VI. — L’Assyrie, dans ses constructions, différait
‘ M. Place, op. cil., lomo II, p. 53.
* Cf. M. Boita, op. cil. — M. Place, op. cil. — Sous l'aclOD de 1 air ces signes disparaissent rapidement.
en cela essentiellement de la Chaldée et de Babylone. ABabylone, quand il s'agissait de construire une muraille de quelque épaisseur, des briques séchées au soleil formaient l’intérieur qui était encaissé dans un revêtement de belles et bonnes briques cuites, et le tout était cimenté soit à l’aide de bitume, d’un mortier calcaire ou de terre glaise. On ne retrouve point non plus en Assyrie ces roseaux entrelacés ou ces couches de briques cuites dont nous avons parlé en traitant de la Chaldée.
“ On a représenté les ruines de Ninive, dit M. Botta, comme une mine journellement exploitée de briques et de pierres utilisées dans la construction des maisons de Mossoul, et on les a ainsi assimilées aux ruines de Babylone qui ont fourni pendant plusieurs siècles et fournissent encore les matériaux nécessaires à la bâtisse des villes environnantes. Mais il n’en a jamais pu être ainsi à Ninive, et bien certainement il n’en est point ainsi aujourd’hui. La raison en est évidente ; la masse des ruines de l’ancienne ville, tout ce qui en subsiste encore, murailles d’enceinte et monticules, étant formés de briques crues et réduites par l’action du
temps à un état terreux, celles-ci ne sont pas propres à servir de nouveau. Sans doute, dans les constructions, on a dû employer quelquefois des matériaux plus solides tels que pierres et briques cuites au four, et c’est ainsi que, par hasard, on a pu en découvrir, mais on ne les a employés que comme accessoires, la masse des murailles étant formée de briques crues. Il n’y a donc, sous ce rapport, aucune similitude entre Ninive et Babylone ; les ruines de cette dernière ville offrant des amas énormes de briques excellentes, ont pu être employées comme des carrières, tandis que les masses de terre, seuls restes de Ninive, ne pouvaient être utilisées de la même manière ^ ••
VII. — Aussi l’emploi exclusif du pisé exerçat-il une influence décisive sur les dispositions de l’architecture. De là l’énorme 'épaisseur des murailles * ; de là, des édifices qui n’ont dû présenter qu’un seul étage, peut-être deux, mais deux au plus, et encore pour des constructions de dimensions res-
> M. 13olla, op. cil., loino V
* Voyez plus loin.
treintes et dans des cas excessivement rares ' ; de là, la disposition des salles, très-étroites et trèsbasses pour leur longueur, car une voûte en pisé, — M. Place a reconnu que tel était le mode de toiture usité, — ne pouvait avoir qu’une faible por-
‘ MM. I^yard et Fergusson soutiennent que les palais assyriens ont eu plusieurs étages; et M. Layard, dans son Ainevcli and Babylon, p. 650, va môme jusqu'à dire quç « ce fait est un de ceux dont on ne peut douter. «» Il appuie sa théorie sur deux raisons: 1* plusieurs inscriptions font mention de «chambres, d'en haut, supérieures, «ppcrc/mmàm; • 2* il a découvert dans le palais de Sennachérib à Koyoundjick une rampe qui semble avoir été un chemin incliné conduisant à un étage élevé. — Le premier argument no peut être que Irés-incertain, car le déchilfroment des termes d'architecture donne lieu aux plus grands doutes. Le second n'a pas beaucoup plus de valeur; car, pourquoi une rampe, quand un escalier eùlsufli,et les Assyriens savaient parfuitoment les confectionner ; cl de plus, pourquoi cette rampe aurait-elle conduit plutôt à un étage qu'àuno terrasse, une plate-forme, etc.?
— M. Fergusson, dans son Palaces of Nineveh, p. 275, s'appuie sur un autre motif, a Les palais, dit-il, entourés de l'énorme parapet des terrasses , auraient perdu tous les avantages, belle \'ue, air frais, etc., que leur donnaient l'élévation des terrasses, s'ils n'avaient eu des étages supérieurs.»
— Nous avons vu qu'en édifiant leurs palais, les rois songeaient d'abord à en faire d'imprenables citadelles et qu'ils se préoccupaient peu do ces avantages; nous pourrons le remarquer encore quand nous parlerons du mode d'éclairage.
— A Khorsabad, le palais n'avait qu'un seul étage, comme l'ont clairement démontré les fouilles de MM. Botta et Place.
tée * ; de là des couvertures qui ont dû être surchargées d’une masse de terre extrêmement épaisse, afin que la pluie ne la traversât pas et qu’elle ne pût pas se fendre dans toute son épaisseur sous l’action desséchante des rayons du soleil ; “ de là enfin, comme le dit M. F. Lenormand, le caractère essentiel et l’aspect général de l’architecture assyrienne qui a pour sa hauteur un développement à la base encore bien plus considérable que celle de l’Egypte*.
VIII. — “ Les murs du palais deKhorsabad, dit M. Place, étaient littéralement implantés en haut du monticule dont ils formaient la continuation,... la première brique des murailles s’appliquait sur la dernière brique de la colline, sans interposition de mortier. ♦» Mais à ce fait surprenant pour nous s’en ajoute un autre qui l’est bien plus encore, et dont les explorateurs eux-mêmes ne se rendirent compte que bien longtemps après qu’ils l’eurent découvert ; nous voulons dire, l’énorme épaisseur qui a été donnée à ces murailles. On a déjà pu, à bon droit, s’étonner
> Mémo disposition qu’en Clinlil6''.
* M. F. Lenormand, op. cil. tome I, p. 52 5.
des 24 mètres de largeur du rempart de la ville qui présentait ainsi une épaisseur plus grande que sa hauteur ; une disposition analogue se retrouve au palais. La moindre largeur de ses murailles, murs do refend, simples cloisons, est de 3 mètres ; des épaisseurs de 4 et 5 mètres sont fréquentes, et on en a trouvé qui mesuraient jusqu’à 8 mètres.
Quelle était donc la hauteur de ces murailles ? Pouvait-elle en justifier la masse ? — On n’a pu l’évaluer d’une façon exacte, mais comme le dit M. Place, ce n’est pas trop que d’assigner aux murs des chambres secondaires une élévation de 10 à 12 mètres et aux murs principaux, de 14 à 16. La hauteur ne pouvait donc en rien justifier l’épaisseur, car si la proportion de 1/8 entre l’épaisseur d’une muraille et sa hauteur engendre la plus grande stabilité, on peut sans crainte atteindre jusqu’à la proportion de 1/12 ; et à Khorsabad,le rapport est à peine de 1/4 à 1/2. — Doit-on voir dans cet agencement une influence climatérique ? Mais sous quelque climat que ce soit, un mètre eût largement suffi pour préserver de la trop grande chaleur ou du trop grand froid.
Cependant on s’étonnera moins quand on saura que le palais de Sarkin n’avait, ainsi que les fouilles l’ont démontré, qu’un seul étage, que par conséquent c’était d’un seul jet que les murs, — et des murs qui n’étaient composés que de matériaux de qualité tout à fait inférieure, — montaient à la hauteur de 16 mètres ; mais si, à leur sommet, on adapte le mode de toiture usité, la voûte, et au-dessus d’elle cette masse de terre qui la protège, on verra que ces épaisseurs étaient non-seulement obligées, mais que les contre-forts qui venaient encore soutenir les murailles étaient indispensables, bien qu’ils ne mesurassent pas moins, les uns 1 50 de saillie
sur 4 mètres de large ; d’autres 2“ 50 sur 6“ 50 et 7“ 50 ; d’autres enfin, 8 et 9 mètres de large sur 2 de saillie.
IX. — “ L’argile n’admettait qu’un système particulier de constructions pleines, massives, où les grandes surfaces, les lignes verticales et horizontales se coupant à angle droit jouaient un rôle prépondérant ' . •• Pour rompre la monotonie des fa-
' M. Place, op. ct7., tome II, p. 44.
çades, pour briser la sécheresse des longues lignes d’équerre, l’architecte n’avait donc pu songer, un seul instant, aux fenêtres, aux colonnes, aux portiques Ouverts, aux péristyles ; mais il avait pensé aux contreforts dont il avait fait un si grand emploi. Comme aux éperons de l’enceinte de la ville, il leur avait donné l’aspect de tours couronnées à leur sommet d’un feston de créneaux en gradins ; de telle sorte qu’utiles déjà à la consolidation de l’édifice, ils étaient devenus encore un moyen de défense pour la citadelle, et en même temps un ornement approprié au caractère des constructions ^ Enfin, pour remédier au triste aspect qu’auraient oflTert les
* a Sur la muraille do la ville particulièrement, les tours, considérées comme décoration, réalisaient une combinaison architecturale d’un grand stylo... Leur élévation, l'unifor* mité de leurs dimensions et de leurs espacements, leurs couronnements agencés avec celui de la courtine, formaient un ensemble, dont les lignes, se profilant à l'horizon, arrivaient à une expression do grandeur calme et majestueuse tout à fait en rapport avec l'idée que nous nous formons de la race qui les a érigées. Ces hauts et nombreux contre-forts paraissent être, eu effet, ce qui a le plus frappé l’imagination des peuples do cette époque ; aussi, dans la description de Ninive, les historiens anciens, énumérant le nombre prodigieux de ses tours, en font comme l’emblème, le signe sensible do la domination que cette cité guerrière exerçait sur l’Asie. » M. Place, op. cU.y tome II, p. 48.
larges surfaces qui s’étendaient entre ces contre- forts et celles des contre-forts eux-mêmes, il avait trouvé un système consistant en cylindres ou colonnes accolées, engagées dans la muraille par plus de la moitié de leur diamètre, montant verticalement et se rejoignant à leur sommet au moyen d’autres cylindres horizontaux * ; ces colonnes sont toujours en nombre impair, un, trois, cinq, sept, en d’autres cas, neuf, onze et treize, et forment ainsi des faisceaux qu’encadrent deux plates-bandes, restant dans l’alignement des cylindres ; la première entoure le faisceau de droite, la seconde celui de gauche ; un plan coupé les isole des colonnes, et un autre, en forme de redan, les sépare entre elles. Cette décoration qui nous est offerte par nombre de basreliefs, a été reconnue dans presque toutes les constructions assyriennes, et à Hirs-Sarkin entre autres, son emploi a été presque jusqu’à la profusion
‘ D'après les indications dus bas-reliefs, car on n’a pas retrouvé ces colonnes dans tout leur développement, bien qu’on ait pu les constater jusqu'à une hauteur de 7 mètres.
