‹ Les monuments en Chaldée, en Assyrie et à Babylone, d'après les récentes découvertes archéologiquesChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La VUle (Hisr-Sarkin).

1. La ville. — II. 8a position. — III. Son ospccU — IV. Inscription des barils.

1. — Salmanasar VII venait de mourir devant Samarie (721) ne laissant, pour lui succéder, qu’un fils en bas âge, Ninipilouya, — Ninip est mon dieu. — Un homme de naissance obscure, Belpatisassour, mais dont les hauts faits et la bravoure guer> rière avaient rendu le nom populaire dans l’armée, eut assez d’influence pour se faire nommer d’abord tuteur et co-régent du jeune prince ; et trois ans après, en 718, il était acclamé seul roi.

C’est alors qu’il prit le titre deSarkin, roi défait*,

‘ Sarkin, de sar, sarru, roi, (cp. Héb. IIP, sar, maître, chef,) ctA:tn établi, (cp. Héb. ps, koun, établi, placé.) La Bible seule nous avait conservé le nom de ce roi - et même ne nous le cite-

ne cherchant pas à dissimuler son origine ou à se rattacher à quelque illustre ancêtre.

Cet usurpateur fut un grand prince, comme il arrive, nous ne dirons pas toujours, mais d ordinaire, quand une dynastie vieillie fait place à une dynastie nouvelle. Sous son règne, l’Assyrie retrouva son ancienne splendeur et reconquit toute sa prépondérance sur l’Asie.

Ce n’est point ici le lieu de rappeler les victoires et les grandeurs de ce règne que l’on connaît maintenant d’une façon complète, grâce aux inscriptions que nous ont transmises MM. Botta et Place, et aux traductions de MM. J. Oppert et J. Ménant*. Nous devons dire seulement, qu’après avoir sou-

t-elle qu'une seule fois. Isaïe, ch. 20, f. 1, nous dit ; c L'année que le général envoyé par Sargon roi d'Assyrie, pSID *1^0 {Sargoun melek Assour,) vint contre Asçdod »

‘ Voyez Les fastes de Sargon, roi d’Assyrie, traduits et publiés d’après le texte assyrien do la grande inscription des sallesdu palais deKhorsabad.par MM. J. Oppert et J. Mènent ; in-fol. Janvier 1863, lmp. lmp'*.— Le mémo ouvrage avec un . vocabulaire et un commentaire à l'appui, extrait du Journal de la société Asiatique ; in-8", 1863. — InscriiHion des Annales. — Inscriptions des pavés des portes. — Inscriptions des Revers des Plaques du palais de Khorsabad, traduites et publiées, avec le texte assyrien et les variantes à l’appui, par M. J. Mènent; in-fol. 1865. — Inscriptions du Harem. Etc...

mis les peuples depuis “ les bords de la mer du soleil levant, jusqu’aux <♦ bords de la mer du soleil couchant, »» Sarkin, comme tous les grands rois d’Assyrie, se livra à cette passion de constructeur qui défiait tous les obstacles et se jouait dans les merveilles.

H. — « Je dis alors : Ces peuples et ces pays que ma main a conquis et que les dieux Âssour, Nébo* etMérodach* ont réunis sous ma domination, suivirent la voie de la piété. C’est avec leur aide qu’au pied des monts Musri, pour remplacer Ninive j’ai élevé d’après la volonté divine et le vœu de mon cœur, une ville que j’ai appelée Hisr-Sarkin.

> Houlikhous III (949 à 929), fils d'Assourdaninil 1*' (Assour donne la force) lui éleva un temple, Dilsaggil, à Chalah. et • deux statues.

• On ne connaît aucun temple élevé en son honneur.

* Ninive, prise et détruite uno première fois en 788, ne s'était pas encore relevée do ses ruines. A cet événement se rattachent, on le sait, les noms, du roi Âssourlikhous, le Sardanapalo des Grecs, qui, en 790, h la mort de son père Assouridilili, avait reçu lo sceptre ; et du chef des contingents mèdes de l’armée, Arbace,môde de nation lui-méme; du prince chaldéon Phul ou Balazou (le terrible), le Bélésys des Grecs ; du chef susien Soutrouk-Nakounla, instigateurs de la révolte.

