villes, mais c’est Assour qui a fondé telles autres.
L’interprétation que nous avons rappelée est du
• Shamas-Vul. Shamas, est le mothébreu VüV (servir, serviteur), et Vul le nom du dieu do l'atmosphère ; d'où alors, serviteur de Vul. Régnait vers 1800.
On sait du reste par Manéthon que l'étendue de l’empire Cbaldéen fat considérable, car cet historien nous montre le premier roi de la dynastie régulière des Pasteurs ou üycsos, Sèt-aa-pebti-Noübti, effrayé de son développement, se fortifier dans Avaria dans la crainte d'une expédition partie de l'Euphrate : « . . . Enfin, dit Manéthon cité par Josèphe conlre Apion, les Pasteurs firent roi l'un d’entre eux ; son nom était Salatis,— ailleurs, Saltis; Eusèbe, Chron., Silitès ; selon Africanus, Baïtès. — Il résidait à Memphis , la haute et la basse région lui payaient tribut, et il avait placé des garnisons dans les lieux les plus convenables. Mais il se fortifia surtout du côté de l'Orient, craignant que les Assyriens, puissants alors entre tous, n'aient l'idée d'envahir son royaume. Ayant rencontré dans le nôme de Sethraitès,— ailleurs Sais; Eusèbe, Chron., Methraïle, (tout ceci par erreur, lisez Tanis,) — une ville répondant à son dessein, située prés du fleuve Bubastis, appelée Avaris, — ou Abaris,— d'après une antique traditien religieuse, il en fortifia les murailles, y accrut la population, et pour la garder, y plaça jusqu'à 240,000 hommes. Il y résidait pendant l'été, tant pour distribuer à ses soldats le blé et la solde que pour les exercer avec soin au maniement des armes, dans la crainte des ennemis du dehors. »
reste peu suivie, pour ne pas dire, n’est point admise, et lors môme, ce serait à d’autres plus autorisés qu’il appartiendrait de trancher cette question. Pour nous, il nous suffit de remarquer que les villes citées en premier lieu datent de la plus haute antiquité ; que leurs ruines, on plutôt, ce qui reste de leurs ruines, peut, dans ce qu’il nous donne, nous les montrer telles qu’elles ont été, sinon à l’époque de fondation, du moins à une date qui se perd encore dans la nuit des temps, car les rois, tels que Nabuchodonosor * et ses successeurs nous apprennent, dans leurs inscriptions, qu’ils n’ont fait que réparer temples, monuments, enceintes, mais nous ne voyons pas qu’ils aient jamais rien construit.
* Nabiuv-kudurri-^ur (le dieu Nébo protège ma famille.) — Le nom de Nabuchodonosor est aussi exprimé dans les inscriptions (Bisitoun) par un groupe de signes se lisant Anpasadusis, qui est l'idéogramme du nom du roi: — Nabiuv-kudurriusur, nous l’avons dit déjà, se traduit par: le Dieu Nébo protège ma famille; or, le signe qui se lit^n est l'emblème qui précède tout nom de divinité; pa est l’image, défigurée il est vrai, mais enfin l'image de la herse, un des attributs de Nébo ; sa idéographiquemenl rend la notion de famille, kudurri, phonétiquement, est traduit aussi par le mot famille; enfin dusis, répondant au mot paiar d'une inscription iranienne de Suse, veut dire, protège. — M. Oppert a fait de semblables études sur une foule d'idéogrammes.
IL — Les débris retrouvés dans ces vieilles cités nous redisent, presque tous, les noms des mômes rois : Sagaraktiyas, Uruck, Kourigalzou, Poumapouriyas, Hammourabi, et par conséquent, de tous les princes de l’empire chaldéen, ce sont les seuls que l’on connaisse quelque peu.
Sagaraktiyas que les uns placent après Uruck mais que l’on pourrait peut-être nommer avant lui, — car un vase d’albâtre portant le nom de Naram- Sin, son fils, nous offre une inscription dont les lettres ont une forme qui, d’après les indices paléographiques, paraît d’une écriture plus ancienne que celle des briques d’Uruck, — Sagaraktiyas, disons-nous, construisit à Sippara un temple * sur l’emplacement où l’on prétendait que Xisuthr, le Noé Chaldéen, avait caché en terre, au moment du déluge, les tablettes sacrées contenant le récit des premiers âges de l’humanité et la révélation des mystères de la cosmogonie
Le roi Uruck vers l’an 1900 semble avoir été.