* Comparer avec les saillies semi-circulaires dont nous avons déjà parjé, page 76. — M. Place, op. cil., tome II, p. 51,
X. — Deux passages principaux, s’ouvrant entre deux môles ayant l’aspect de tours, et dont les voûtes semblables à celles des portes delà ville étaient décorées à l’extérieur d’une archivolte de briques émaillées, donnaient, de la terrasse, accès dans le palais
allribue celte disposition h une tradition de la race et l'imitation d'un objet naturel. « On sait, dit-il, que les Ninivites, issus de la Dabylonie, on apportèrent une civilisation toute faite, dont ils ne furent que les continuateurs. Or, il est évident qpie dans la Chaldée, couverte de dallicrs, les maisons do bois, comme dans tous les pays riches en forêts, précédèrent les habitations en matériaux plus solides. Dans ce cas, les demeures chaldéenncs auraient été construites au moyen de troncs de palmiers non équarris, inégaux en grandeur, comme il arrive dans la nature, enfoncés en terre, étroitement serrés, reliés aux extrémités supérieures par d'autres troncs posés horizontalement, d*une tête à l'autre, avec ajustage taillé en biseau. Cette coiiïtruclion, où les palmiers ne laissaient visible que la moitié de leur diamètre, aurait précisément offert au dehors un aspect identique avec celui des colonnes engagées. Oe plus, dans le pays où ce genre de construction est pratiqué, on associe souvent au bois des matériaux plus consistants, tels que l'argile ou la brique, formant d’espace en espace des piliers, des points d'appui -, les pilastres ou plates-bandes qui séparent les faisceaux de deux colonnes seraient alors une représentation assez fidèle do ce procédé. ■ — Et ici. par Chaldée, M. Place n'entend pas, nous le pensons, la partie méridionale do la Mésopotamie. Les Chaldéens qui, à l'époque de la domination touraniennc, s'imposèrent à Babylone par voie de conquête et y restèrent depuis CO temps à l’état de caste supérieure réunissant h la fois le sacerdoce et la suprématie guerrière, n’appartenaient ni à la race de Sem, ni fi celle de Chain, ils venaient des monta-
d’Hisr-Sarkin. Le premier se trouvait au milieu de la façade S.-E. ; le second, sur la face N.-E*.
Les grandes entrées des villes et des palais assyriens offrent toutes les mêmes sculptures décoratives. Des représentations d'homraes-taureaux ou d’hommes-lions ailés, forment les montants des portes ; l’animal se présente de face campé sur ses pieds de devant, et son corps de profil’ engagé dans le passage, en occupe parfois toute la longueur, d’autres fois laisse place à un groupe de sculptures colossales, exécutées en haut-relief sur des plaques de gypse, et comprenant trois figures allégoriques :
gnes situées au N.-E. de la Mésopotamie, où les géographes classiques signalent des populations du nom do Carduchi. Gor((u,vi,et où vivent encore les tribus Kurdes; et cette origine est d'autant plus probable fiue la Bible place au pied des montagnes que nous venons de désigner la limite de la race d’Arphaxad, dont le nom signifie en Hébreu, «limite du chaidéen. » C'est donc de celle région dont il est question ici. Los Clialdécns arrivés en Mésopotamie où, par suite delà nature du sol. les constructions en bois n'étaient plus possibles, auront reproduit avec l'argilo, l'aspect de leurs demeures premières, et par stiite l'auront léguée îi la race au milieu de laquelle ils étaient venus s'implanter
> Nous avons déjè parlé de ces deu.x entrées, page 148.
* L'animal vu de profil présente tpmlre pieds; celui de devant est doublé, de telle sorte que, vue de face ou de profil, la roprésPBlation est complète.
deux taureaux ailés, à face humaine, marchant en sens ihverse et séparés par letouffeur de lion. Ce groupe semble, aux grandes entrées, avoir été le complément nécessaire des taureaux qui formaient les montants, c^r lorsqu’il ne peut trouver place dans la longueur du passage, on le remarque, de chaque côté, à l’extérieur. Ces représentations étaient toujours disposées de façon à les amener à regarder le spectateur en face, et le soin qu’on avait pris do peindre le blanc et le noir des yeux et des sourcils devait donner une étrange fixité à leurs regards, en rendre l’expression plus saisissante et commander la crainte et le respect '.
Ces sculptures n'étaient point là, du reste, pour l’ornementation seule ; aux images qu’elles reproduisaient, s’attachait encore une idée religieuse. L’Homme-Taureau, que M. Rawlinson assimile au dieu Nin, l’Hercule assyrien, et l’Homme-Lion qui est ** le symbole du dieu Nergal , le Dieu de batailles, » étaient des gardiens, des protec*
' Quelquefois l'IIomino Tauieau ou le I.ion-Taureau est remplacé par un lion debout, dans raltilude d'un gardien vigilant et terrible.
leurs, des garants de bonheur et de sécurité'. Les inscriptions nous en donnent la preuve. Dans" celles de Khorsabad, on lit en efifet cette prière de Sarkin : *• Puisse Assour, le père des dieux, bénir ces palais en donnant à ses images un éclat spontané ! Que jusqu’aux jours les plus reculés il veille sur les issues ! Que devant sa face suprême demeure le taureau sculpté, le protecteur et le dieu qui porte le parfait bonheur et la béatitude, et qu’il les fasse rester dans cette maison jusqu’à ce que ces taureaux se meuvent de ce seuil *. » .
C’était la même pensée, mettre la demeure sous la protection de la divinité et en écarter tout malheur, qui a dicté, sous le seuil des portes, l’enfouissement de ces petites statuettes de divinités, et de • ces barils de terre cuite ou de ces plaques de
> « Nin's emblem in Assyria is Ihc Man-IiuU, thc impersonalionof slrentgh and power, bcguards lhe palaces of lhe Assyran Kinys, uho reckon liim lheir tutelary god . » M (i. Hawlinson, O/), cil. tome I,p. 168, « H is probable thaï Nergal’s Symbol tvas lhe .Man-Lion.... Again, if Nergal is lhe Man- Lion, his ossociali'^n in lhe buildings willi lhe Man-UuV, would he exaclly parallel wilh lhe conjonclion, which we so conslanlly find bclween him and Nin in Du inscnplions. » M. G. R nvlinson, op. cil., tome I, p. 174 * Fastes de Sargon .
métal sur lesquels on lit des prières aux dieux.
Enfin, les seuils, ou plutôt les matériaux résistants qui étaient placés dans la longueur des portes à hommes-taureaux, présentaient sur toute leur surface des lignes d’inscription redisant les titres, les hauts-faits, les entreprises du roi qui avait élevé la construction
Les grandes entrées des palais avaient non-seulement une disposition, mais encore une destination analogue à celles des villes. C’était là qu’attendaient les solliciteurs ; nous n’en citerons que quelques preuves : Mardochée se tenait à la porte du palais quand il apprit la conspiration que l’on tramait contre Assuérus * ; c’est là que s’asseoit le grec S}'loson quand il vient réclamer à Darius le prix du service qu’il lui a rendu en Egypte, alors qu’il n’était que simple capitaine des gardes ^ ; c’est là que vient* pleurer la femme d’Intaphernès quand elle apprend la condamnation de son mari
> Voyez: Jmcriplions des pavés il drs parles de Kliorsabad.
* Le Livre d’Eslher, ch. 2, t. 21.
* Iliîrodole, 111, 140.
‘ lléroOute, 111, 111).
XL — Le plan des palais assyriens est toujours le même. Il se compose de cours rectangulaires, plus ou moins nombreuses, de plus ou moins grandes dimensions suivant le développement donné à l’édifice , autour desquelles se groupent des salles disposées en enfilade'.
D’autrefois ces cours viennent se placer entre l’édifice et la muraille qui borde extérieurement le monticule sur lequel il est bâti®, et forment alors de grandes esplanades permettant aux troupes de se déployer et d’opérer toutes les manœuvres nécessaires en cas d’attaque.
Les habitations des rois se divisaient en trois
* Dans le palais N. -O. <Je Niinroud, le plus ancien des Milices jiiS(|u'alors exploits, on n'a retrouvé qu’une cour, elle a 120 pieds aiiKlais de long sur 90 do large. Le palais deSennachôiib à Koyoundjick nous olTre trois cours, ayant 9.3 pieds anglais de long sur S'i, 124 sur 90, 154 sur 125. Le palais d’Assarhaddon à Niinroiîd avait une cour do 220 pieds anglais do long sur 100 de large. A Khorsabad, M. Place a mesuré des cours ayant en superficie 2,040, 4,104,0,710, 9,373 mètres» d'autres n’ay.int plus que 80, 00 et 48 mètres. — De petits obélisques, des stèles ou des colonnes isolées, ont été sans doute placées nu milieu de ces cours pour en rompre la monotonie.
* « Sometimes lhe courts tvcre surrounded wilh buildings, somelimes theyabutled upon the edge of ihe plalfonn. » M. G. Rawlin.son, op. cil., tome 1, p. 353.
quartiers bien distincts : le Sérail, le Harem et les Dépendances. « Ces bâtiments, dit M. F. Lenormand, correspondent précisément aux trois divisions que présente encore aujourd’hui toute habitation luxueuse et soignée de Bagdad et de Bassora. Le Sérail ou palais proprement dit qu’habitent les hommes et où se trouvent les appartements de réception ou Sélamlik ; le Harem, et le Khan, c'est-à-dire, les dépendances de service, ce que dans nos châteaux français on appelle les communs. L’analogie est si absolue que dans l’ignorance où l’on est des appellations assyriennes de chacune d’elles, il est impossible de ne pas appliquer aux diverses parties du palais de Khorsabad et des autres palais assyriens les
noms actuellement en usage dans la contrée pour désigner les grandes divisions de l’habitation ”
XII. — Le Sérail était la partie la plus riche, la plus ornementée et en môme temps la plus vaste du palais. Là était la résidence du monarque.
A Khorsabad, il occupait une portion du grand
* M. l-‘. l.enorLiiaiiU, ofi. c;t , lomc 1. jt. 52'J.
parallélogramme et la totalité du petit, sauf une faible partie de l’extrémité N. -O. qui était tenue par un Temple? Sa masse générale dessinait en plan une forme carrée. Mesuré du S.-E. au N.-E., il avait 242 mètres de longueur sur une largeur maximum de 165, soit en superficie, 39,930 mètres. On y accédait par la grande porte N.-E. qui donnait sur le terre-plein des remparts de la ville, et qui n’était point au milieu de la façade.
Cette disposition n’a rien de surprenant, même dans une construction d’aussi grande importance qu’était l’habitation de Sarkin, car aucun peuple ne s’est moins préoccupé que l’Assyrien do la régularité et du parallélisme dans son andiitecture. Dési-
reux, avant tout, de créer des édifices bien distribués, l’architecte s’est toujours montré peu soucieux de frapper les regards par des arrangements extérieurs plus ou moins harmonieux. Aussi, dans les fouilles, remarque-t-on fréquemment que les deux côtés d’un édifice ne sont point en rapport l’un avec l’autre ; que les appartements ne répondent pas aux appartements ; que les entrées sont rarement au milieu des façades, et que dans les chambres per-
cées de plusieurs portes, celles-ci ne sont presque jamais en face lune de l’autre ou dans des positions tout à fait correspondantes — La commodité d’abord, l’harmonie ensuite.
Suivant cet ordre d’idées, l’entrée N.-E. n’était donc point au milieu de la façade du Sérail. Elle donnait accès dans une cour d’honneur de forme rectangulaire, entourée de bâtiments sur toutes ses faces. Sur trois de celles-ci, ils étaient peu développés et devaient servir au logement des gardes et des esclaves ; la façade du fond était celle du corps de logis principal du palais, elle était presque toute garnie de représentations de personnages de haute taille marchant processionnellement vers le roi ; et chose tout à fait insolite, elle était très-régulière; sa grande entrée, avec ses deux portes adjacentes, splendidement ornée de bas-reliefs, de taureaux et de briques émaillées, était exactement placée au milieu.
‘ « The Iwo sides of an edtfice never correspond ; rootn never answers lo room ; doorwinjs are rarelij in llie midtlle of xvalis j where a room has several doorways they are seldom opposite lo otie anolher, or in situations al ali cornspondiny. •> M. G. Rawlinson, O/;. ci7., U»mo 1. p.
Lors des fouilles primitives, M. Botta n avait reconnu que quatorze chambres et trois esplanades ; depuis, M. Place a mis au jour, dans jcette seule partie du palais, quatorze cours et quatre-vingt-sept pièces ou passages intimement reliés en un seul et même ensemble, au moyen de murs et de portes, et a pu y reconnaître deux habitations distinctes, bien que faisant partie du même plan.