Nisroch, Sin, Samas, Nébo, Ao, Ninip et leurs grandes épouses * qui régnent éternellement en Mésopotamie et sur les pays d'Aralli ont béni les merveilles splendides et les rues superbes de la ville d'Hisr-Sarkin. Pour y appeler les habitants, pour en inaugurer le temple et le palais où trône Ma Majesté, j’ai choisi le nom, j’ai tracé l’enceinte

> Nisroch-Salman. I^s Sargonides ont eu pour ce dieu un culte particulier. Il avait un temple à Ninive. et c'est dans ce temple que fut assassiné Sennachérib par ses deux flis, Sinazar, (de 5tn, le dieu lune, et naxar (nîf3) protège, Sin le protège,) et Adrammelech, de adir (mtt ou THN) grand, glorieux, et melek nbo roi, roi glorieux). Cf. La Bible, 2 Rois. 19, i. 37. On a retrouvé des inscriptions contenant des prières de Sargon à ce Dieu, dans le Harem de Khorsabad. — Sin. Il avait un temple àChalah. A Hisr-Sarkin, Sarkin lui dédia aussi un sanctuaire, il y était adoré avec Samas. — Une inscription de Sarkin nous l’a appris: « Sargon, roi du monde, roi d'Assyrie, a construit ce temple du dieu de la lune et du dieu du soleil, * ses maîtres dans la ville de Sargon. Il l'a élevé depuis les fondations jusqu'au faite, en l'honneur du maître des bataillons, qui soutient son glaive, qui étend la victoire du roi d'Assyrie, et qui donne la paix au pays d'Assyrie. • J. üppert, Exp. scient. enMésop.i. II, p. 330. — 5anun. On ne lui connaît pas de temple en Assyrie, si ce n'est celui dont nous venons de faire mention. Une porte d'Hisr-Sarkin avait son nom.— i4o. Avait deux temples en Assyrie, le premier à Ellassar, le second à Chalah. Une entrée d'Hisr-Sarkin portait son nom. — Atmp. Assoumasirpal lui construisit un temple A Chalah ; M. Layard a décrit cet édifice , Nineveh and Ilabylon pp. 123-129 et 348-357. Il avait encore un temple à Ninive.

et je l’ai nommée d’après mon propre nom*. *» La ville d’Hisr-Sarkin ne fut point construite près du Tigre comme l’avaient été Ninive ou Chalah ; elle en était à douze kilomètres, à douze kilomètres de la vieille capitale de l’Assyrie. Sarkin se souvint peut-être que Sardanapale n’avait succombé que le jour où, dans une inondation, le fleuve avait renversé une portion des murailles derrière lesquelles il défîait toutes les attaques*.

Au reste, comme séjour, la position de la ville n’était pas moins favorable que celle de Ninive.

Si maintenant tous les environs sont déserts et improductifs; si ces lieux sont assez insalubres

Sargon plaça sous sa protection une partie de sa nouvelle cité, et lui conHa la garde de son palais ; — Assour était uni à Sberuha ; Nébo à Warmila (Ishtar?); Mérodach à Zarpanit; Nisroch à Mylitta ; Sin à la a Grande Dame Shamasé Àï- Gula ; Ao à Dawkina ; Nin ou Ninip à la « Reine de la Terre ».

‘ Fastes de Sargon.

* Cf, Nahum, cli. 11, 7 : « Les portes des fleuves s'ouvri-

ront et le palais sera fondu (31D3 niph. de 310 moug, fondre, liquéfier, dissoudre) dans les eaux. » — Hérodote devait nous donner les détails de la prise do Ninive : * Je raconterai ailleurs commonl ils en vinrent h bout, dit-il, 1, 100. — Ailleurs, dans son Histoire d’Assyrie qui ne nous est point parvenue, Hérodote l'a-t-il môme écrite? — Voyez Diodore, II, 26, d’après Ctésias. .

pour que les indigènes aient nommé Khestéabad^ — des deux mots persans Khesté malade et ahai demeure’, — le village qui existe à la place de l’ancienne Hisr-Sarkin; si les montagnes qui en sont distantes à peine do trois kilomètres sont arides et rocailleuses, il n’en était pas ainsi quand une industrieuse population habitait la cité. La terre, bien qu’argileuse, grâce aux irrigations que les Assyro-Chaldéens savaient si bien diriger et aux soins que lui donnait d’actifs colons, devenait fertile et produisait ces riches moissons dont nous parle Hérodote * ; les arbres n’y faisaient pas défaut : palmiers, orangers, oliviers, figuiers y croissaient ; M. Place en donne pour preuve les sculp-

* « Et ce nom, ditM. Botta, s’accorde bien avec l’insalubrité des environs. » Les eaux des ruisseaux qui coulent au pied du monticule n'ayant pas assez d'écoulement, produisent des marais dont les exhalaisons rendent pendant l'été l'air trèsmalsain. Voyez M. Botta, op. ci7., ch. 2, p. 18.

