CHAPITRE IV
Le Palais (Hekal>Sarkin).
I. Situation des palais. — II. Terrasses. — III. Mur de soutènement. — IV. Moyens d’accès à la plate-forme des monticules. — V. Procédé de construction des édiflces. — VI. DilTérence sous ce rapport entre les constructions ninivites et babyloniennes. — VU. Influence do la matière sur les dispositions do l’architecture. — VIII. Epaisseur des murailles. — IX. Appareil décoratif dos murs à l’extérieur. — X. Grandes entrées du Palais. — XI. Plan générai ; Grandes divisions do l’habitation. — XII. Le Sérail. — XIII. Les Dépendances. — XIV. Le Harem. — XV. Toiture. — XVI. Eclairage. — XVII. Bas-reliefs et sculpture. — XVIII. Temple ou Salle du Trône. — XIX. Temple-Observatoire. — XX. Inscription des Fastes.
I. — Les palais assyriens, dit M. G. Rawlinson, ont toujours été situés à la lisière des villes , pour réunir les avantages résultant d’une vue étendue et d’un air frais’. — Mais, une cause plus sérieuse, le
‘ f... And the palace wasalwaijs plnced al the edge of a town for the double advanlage, probably, of a ciear view and of fresh air . . . » G. Rawlinson, op. cit., tome I, p. 350.
besoin de la défense, avait commandé cette position. Une place de guerre, comme Nimroud, comme Hisr-Sarkin, ou Ninive, n’eût point été complète sans une citadelle, un arsenal; les palais en tenaient lieu. D’un autre côté, pour qu’ils pussent efficacement, en cas d’attaque, prendre part à la défense, il fallait qu’ils fussent en rapport direct avec les hautes et larges murailles de la ville ; éloi- . gnés d’elles, leur rôle eût été nul. Aussi, nous le verrons, toutes les dispositions avaient-elles été prises pour que le système de défense se trouvât relié en un seul et même ensemble ‘ , pour que, de sa demeure, en temps de siège devenue place d’armes, le roi pût rapidement lancer ses réserves vers les points attaqués, en leur faisant suivre la ligne continue des remparts’. Le prince étant l’âme
< Nous avons dit déjà qu'aux points où la muraille d'onceinte rencontrait lo monticule du palais do Sarkin, elle se détournait pour so fondre avec le mur de soutènement, de telle sorte que l'enceinte, dans tout son développement, présentait le môme système de tours ou contre-forts.
* Nous avons vu en effet qu’à Hisr-Sarkin, les portes ornées elles-mêmes ne venaient point rompre la ligne des murailles, et plus loin nous verrons qu'un passage do ceinture, enveloppant les constructions du palais, reliait les deux côtés de la muraille sur laquelle il était à cheval.
qui dirigeait les bataillons, son palais devait être le centre, le foyer de toutes leurs opérations. Il convenait bien du reste à ces rois guerriers d’Assyrie d’avoir une citadelle pour séjour.
Telle est, croyons-nous, la principale raison qui peut expliquer la situation des palais assyriens ; tel est par conséquent le motif qui a dicté la place de celui de Hisr-Sarkin, à cheval, comme nous l’avons dit déjà sur le rempart N. -O.
II. — Au lieu d’enfouir les fondations de leurs édifices jusqu’au terrain solide, les Assyriens leur donnaient la forme de terrasses s’élevant à plusieurs mètres, — huit, dix, quelquefois plus, — au-dessus du sol ; et c’était sur la plate-forme que reposait le pied des murailles du monument*.
Ces terrasses étaient-elles une barrière contre les inondations? Jusqu’à un certain point cette hypothèse serait admissible dans les environs du Tigre et de l’Euphrate; mais à Khorsabad, par
‘ Voyez page 104 et 115, note 2.