La première, il l’a nommée la partie sculpturale. Elle comprenait les appartements de réception, c’était le sélamlik. C’est là qu’ont été retrouvées les salles les mieux décorées et en même temps les plus vastes de tout le palais. Partout, des bas-reliefs recouvrent les murailles jusqu’à une hauteur de 3 mètres, et au-dessus des briques émaillées montent jusqu’à la voûte. — Ces briques présentent à l’extérieur une de leurs tranches, et leur réunion forme soit des scènes semblables à celles des bas-reliefs, soit des dessins résultant de combinaisons géométriques' . Les couleurs alïectées par l’émail
> Malgré la cuisson que ces briques ont subi, olics sont excessivement tendres et friables, tandis que les briques de^ pavages sont irés-durcs et trés-résisliintt?-;.
le plus fréquemment sont : le bleu, le vert olive, le jaune sombre, le blanc, le brun et le noir ; le rouge est comparativement rare. On a remarqué que, dans ces sortes de décorations, les artistes avaient eu quelqu egard la couleur naturelle des objets • qu’ils avaient ù. représenter. — Mais de même que les salles des édifices chaldéens, celles des palais assyriens nous apparaissent comme de véritables galeries, tant leur longueur est disproportionnée à leur largeur. Nous le montrerons par des chiffres. A Khorsabad, entr 'autres, on a trouvé une salle de 116 pieds de long sur 33 de large ; dans le palais d’Assournasirpal, ù Chalah, la plus gronde avait 160 pieds sur 40 ; dans celui de Sennachérib, A Koyoundjick, on en a mesuré une de 180 pieds sur 40 ‘.
Quand ces salles ne suffisaient pas pour les réunions officielles, elles étaient remplacées par les cours sur lesquelles on étendait de vastes vélums ;
* Dans le palais d’Assarhaddon, on en a trouvé une de IG5 pieds anglais sur G2 ; mais, au milieu, un mur venant soutenir la toiture, la coupait dans presque loutejsa longueur, de telle sorte qu'elle se trouvait divisée en quatre petites parties
les cours ornées elles-mêmes de gigantesques basreliefs et de briques émaillées ; entourées de portiques soutenus par de minces colonnes, quelquefois en pierre, le plus souvent en bois cerclé de métaux précieux offrant la représentation de palmiers ou de platanes, d’autres fois peintes de vives couleurs et terminées seulement par des chapiteaux à volutes ’ ou par des figures de métal, images d’animaux réels ou fabuleux.
M. Place nous apprend que les planchers des salles étaient d’argile battue. Une si grande pau» ^Teté dans des appartements si soigneusement décorés a lieu de nous surprendre. Et cependant les fouilles ont prouvé que l’on ne saurait attribuer l’état actuel au fait de déprédations. 11 est certain que sur ces planchers d’argile on étendait des tapis précieux, comme c’est encore la coutume aujourd’hui dans les riches habitations de ces contrées.
Quant aux cours, quelle que fût la section du palais à laquelle elles aient appartenu, elles étaient pavées soit de briques cuites, soit de dalles. A
' Originelle l'ordre ionique.
Khorsabad, on les a retrouvées dans leur état primitif. et leur mode de pavage a pu être étudié d’une façon certaine. — Quand elles devaient être pavées de briques, on étendait d’abord sur la terre du monticule un lit de bitume sur lequel reposait une première couche de briques ; celles-ci s’enfonçant dans le bain de bitume le faisaient remonter dans les joints ; on répandait ensuite sur ces briques une couche do sable, épaisse do près de 0 20 desti-
née à absorber les eaux de pluie : enfin sur cette couche régnait un second lit de briques simplement juxtaposées. Dans le palais de Sarkin, elles portent le plus souvent cette inscription sur leur face extérieure : “ Palais de Sarkin qui est Belpatisassour, le roi puissant, roi du monde, roi d’Assyrie. « C’était avec une matrice de métal ou de bois gravée en relief que l’on imprimait, pour ainsi dire, cette inscription sur l’argile molle encore. Ces briques sont très-dures et résistantes, régulières, aux quatre cêtés parallèles; elles mesurent, en moyenne, dans le lit inférieur, 0 32 de côté sur 0 10 ® de large ; dans le lit supérieur, 0 40 ® de côté sur 0 "" 05
d’épaisseur. Dans ces deux lits, les joints ne cor-
respondent pas, ils sont posés l’un par rapport h l’autre conformément au mode d’assemblage dit en épis. On calculaitd’avance lasurface de l’emplacement à couvrir de briques, de telle , sorte que pas une de ces dernières n'était de dimension inférieure à une autre. — Quand la cour devait être dallée, on prenait des blocs de calcaire compacte, on les taillait en forme de cône qui s’enfonçait dans le massif terreux. Les dalles retrouvées à Khorsabad ont souvent plus de 1 mètre de côté et de 0 ni 70 O ^ O*" 80 ® d’épaisseur ; elles ne sont qu’assemblées les unes c\ côté des autres sans qu’aucun ciment ou bitume vienne les relier ; mais s’enfonçant dans l’argile, leur masse étant énorme, étant de plus parfaitement ajustées, le pavage n’en est pas moins très-résistant.
Les matériaux qui garnissaient l’aire des portes* qui s’ouvraient sur les cours variaient suivant le mode de pavage adopté pour celles-ci. Quand les
* Par suite de l’épaisseur des murailles, ces portes étaient de vrais passages ; elles avaient de plus do grandes largeurs, — variant entre 2“ t 2 et 5“, — plus loin nous verrons pour quelle cause.
cours étaient dallées, Taire des portes était revêtue de briques, et inversement quand elles étaient pavées de briques, une large dalle se posait à plat entre les parois des passages. Dans quelques palais assyriens, sur ces dalles, étaient sculptées des représentations de personnages ou d’animaux ; plus pratiques, les constructeurs de Hisr-Sarkin n’ont pas adopté de si riches dessins, il ont laissé le ciseau les couvrir seulement d’inscriptions gravées en creux, ou de fleurs, d’entrelacs, do combinaisons géométriques La porte était encadrée de plaques de gypse sculptées ou de décorations de briques émaillées. On a pu reconnaître, grAce aux crapaudines, aux pivots, aux gonds de bronze retrouvés, qu’un certain nombre de portes étaient à deux battants, à demeure, et qu’elles s’ouvraient en dedans^. D’autres entrées
• Ces plaques oirrent généralement le dessin des nailes bordées de fleurs do lotus où les boulons allcrncnt avec les corolles; entre la natte et cette bordure court une suite d'étoiles ou plutôt de marguerites disposées en cordon.
* Elles se fermaient sans doute au moyen do ces énormes serrures en bois dont l'usnge est répandu aujourd’hui dans ces contrées, ou au moyen de cachets, véritables scellés, <}ue l'on apposait sur les joints des portes pour s’assurer si elles restaient fermées.
nont révélé que lexistence d un seul battant ; d autres enfin n’ont dû être fermées que par des rideaux, des nattes ou des filets
Parla richesse de leurs décorations, la partie sculpturale du Sérail de Khorsabad et les parties analogues des autres palais assyriens étaient certainement des sections d’apparat destinées à tout le déploiement de la pompe royale. M. Place le reconnut bientôt, mais par leur magnificence même, dit-il, ces pièces ** n’étaient pas logeables *>. Ni d’un côté, ni d’un autre, il n’était possible de placer des tentures, un lit, un siège, tous meubles enfin dont le service est d'un usage journalier. « Et d’ailleurs, un roi, fût-il roi de Ninive, ne pouvait vivre toujours en représentation solennelle telle que la lui imposait sa présence dans cette somptueuse partie du palais. Il y a des moments où le souverain redevenu homme a besoin de se recueillir, il lui faut alors des endroits restreints, solitaires, où il puisse goûter le repos, et dans ces pièces immenses, le roi d’Hisr-Sarkin n’aurait pu en jouir *. «
> Comme cela a lieu mainlcnanl cncurc.
* M. Place, op. cil., tome I, p. 7‘2.
C’est pourquoi, à côté des appartements somptueux, faisant cependant partie du même tout, M. Place la reconnu , s’étendait une série de chambres moins vastes, moins ornées et qui pouvaient répondre à ces besoins.
Dans la partie simple du Sérail, les sculptures ne se présentent plus que par hasard, les murs sont seulement revêtus d’un enduit en stuc coloré, quelquefois décorés de peintures à fresque ; les pièces plus petites, — quelques-unes toutefois mesurent encore de grandes longueurs, 90 pieds sur 17, 85 sur 16, 80 sur 15, — les pièces plus petites, en plus grand nombre, ne couvrent qu’une superficie de 5,332 mètres qui se répartit en six cours et quarante-neuf chambres. Ces dernières se rangent autour des cours dont chacune prise à part « forme avec les appartements rayonnant autour d’elles un ensemble distinct et ne communiquant avec un autre ensemble que par un seul côté, souvent môme par une seule entrée « Chaque ensemble devait être affecté au logement du personnel de l’un des divers
’ M. Place, op. cil., toino I, p. 57.
services établis près du monarque ; et cette disposition était même exigée par la profusion de serviteurs, d’officiers de tous rangs qui, directement, étaient attachés à la personne du roi. Et sans nous arrêter aux dires de Ctésias nous pouvons encore juger de ce que pouvait être le personnel employé au Sérail d’un roi d’Assyrie, par celui qui encombre les Sérails modernes des sultans ottomans, des schahs de Perse et des rois de l’Inde *.
XIII. — Sur la plate-forme du grand parallélogramme se dressaient, outre quelques chambres du Sérail, les Dépendances, le Harem ; et en arrière de ce dernier, une Tour à étages.
‘ ctésias porte à 15,000 lo nombre d’officiers de tout rang, nourris et logés dans le palais du roi do Perse.
* Cette profusion de serviteurs est tellement dans les mœurs que les souverains ne se donnent pas seuls lo luxe d'un personnel considérable, ils sont imités en ce point par les princes, les hauts fonctionnaires et mémo par les gens riches. Ecrivains, eunuques, trésoriers, gardiens des portes et tant d'autres, dont l'énumération serait fastidieuse, sont constamment attachés à leurs pas; trente et quarante domesiiquesüiutre les gardes et les officiers forment, aujourd'hui môme ((uo ce luxe a tant diminué, le cortège ordinaire d'un simple gouverneur de province. » M. Place, op. cit., tome I, p. 75.
Longue de presque 300 mètres, la façade S.-E. du palais qui regardait la ville, était divisée en trois grandes sections indiquées à l’extérieur par sa ligne deux fois brisée par deux angles rentrants. Partant du sud pour arriver à l’est, la première section, longue de 92 mètres, appartenait à un mur de clôture du Harem ; en retraite de 3 mètres sur elle, la seconde, longue de 122 mètres, fermait le Khan proprement dit, c’est-à-dire, la grande cour des Dépendances ; cette seconde section était en avant de 1 1 mètres sur la troisième, longue de 80 mètres et formée par un bâtiment des Dépendances. La section centrale était percée de trois portes \ L’une, située tout-à-fait en face de la rampe ou escalier, qui, de la ville, permettait d’atteindre à la plate-forme des terrasses, était la principale entrée du palais et vraisemblablement l’entrée réservée au roi ; deux autres, placées à droite et à gauche, moins ornées, dedimensions plus restreintes, étaient destinées au mouvement du service. Ces trois portes donnaient dans des salles spacieuses, sortes-
• Déjà citôos, pages 148, 161 et seqq.
de vestibules, qui, à leur tour, ouvraient sur le Khan. .