* Hérodote, I, 192 et seq. — Strabon XV ou plutôt Eratosthène cité par Strabon. — • Maintenant encore, en dépit des procédés tout primitifs appliqués à la culture par les rares habitants actuels, dit M. Place op. cil., t. I, p. 14, la terre leur procure une grande abondance de céréales et ils en exportent jusqu’à Bagdad. La plaine leur donne môme annuellement deux récoltes si l’on a recours aux irrigations, et elle n reçu, pour ce motif, le nom de plaine aux deux prinlempt. »

tures qui nous sont restées et qui attestent que les artistes avaient ces espèces sous les yeux ’ ; les matériaux pour les constructions abondaient; enfin, bien qu’éloignée du fleuve, la ville n’était point privée d’eau, et cette eau suffisante était en môme temps salutaire, car des deux ruisseaux qui y coulaient, l’un est encore assez fort pour faire fourner plusieurs moulins’, l’autre est sulfureux ^ et guérit aujourd’hui, comme il pouvait guérir alors, en quelques semaines, la maladie que nous connaissons sous le nom de Bouton d'Alep, et qui, dans d’autres localités, persiste souvent durant plus d’une année \

‘ Les arbres « auraient môme persisté bien des siècles après et n’auraient disparu que depuis un petit nombre d’années ; les vieillards du pays m’ont assuré avoir vu, dans leur jeunesse, les bords des deux ruisseaux couverts d'arbres, plus tard détruits par les Nomades; et l’on aperçoit encore aujourd’hui un bois d'oliviers à la source du ruisseau de Fadlieh. » M. Place., op. cit., tome 1, p. 14. — Le ruisseau do Fadlieh tire sou nom du village où il prend sa source.

* Le Na’our qui coulait au pied de la façade nord du palais.

’ Le Fadlieh ; il coulait près du côté sud de rcnccinle do la ville. Comme le Na'our, il se jette dans lo Khausscr qui passe tout près do Khorsabad.

* « Depuis Diarbékir jusqu’à Bassora, ditM. Place, op. cil , t I, p. 14, elle sévit particulièrement dans la vallée du Tigre et s’y montre plus cruelle que partout ailleurs. 11 est

Hisr-Sarkin, sous le rapport de la position, valait donc bien Ninive.

III. — Le plateau sur lequel se dressait la ville se présentait sous la forme d’un parallélogramme rectangulaire dont chacun des angles, suivant la mode chaldéenne, correspondait à un des points cardinaux. Deux des côtés de ce parallélogramme avaient 1760 mètres de longueur, les deux autres 1685; sa surface totale était donc de 2,965,600 mètres, près de 300 hectares. Il était enveloppé d’un mur d’enceinte formé d’un soubassement do 1“10 en pierres régulières et moellons et d’une

cependant un point de ce vaste territoire où elle ne se manifeste jamais, c’est le village de Khorsabad, et les personnes atteintes dans d'autres localités se guérissent ici en pou do semaines d'un mal persistant habituellement durant plus d'une année. Si, comme il est probable, celte maladie a régné do tout temps dans ces régions, l'immunité dont jouit Khorsal>ad, grâce à ses eaux sulfureuses, a pu être connue depuis la plus haute antiquité, et dès lors une considération aussi grave a pu déterminer un roi et une population nombreuse à venir s'y fixer. »

* « Cos pierres sont de deux espèces : les unes, grandes et en partie taillées régulièrement ; les autres, plus petites et tout tt fait frustes. Los premières, épaisses de 0,70 à 0,80, sont dressées ù côté les unes des autres et forment à elles

seconde partie en briques crues ’ , le tout offrant une hauteur ‘maximum de 23 mètres, et minimum de 14. Au-dessus de cette partie de briques régnait une frise peinte qui la séparait d’un parapet de 1 50 de haut, découpé en forme de créneaux en gradins. La hauteur do 23 mètres, ou, en y comprenant le parapet, de 24 ” 50 était celle du rempart S.-E.; celle des cotés S.-O. et N.-E. diminuait progressivement suivant une pente de 9 mètres que présentait le terrain, et le rempart N. -O. qui était au sommet de cette pente n’avait plus que 14 mètres, ou, y compris le parapet, 15*” 50 *. L’épaisseur de