* Mémo disposition qu*en Chaldée. Les grands édifices de Babylone s'élevaient aussi sur do semblables terrasses.
exemple, l’éloignement du fleuve lui ôte toute vraisemblance. — Avec plus de raison peut-être, on pourrait attribuer la cause d’une semblable disposition à l’orgueil oriental. Les bas-reliefs nous montrent toujours les rois doués d’une stature et d’une vigueur bien supérieures à celles des personnages qui les accompagnent; dans les reproductions de batailles, les vainqueurs ont presque constamment une taille plus forte que les vaincus. On sait encore U qu’avoir à sa maison une terrasse plus élevée, être assis plus haut, se voir monté sur un animal de plus haute taille, a constitué de tout temps, en Orient, les signes extérieurs les plus caractéristiques de la puissance*. « Et, en ce qui concerne le sujet dont nous parlons, il est probable que l’on a obéi à cet ordre d’idées. — Mais le véritable motif qui a présidé à l’élévation des monticules fut le désir de garantir la sécurité du palais. La hauteur des terres accumulées, les tours ou contreforts et les revêtements de pierres monstrueuses qui en soutenaient la masse, faisaient de ces ter-
‘ M. Place, op. cil., tome I, p. 24.
rasses de véritables redoutes, au milieu desquelles les palais étaient capables de soutenir de longs sièges. S’il l’avait voulu, Sarkin aurait pu construire sa demeure sur le sommet d’une des collines voisines ; il ne l’a pas fait, parce qu’il a craint sans doute que ha. pente naturelle du terrain n’en rendît l’accès praticable ; elle était bien plus en sûreté, placée sur une terrasse dont il était impossible de gravir les flancs taillés à pic.
Les sculptures et les fouilles nous ont appris comment on procédait à l’élévation de ces monticules. Des hommes chargés de hottes ou de paniers apportaient les terres ; jamais, sur les bas-reliefs, nous ne voyons de bêtes de somme ni de chariots employés à ce service. Avant la mise en œuvre, l’argile recevait une préparation soignée, elle devait être malaxée, corroyée comme la terre à briques, car partout où des fouilles ont été faites on a retrouvé sa pâte uniforme et pure de tout mélange de pierres ou de sable; puis mêlée intimement à la paille hachée à l’aide du piétinement des hommes et des animaux. Enfin, les terres n’étaient point jetées en désordre, mais formées en morceaux réguliers de
0"’39 à OMO centimètres do côté et de 0“12 d'épaisseur, comparables à des briques et disposés par couches; on se servait de ces briques quand elles étaient molles encore; elles se collaient les unes aux autres et formaient de la sorte une masse compacte ^
Ces plates-formes semblent généralement avoir affecté la figure de rectangles ; on est loin cependant de retrouver exactement cette disposition dans toutes celles que l’on a reconnues. Quelquefois, les lignes ont été brisées par des angles rentrants ou sortants ; d’autres fois, pour satisfaire à leurs besoins ou à leurs caprices, les rois, aux constructions primitives ayant ajouté des constructions nouvelles, ont rendu les terrasses tout irrégulières. Nimroud, Koyoundjick sont dans ce cas, et à Nebbi-Younas même, la forme première a complètement disparu.
Pour les raisons que nous avons données, il n’en a pas été ainsi à Khorsabad*. Les terrasses ont
* Pour des murs do pelite épaisseur on s'explique l’emploi de ces morceaux de terre molle, mais de quel procédé se servait-on pour les ranger dans un espace tel que celui que nous offrent les gros murs, — 8" parfois, — et surtout les terrasses.
* Voyez, pages 104 et seqq.
encore aujourd’hui les figures qu elles ont affectées dès le principe.
Les deux monticules artificiels sur lesquels était construit le palais de Sarkin, avaient l’aspect de deux parallélogrammes rectangulaires , d’inégale grandeur, unis sur un de leurs côtés. “ Le monticule de Khorsabad...., dit M. G. Rawlinson, ressemble à un T gigantesque Le plus petit de ces parallélogrammes était situé tout à fait en dehors de la ville, le plus grand s’avançait dans l’intérieur, et le mur d’enceinte de la cité venait se rattacher au monticule aux angles formés par leur rencontre. M. Place les a mesurés ; l’un avait en superficie 60,916™; l’autre 35,550™. La hauteur de 14™ était obligatoire, car pour que le palais, bastion principal des fortifications de la ville, pût participer, et, qui plus est, ne fit point obstacle à la défense, il fallait que, la circulation fût commode, que l’on pût facilement passer du terre-plein du rempart sur la plate-forme du palais et réciproquement ; et cette facilité n’eût pas existé si la terrasse
‘ « The mound of Khorsabad... resembles a giganlic T » G. Rawlinson, op.cil., tome I, p. 351.
ou l’enceinte avaient été plus élevées lune que l’autre.