La grande cour des Dépendances était pavée de briques cuites, avait en longueur 103 mètres, et en largeur 91, doùla superficie de 9,373 mètres. Son importance était considérable, car non-seulement, comme nous venons de le voir, elle reliait le palais à la ville, mais encore, elle mettait en rapport direct les trois principales divisions de l’habitation ; en effet, une entrée, côté ouest, conduisait au Harem ; quatre portes, coté est, à la portion active des Dépendances; et quatre passages, dont l’un richement décoré, donnant sur son côté nord, l’unissaient au Sérail. « Cette cour, dit M. Place, était une sorte de rendez-vous, de passage général destiné à tout le mouvement du palais ; même pour se rendre de son Sérail à son Harem, le roi était obligé de la traverser*. »»
Elle était entourée de bâtiments sur ses quatre faces ; la façade nord était occupée par quelques chambres du Sérail ; la façade sud, par les trois en-
* M. Place, op. cit.
trées, et quelques chambres ; sur la face orientale régnait la portion active des Dépendances, reliées à l’habitation du roi par de nombreuses portes de communication, et dont les constructions comprenant plusieurs cours et de nombreuses pièces renfermaient les cuisines ; les boulangeries ‘ ; les celliers ® ; les remises ; les écuries pour les chevaux, les chameaux, les dromadaires ^ ; et les logements des gens préposés à ces services ; enfin le long,dô la face occidentale s’étendait une ligne de magasins, —
* Do grands vases en argile à demi remplis de cendres ont indiqué à, M. Place les pièces qui avaient ronrermé les cuisines et les boulangeries. On se sert encore de vases semblables dans toute celle partie do l'Orient pour la cuisson dos aliments et des'galeiles qui liennent lieu de pain.
* M. Place y a retrouvé des jarres dont le fond, terminé en pointe aigue, se Axait au moyen do ciment dans un marchepied de 0 “ 24 de haul. Dans plusieurs do ces jarres on trouva une pâle ou mastic noirâtre qui, sous l'action de l'eau, donnait une couleur lie de vin. — D'autres jarres plus petites ont dCi contenir de l'huile, de la farine. Dos vases semblables sont encore affectés au même service dans la contrée.
3 Des anneaux de bronze, au moyen desquels on attachait par le pied les chevaux, chameaux, dromadaires, en ont fait reconnaître la place. Par lâ mémo que les chevaux, chameaux, dromadaires, en Orient, vivent en plein air, on ne leur présente pas la nourriture dans des râteliers ou mangeoires ; on n'a donc point retrouvé d'objet semblable.
magasins des jarres*, des fers*, des briques émaillées des cuivres *, — où étaient rangés les approvisionnements, les ustensiles destinés à lusage de la maison royale, et les richesses que Sarkin avait conquises sur les peuples vaincus et qu il nous dit “ avoir entassées dans sa demeure®.” Les fouilles de M. Place dans cette portion du palais sont venues pleinement confirmer les inscriptions qui, nous révé-
* Ces jarres étaient en argile cuite, sans ornement, et contenues les unes dans les autres.
* On y trouva un amas considérable de grapins, crochets, chaînes, pics, pioches, marteaux, instruments de toute sorte, rangés comme ils le seraient chez nos marchands de fer. Cet amas formait un cube de 18" 51. le fer forgé pesant 7.88i k. le mètre cube, il représentait un poids de 145,932 k. Et avec les instruments retrouvés à Khorsabad, et qui n'étaient pas compris dans ce tas, un poids total de prés de IGO.OOOk. — Ces instruments ôtaient encore dans un état parfait de con- . servation, M. Place s’en est servi pour les fouilles et, dans aucun cas, ce fer vieux de vingt siècles ne s'e.^t montré do qualité inférieuro au fer neuf employé concurremment.
* Ces briques étaient entassées les unes sur les autres.
* On n’a retrouvé que quelques fragments de cuivre; plus précieux que le fer il aura été emporté lors du pillage du palais.
® Ces magasins ne communiquaient pas ensemble et n'avaient qu'un dégagement sur la cour ; à côté de chacun d’eux, il y avait une chambre donnant dans le magasin môme destinée sans doute au logement d’un gardien.
lant l'existence de ces Dépendances, nous en avaient déjà fait connaître Futilité. Sennachérib avait dit : « Les rois mes pères et prédécesseurs avaient construit la cour des Dépendances pour y déposer les bagages, pour y exercer les chevaux, pour la remplir d ustensiles. « Et Assarhaddon : « La partie bâtie par les rois mes prédécesseurs pour contenir les bagages, surveiller les bêtes de course, les chameaux, les chars, les dromadaires... »*
XIV. — Enfin, derrière les magasins d’approvisionnement régnait le Harem ou habitation des femmes. Il se composait de deux corps de bâtiment. Le premier avait la forme d’un parallélogramme équilatéral et était renfermé sur deux de ses côtés entre le gros mur des Dépendances et le mur de soutènement du monticule ; le troisième côté, au sud, faisait suite à la façade générale du palais donnant sur la ville, et la ligne du quatrième côté, vis-à-vis de l’Observatoire, était coupée par un deuxième corps de logis également rectangulaire qui se rattachait au corps de logis principal par une seule de ses façades et faisait saillie au dehors de l'alignement
général du palais. Le premier corps de bâtiment mesurait 86 mètres en longueur et en largeur, soit en superficie 7,396*“; le second 39 mètres de long, sur 37 de large, soit 1 ,443 *" en superficie ; d’où un total de 8,839 mètres On sait que de tout temps l’Orient a séquestré les femmes, aussi la clôture de cette partie du palais était-elle des plus rigoureuses. Sur tout le développement de ses murs extérieurs, il n’existait que deux entrées. La première était située sur la façade générale S.-E., du côté de la ville ; elle servait à faciliter, aux personnes qui pouvaient sortir du Harem, les communications avec le dehors ; mais cette issue n’était qu’un véritable couloir, gardé de plus par un poste d’eunuques, et, avant d’atteindre à la fin de son parcours, s’infléchissant à angle droit, de telle sorte que, de l’extérieur, les portes mêmes étant ouvertes, on n’avait aucune vue sur l’intérieur de l’habitation. La seconde entrée, comme la première, se présentait sous la forme d’un passage très-resserré ; au milieu de son parcours, ce passage se divisait en deux
* M. Place, op. ci/., tome I, p. 109.
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branches, l’une allait rejoindre les Dépendances,
l’autre donnait sur les esplanades, près des murs extérieurs de la partie simple du Sérail ; c’étaient là les deux seules voies par où le service se pouvait effectuer et par où le roi pouvait accéder à son Harem ; encore fallait-il, avant d’y arriver, traverser trois portes, deux antichambres gardées par des postes d'eunuques, et n’aboutissait-on, après cela, qu’à une avant-cour précédant le véritable corps d’habitation où se trouvaient les femmes.
Le Harem comprenait plusieurs cours autour desquelles se rangeaient de -nombreuses chambres et quelques longues galeries destinées sans doute à des fêtes et des festins. La surface des murs des appartements n'était dans aucun endroit tapissée de bas-reliefs, les parois n’étaient enduites que d’un simple stucage de couleur blanche avec une plinthe noire de 0 "* 80 de hauteur ; partout les planchers étaient pavés de briques ’ ou de dalles, à la différence du Sérail où on n’a retrouvé que l’argile bat-
’ Le pavage en briques des chambres du Harem, était le même que celui que nous avons indiqué déjà pour les cours ; la couche do sable seulement était moins épaisse.
tue, et où les cours seules et les esplanades étaient en briques.
Une de ces cours était ornée de statues et de représentations de palmiers à écailles d’or‘, ses murailles étaient presque totalement couvertes d une riche décoration de briques émaillées, et son aire pavée de briques était traversée par deux lignes de dalles, se croisant au milieu, et quelque peu en saillie au-dessus des briques. Ces sortes de trottoirs conduisaient à trois chambres à coucher, séparées l’une de l’autre par toute la largeur de la cour dont elles occupaient chacune un angle opposé. Ces salles étaient spacieuses, plus longues que larges, et aux deux tiers de la longueur un escalier en briques, composé de cinq marches *, haut de 0“ 60°, s’étendait d’un mur à l’autre et se terminait par une
1 Los palmiers, on lo sait, étaient en grande vénération. Voyez Hérodote, VII, 27, et VII, 31. Etc.
• Partout où l'on a retrouvé des escaliers dans le palais do Khorsabad, on a compté le même nombre de marches. Ce nombre était-il exigé par des motifs religieux? Etait-ce, comme le disait Virgile, Eglogue VIII, vers 75, parce que:
Numéro Deus impare gaudei ;
ou comme dit Vitruve III, 3, parce que: « Quand on monte à un temple comme on commence du pied droit, les marches doi-
plate-forme de 3 mètres de large. Au milieu du mur du fond était une alcôve destinée à recevoir un lit ‘ ; elle était élevée de 1 “ 30 ^u-dessus de la plateforme de l’escalier et on atteignait le lit au moyen d’un tabouret ou escabeau’ ; cette alcôve était à fond noir, décorée de demi-colonnes, et surmontée d’un arc en briques émaillées.. De la constatation de trois corps de logis principaux entourant les trois cours intérieures du Harem et offrant, quant aux communications, le même agencement qu’à la partie simple du sérail, de la disposition de ces trois chambres à coucher, de la présence des alcôves qui n’auraient pas existé dans des pièces destinées à des personnes de conditions inférieures, — l’habitude errOrient ayant toujours été de faire cou-
vent être impaires sur la façade aün qu’on entre dans l’êdiüce également du pied droit. • Il est plus naturel de penser que si, partout à Khorsabad, on retrouve ce nombre do marches, c’est pour la raison bien simple que seules elles ont été faites do matériaux résistants, briques ou dalles ; tandis que les autres, en bois, auront été détruites, et ce qui vient à l’appui do ce diro c’est qu’on a* pu, en maints endroits, reconnaître qu’elles n’avaient pas dù exister seules.
• Les dimensions do cette alcôve sont de 2 ■ 70 de long sur I “ de large, grandeur bien suffisante pour un lit spacieux.
* C’est ainsi que nous l’indiquent les bas-relifs,
cher les serviteurs sur des tapis ou des nattes, — M. Place a pu suppposer avec quelque certitude que Sarkin avait trois reines. Sur la pierre qui formait le seuil de l’une des chambres était gravée du reste une inscription dans laquelle le roi invoquait le dieu qui appelle la fécondité sur les mariages : “Nisroch, seigneur des mystères qui perces l’hymen, augmente la famille de Sargon, roi du monde, roi d’Assyrie, vicaire de Babylone, roi des Sumir et des Akkad ; qui as construit ce bâtiment nuptial, rends facile la fiancée, féconde les embrassements qui font présager leurs conséquences heureuses par les taches de fard bleu et blanc. Eblouis les yeux du roi, abasourdis son oreille, 6 dieu qui excite ses sens. Ecoute la voix <de l’épouse. Aide ses œuvres ; que des enfants lui soient accordés ‘ . »» Les reines ne venaient occuper ces chambres que quand elles y étaient appelées par le roi ; en dehors de ce cas, elles restaient enfermées dans les corps de logis qui leur étaient assignés*. “ Toutes ces pièces à alcôve, dit M. Place, nont
• M. Opperl, Exp. ic. en Mésop., tome II, p. 3W.