seules toute la hauteur du parement, layées avec soin t\ la face externe, cl sur les côtés, elles se joignent par simide juxtaposition, sans mortier ni ciment. Entre les lignes de pierres régulièrement taillées se voit, au lieu de briques crues, comme au monticule du palais, »* — voyez plus loin, — t un libage en moellons bourrus formant la seconde catégorie do pierres. C'est un simple garnissage destiné à remplir l'intervalle qui sépare les deux parements. Les moellons sont entassés pôle-mële plutôt qu'assemblés, sauf il la partie supérieure où ils sont gisants et arrasés en surface plane, afin de recevoir les premières couches de terre argileuse. » M. Place, op. cil., tome I, p. 161.

* Le même système, mi-partie en pierres, mi-partie en argile, a ôté généralement adopté par les Assyriens.

* De ce côté, le palais était à cheval sur la muraille et la

cette muraille était de 24 mètres, de telle sorte qu’en donnant à un char jusqu’à trois mètres de voie, ce n’était pas seulement trois ou quatre, comme disent les historiens anciens, mais bien sept chars qui pouvaient passer de front sur de semblables remparts. On aurait peine à comprendre le but de telles constructions, si les bas-reliefs n’étaient venus nous l’enseigner. Fréquemment, ils nous montrent les Assyriens usant au siège des villes de cheminements creusés dans l’épaisseur des murs ‘ ; or, avec une largeur de 24 mètres, un soubassement en pierres s’élevant à plus de un mètre, le percement de la muraille devenait impossible; un des moyens d’attaque les plus redoutables n’était donc

hauleur du monticule sur lequel se dressait l'habitation de Sarkin était, nous le verrons, égale à celle des remparts de la ville.

* Les voleurs employaient aussi ce moyen pour pénétrer dans les habitations. L'Ecriture nous dit : • IjC voleur a pénétré dans l'intérieur de la maison en perçant le mur. • Et Hérodote II, 150, nous raconte « qu’à Ninive, villo des Assyriens, des voleurs imaginèrent de ravir les immenses richesses que le roi Sardanapale gardait dans un trésor souterrain. En commençant par leur maison, ils creusèrent jusqu'à la demeure royale *, quand la nuit était venue, ils transportaient dans le Tigre, Ûeuve qui coule auprès de Ninive, la terre qu'ils avaient enlevée. »

plus à craindre ; et que pouvaient produire les autres sur des remparts hauts de 46 et même 73 pieds. D’un autre coté, ces énormes épaisseurs étaient encore favorables à la défense, * car elles permettaient de placer sur les couronnements d’innombrables archers destinés à écraser les ennemis sous leurs projectiles. Une armée entière pouvait être rangée en bataille en haut d’un mur large de 24 mètres sur une longueur de 7 kilomètres et offrant une superficie d’au moins 17 hectares ; et il était possible de masser au besoin sur un point quelconque un nombre considérable de défenseurs pour repousser une escalade ou un assaut ' . » Sur toute la ligne de l’enceinte, faisant sur elle 4 mètres de saillie, des tours distantes les unes des autres de 27 mètres, ayant dans leur plus grande élévation 31 ™ 50, et s’étendant en façade sur une largeur de 13 “ 50, venaient compléter le système de défense. Leur tête percée de meurtrières *, surmontée d’un parapet en créneaux, s’élevait de toute sa hauteur au-dessus du

> M. Place, op. Cl/., tome I, p. 163.

* Comme nous l'indiquent les bas-reliefs.

niveau du mur et formait sur le corps môme un encorbellement assez prononcé.

Sur chacun des côtés S.-E., S. -O. et N. -E., la muraille de la ville était percée de deux portes : la première, décorée de sculptures et de briques émaillées, a, pour ce motif, été nommée par M. Place, porte ornée ; la seconde, dépourvue de tout ornement , porte simple ; une seule, une entrée simple existaitdu côté N.-O., car sur cette face le palais à cheval sur l’enceinte tenait la place de la porte ornée. Le soubassement de la muraille, 1™ 10, et des assises de briques sur une hauteur de 1” 50, régnant au-dessous du plancher de ces entrées ; elles se trouvaient supportées par une sorte de monticule et surélevées de 2“ 60 au-dessus du niveau de la plaine extérieure et de la ville, de telle sorte que l’on ne pouvait y accéder que par une double pente venant de la ville et de la campagne.