Les chiffres que nous venons de citer ont permis d’évaluer la masse d’argile rapportée pour l’élévation de ces seuls monticules au total effrayant de 1,350,524” cubes.
III. — Un mur de soutènement les enveloppait. “ Cette muraille, dit M. Botta, était construite en blocs de pierre calcaire très-dure, venant des montagnes voisines *. »> De toute la maçonnerie que l’on a reconnue en Assyrie, celle de ce mur est la plus soignée.
Les Assyriens ont fait un usage tellement constant de l’argile dans leurs constructions que l’on pouvait à bon droit se demander si l’ignorance de la taille et de l’emploi de la pierre ne leur avait pas imposé cette coutume; nous avons dit déjà qu’il n’en était rien, et comme preuve, nous avons donné les taureaux monolithes que l’on a retrouvés à profusion dans tous les édifices ; mais c’est surtout en examinant la confection du mur de soutènement
> M. Boita, Monument de Ninive, l. V, p. 31.
des terrasses de Khorsabad que l’on reconnaîtra toute la science de ses constructeurs, que l’on verra qu’ils ont su obtenir à la fois l’élégance et la force, tout en veillant à l’économie des matériaux.
Le mur de soutènement avait été construit en talus pour offrir une plus grande résistance à la poussée du cube énorme des terres rapportées ; mais toutefois, cette disposition ne produisait qu’un angle à peine sensible, et par conséquent, une trèslégère différence entre la largeur de la terrasse à la base et sa largeur au sommet; de puissants contreforts, servant à la fois d’éperons et de moyens de défense, venaient encore assurer sa force de résistance. « Le premier lit du mur, dit M. Place, en commençant à un de ses angles, se composait d’abord de trois pierres posées en boutisse, et ayant par conséquent leur plus petit côté à l’extérieur du mur et leur plus long côté engagé dajis l’intérieur du massif. Deux de ces pierres sont juxtaposées dans le sens do leur longueur, la troisième s’applique à leur extrémité. Les trois pierres ainsi réunies engendrent un angle d’autant plus solide que la pose des pierres est très-ingénieuse et que par leur masse.
elles offrent une résistance invincible » Elles ont, en effet, 3™ de long sur 1™ de large et 2™ de haut. « A la suite de ces trois boutisses vient, de chaque côté, un parpaing formant, à la base, un bloc de 2"’ 70 de longueur et de 2™ sur les deux autres faces. * »» Cette pierre présentant au dehors son plus long côté s’enfonce dès lors d’un mètre de moins que les boutisses dans le massif terreux. “Après chaque parpaing viennent encore deux boutisses, puis un second parpaing, enfin une seule boutisse. La môme disposition se continue de la sorte par une succession de parpaings séparant alternativement une ou deux pierres formant boutisse, jusqu’à la rencontre de l’angle opposé et se répète régulièrement à chaque assise’. »» Mais les architectes tout en donnant à la muraille, par suite de cette disposition que Vitruve
1 M. Place, op. cit„ t. I, p. 31.
* M. Place, op. cit., 1. 1, p. 32.
* M. Place, op. cit., 1. 1, p. 32. — « Ce mode de conslniotion, consistant en pierres établies successivement do champ et do face, se continue dans toute l’étendue du mur et se répète régulièrement à chaque assise : il offre une grande ressemblance avec la disposition des pierres d’attente en saillie sur les côtés des maisons neuves, destinées à les relier avec les b&tisscs mitoyennes. ■ M. Place, op. cii., loc. cit.