• Voyez le livre d’Eslher.
qu’un dégagement sur la cour, elles n’olfrent aucune communication avec d’autres pièces, on ne pouvait y entrer ou en sortir que par une seule et unique porte; une seule d’entre elles semble faire exception, mais le cabinet voisin n’a pas d’issue et peut à bon droit être regarde comme un boudoir dépendant de la pièce principale. »» Chambres isolées, corps de logis distants les uns des autres, communications difficiles, telles étaient les dispositions qui avaient été prises pour la demeure des femmes ; tels se présentent encore les intérieurs des Harems de Mossoul, toutes les précautions qui ont été prises pour la clôture exacte et la surveillance active du Harem de Sarkin étant encore aujourd’hui commandées par la jalousie orientale toujours vivante en ces pays, et par la nécessité de prévenir la discorde et les haines qui devaient fatalement s’élever entre des femmes réunies en grand nombre
* « Il faut cnlendre raconter les crimes dont leurs habitantes sont capables pour s'exjjliqucr ruiililc de ces moyens défensifs. » M. Place, op. cil, tome I, p. 12!). — Voyez l’épisode d'Âmestris dans Hérodote, IX, 108 à 113; et que de crimes semblables, conséquences de haines, de Jalousies violentes, l'Asie n’a-t-elle pas eu à enregistrer ?
XV. — “ Dès les premiers jours de la découverte de Ninive, la question de la couverture des monuments assyriens a préoccupé lès savants. Les bases des édifices, seules portions retrouvées pendant assez longtemps, révélaient, dans les parties inférieures, un système de construction essentiellement distinct de toutes les autres architectures, et l’on se demandait avec raison si les toitures se feraient aussi remarquer par leur caractère d’originalité »* Toutefois , j usqu’à l’époque des recherches de M . Place on avait trouvé si peu d’indications dans les bas-reliefs, les fouilles avaient donné de si minimes résultats, que cette question prêtait à la plus grande incertitude. Aussi ne s’était-on point fait faute de parcourir le champ des hypothèses ; mais aucune solution n’avait pu réunir tous les suffrages, et, comme il arrive souvent en pareil cas, personne n’avait songé à la seule combinaison possible, l’existence de voûtes et de terrasses en argile. “ Ce système de terrasses et de voûtes était pourtant la suite naturelle ou pour mieux dire, la conséquence forcée des
*M. Place, op. cil., tome I, page 248.
éléments déjà connus de l’architecture assyrienne ; des briques crues aux fondations et aux murs semblaient appeler et certainement n’excluaient pas des couronnements en briques crues. Mais la voûte, la plus hardie des combinaisons architectoniques, était regardée comme une invention relativement récente ; on n en connaissait pas encore d’exemples dans les constructions antiques de l’Orient, et aucun praticien n’aurait en principe admis des voûtes établies sans matériaux résistants *. ♦*
La première conjecture posée au sujet du mode de toiture usité émana de M. Flandin. Il pensa que les salles, — les grandes salles du sérail de Khorsabad, puisque ce sont pour ainsi dire les seules que M. Botta ait rais au jour, — avaient été recouvertes d’une voûte en briques cuites, et il crut en trouver la preuve dans les débris qu’il rencontra dans les appartements. — M. Botta réfuta bientôt cette opinion. En admettant même, dit-il, l’hypothèse de M. Flandin, la toiture eût été faite de matériaux plus solides que ne l’est la brique crue, en pierres
• M. Place, op. cil., tomo I, page 2i9,
ou en briques cuites ; par conséquent, on devrait retrouver des débris beaucoup plus considérables que ceux dont parle M. Flandin; de plus, outre que les briques, éparses dans les décombres, ont une de leurs tranches plaquées dune couche d’émail, elles n’apparaissent jamais au milieu des salles, mais sur les cotés, ce qui constitue une double preuve * tendant à démontrer qu’elles ne sont point tombées d’une voûte, mais qu’elles ont fait partie de ces décorations qui avaient régné au-dessus des plaques sculptées*.
M. Place vint apporter un nouvel argument contre le système de M. Flandin. Il a retrouvé des canaux voûtés avec des briques cuites, et partout il a constaté que, dans ce cas, l’agencement ninivite consistait à poser ces matériaux à plat au lieu de les poser sur la tranche, de telle sorte que “ pour engendrer une courbe, il a été nécessaire de donner aux voussoirs la forme d’un quadrilatère irrégulier, plus étroit à l’un de ses côtés et plus large à l’autre.
Il y a là un signe caractéristique d’une valeur déci-
• M. Botta, op. cit., tome V, pages 66 et 67.
sive, et si des voûtes en briques cuites avaient surmonté les salles, tous les claveaux, c’est-à-dire des millions de briques, auraient forcément affecté une forme trapézoïdale. Or, pas une brique semblable na été retrouvée dans les terres d’enfouissement
A son tour, M. Botta exposa une nouvelle théorie d’après laquelle l'éditîce dont il explorait les ruines à Khorsabad aurait été à toiture plate en charpente, *» disposition qui est encore, dit-il, la coutume de la contrée, »» et qu’il crut pouvoir inférer des traces de poutres brûlées qu’il pensa avoir reconnues
Les Assyriens, il est vrai, avaient à leur disposition des bois de charpente; ils en rapportaient encore de leurs expéditions, et on ne saurait combattre l’opinion de M. Botta par la seule objection que l’Assyrie se trouvait en cela dans les mêmes conditions que la Chaldée. Cependant, pas plus que l'hypothèse de M. Flandin, celle de M. Botta n’est admissible.
La principale raison apportée à l’appui de la
* M. Place, op. cil., lome T, page 250.
* M. Botta, op. cil., lome V, page 09.
théorie des toitures plates se fondait sur la découverte de cendres et charbons trouvés dans quelques tranchées ouvertes dans le monticule do Khorsabad, et on expliqua leur présence en disant qu’uii vaste incendie avait détruit le palais de Sarkin. Mais l’action du feu n a pas été générale, tant s’en faut, et les observations de M. Place ont suffisamment démontré qu’au cas où il y aurait eu incendie, les dégâts qu’il a occasionnés n’ont été qu’excessivement restreints. Au reste, tout l’argument de M. Botta tombe devant l’apparition de fragments de bois dans les débris; cette matière, si elle n’était pas restée toujours incorruptible comme le cèdre de certaines représentations do palmiers dorés retrouvés dans le Harem, était du moins partout reconnaissable. “ En effet, quand la décomposition avait fortement agi, le bois se pulvérisait, les fragments s’en extrayaient avec bien plus de facilité que l’argile tenace des remblais, et alors les poutres restaient moulées dans l’épaisseur des décombres « Ainsi donc, si uno toiture en char-
> M. Place, op. cil., tomo I, page 252.
pente avait existé, on en aurait certainement retrouvé les éléments. Et le motif qui exclut la présence de voûtes en briques cuites exclut de môme l'hypothèse de M. Botta.
Mais, à cette raison, d’autres viennent s’ajouter. En Orient, comme l’a remarqué M. Fergusson, là où dominent les toitures plates, la portée des poutres ne dépasse pas 25 pieds ‘ . Or, dans les palais Assyriens, on a retrouvé des salles mesurant 30 et jusqu’à 40 pieds de largeur ; comment donc admettre, — dans les grandes salles du moins, — l’agencement de poutres s’appuyant sur les murs, des deux côtés, sans des supports qui les soutiennent ou les relient. M. Botta lui-raôme, en exposant sa théorie, s’était vu contraint d’admettre cette disposition, et M. Fergusson avait même été, dans ses reconstitutions, jusqu’à assigner la place que ces rangées de piliers ou supports avaient dû occuper*. Malheureusement, on n’a retrouvé non-seulement aucune trace de ces appuis, mais pas môme leur
< M. Fergusson, Palaces of Nineveh, page 27G.
* M. Fergusson, Palaces of Nineveh, p. 262 ; — Handbook O f Architecture, p. 171.
emplacement aussi bien sur les parquets en briques ou en dalles que sur ceux en argile. M. Botta qui, pour appuyer sa théorie, avait fait des recherches sur Taire d’une des grandes salles de Khorsabad, fut forcé d’avouer lui-môme qu’il n’avait rencontré aucun indice*.
Enfin, quand, dans les inscriptions, les rois, parmi tous les matériaux qu’ils citent, font Ténumération des bois employés à la construction des palais ou des temples, toutes les essences dont ils parlent sont des essences rares, précieuses et qui n’ont dfi servir qu’à l’ornementation*.
Au surplus, M. Place est venu élucider totalement la question.
Depuis les découvertes faites en Chaldée et en Assyrie, il a fallu reculer l’invention de la voûte jusqu’à une époque si lointaine que Ton peut Tap* précier à peine . Nous avons vu déjà la Chaldée,
> M, Botta, op. cH., tome V, page 70.
* Voyez plus loin l'inscription de Sarkin. Il n’a jamais put être non plus question, on Assyrie, de toitures à double pento cette disposition, qui a engendré le fronton, était totalemon, inconnue des Niniviles, elle no nous est offerte par aucun bas-relief.
forcée par la nature de son sol, à Tinvention des bâtisses curvilignes; et à Khorsabad, à Nimroud, on a pu reconnaître que les Assyriens navaient rien perdu des traditions que leur avaient léguées leurs ancêtres
Les aqueducs, les égouts qui régnaient sous le plus ancien des palais de Nimroud et sous celui do Khorsabad, ont tous présenté la voûte. « Et û considérer même toute la variété qu'ils ont donnée à la forme des arcs, on serait tenté de dire que les Assyriens ont cherché à réunir, ù marier ensemble toutes les courbes connues pour la satisfaction de se créer des difficultés et de les vaincre. Cintre surbaissé, voûte en anse de panier, plein cintre, ellipse, ogive évasée, ogive étroite, tiers -point, angle -aigu, pieds droits posés en décharge, toutes les combinaisons sont réalisées. Ce qui ajoute à ces singularités, c’est que les courbes les plus différentes se trouvent rassemblées dans la même bûtisse ; les formes se succèdent, se
’ El il est plus que probable que si les Etrusques ont It^gué la connaissance de la voiUc aux Romains, c'est qu'ils la tenaient des Phéniciens qui l’avaient prise ù l'Assyrie.
fondent les unes dans les autres par d’insensibles dégradations et avec un art consommé »
C’est encore la voûte que nous allons retrouver dans la toiture des édidces. Mais elle ne sera plus, comme dans les canaux, faite de briques cuites, elle sera d’argile. « C’est encore l’argile que nous allons revoir en œuvre, dit M. Place, et cette fois, non plus sous la forme de massif terreux ou de murs droits, mais bien sous la forme de bâtisses curvilignes, de véritables voûtes. Toujours fidèles à leurs principes et â leurs traditions, les Assyriens n’ont pas voulu changer de matériaux , même en exécutant la partie la plus difficile de la construction®.»
Maintes fois, dans les fouilles, au milieu des chambres ou sur leurs côtés, M. Place avait rencontré des blocs d’argile de forme cintrée, tapissés de stucages blanchâtres et même de fresques à leur face inférieure ; en certains endroits , ces portions d’arcs avaient plusieurs mètres de longueur, un ou deux mètres d’ouverture et près d’un mètre à la clef. De prime abord on croyait à l’existence d’un
* M. Place, op. cit., lome I. pages 275 et seqq.