* Nous devrons reparler do ce temple.
* Voyez : Fragments de Dérose conservés par Syncello.
H. Ouiat liiih.
parmi les souverains chaldéens, le roi constructeur par excellence. On a retrouvé son nom inscrit dans presque toutes les villes de la Chaldée, et sa réputation fut si grande qu’Ovide s’en souvint et que, dans ses Métamorphoses^ il plaça dans la famille de ce roi Thistoire de Clythie et de Leucotliée :
Rexit Achsmenias urbes paler Orchamus, isqtie Sfptimus a pnsci numeratur origine Beli'.
Ainsi, selon Ovide, üruck, Ourcham (lumière du soleil) serait le septième roi de la dynastie chaldéenne ; mais, à cet égard, le poète latin est loin d'être un guide sérieux. Quoi qu’il en soit, nous voyons üruck élever dans Chalanné-la-Grande, le temple pyramidal de Sin, le dieu Lune, et l’enceinte fortifiée de la ville ; à Nififer, les temples de Bélus, de la déesse du firmament et de Mylitta- Taauth, la mère des Dieux ; à Ereck un sanctuaire à Mylitta ; à Sippara un temple à Samas, le dieu Soleil ; à Larsam, un temple au même dieu ^
* Ovide, Métamorphoses IV, vers 242 et 243.
’ Des légendes inscrites sur des briques nous ont appris les œuvres de ce roi, elles sont rapportées dans M. Loftus, op. cil.; ou encore dans M. G. Rawlinson, The five great monarchies ~ of the andent eastem world, tome I,p. 85. — Etc...
Une inscription gravée sur des barils en brique nous a appris que Nabuchodonosor (604 à 561 avant Jésus-Christ) avait restauré les monuments de Uarsam, et entre autres le temple du Soleil : “ En ce temps-là, le Bil-ur-ra^ le temple de Samas, situé à Larsam, qui depuis de longues années était tombé en ruines formait comme une col-
line.... — Dans mon amour pour le grand seigneur Mérodach, j’ai restauré ce temple. Il avait été détruit des quatre côtés, la terre était tombée au
milieu , et on voyait ses — C’est pourquoi,
moi, Nabuchodonosor, roi de Babylone, son premier adorateur, j’ai été fortement excité à refaire son temple; j’ai recherché son antique fcmew, je
l’ai ; et sur ce temen^ j’ai de terre et la pose
des briques ^ «
A. Chalanné (538), le temple de Sin, ou du moins une partie du temple consacré à la grande déesse Mylitta, a été relevée de même par le dernier roi de Babylone, Nabonid (555 à 538). Ce roi sentant
* Cette inscription retrouvée par M. Loflus, publiée par MM. Norris et H. Rawlinson. W. A. /.pi. 51, a été traduite en français par M> Oppert. Expéd. en Mésop.
sa puissance chanceler, entreprit cette restauration pour se concilier la faveur des dieux ‘ : Le temple
du roi le Ziggurat du Bit-iz de la grande-déesse
est situé à Chalanné. Le roi Orcham en avait commencé jadis la construction, mais il ne lavait pas terminée ; son fils Ilgi en acheva la magnifi(jpnce. — Dans les tables provenant d’Orcham et d’Ilgi, j’ai lu ceci : Orcham a commencé ce Ziggurat, mais il ne l’a pas terminé; Ilgi, son fils, en a achevé la magnificence. Dans la suite des temps ce Ziggurat tomba en vétusté. J’ai reconstruit sjjr les anciennes fondations qu’avaient posées Orcham et son fils Ilgi ce Ziggurat comme il avait été jadis, en bitume et en briques, j’ai relevé ses ruines *. •
' Celte singulière particularité nous a été révélée par une inscription gravée sur des barils d’argile et retrouvée par M. Taylor aux quatre angles du grand temple de Chalanné ( Mughelr). Ces quatre exemplaires sont maintenant au Musée Britannique. MM. Norris et II. Rawlinson, v4.7. pl. 68 pn ont publié le texte. M. Fox Talbot en a donné une traduction anglaise dans le Jouinal of lhe Asia lie Society, vol. XIX, part H, p. 193 ; et M. Oppert une trad. française dans son Exp. scient, en Méxop. tome I p. 262. Nous en reproduisons quelques passages, d'après la trad. que M. J. Mènent donne dans sa Grammaire Assyrienne, p. 311.