appela plus tard en dents de scie, une force de résistance considérable *, avaient compris qu’il n’était pas utile de conserver au sommet la même largeur qu’à la base; aussi, au fur et à mesure de l’érection de la bâtisse, avaient-ils rendu les matériaux progressivement moins forts d’échantillon ’, cette diminution que présentait chaque assise produisait ainsi cette sorte de talus que nous avons indiqué, mais toutefois, comme nous l’avons dit, avec un angle à peine sensible, car le mur dont la hauteur totale était de 18 — 2 50 pour les fondations,
14™ pour le revêtement du massif, et 1 ™ 60 pour le parapet, — n’ofifrait qu’une différence d’épaisseur
‘ El Vilruve la signale comme ayant le grand avantage de diviser la terre au point mémo où elle pèse sur le mur et d'amorlir l’énergie de la poussée contre le revêtement. Un semblable agencement « avait pour but, dit M. Boita, op. cit., t. V, p. 31, de lier solidement l’amas terreux intérieur au revêtement extérieur. » — « Depuis lors, dit M, Place, op. cit., t. I, p. Sî, personne n’a inventé aucune combinaison supérieure à celle-ci, dans le but d’obtenir le double résultat de la force associée i\ l’économie. ■
* Sur une de leurs dimensions seulement, les autres sont restées les mômes. Ainsi les boutisscs qui, à la base, ont 3 mètres de long, n’ont plus que 2 mètres au sommet ; les parpaings qui avaient 2 mètres d’épaisseur n'ont plus que 1 mètre.
de 1“ entre les assises supérieure et inférieure’.
M. Place a reconnu que les parpaings de la base cubaient 10 50 et les boutisses 6 “ ; que la pierre
dont on s’est servi pouvant être rangée dans la catégorie de celle dite de roche, dont le mètre cube pèse 2,190 kilogrammes, les parpaings atteignaient le poids de 23,052 kilogs, et les boutisses celui de 13,140 ; que les pierres des parties hautes avaient encore un cubage moyen de 4 50 et de 8 “ ; que si le côté des pierres en contact avec le massif terreux n’était que dégrossi, les autres côtés étaient parfaitement layés sur les parements * ; que toutes les assises étaient horizontales ; que les joints étaient toujours croisés ; que les matériaux enfin étaient
* Le fruit total du mur nY*tait donc que de 1 mètre. « Celle différence est donc le produit d’un amaigrissement presque insensible sur toute la hauteur du mur et révèle chez ceux qui ont exécuté ce travail un véritable talent pour la taille des pierres. » M. Place, op. cit., t. I, p. 32. — « The pial form rose perfiendicularly or nearly so, and generally a waler protection, a river, a moat, or a broad lake lay al ils base, thus rendering attack, except on the cilij side, almost impossible. » G. Rawlinson, op. cil., tome I, p. 350.
• • Aussi, lorsque le mur de soutènement se présentait autrefois dans toute sa surface, il offrait au regard l'aspect d’une immense bâtisse où tout est régulier. » M. Place, op. cit.. 1. 1,
mttroJ V SOÏ'SII
appareillés par simple juxtaposition ; *• les architectes ont compté, dit-il, sur le volume même des pierres^et sur la perfection de la taille, pour donner à la construction toute la solidité et l’aplomb nécessaires »*
La hauteur des pierres étant de deux mètres aussi bien à la base qu’au sommet de la muraille ; l’élévation de cette dernière étant de dix -huit mètres, les lits étaient au nombre de neuf ; à cette première donnée s’étant jointe celle qui pouvait résulter de l’appareil parfaitement réglé de la pose des matériaux, M. Place a pu presque mathématiquement compter le nombre de pierres employées dans les treize cent seize mètres de développement du mur ; et c’est par centaines de milliers de mètres cubes que cette accumulation se calcule. ♦* On se demande avec raison quels étaient les procédés mécaniques usités chez un peuple qui, pour soutenir une simple terrasse, prodiguait par centaines
* « C’était un travail en pierres sèches analogue à. celui dos murailles cyclopéennes, avec cette différence qu’ici les matériaux sont d'une régularité mathématique. M. Place, op. ctl., t. I, p. 33.
et par milliers des blocs pesant jusqu’à vingt-trois tonnes et les guindait à des hauteurs de dix-huit mètres'.*»
La parfaite exécution de ce grand travail démontre donc surabondamment que si, dans des cas nombreux, les Assyriens ont préféré d’autres matériaux à la pierre, ce n’était pas faute de savoir l’extraire, la tailler et la mettre en place avec autant d’art que d'habileté *.