* M. Place, op. cit., tome I, page 253.
caveau, mais soudain, sans cause appréciable, ce prétendu caveau s'interrompait et l’on restait à se demander quel pouvait être l’intérêt de ces blocs curvilignes. Dans l’intervalle arriva la découverte des portes de la ville et des voûtes en berceau qui surmontaient le passage central. M. Place se mit û les étudier attentivement. « Les matériau.x, ditil, étant des briques sorties du même moule, il n’y avait pas lieu de les soumettre aux opérations de la taille, c’est le moulage qui leur donnait le trait nécessaire à l’assemblage. Le système d’appareil est conséquemment des plus simples ; les sommiers ou coussinets s’appuient sur les pieds droits sans aucun encorbellement, la voûte prend naissance en liaut môme des murs verticaux dont elle est la continuation harmonieuse, et la ligne droite se transforme en ligne courbe sans heurtement, sans effort, sans brusquerie. Tous les voussoirs posés à plat s’élèvent insensiblement jusqu’à la clef et composent un intrados parfaitement régulier. Je n’ai pas besoin d’indiquer que les claveaux sont en nombre impair tant ce principe est élémentaire dans la construction des voûtes, et certaine-
ment il n’aurait pas été violé par les Assyriens, si habiles en tout ce qui constitue la solidité et la régularité des assemblages ‘ Il est un autre point
essentiel à rappeler ; c’est la nature, la composition même des claveaux. La terre dont ils sont formés n’est plus à l’état de mollesse, de ductilité propre à l’argile des murs droits et du monticle ; elle n’est plus liante et savonneuse au toucher; elle a, au contraire, quelque chose de sensiblement Apre et rugueux. On en pourrait conclure qu’après être sorties du moule les briques ont passé par une assez longue dessication, car elles étaient faciles A rompre et avaient certaines ressemblances avec les briques crues mentionnées par Vitruve. En cet état, elles ne pouvaient pas adhérer les unes aux autres *. *» Aussi, M. Place a-t-il trouvé dans cette bAtisse de véritables joints dus a l’introduction d’une argile plus molle entre les faces portantes des claveaux ; limon qui , resté ductile, remplissait le rôle de
• Trois rangs de voussoirs superposés dont les joints tendent régulièrement au centre de la ligne génératrice, telle était la composition du corps des voûtes.
* M. Place, op. cit„ tome I, page 256.
ciment et imprimait en môme temps à la construction la courbe directrice de la voûte. Un stucage blanc était étendu sur toute la surface de l’intrados. Au-dessus des trois rangs de voussoirs se continuait la muraille d’enceinte présentant encore IG mètres de hauteur, de telle sorte qu’au premier coup d’œil, on eût dit plutôt un tunnel creusé dans un bloc énorme d’argile qu’une voûte appareillée en matériaux réguliers. Cette découverte et l’étude qui en fut la suite amena bientôt la reconnaissance de bâtisses semblables aux principales entrées du palais ; puis aux entrées de moindre importance ; enfin, tout tendit â prouver, — et leur disposition semblable à celle des voûtes des portes, et leur analogie avec elles, jusqu’û la couche de stucage blanchâtre étendue sur toute la surface de l’intrados et des unes et des autres, — que les blocs cuT’vilignes retrouvés tant au milieu que sur les côtés des chambres, n’étaient que des fragments de voûtes en berceau tombés sur les planchers avec le temps et la ruine de l’édifice.
Immédiatement une objection vient se poser.
Comment des murailles en argile ont-elles été ca-
pables de supporter et de résister à la poussée d une voûte telle qu’on la conçoit d’après M. Place? — M. Place, lui-même, répond à cette objection. «C’est ici que nous avons l’explication catégorique de ces étranges épaisseurs « données à tous les murs sans exception, môme aux simples murs de refend, aux cloisons. « Le plus grand danger auquel la stabilité d’une voûte soit exposée venant de l’écartement des supports, cette difficulté aura naturellement préoccupé avant toute autre les architectes assyriens, et ils ont dû s’efforcer de donner aux points d’appui une force de résistance suffisante pour maintenir la toiture en équilibre. Or, l’argile avec ses qualités médiocres ne pouvait offrir d’autre résistance efficace que sa masse opposée û la poussée des voûtes surmontées elles-mêmes de lourdes terrasses »
On a allégué une seconde objection contre l’existence des toitures voûtées. Il est de toute improbabilité, a-t-on dit, que les Assyriens aient été assez avancés dans l’art de bâtir pour avoir été capables
‘ M. Place, op. ci/., tome T, page 262.
de constuire une voûte qui pût recouvrir quelquesunes de leurs grandes salles. Il est vrai qu’ils connaissaient cette disposition de longue date, mais on n’a aucune preuve qu’ils l’aient appliquée sur une large échelle. Les plus grandes voûtes rencontrées en Assyrie sont celles des portes d’Hisr-Sarkin, mais elles n’ont pas recouvert un espace de plus de • 14 ou 15 pieds, et quelques-unes des grandes salles des palais mesurent jusqu’à 40 pieds de largeur*.
La forme même des salles combat cet argument. Comment, si la force des choses ne les y avait contraints, les Assyriens, si grands amateurs des carrés parfaits puisqu’ils les ont adoptés partout où ils l’ont pu, villes, cours, terrasses, auraient-ils été construire des salles, quatre, cinq, six, même sept
‘ t The principle of lhe arch was inclecd well knoivn to the Assy l ions ; bui hitherlo we possess no proof that lheij tvere capable of applying il on a large scale. The widesl arch which has been found in any of lhe buildings is lhal of lhe Khorsabad lown-gale uncovered by M. Place, which spans a space of (fit mosl) fourleen or fifleen feel. llul lhe great halls of the Assi/rian palaces hâve a widlh of Iwenly five, Ihirty and even forly feel. Il is al any raie uncertain whelher the conslrticlive skill of Ihcir architects could hâve 'fjrappled successfully tvilh the difftculty of Ihrowing a vault over so wide an inlerval as
even the leasl of lhese. » — M. G. Rawlinson, op. cil., tome I, p. 378.
fois plus longues que larges'? N ont-ils pas dû avoir de sérieux motifs pour astreindre ces dernières à la forme de parallélogrammes allongés. « Des chambres ainsi faites devaient présenter une suite successive de hautes nefs et de longs corridors peu favorables à l’habitation et surtout au développement de la pompe asiatique. Un cortège royal se déploie mieux dans des salles spacieuses que dans des couloirs resserrés, et la suite nombreuse qui accompagnait les monarques ninivites devait éprouver une gène réelle dans ces étroites galeries. Pour -s'être privés systématiquement de beaux effets architectoniques et pour avoir soumis les habitants du palais à ce genre de contrainte, il faut certainement que les édificateurs aient obéi aux exigences impérieuses de la nature des matériaux. La voûte en argile crue ne pouvant recevoir qu’une portée limitée, les dimensions des salles ont dû être conçues de manière à ne pas engendrer un trop grand écartement*. •»
D’épaisses terrasses venaient protéger ces voûtes. Leur existence a été prouvée non-seulement
• Voyez ce que nous avons dit à ce sujet page 171 et note *.
* M. Place, op. cit., tome I, page 263.
par les bas-reliefs, mais encore par les fouilles, car la masse de terre, au milieu de laquelle les murs des édifices étaient emboîtés jusqu’à des hauteurs de 4, 5, 6 et 7 mètres, était trop considérable pour ne provenir que des débris des voûtes et du sommet des murs. Elles étaient bordées d’un parapet découpé en forme de créneaux, s’avançant en encorbellement sur la muraille. D’après les sculptures, les créneaux connus des architectes assyriens étaient de deux sortes : « Les uns, dit M. Place, se composent de merlons triangulaires, dont la base repose sur le parapet, ils afTectent la disposition en dents de scie, et ressemblent aux sommets découpés des palissades en bois. Les autres présentent une succession de merlons et d’embrasures de forme rectangulaire ; le merlon est fait de deux rectangles inégaux et superposés ; le plus grand à la base, le plus petit par-dessus ; l’embrasure renverse la figure et donne un grand parallélogramme en haut et un plus petit en bas L Ces derniers ont été observés par M. Layard dans
‘ M. Place, op. cil., tome II, page 53.
les constructions de Khalah-Scherghat *. Ils avaient été aussi adoptés à Hirs Sarkin où M. Place en a retrouvé des spécimens *.
Enfin, d’indications fournies par les bas-reliefs, il résulte, d’une façon tout à fait positive, que quelques salles de forme carrée* ont été recouvertes de coupoles hémisphériques moulées en pisé d’un seul bloc qui faisaient saillie au-dessus de la ligne des
terrasses*.
Si donc, retenus par la nature de leurs matériaux, les Assyriens, dans la construction des voûtes, n’ont pas été aussi loin que l’on a fait après eux, il n’en est pas moins vrai, comme le dit M. Place, que l’on est autorisé à voir dans la variété et la perfection de
‘ M. Layanl, Nineveh and ils remains^ lome II. page CI : « The baltlemen{,slill eiislingon lhe topofthis tvall,are cul inlo gradines ressembling in Ihis respect lhe balllemenls of ensiles and loivers as frequenlhj represenled in lhe Nimroud sculptures. »
* M. Place a rolrouvô celle disposUion appliqu»^o au parapet du monticule ol de la tour à étages de Khorsabad, ce qui lui a permis, dans scs ro:onslilulions, do la rélablir partout où des parapets avaient existé.
’ Cette forme même rendait la voûle en berceau impraticable.
* Voyez à ce sujet M. Place, op. cil., lom. I, pp. 2G5 et seqq.
leurs bâtisses curvilignes le germe des grands monuments de Rome et des temps modernes ; il n’en est pas moins vrai que l’existence, dans les canaux de Khorsabad, de la voûte appareillée en petits matériaux, nous révèle chez les Assyriens l’existence d’une civilisation parvenue déjà à un haut degré d’avancement
XVI. — Le mode d’éclairage usité pour les édifices était aussi incertain que le mode de toiture avant les découvertes de M. Place. A Khorsabad, à Koyoundjick, les murailles qui, malgré leur état de ruine, avaient cependant conservé des élé-
> I La voûle en petits matériaux appareillés, regardée h bon droit comme lo d rnier mol de l’aride bâtir, exige une science si profonde dans lo calcul des forces et des résistances, une expérience si consommée dans la taille et l’assemblage des matériaux, que personne ne s’attendait à la rencontrer parmi des bilisscs tellement anciennes et à la voir exécutée seulement avec dos substances de qualité si inférieure... Il y a là toute une révélation sur rélal do la vieille société assyrienne, car les expériences, les calculs nécessaires au bon établisseniont, à la stabilité, à la durée des constructions voûtées, démontrent l’existence d’une civilisation parvenue à un haut degré d’avancement. » — Voyez au sujet dos Canaux el Conduites de Khorsabad, M. Place, op. cil., tome I, pages 2C9 et seqq.
valions de trois mètres au moins et parfois de cinq et sept mètres, n’avaient en effet présenté aucune trace d’ouvertures destinées au passage de l’air et de la lumière. Dans les seules constructions de Nimroud, ou mieux, dans une seule salle d’un des palais de Nimroud, M. Layard avait eu des exemples de baies ménagées ù hauteur d’homme et créées lors de la construction, car la pierre des bas-reliefs qui servaient de chambranles avait été découpée de façon à laisser place à la fenêtre sans interrompre la , scène sculptée sur la plaque. Mais ce fait unique ne pouvait constituer qu’une exception. On ne devait point s’étonner du reste de l’absence de fenêtres, comme nous les comprenons, dans les édifices assyriens. L’Egypte, la Grèce, Rome n’ont jamais sacrifié, comme nous le faisons aujourd’hui, les détails les plus essentiels de la distribution intérieure des édifices au coup d’œil produit par le percement des façades. Et bien certainement, l’Assyrie avait dû les précéder dans cet ordre d’idées, l’Assyrie pour laquelle la vie intérieure, la vie du foyer, l’existence domestique était plus réservée, plus cachée quelle ne l’a jamais été chez aucun de ces peuples,
qui entourait ses Harems de précautions bien plus exagérées encore quo ne le faisaient la Grèce et Rome pour leurs gynécées.