*Suit une longue invocation au dieu Sin, enfin cet appel à sa clémence ; i C’est pouniuoi, moi Nahuna’id • — Nébo me pro-
Bien longtemps après Uruck» nous trouvons le roi Kourigalzou I", qui, pour se mettre en sûreté du côté de l’Assyrie, se construit une forteresse importante qu’il appelle de son nom Hisr-Kourigalzou (château de Kourigalzou), et dont les ruines se rencontrent à l’est de Bagdad, dans la localité d’Akarkouf. Trompés par la dénomination de Nem~ rod-ÎVptJssy (mont Nemrod) que donnent les indigènes à une ruine de cette contrée, certains voyageurs ont pris les débris d’Akarkouf pour les restes
de la Tour de Babel. D’autres constructions mar-
quent encore le règne de Kourigalzou à Chalanné, Sippara et Zari ou Zariruki (Zerghoul ').
lége — « roi de Bobylone, moi qui ai péché contre ta grande divinité, 8auve*moi, accorde-moi une longue existence jusqu’aux jours les plus reculéa Et à l'égard do Balthasar, ■
— Bel-sarru-usur , Bol protège le roi, — « mon fils aîné, le rqjoton de moi-méme, ouvre son cœur à l'adoration do ta grande divinité et qu'il n'y livre jamais une place au mal.»
— C'était ce Delsarnuur qui, associé par son père & la royiyitô, devait, à Bobylone, au milieu d'un fostin que nous décrit le Livre de Daniel, trouver la mort de la main de Darius le Mède.
— Quant à Nabonid qui s’était enfermé à Borsippa, il n'attendit pas le résultat du siège , il se rendit à Cyrus qui l’envoya en Carmanie où il termina ses Jours.
' Plus loin nous verrons ce monarque faisant des fouilles à Sippara. — Nous allons parler de Pournapouriyas ; il eût été
Enfin , ce sont Pournapouriyas P' qui, à Senkereh, répara le temple fameux du Soleil construit par Uruck; — Hammourabi', qui parait marquer la date de l’apogée de la puissance de l’empire Chaldéen, (vers 1600,) et dont le nom se rattache à d’importantes constructions élevées surtout dans la Chaldéo et l’Irak. C’est ce prince qui construisit le Grand Canal ou Nahar-malkha (fleuve royal) de Babylone et qu’il appela de son nom, «* Fleuve Hammourabi, bonheur des hommes*; *» c’est encore luique l’on retrouve à Larsam où il construit le temple du jour et celui du Soleil* ; lui qui, à Zariruki,
plus exact de le citer avant Kourigaizou, car un cachet trouvé à Bagdad nous a appris que Kourigaizou fut le iils et successeur de Pournapouriyas. On peut placer lo règne de ces princes vers l’an 1600.
’ Hammourabi veut dire : Grand Soleil. Hammu n’est autre en effet que l'hôbreu DOfl, (chaleur, soleil,) élément que l'on retrouve encore dans les noms propres hébraïques, tels que Hoion, Haraoutal, — fille de Jérémie, femme du roi Josias, — Rois, II ch. 23, i. 31, et ch. 21, 18; — hlDII Ha-
moul, — fils do Pérès, — Genèse, ch. lü, 21. — Rabi est encore l’hébreu, 3H, (grand,) 3T *]Sd, melech rab, grand roi, — Daniel ch. 11 10.
* Nous reparlerons de ce canal.
* D’après l’inscription gravée sur les briques provenant de l’angle nord de la ruino do Senkereh ; celte inscription a été
élève à la déesse Tavat, la « souveraine de l’eau, du feu, de la terre, de l’air, déesse de la justice,... le temple de l’âme du monde, le temple de son adoration perpétuelle ’ . **
III. — Malgré le peu de documents que des édifices d’une telle antiquité pouvaient fournir, grâce aux fouilles de MM. Loftus et Taylor’, on est toutefois arrivé à les recomposer quelque peu.