Les portes ornées se composaient d’abord d’un avant-corps, faisant du côté de la plaine une saillie de 25® au delà du mur d’enceinte, flanqué à droite et à gauche d’une tour en saillie sur lui de 1® 40 et large de 12® ; d’où une largeur totale de

Plan d une porte ornée de la ville

49‘". “ Là commençait un premier passage servant d’entrée, puis venait un double escalier en briques, une vaste cour dallée, un second couloir plus large que le premier, deux autres galeries, deux salles également dallées et deux autres chambres dont une sans issue L *» Au centre de cette construction,

entre deux môles ayant l’aspect de tours de l’en-

ceinte, s’ouvrait un cinquième passage au-dessus duquel s’élevait une voûte en berceau * décorée à l’extérieur d’une archivolte en briques émaillées où des génies alternaient avec des rosaces ; des représentations sculptées d’hommes-taureaux formaient les montants de l’entrée, et deux génies ailés, marchant en sens inverse, séparés par le personnage que l’on appelle “ Vétouffeurde lion^^ » garnissaient, de chaque côté, la presque totalité de la longueur du passage *.

• M. Place, op. ctï., tome I, p. 178.

• M. Place a retrouvé une de ces voûtes dans un état parfait do consers'ation. Nous reparlerons de la voûte quand nous étudierons la toiture des édiflces assyriens.

'Une représentation semblable est au Musée du Louvre.

' Nous reprenons ici la description de la porte ornée afin de pouvoir, en donnant des chiffres, la présenter d’une façon

Les portes simples offraient les mêmes dispositions, les mêmes dimensions; seulement, outre que

plus complète. •— En venant de la campagne on rencontrait; — !• Un premier passage voûté ; larg. i mètres ; long. 4 “ 60; son aire était pavée de largos dalles, (quand nous parlerons du Sérail et des cours du palais nous donnerons quelques détails sur les modes de pavages ;) les parois des murs d'argile

ôtaient protégées, à la base, par un revêtement de pierres calcaires, haut. 1 ■ 55, épais. 0 “ 9î ; on comptait quatre pierres do chaque côté, elles étaient toutefois do largeur inégale, elles s’enfonçaient dans l'épaisseur des murs et présentaient à l’extérieur une surface soigneusement layéo ; au-dessus do cos pierres, un stucage do couleur blanche recouvrait le reste de la surface des murs. — 2’’ Un escalier en briques cuites, haut. 1 “ 55, composé de onze marches. — 3® Un palier carré, long. 7 “ 16, larg. 2“ 55. — 4* Un second escalier en briques cuites. — 5® Une esplanade dallée, long, de 34 “ 10, larg. 12" 50; murs revêtus à la base do pierres haute.s de 1 °> 50, au-dessus d'un stucage blanc ; aux angles O. et N. se présentent deux couloirs terminés en impasse, dus à la saillie dos tours qui üanquent le second passage. — 6" Ce passage est découvert, dallé, larg. 7“ 16, long. 9“ 10-, il est terminé par des encoignures duos à la saillie du poitrail et de la tête des taureaux. — 7* Ces taureaux et les représentations, hautes de près do 4 mètres qui font suite, garnissent la presque totalité do la longueur d'un troisième passage dallé, larg. 4 ", long. 7 " ; au pied do chacun dos génies ailés faisant suite aux taureaux, on distinguo deux larges pierres percées toutes deux d'un trou de 0" 34 de diamètre destiné à recevoir les pivots d’une porto, et dans les murs latéraux un enfoncement destiné à recevoir les vantaux ouverts. — 8* Une salle dallée, long. 22 * 50, larg. 6 “ 10; murs revêtus à la base de pierres hautes do 1 “ 50, au-dessus d’un stucage blanc ; le côté oriental de cetto salle, est do 1 " 50 moins long que le

les briques émaillées et les sculptures leur manquaient, elles ne présentaient ni les escaliers en briques, ni la chambre sans issue.