Etdeplus, la grandelumiôre n’est- elle pas inséparable de la chaleur? Nous l’observons, sous notre ciel tempéré, lors des périodes d’été ; combien à plus forte raison devait-on s’en garder sous le ciel brûlant de l’Orient. — Percée de baies nombreuses, à leur base, les murailles eussent-elles conservé assez de solidité pour résister à la poussée des voûtes, au poids énorme des terrasses ? — Qu’eussent été enfin ces ouvertures dans des épaisseurs de neuf et même de vingt-quatre pieds ? Des embrasures, à peine.
Enfin, l’Orient, si tenace dans ses coutumes, n’agit point autrement maintenant encore. « Les voyageurs qui ont habité ou parcouru les villes d’Orient, ont vu, dit M. Place, ce système de constructions où pas une fenêtre ne vient égayer l’aspect des rues. Les sentiments de la jalousie d’ailleurs ne sont pas la seule cause de ces dispositions. Indépendamment de sa propension instinctive à la défiance, le caractère oriental tourné plus volontiers
à la contemplation qu’à l’étude n’éprouve pas la né-
cessité d’une grande lumière. Même dans les plus vastes bâtiments de Mossoul, de Bagdad et des autres villes de ces contrées, on compte à peine une ou deux pièces suffisamment éclairées, parce qu’elles sont destinées à recevoir les visiteurs. Les autres sont réellement obscures et conviennent à des hommes pour qui la maison est une retraite, un lieu de repos absolu où ils ne se livrent à aucune lecture, à aucun travail ' . «
Aussi, dès le principe, laissant de côté tout rapprochement avec nos usages, les explorateurs recherchèrent-ils un système d’éclairage et d’aération dans la toiture même des édifices, et par conséquent, chacune des théories proposées pour la couverture eut nécessairement, comme corollaire, son système d’éclairage.
MM. Botta et Fergusson, tout en admettant le même principe de couverture, avaient toutefois doux théories différentes pour expliquer l’éclairage. Le système adopté par M. Botta estcelui qui est encore, dit-il, en usage en Arménie : « Quatre grandes
‘ Voyez M. Place, op. cil., tome I, page 31G.
poutres souvent à peine dégrossies se croisent au milieu de la maison, d’autres solives sont ensuite placées diagonalement sur les angles du carré formé par le croisement des maîtresses poutres, puis d’autres successivement sur les angles des carrés qui deviennent de plus en plus petits. Il en résulte un petit dôme ouvert au sommet et par lequel pénètre la lumière et s’échappe la fumée » — M. Fergusson, d’autre part, introduisait la lumière parles côtés des salles, supposant que le toit ne posait pas directement sur les murs, mais sur des rangées de piliers *. Un bas-relief trouvé àKoyoundjick et représentant une ville d’Arménie, semble en effet reproduire cet arrangement, mais on peut aussi bien n’y voir qu’une simple ornementation, et du reste de son existence en Arménie, on ne saurait rien conclure à l'égard de l’Assyrie.
Enfin ces questions, éclairage, toiture, présentaient tant de difficultés, qu’on imagina, procédé bien plus simple, de dire que le système adopté dans les grandes salles était celui que les Grecs avaient
* M. noUa. oj\ cil., tonio V, i)ago 73.
* M. Fergusson, Palaces of Nineveh.
nommé, luaiOpov, hj^èthre, c’est-à-dire que les grandes salles étaient restées découvertes, comme on l’avait remarqué pour certains temples de l’Egypte et de la Grèce. M. Layard le premier établit cette théorie; un rebord en saillie, dit-il, suffisamment large pour donner un abri et de l’ombre, s’étendait sur les quatre côtés de l’appartement, le centre restait à découvert *.
Mais il est évident que les Assyriens n’avaient pu songer un seul instant à une pareille disposition. Que d’incommodités dans la saison chaude ! Quelles plus grandes incommodités dans la saison des pluies, si abondantes alors * !
C’est encore à M. Place que l’on doit d’être fixé sur le mode d’éclairage des chambres assyriennes. • Il était évident d’abord, et d’après l’exemple que
• Layard, Nineveh and Us rcmains, lome T, p. 259 ; — Cf. Nineveh and Dabylon, p. 647; — Voyez encore Montnnenls of Nineveh, 1" sériés, pl. 2, la reslauralion d’un inliiriour assyrien.
* Que l'on se souvienne que les planchers de ces salles élaient d'argile ballue. « The pavement of lhe halls, being mere sun-dried brick, would, undersuch circumslances, hâve bcen iurncd inlo mud. » M. Fergusson, Palaces of Nineveh, p. 270.
M. Layard avait eu sous les yeuxàNimroud, et d’après les bas-reliefs qui nous montrent fréquemment les constructions percées de fenêtres plus ou moins nombreuses, que les Assyriens n’avaient pas craint de ménager dans les murailles des ouvertures qui contribuaient à introduire l’air et la lumière dans les chambres, mais à des hauteurs et dans des endroits où elles ne pouvaient en rien nuire à la solidité des constructions ; aussi M. Place, utilisant ce fait acquis, a-t-il pu déjà, dans ses essais de restauration du palais de Khorsabad, assigner, hypothétiquement il est vrai, mais avec les plus grandes probabilités, la place de quelques baies semblables. Mais forcément étroites et restreintes en nombre, ces baies ne pouvaient suffire à l’éclairage et à l’aération de tout l’édifice.
Un second moyen avait donc été commandé.
« Un coup d’œil jeté sur les plans généraux et
particuliers du palais de Khorsabad, dit M. Place*, nous fait voir une véritable profusion d’entrées, de dégagements, qui mettent les chambres en commu-
‘ M. Place, op. ci/., tome I, page 31?.
nication soit entre elles, soit avec les cours. ♦> D’un autre côté, la plus petite de ces portes n’a pas moins de deux mètres d’ouverture; le plus souvent on trouve des entrées de trois mètres, parfois cette argeur est encore dépassée ; et on peut, sans exagération, leur assigner une hauteur voisine de cinq mètres. « De pareilles dimensions constituaient des baies exceptionnellement vastes, surtout quand la majeure partie de ces baies a pour objet de desservir non pas des salles d’apparat, mais des pièces
destinées aux services les plus ordinaires Et
puisque des architectes assez préoccupés de la solidité do leurs murs pour en écarter si soigneusement les fenêtres, n’ont pas craint de pratiquer tant dévastés portes, il n’est pas douteux que ces portes, tout en servant d’abord à la circulation, no dussent encore contribuer pour beaucoup à l’éclairage et à l’aérage des appartements ‘ . » Ce procédé, au reste, est encore en usage dans toute cette partie de l'Orient, et, par leurs dimensions, les portes de Khorsabad étaient bien plus propres à cette destination
‘ M. Place, op.[cil., tome I, page 313.
que ne sont celles des maisons do Mossoul par exemple.
Mais, tout en comprenant un semblable agencement pour les salles qui donnaient sur les cours, on pouvait avec raison se demander s’il en résultait un éclairage suffisant encore pour les grandes salles, les longs couloirs. Il y avait au surplus dans le palais de Sarkin des chambres sans communication directe avec le dehors, entourées d'autres chambres de tous côtés, et qui, dès lors, avaient nécessité un tout autre procédé que ceux que nous venons d’indiquer. Après quelques recherches, M. Place fut assez heureux pour rencontrer tous les éléments nécessaires à, sa reconstitution. Il a retrouvé dans certaines chambres, des manchons en terre cuite de 0™ 34 de diamètre et 0"’20 de hauteur, un peu déprimés au milieu, s’élargissant à leurs ouvertures terminées en bourrelet et pouvant ainsi être superposés les uns aux autres. Ces manchons avaient certainement été engagés dans les voûtes des appartements, et de la sorte, apportaient du dehors l’air et la lumière. Certaines habitations d’Arménie et les étuves voû-
tées des bains turcs sont encore éclairées de cette manière’ . Pour éviter que, par ces ouvertures, la pluie ne tombât dans les salles ou que la grande chaleur n'y pénétrât, on les fermait au besoin, probablement avec ces peaux de veaux-marins dont nous parlent les inscriptions et auxquelles la superstition donnait la vertu de préserver de la foudre.
XVII. — La sculpture a tellement fait partie intégrante de la construction assyrienne que Ton ne saurait parler do l’une sans en môme temps jeter un coup d’œil sur l’autre.
L’argile crue dont se composaient les murailles étant de sa nature friable et peu résistante, avait contraint l’architecte à chercher quelques expédients qui, venant remédier â la qualité inférieure de la matière, protégeassent les surfaces des murs. Dans la plupart des cas, il les avait revêtus d’un simple stucage; plus rarement, il avait utilisé la brique émaillée, et dans les endroits enfin, où, par suite* d’un passage incessant, cette dernière n’eût pas suffi
1 Voyez M. Place, op.ctï., lomo I, page 315.
pour empêcher les dégradations, comme aux portes des villes, aux grandes entrées des palais, aux Sélamliks dans lesquels les réunions étaient fréquentes et nombreuses, il avait appliqué contre la ligne des murailles un revêtement do plaques d albâtre gypseux qui montait jusqu’à une hauteur variant entre 1 et 3"‘, S*” 65 au plus. Ces plaques avaient â peu près O*” 20 ® d’épaisseur et de 2 â 4 mètres de largeur ; elles s’enfonçaient de quelques centimètres dans le sol, leur face en contact avec le mur était rugueuse et profondément incisée afin quelle pût adhérer à l’argile, et enfin, pour ajouter encore à la solidité des crampons, (dovetails), de plomb ou de bronze, à double queue d’aronde, s’encastrant dans les panneaux adjacents les reliaient les uns aux autres Utilisé par des hommes de goût, ce système de revêtement ne pouvait manquer de prendre de l’extension. L’architecte le livra au sculpteur. Les pierres, d’abord frustes, se dégrossirent sous le ciseau, et finirent par acqué-
• A Nimroud, M. Layartl put encore constater les marques ou taches laissées sur les plaques par ces crampons de métal. — M. Place en reconnut aussi l'existence à Khorsabad. Voyez M. Place, op. cil., tome II, p. 69.
rir une si grande valeur décorative que si on ne les retrouvait simplement ébousinées dans les endroits où Tornement n était d’aucune nécessité, on pourrait se demander aujourd’hui si leur rôle primitif, au lieu d’être purement architectural, n’a pas été plutôt purement décoratif; si ces plaques, au lieu d’être destinées au seul revêtement de la muraille, n’ont pas été dressées au contraire dans le but unique d’être couvertes de bas-reliefs‘.
D’un autre côté, sans la description des sculptures qui ont orné les demeures des rois, ou si l’on veut qui ont été la conséquence d’une certaine disposition architecturale, la description d’un palais assyrien serait incomplète. Ce ne sont pas en effet quelques bas-reliefs épars que l’on y rencontre, ce sont des lignes sans fin ; les grandes entrées en sont garnies, les murs des Sélamliks en sont couverts ; et pour ne citer qu’un exemple, à Khorsabad, ils
‘ Les Assyriens' sculptaient ces plaques après et non avant la mise on place, car fréquemment, les sujets des représentations sont divisés, partie sur une plaque, partie sur la suivante. Le plus souvent, avant d'appliquer ces panneaux sur les mur.s, on gravait dos inscriptions sur la face qui devait être cachée ; ces inscriptions contenaient le nom, le titre, la généalogie du prince qui avait fait construire le monument.
ont offert un développement, pour vingt-trois chambres, de 1368 mètres, pour sept cours, en comptant les montants de quarante-deux portes de 028 ce qui nous donne un total de près de 2 kilomètres de sculptures. Comme, enfin, leur hauteur moyenne est de 3 mètres, nous avons de superficie générale 6000 mètres, et dans ce chiffre ne sont point compris encore quelques bas-reliefs colossaux qui ornaient des entrées principales, et vingt-quatre paires de taureaux*. Tels sont les motifs qui nous conduisent à présenter un aperçu de l’art sculptural en Assyrie.