La pierre était d’un emploi impossible en Chaldée, il aurait fallu la faire revenir de très-loin et à grand frais, aussi les constructions se composaientelles exclusivement, — le terrain d’alluvion de cette contrée fournissant partout une excellente argile, — de briques cuites ou simplement séchées au soleil. La grosseur et la couleur de ces briques varient ; leur forme est carrée, ou à peu près, le
publiée dans le Recueil du Brilish Muséum, W. A. 1. pl. 4, n* XV, 2.— Voyez M. J. Méoant Inscrip. de Hammourabi, p. C8.
* D’après une tablette du British Muséum; traduite pat M. J. Ménant, Insc. d' Hammourabi ,pp. 72 et segq,, — et M. J. Oppert, Exp. sc. en Mésop. t. I, p. 270.
* Voyez le compte rendu des travaux de M. Taylor dans le Journal of lhe Asialic Sociely.
plus souvent, et leur épaisseur est très-petite. Les plus anciennes briques cuites découvertes dans la Chaldée ont en carré 11 pouces 1/4, et sont épaisses de 2 1/4 * ; plus fortes dans les monuments de la dernière période de l’empire Chaldéen, elles n’ont pas plus encore de 13 pouces carrés et de 3 pouces d’épaisseur *. Les briques de qualité supérieure sont d’un blanc jaunâtre; celles d’un bleu-noir sont trèsdures quoique moins soignées que les premières ; et enfin les briques d’un rouge-pâle n’ont été qu’à moitié cuites. — Les briques séchées au soleil offrent plus de variété dans leurs dimensions ; quelquefois, elles ont jusqu’à 16 pouces carrés et 7 d’épaisseur, d’autrefois elles n’ont plus que 6 sur 2^ — On a trouvé aussi des briques affectant une^ forme triangulaire, elles ont dû servir à former les angles des murs^; d’autres enfin ayant l’aspect de coins ont dû être employées à la construction des voûtes.
Parfois, les édifices ne se composaient que de briques séchées au soleil , mais alors d’énormes con-
' Journal of lhe Asialic Society, vol. XV, p. 261.
* Rich, First memoir... p. 61.
3 Journal ofthe Asialic Society, vol. XV. pp. 263, 264.
* Journal ofthe Asialic Society, \o\. XV, p. 266.
’ treforts de briques cuites venaient les soutenir ; des lits de roseaux entrelacés, enduits de bitume, placés entre les assises à des intervalles égaux, venaient prêter plus de cohésion aux matériaux % ou bien des rangées de briques cuites, disposées par couches de plusieurs pieds d’épaisseur solidifiaient la masse des briques crues * ; mais, le plus souvent, les cons* tructions étaient formées d’un revêtement de briques cuites enveloppant un massif de briques crues. — Les ciments qui ont servi à unir ces matérieaux étaient la boue et le bitume ; la boue employée plus généralement pour les constructions en briques crues, le bitume pourles bâtisses en briques cuites, et la qualité de ce dernier était excellente, car c’est avec peine, nous dit M. Loftus, que l’on parvenait à séparer les briques cimentées de la sortes
Parmi les édifices chaldéens, les monuments sacrés sont ceux qui ont laissé le plus de traces de
' Tel est le procédé indiqué par Hérodote I, 179 pour la construction des murs de Babylone.
• Journal O f the Asiatic Society, vol. XV, p. 2G3.
* Loftus, ChaldjBa and Susûtna, p. 169.
leur existence ; trois temples ont été examinés avec le plus grand soin, ce sont les temples de Warka, de Mugheir et d’Abu-Shahrein ; le premier a été exploré en 1854 par M. Loftus ; le second, cette année là encore, par M. Taylor, et le troisième par le même voyageur en 1855.
Tous nous présentent le môme type. Ce sont des tours à étages, dont les terrasses carrées*, superposées, en retraite les unes sur les autres, ont leurs angles exactement orientés sur les quatre points cardinaux, et au sommet desquelles se dresse une petite cellule carrée qui renferme le sanctuaire de la divinité. Telle était déjà à Babylone la disposition de la Tour de Babel, telle a été celle du temple de Bêlas ’. Quand l’édifice présente une certaine élévation, pour amortir la poussée des terres contre le révè-
* Deux au moins, sept au plus.