De chacune de ces portes débouchait du côté de la campagne une large voie de communication, du côté de la ville, une rue qui était la continuation de la route*.

côté occidental ; sur le mur qui forme la largeur & droite existe un petit enfoncement; le mur qui fait face est percé d’une baie. — 9’’ Cette baie conduit à une chambre qui semble avoir contenu une cage d'escalier pour monter soit sur les remparts soit à des chambres supérieures. — 10’ Un quatrième passage semblable au passage orné, mais seuiement revêtu, au lieu de sculptures, de pierres do taille et au-dessus d’un stucage blanc. — 11® Une chambre longue do 24 mètres, large de 5“ 80. — 12® Un cinquième passage couvert, semblable au précédent. — 13® Un dernier passage qui s’élargit successivement deux fois à angles droits ; au point où il se terpine, il a 12 mètres de largo, et là commence la rue. — A côté de la chambre à escalier, les fouilles ont eonduit à une chambre isolée dans la muraille, sans aucun dégagement, c'était sans doute une prison où l’on descendait les prisonniers par une ouverture pratiquée dans l’épaisseur du rempart. Les portes avaient une longueur totale de CT", et une largeur de 49. — D’après M. Place, op. ct’L, tome I, p. 176 et seqq.

1 Les Assyriens ont toujours attaché une grande importance aux voies de communication. Elles étaient empierrées comme nous le montrent les bas-reliefs et comme l’ont surtout prouvé . des portions entières do roules retrouvées dans les fouilles. On a donc pu rétablir la voie assyrienne dans les conditions où elle a existé réellement. On a reconnu qu’elle se composait

De la présence d’escaliers aux portes ornées, il résulte quelles ne pouvaient servir qu’aux piétons et que seules les portes simples pouvaient livrer passage aux chars, aux cavaliers, aux approvisionnements. Le grand motif qui a présidé à un tel agencement a sa source dans une vieille coutume de l’Orient. Les portes ornées des villes avec leurs chambres, leurs cours, leurs passages établis dans

d'un simple blocage d'une seule couche de moellons juxtaposés, sans bordure ol sans accotements. Cos routes étalent donc bien loin do valoir les voies romaines composées de trois et parfois quatre rangs do matériaux superposés, — 1® un slalumen en pierres plates appliquées à bain de mortier sur le terrain ; 2* un rudus en blocs maçonnés ; 3' un nucléus en béton ; 4* un su7nmum dorsum en pierres do lave. — Mais les chaussées romaines dont la largeur avait été ûxée à huit pieds par la loi des Douze-Tables, — il y a toutefois des voies militaires qui ont atteint jusqu'à 10 " 1/2 et 12 mais y compris les portions de terres conservées sur les bas-côtés de l’empierrement, — étaient beaucoup plus étroites que les chaussées assyriennes qui avaient 12" de largeur. — « Les rues de Khorsabad sont également pavées comme l'étaiont les rues de Rome, dit M. Place, avec les mêmes différences dans le conditionnement du pavage. 11 est à remarquer aussi qu’à Korsabab on ne voit pas ces trottoirs dont la présence à Pompéi a tellement frappé l'attention dos archéologues. Mais les rues ninivites sont plus larges; elles ont 12 mètres aussi bien que les roules, et sous ce rapport, elles peuvent être assimilées à certaines rues de Paris, réputées, naguère encore, comme sufllsamment spacieuses. * Il est remarquer que les deux peuples qui donnèrent le plus de dévidoppement aux moyens

l’épaisseur de la muraille d’enceinte * , étaient de véritables édifices , et des édifices d’utilité publique. “ La porte des villes, ditM. Place, a de tout ' temps occupé une place considérable chez les peuples d’Orient. En ce pays, la vie intérieure était complètement close et murée pour le dehors. On n’admettait personne dans son intérieur, ni pour les visites, ni pour traiter les affaires. Ces usages, conservés jusqu’à nos jours, entraient dans les coutumes de la plupart des peuples de l’antiquité. En Grèce et à Rome, le gynécée était inaccessible aux étrangers qui ne dépassaient pas certaines parties de l’habitation, et les citoyens se rencontraient à l’agora ou au forum aussi bien pour s’entretenir de leurs affaires particulières ^que pour y discuter les affaires publiques. L’histoire des peuples orientaux ne nous révèle l’existence d’aucun forum ou agora ; le mode de gouvernement ne se prêtait guère à ces lieux d’assemblées populaires, et un mot de Cyrus

rapides et durables de circulation sont aussi ceux q'^i exercèrent sur le monde la domination la plus vaste et la plus prolongée. .

i De telle sorte que, au-dessus, la ligne du rempart se continuait sans interruption .

rapporté par Hérodote nous montre le cas qu’en faisait un souverain asiatique : « Jenai point crainte “ de ces hommes, dit Cyrus en parlant des Grecs,

* qui ont au milieu de leur cité une place qu’ils « adoptent pour s’y réunir et se tromper les uns les

• autres par de faux serments *. >» Le plan d’aucune ville antique de l’Orient ne nous est assez connu pour que nous puissions affirmer ou nier l’existence de places publiques dans les cités contemporaines de Khorsabad ; mais il y a tout lieu do supposer quelles en renfermaient peu. Cependant, toute grande agglomération d’hommes ayant besoin d’emplacements où les citoyens puissent se rencontrer, les portes des villes devaient remplir cette destination*. *

Pour nous en convaincre du reste, nous n’avons qu’à ouvrir la Bible; et la Genèse, le livre de Ruth, les livres des Rois nous le diront clairement^.