Le mur de soutènement décoré à son sommet d’une frise de rosaces peintes s’élevait de l™ 50 audessus de la plate-forme des terrasses pour former parapet ^ et en cas d’attaque protéger les défenseurs. Il présentait à son sommet des découpures en
‘ M. Place, op. cit., t. I, p. 33.
* « Si les Assyriens n’ avaient pas su manœuvrer facilement les grands maU^riaux, ils auraient pu obtenir les mêmes épaisseurs de murailles avec un blocage de moellons, mais ils ont préféré ces énormes pierres rendues plus durables par leur masse même, et ils n'ont pas reculé devant le travail qu’exigeait leur érection à dos hauteurs considérables. M. Place, op. cit., t. I, p. 33.
* « Quand tu bâtiras une maison neuve, tu feras des défen-
ses tout autour do ton toit, de pour que lu ne rendes ta maison responsable de sang si quelqu'un tombait de là. • Deutéronome, cli. 22, 8.
forme de créneaux en gradins ’ ; et un passage libre, parfois de 8 mètres, parfois de 18, et même de plus grande largeur encore quand il se confondait avec des esplanades, le séparait des murailles du palais, permettant ainsi, non-seulement de circuler librement autour des constructions et de ne les point traverser quand on voulait se rendre d un point à un autre, mais encore de communiquer dune portion du rempart à l’autre, de masser sur le vaste espace qu’il laissait libre un nombre considérable de défenseurs et d’opérer toutes les manœuvres nécessaires en cas d’attaque.
IV. — On pouvait, de la ville, accéder sur la plate-forme des terrasses par les points où le monticule se confondait avec le rempart, et la largeur de ce dernier permettait môme aux voitures d’y circuler librement'*. Mais n’y avait-il pas d’autre communication plus directe entre le palais et la cité ? — On n’en a point reconnu.
* Voyez plus loin. Celle disposition a él6 reconnue par M. Placo.
* Quon se rappelle: une épaisseur de 24 mèlros
Cependant, tout nous indique cette troisième voie, les constructions à coup sûr, peut-être aussi les inscriptions elles-mêmes, et c’est avec la plus grande certitude qu’on la peut reconstituer. Aux façades S. -O., N. -O. et N.-E. du palais, on ne trouve qu’une seule grande porte, elle est établie sur la façade N.^E., donne accès au palais proprement dit, et, en suivant le rempart de la ville, on y arrive en ligne droite ; du côté S.-E. au contraire, la façade du palais est percée non-seulement d’une porte colossale, mais encore, de chaque côté de cette dernière, de deux portes plus simples, et ces trois entrées ont eu uhe importance considérable, comme le plan de l’habitation l’a pu faire remarquer*. Or, de quelle utilité eussent été ces portes si elles n’avaient eu devant elles que le seul parapet du mur de soutènement ? Une rampe, un escalier, une entrée quelconque a donc dû nécessairement, en face de ces grandes portes, au milieu de la terrasse S.-E., couper la ligne de la muraille de revêtement.
• Kilos ouvraient en effet, nous le verrons, sur lu grande cour des dépeinlanccs, « jtassage gt^néral, dit M. Place, destinô à tout le mouvement du palais. ■
Ne saurions-nous du reste Tinférer de Vlnsaiption des barils que nous avons citée — On se rappelle que l’enceinte de la ville offrait, sur trois de ses côtés, deux portes, l’une ornée ne servant qu’aux piétons , l’autre simple pouvant livrer passage aux chars, aux cavaliers ; que si, sur trois des côtés de l’enceinte, — N.-E., S.-E. et S. -O., — deux portes étaient possibles, une seule, la porte simple, pouvait exister du côté N. -O.® Et en effet, lors des fouilles, on n’a reconnu que sept monticules désignant l’emplacement de sept portes. Dans une inscription cependant, nous avons vu le roi nous citer huit entrées, et môme nous en donner les noms. Serait-ce donc trop avancer de dire que : du moment où * une porte ornée donnant sur la campagne a été impossible du côté N. -O. ; du moment où Sarkin a cité huit entrées bien qu’eu réalité on n’en ait retrouvé que sept, la rampe ou l’escalier qui donnait accès sur la terrasse du palais, du côté S.-E., a dû être comprise par le roi dans l’énumération
‘ Voyez pages 125 el seqq.