* L’état de ruine complète où se trouve le temple de Warka empêche toute reconstitution ; on peut affirmer toutefois sa forme carrée et y reconnaître l'existence de deux étages. Voyez LoAus, Chaldxa and Susiana. — Le temple de Mugheir s’élevait sur une plate-forme carrée dont les angles étaient tournés exactement vers les quatre points cardinaux ; on peut avec précision lui assigner deux étages, et si même on en
tement, la terrasse de la base est soutenue par de . puissants contreforts de briques cuites.
De semblables constructions ne pouvaient avoir de grandes beautés architecturales» toutefois elles ne manquaient pas d’une certaine grandeur, leur masse et leur élévation ne laissaient pas que de les rendre imposantes ‘ . A l’exception des pyramides, nous ne savons pas d’édifice dans le monde qui ait été plus dépourvu d’ornements extérieurs que le temple Chaldéen. On n’a rencontré dans les fouilles aucun fragment d’architraves ou de chapiteaux, aucune trace de sculpture quelle qu’elle fût ; quant aux contre forts, aux bordures, qui seuls venaient rompre la plate uniformité des murailles , ils avaient non point un but d’embellissement, mais
croit les Arabes, dit M. Taylor, J. A. 5., vol. XV^ p. 264, il y aurait moins de 50 ans que l'on pouvait encore distinguer lus restes d’un troisième. — Le temple d’Abu-Shahrein, dont les ruines sont assez voisines du Golfe Persique, présentait les mômes dispositions. M. Taylor les décrit. J. A. S. vol. XV, pp. 405-408.
• 5. — « /. Know of nolhing more exciting or impressive, dit M. Loftus, op cit.,p. 113, than the firsl sight of ont of lhese gréai Chaldæan piles, looming in solilary grandeur from the surrounding plains and marshes. »
d’utilité ; et si quelques efforts ont été faits pour ornementer l’édifice, ces efforts ont été restreints aux cellules supérieures, et encore toutes les décorations que l’on a reconnues, au milieu des décombres, ont-elles dû exister plutôt à l’intérieur qu’à l’extérieur
On n’a que des spécimens trop peu complets d’habitations chaldéennes pour qu’on tente de reconstituer, dans leur ensemble, les palais des rois ou les demeures du peuple. Une petite construction retrouvée à Mugheir par M. Taylor et quelques • chambres dont on a reconnu le plan à Abu-Shahrein sont les seuls débris que l’on puisse avec certitude faire remonter à la date lointaine de la période chaldéenne D’après ces indices on a constaté que les édifices avaient dû s’élever sur des plates-formes^, que leurs murailles avaient eu de grandes épaisseurs * ; que les parois extérieures ornées de
• Voyez, Journal oflhe Asiatic Society, vol. XV, p. 407.
- Voyez, J. A. S., lôc. cil., les ruines d'Abu-Shahrein.
3 [.a plate-forme de la maison de Mugbeir était do briques séchées au soleil, pavée de briques cuites.
* I>a maison de Mugheir était construite en briques cuites
distance en distance de saillies demi -circulaires ayant l’aspect de colonnes engagées, sans bases et très-probablement aussi sans chapiteaux*, avaient été revêtues d’un épais enduit de mortier dans lequel venaient s’enfoncer des cônes en terre cuite qui présentaient au dehors leur section inférieure pour former des. damiers, des losanges, des chevrons teintés de nuances diverses* ; que les parois intérieures étaient décorées do briques émaillées, offrant soit des séries de bandes rouges, noires et blanches de plusieurs pouces de largeur, soit des représentations grossières d’hommes et d’animaux® ; que les portes, tant celles qui donnaient à l’exté- ‘ rieur que dans l’intérieur de la construction, s’ouvraient directement dans les appartements, et quelles étaient plutôt placées sur les côtés qu’exactement au milieu * ; qu’enfin les salles étaient longues et étroites, semblables à de véritables couloirs.
dont les rangs extérieurs étaient enduits de bitume et ceux intérieurs unis avec un ciment de boue.