Telle se présentait l’enceinte d’Hisr-Sarkin. Qu’on

' Hérodote, I, 158.

* M. Place, op. cil., tome I, p. 181.

^Genèse, ch. 19, 1. 1 ; — ch. 23 1. 10 ; — Rulh, ch. 4,^1 1 et 2; — Rois II, ch. 18, 4. 33.

la remplisse maintenant de maisons, de temples, de monuments séparés par des rues alignées, empierrées, aussi larges que nos plus grandes artères de Paris, au milieu desquelles se presse une population active, laborieuse, intelligente, et l’on verra que si la ville n’avait pas un prestige comparable à celui de la première Ninive, elle pouvait encore satisfaire à l’orgueil d’un fondateur de dynastie!

IV. — Un document curieux est venu confirmer les reconstitutions de M. Place ; c’est une inscription gravée sur des barils d’argile que l’on a retrouvés encore en place dans les retraits d’un des murs du Harem du palais et dont la traduction est due à MM. Oppert et Ménant. Après un court bulletin de ses triomphes, le roi, glorieux de l’œuvre qu’il entreprend, nous fait assister à la construction de sa ville.

« La ville magganukti se trouve au-dessus des plaines, en dehors du district et dans le voisinage de Ninive ; je l’ai faite pour quelle ressemble à Ni-

‘ M. Place trouva 14 barils ; trois ou quatre existent aujourd’hui.

nive. Trois cent cinquante rois environ avaient avant moi exercé l’empire sur l’Assyrie et avaient fait resplendir la domination de Bel ; mais jamais personne parmi eux n’avait examiné cet endroit, n’avait pensé à le rendre habitable, n'avait tenté de creuser un canal *

** Pour rendre habitable cette ville, pour inaugurer les temples où demeurent les grands , et les palais où trône Ma Majesté, je choisis le nom, je dessinai les limites, j’en. nommai le ipis d’après mon nom. Car les grands dieux m’ont nommé ainsi (Sarkin), parce que j’ai observé les traités de la foi jurée, parce que j’ai gouverné sans injustice et sans opprimer les faibles. J’ai présenté aux chefs de la ville les constitutions écrites de la cité, d’après les tables de la vérité, consignées sur argent et sur airain. Je leur ai donné ensuite les explications indispensables sur la loi, sans arbitraire, la loi de la justice, la loi qui les dirige dans leurs actions. J’ai fait avec soin et dans la dévotion,

* La phrase que nous indiquons par les lignes de points n'a pu être traduite.

en plusieurs exemplaires, le catalogue des architectes au-dessous de Yuksal (?), en honneur du dieu de la puissance, et du dieu, roi des de l’huma-

nité, en indiquant les dates. Pendant les journées, je travaillais au milieu de la ville dans la satisfaction de mon cœur et le bonheur ; les soirs, je levais les mains dans sukti rab clam vers le dieu

le dieu El, qui fixe les destinées de Ninive.

U II m’ordonna de me farder la figure, de m’oindre de musc ; il inspira les prophètes sublimes mes maîtres, et m’enjoignit de construire la ville et de creuser des canaux. J’eus confiance en ses recommandations, auxquelles on ne saurait se soustraire ; je comptai toutes mes cohortes et je fis apporter la couronne. Dans le troisième mois, nommé Siran, consacré au dieu qui règle le parcours des trente

mansions diurnes, qui qui éclaire les deux et

la terre, le régulateur des dieux et qui est Sin ; auquel mois, d’après l’instruction d’Oannès, de Bel et de Salman-Nisroch, les grands dieux, ont donné le nom du mois de la brique, parce qu’on y moule les briques pour la ville et pour la maison ; dans le 'jour qui est consacré au maître des sphères

magiques, qui est Nébo, le lieutenant des légions, l’inspecteur de tous les dieux ; dans ces temps, je moulai les briques.