* Voyez page 115.
qu’il nous a laissée des portes de sa ville ? Et si nous ne craignions de nous livrer à une conjecture hasardée, suivant les indications de l’inscription, et nous souvenant en outre de toute la vénération que les Sargonides ont eu pour le dieuaigle, nous dirions que cette entrée si importante, est celle dont Sarkin nous parle comme ayant été placée par lui sous la protection du dieu Nisroch- Salman.
On s’est demandé si cette voie de communication directe entre la ville et le palais, offrait, comme les portes ornées de la cité, des rangées d’escaliers permettant le passage aux piétons, mais l’interdisant aux cavaliers, aux chars, aux bêtes de somme. — M. Place nous semble l’avoir établi, cependant aucune preuve matérielle ne venant à l’appui de son dire, nous devons laisser de côté cette difficulté
‘ « Esl-il adniissible, dit M. Place, op. cit-, t. 11. p. 30, qu'on eût donné accès au mouvemont.de la domesticité et des bêtes de somme par les.entrées les plus r-ichement décorées de tout l'édilico? L'êncombremcnt, le passage répété do tant de gens et d'unimaux auraient exposé les belles sculptures des portes à une prompte dégradation.» La disposition qui, pour un motif semblable, avait été affectée aux portes de la ville, a dû
V. — Le procédé que nous avons indiqué pour l’élévation des monticules servait à la construction des édifices. - L’appareil assyrien qui a engendré
sans doutû être adoptée ici encore, et l'escalier, comme les trois grandes portes, ont été réservés aux piétons. tCet escalier avait, il est vrai, continue M. Place, complètement disparu, mais cette disparition n'a rien de surprenant. Etabli en dehors de la colline, assez loin des bâtisses, il n'a pu être promptement recouvert par les éboulemenls des murs et caché aux déprédateurs. Les matériaux solides qui entraient dans sa construction étaient une proie d'aulaut plus facile ù enlever qne les marches formaient des morceaux séparés, et puisque les pillards ont emporté plusieurs pièces de l'escalier du temple, qu'ils ont môme arraché une notable partie des lourdes pierres du mur de soutènement, il est naturel de croire qu'un escalier si bien à leur portée aura été moins respecté encore. » Mais alors, admettant ce système d'escalier, une autre montée dans un autre emplacement était indispensable pour permettre au service courant de s'effectuer. M. Place propose alors de reconnaître l'existence d'une rampe qui aurait longé toute la façade N.-E. dolagrande terrasse, — la seule place qu'elle pût occuper, — serait venue se réunir au rempart de la ville à son point de jonction avec lo monticule, et aurait permis, en suivant le chemin do rondo, aux cavaliers, etc., do se rendre dans toutes les parties du palais. Une preuve vient peut-être à l'appui de ce dire, c'est la mention d'une rampe faite par Sarkin dans plusieurs inscriptions où il décrit son habitation. — Ces rampes, qui reliaient les monticules au niveau de la plaine, et dont on a retrouvé des traces ù Koyoundjick et il Nimroud, étaient du reste toujours placées du côté où lo palais touchait à la ville afin qu’elles fussent protégées par les murs de celle-ci. Elles n'existaient jamais, cola se conçoit, du cétéde la campagne, c'eût été mettre la place à la discré- Uon de l'ennemi.
des monuments si vastes est cependant des plus simples en même temps que des mieux entendus, il ne dispose que de briques, toutes de mêmes dimensions, assemblées par croisement des joints... Chaque brique entière porte sur la moitié de deux autres briques ; les joints des unes correspondent au centre des autres; tous les murs droits, y compris les parapets, ont été montés d’après cette méthode depuis la base jusqu’au sommet * . **
Et, comme nous l’avons exposé pour la formation des terrasses, toutes ces briques ne sont que des morceaux de terre molle, encore lors de son emploi, et qui n’ont été unis que par le limon seul qui a servi {\les fabriquer ; mais, unis de telle sorte que maintenant encore l’on ne distingue les assises des couches du sol que par leurs lignes régulières et les couleurs de l’argile dont on aperçoit les différentes teintes sur les parois des tranchées ouvertes *.