* Loftus, Chaldxa and Susianas, p. 133.
» J. A. S., vol. XV, p. 411.
^ J. A. S., vol. XV, p. 408 et p. 410.
* Deux des portes do la maison de Mugheir étaient voûtées.
M. Place nous donne l'explication de cette dernière disposition : <• Dans la Chaldée, dit-il, entièrement dépourvue de bois et de pierres, les architectes n'avaient pu songer un seul instant aux toitures en plates bandes d’un seul ou de plusieurs morceaux.** Avec les matériaux que la nature du sol fournissait aux habitants, les briques, la voûte seule était possible. •* Et là, comme presque toujours, la nécessité a poussé les hommes à l’une de leurs plus belles inventions. •• Mais par suite, la disposition de la toi-
ture commanda celle des salles, et comme les voûtes faites de briques ne pouvaient avoir qu’une faible portée, on put autant qu’on le voulut allonger les appartements, mais il fut impossible de dépasser une certaine largeur. — Aucune trace de fenêtres ne s'est présentée dans les édifices chaldéens que l’on a reconnus ; si de semblables ouvertures ont existé dans les murailles, elles ont dû être placées à une grande élévation, car on a retrouvé des pans de murs qui mesuraient encore sept ou huit pieds de haut ; mais il est de toute probabilité que la Chaldée se trouvant dans des conditions de vie semblables à celles de l’Assyrie, ayant à répondre aux mômes
besoins, aux mêmes coutumes, à parer aux mêmes inconvénients, résultant de la nature du climat et de la qualité inférieure des matériaux employés aux constructions, s est servie du système d’éclairage et d’aération que nous^verrons employé à Khorsabad.
A Chalanné, un grand nombre de sépultures ont été découvertes. Les tombeaux, ou mieux les cham^ bres funèbres sont formées de briques cuites dont les assises, vers le sommet, avancent en encorbellement les unes sur les autres pour former une voûte pointue. Ces salles ont sept pieds de longueur, une largeur de trois et demi et une hauteur de cinq. Les cadavres y sont entourés d’objets, d’ustensiles de toute sorte, vases, lampes, cylindres gravés, armes de bronze ou de pierre, colliers de bronze. Les poteries sont de forme grossière, la plupart semblent avoir été travaillées à la main ; d’autres, en plus petit nombre, révèlent l’emploi du tour. Les objets métalliques nous prouvent que, dès cette époque, on avait déjà de profondes connaissances de la métallurgie ; l’or, le plomb, le fer, le bronze étaient bien connus, sans être cependant d’un usage répandu ; on les employait surtout comme orne-
ments, et les ustensiles dont on se servait pour les besoins journaliers étaient le plus fréquemment de silex poli. La gravure en creux n’était point ignorée ; le savant voyageur Kerr Porter nous en a conservé un spécimen, c’est un cylindre en pierre dure, gravé, et qui n’est autre que le sceau du roi Uruck*.
Nous croyons ne pas devoir pousser plus loin cette étude des monuments de l’empire Chaldéen. Nous ne nous sommes attachés qu’à donner des renseignements généraux ; précisant davantage, nous craindrions de tomber dans les conjectures, et ici, toute invention doit être laissée de côté. On comprend au reste que des constructions qui remontent à près de 3600 ans, faites de matériaux qui se désagrègent avec la plus grande facilité, ne doivent plus laisser que des amas informes de décombres.
Nous allons traiter de l’Assyrie, alors nous serons plus complets, car les belles découvertes de MM. Botta, Layard et, surtout, de M. Place sont
‘ Voyez Kerr Porter, TraveUin Georgia, Persia..., vol. II, pl. 79, Ug. ü.
assez précises pour qu’au sujet des constructions assyriennes on ne puisse craindre d’entrer dans les détails. Enfin entre les édifices ninivites, et les édifices babyloniens, nous n’aurons que peu de dissemblances à signaler, car àNinive comme à Babylone nous retrouverons les procédés généraux de construction que l’on a observés en Chaldée ; Babylone y a été contrainte par la nature de son sol, Ninive y a été conduite par la force de l’habitude'.
• Voyez plus loin, Traditions de la race.