“ En honneur du dieu des briques, le maître des fondations en briques et le dieu des grandes sphères, fils de Bel-Dagon, je fis un sacrifice ; j’ai attaché le nœud, j’ai levé la main...

« Dans le cinquième mois qui est le mois où descend le dieu du feu, qui renvoie les nuées humides, et met les fondations de la ville et des maisons, j’ai posé des substructions et j’ai arrangé les briques. J’ai jeté dans le sol des pierres magiques, qui enlèvent une part des vices de la substruction. En l’honneur de Salman, Sin, Mylitta, ko, Samas, Ninip, j’ai construit un palais couvert de peaux de veaux-marins, en sandal, en ébène, lentisque, cèdre, cyprès et pistachier, avec leur assistance suprême, pour y loger Ma Royauté. J’ai pratiqué un escalier tournant, comme celui du palais de Syrie, à l’intérieur des portes, et j’ai mis des poutres de cèdre et de cyprès au-dessous. J’ai établi les dimensions de mur ainsi : 4... 3... 1... 2 perches; 2... qui contiennent la mention de mon nom, .

et j’ai enseveli profondément dans des pierres des montagnes la pierre angulaire.

«♦ En longueur et en largeur, aux angles de la circonvallation, vers les huit directions, j’ai percé huit grandes portes ' .

“ Le soleil me permet d’atteindre mes désirs, Ao m’apporte ma prospérité : j’ai nommé les grandes portes de l’Orient portes du soleil et d'Ao.

« Bel-Dagon pose les fondations de ma ville ® ; Mylitta-Taauth triture dans son sein la pierre du fard^ : j’ai donné aux grandes portes du Midi les noms déportés de Bel-Dagon et de Mylitta-Taauth.

« Oannès active les œuvres do ma main, Istar conduit au combat les hommes : j’ai appelé les

* Ces mois : huit grandes portes, sont en contradiction avec ce que nous avons dit plus haut. Si l'on so souvient en effet, nous avons dit que l'on n'avait retrouvé que sept entrées, et en effet on n'a retrouvé que sept entrées donnant sur la cainpagric ; plus loin nous indiquerons la place do la huitième.

* Det avait un temple à Ellassur ; Teglalh-Phalasar le restaura vers 1130. 11 avait encore un temple à Clialah.

^ Mglitta-Taaulh ou Dittis, l'épouse de Hel, « la grandemére, » — il faut la distinguer do la Mylillu, qui, unie à Nisroch, prend le nom do Mylitta-Zarpani, — avait un temple à Ninive; Assourbanipal, vers 6iU, le restaura. Elle avait encore un second temple à Ellassar et un troisième il Chalah.

grandes portes de l’Occident portes d'Oannès et d'Istar.

“ Nisroch-Salraan dirige les mariages, la souveraine des dieux préside aux enfantements : j’ai consacré les grandes portes du Nord à Nisroch-Salman et à Mylitta,

“ Assour perpétue les victoires des rois qu’il a institués, protège les armées de l’enceinte de la ville ; Ninip, qui pose la pierre angulaire, en fortifie, jusqu’aux jours reculés, le boulevard.

- Les sujets des quatre langues, les hommes exempts de toutes impositions jusque-là, habitant les montagnes et les plaines brûlées par le Soleil, le chef des dieux, maître des sphères, je les y ai amenés dans le souvenir d’Assour, mon Dieu, dans l’exercice de la justice, je les y ai fait demeurer séparément et je les y ai installés.

«* Les fils d’Assyrie mudut ini kalamaf je les fis instruire par des sages et des savants, dans mon palais, dans l’art de prendre le butin et dans la crainte du dieu et du roi.

~ Les dieux qui habitent cette ville m’ont béni et m’ont accordé pour un temps perpétuel la construction de la ville et de ce quelle contient !

« Mais celui qui attaque les œuvres de ma main, qui efface mes sculptures, qui enlève les vases qui contiennent mes richesses, qui dépouille mon trésor, qu’Assour, Samas, Ao et les dieux qui habitent cette ville exterminent son nom et sa semence dans ce pays, qu’ils le fassent pour toujours esclave de ses ennemis «

• M. üppcrt, Exp. SC. en Hésop., t. I, pp. 354 et seqq. — Le texte de celle inscription avec transcription et traduction latine interlinôaires, ainsi quo le commentaire, ont ;ùl6 publiés par MM. Ménant et Oppert, dans le Journal Asiatique, (Janvier 1863).

paje 133 et sct/tf

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