C’est surtout, nous pourrions dire seulement, par l’étude des bas-reliefs que l’on peut juger de la sculpture assyrienne, car ce n’est que très-rarement que des statues ont été retrouvées dans les ruines, et encore quelques-unes parmi le peu que nous possédons ont-elles beaucoup souffert des injures du temps et de la main des hommes ’ . Quelles cau-
‘ Ces chilTrcs nous sont donnés par M. Place, op. cil., lomo I, p. 69.
* Nous citerons : Une statue découverte par M. Layard à Kalah-Scherghat ; elle est en basalte noir et représentait probablement un roi assis sur un bloc carré couvert sur
ses se sont opposées au développement de la statuaire ? Le gypse a-t-il semblé trop fragile à l’artiste pour qu’il lui permît de détacher les membres ? Le basalte lui a-t-il paru trop dûr pour qu’il pût arriver à le manier habilement’ ? Des coutumes, des conventions, des traditions l’ont- elles arrêté ? On ne sait. Quoi qu’il en soit, les statues conçues avec une incroyable maladresse, absolument plates et ne pouvant par conséquent être vues que do face, sont de toutes les productions assyriennes les plus défectueuses et les plus grossières.
trois côtés d’inscriptions cunéiformes ; la tète a disparu, ur.e partie do la barbe so voit encore ; les avant-bras sont cassés, mais les mains paraissent avoir été posées sur les genoux ; une longue robe à franges tombait jusqu'aux malléoles. Voyez Layard, Nineveh and ils remains, vol. II, pp. 51 et 52. Celte statue est maintenant au Musée Britannique. — La statue d'Assournasirpal trouvée à Nhnroud. Nous on avons déjà parlé, page 14. Voyez Layard, Nineveh and Babylon, vol. II, p. 3ül. Celte statue est au Musée Britannique. — Dans le mémo Musée, sont encore deux statues du dieu Nebo trouvées à Nimroud. — Une statue d’Ishtar a été déterrée à Koyoundjick. — Une statue de Sargon a été trouvée à Idalie dans lîle do Chypre; on la voit au Musée de Berlin. — Plusieurs enfin ont été rencontrées dans le Harem de Khorsabad par M. Place. Voyez -M. Place, op. cü., tome I, pp. 122 et seqq. ; et tome II, pp. 70 et 71.
‘ Môme dans les bas-reliefs, quand le ciseau assyrien avait à faire au basalte ou aux pierres dures, son œuvre était grossière. Il ne réussissait qu’avec l'albàlro.
La sculpture s’est montrée tout autre dans les bas-reliefs.
Les représentations que ces derniers nous offrent peuvent se diviser en cinq grandes classes : scènes de guerre ; scènes religieuses ; cortèges , marches royales; chasses, courses; scènes delà vie privée. Ici nous assistons au transport d’un de ces colosses qui va former un montant d’une des grandes entrées d’un palais ou d’une ville ; nous pénétrons dans l’intérieur d’une habitation; dans un jardin. Là, ce sont des chasses aux oiseaux, aux bêtes fauves, au lion, au taureau sauvage; tantôt c’est le roi lui-même qui leur décoche des traits; tantôt, assis sur son char, au milieu de ses musiciens, il reçoit l’offrande des victimes qui lui est faite par des chasseurs armés de flèches. Plus loin, nous reconnaissons le défilé de ces marches royales, rentrées triomphales dont nous avions lu la description dans l'historien grec Xénophon* .
• I^s données de Xénophon, Cyrop. VIII, 3, sont lellement exactes, que l'on pourrait croire (ju'il a copié les dessins des monuments de Khorsahad, Koyoundjick ou Nimroud. — Les Perses, « les plus curieux dos usages étrangers, » dit Hérodote, avaient adopté la plupart des coutumes assyriennes.
Plus loin encore nous voyons le roi célébrer des cérémonies religieuses, ordonner dos sacrifices; une figure ailée plane au-dessus de lui, c’est la représentation du dieu qui le protège, du dieu qui donne la victoire à ses armées, d’Assour qui porte dans une main l’anneau de la domination universelle. Enfin, ce sont des scènes de guerre ; — des batailles navales : des eaux sans perspective, à travers lesquelles nagent des poissons, supportent des barques superposées dont les proues sont en forme de tètes de chevaux et que conduisent des rameurs ; — le siège d’une ville : la cité est figurée par une forteresse environnée d’eau, les assiégeants se servent de tours roulantes, de béliers, les «assiégés lancent des feux sur l’ennemi ; — la prise de cette ville : des femmes fuient sur des chariots traînés par de jeunes bœufs, des hommes passent l’eau portés sur des outres gonflées, les vainqueurs emportent les dépouilles et des eunuques grammates, debout près des portes, comptent à mesure qu’ils défilent les moutons, les bœufs et autres bestiaux, en inscrivent le nombre avec des roseaux sur des rouleaux de papyrus. Sur d’autres
panneaux, on voit le monarque, portant son sceptre d’une main, un fouet de l’autre, coiffé de la tiare droite entourée do diadèmes, vêtu d’une robe blanche bordée d’une large frange et couverte de broderies , accompagné de trois eunuques dont l’un tient un chasse-mouche, les autres, ses armes, présider à un passage de troupes dans les montagnes, recevoir des ambassadeurs, ou considérer de longues chaînes de vaincus qui passent un à un devant lui, la tète baissée, nue ou ceinte seulement d’un bandeau, les mains attachées derrière le dos. Toutes ces représentations étaient peintes de vives couleurs. On peut encore en observer la trace sur les bas-reliefs ; la Bible du reste nous l’avait appris ; Ezéchiel, comparant l’apostasie de Jérusalem aux débauches d’une prostituée, avait dit : « Et encore a-t-elle augmenté ses prostitutions quand elle a vu des hommes peints sur les murs, savoir les images des Chaldéens peintes de vermillon, ceints de baudriers sur leurs reins et ayant sur leur tête des coiffures flottantes et teintes, des tiares de diverses couleurs De longues lignes d’écriture cunéiforme,
> Ezéchiel, ch. 23, i5 et IG.
surperposées, gravées en creux, placées soit au-dessus des groupes, soit dans les espaces intermédiaires, entre deux zones de figures, soit en es pèces de cartouches sur le fond, soit enfin gravées par dessus les bas-reliefs mêmes, nous expliquent les représentations ; elles en sont le complément graphique, une sorte de commentaire; elles nous redisent les hauts faits des rois et nous apprennent tous leurs titres à laflection de leurs sujets. C’est l'histoire, la vie, la religion de la nation assyrienne tout entière qui se déroulent devant nos yeux.
** L’art assyrien, dit M, Botta, parait tout à fait distinct de celui des autres peuples contemporains, quoiqu’on puisse cependant trouver quelques rapports entre les premiers essais de toutes les nations. L’homme est partout le môme, et partout il a dû suivre une marche à peu près identique lorsqu’il a cherché à représenter par des images peintes ou sculptées les objets qu’il voyait ou les faits importants dont il voulait perpétuer le souvenir. Dans ces Ages de simplicité et d’ignorance, d’ailleurs, les instincts superstitieux dominaient sans partage et
laissaient aux institutions théocratiquos toute leur influence. 11 ne faut donc pas s’étonner si. par quelques caractères, la sculpture de Ninive rappelle celle de l’Egypte ou celle des premiers âges de la Grèce* ; la première n’en semble pas moins tout à fait originale.
« Dès leur début, les sculpteurs grecs ont su apprécier et rendre la beauté physique ; les règles conventionnelles ne les ont pas arrêtés sur la route qu’ils étaient appelés à suivre, ils se sont promptement dégagés des entraves qui les retenaient et n’ont gardé des formes conventionnelles que ce qui pouvait ajouter à la perfection de la nature qu’ils se contentaient d’idéaliser dans une juste naesure. Les Egyptiens, au contraire, enchaînés par un système théocratique qui réglait toutes les actions de leur vie n’ont jamais pu s’écarter des prescriptions qui leur étaient imposées ; leur sculpture en a toujours
> ■ Entro los œuvres du ciseau des artistes ainivites, dit M. P. Lonorraan^ 07). cil., t. I, p. 535, et celles des Ilellônos, do l’époque arclmïquo, jusqu'aux Eginètes, on observe une étonnante parenté; le célèbre bas-relief d'Athènes, connu sous le nom do Guerrier de Marathon, semble détaché des parois de Khorsabad ou do Koyoundjick. »
subi Imfluonce, et leurs productions, au temps des Romains mêmes, ne sont que d’imparfaites copies des œuvres exécutées sous les plus anciens pharaons. C’est ainsi que , de nos jours, les peintres qui décorent les églises grecques ou arméniennes obéissent à des régies ou à des usages consacrés et se contentent de calquer et de reproduire les anciens types byzantins dans toute leur raideur et leur naïve simplicité L’art assyrien est préci-
sément intermédiaire entre les arts grec et égyptien ; il a plus que le premier conservé les formes conventionnelles et hiératiques, sans en subir le joug autant que le second qu'il surpasse beaucoup par une étude plus recherchée de la nature,. , « Les Egyptiens, comme tous les peuples dans l’enfance, n’ont attaché d’importance qu’à la ligne extérieure, à la silhouette des objets qu’ils voulaient représenter; en peignant ou en sculptant, ils faisaient de simples traits d’une hardiesse et d’une netteté étonnantes, et dans lesquels les proportions et le mouvement étaient rendus avec une grande perfection. Mais là s’arrêtait leur science, et dans les derniers temps comme à l’époque la plus reçu-
lée, ils n’ont jamais songô h compléter ces sil-
houettespar la représentation exacte des détails anatomiques. Leurs plus belles statues mêmes, sont, sous ce rapport, aussi défectueuses que leurs basreliefs et leurs peintures*. Voulant d’ailleurs, dans leur naïveté, d’abord primitive puis ensuite convenue, faire paraître tout ce qui leur semblait essentiel pour rendre une figure reconnaissable , ils n’ont jamais manqué de représenter de profil certaines parties des objets et surtout des animaux, qui auraient dû, d’après leur position, se présenter de face ou vice versd. Ainsi, les corps humains, vus de profil, leur auraient paru incomplets, et ils les ont toujours placés de face, faisant le contraire peur les pieds dont le proâl était plus facile à comprendre; de môme, en dessinant une vache, ils la montraient toujours de côté, mais ne manquaient cependant pas de dessiner les deux cornes, quoique dans cette position exacte, l'une dût cacher l’autre.
' Lo Jugement de M. liotla semblera bien sévère, si l'on considère au - Louvre, les admirables statues de la IV' dynastie. Voyez entre autres, la statue si connue du Scribe accroupi
Les lois de la perspective ne sont pas mieux observées ; tous les détails nécessaires pour caractériser les objets sont toujours rendus visibles, lors môme que d’après les points de vue, ils ne pourraient pas être régulièrement aperçus. Enfin, sacrifiant toujours la vérité au désir de ne rien cacher de ce qui, à leurs yeux, paraissait le plus important, les sculpteurs égyptiens ont évité avec grand soin de couper les figures par des objets accessoires qui en auraient caché une partie ; par la môme raison, ils ont, dans leurs représentations de batailles, donné une plus grande taille aux vainqueurs qu'aux vaincus.
« La plupart de ces caractères se retrouvent dans la sculpture assyrienne ; mais ils y sont moins marqués et l'on sent que l'on commence à sortir de l’enfance. Les corps sont moins de face, si je puis m’exprimer ainsi, ils ont moins de raideur conventionnelle ‘. Les figures ne sont plus de simples traits , mais les têtes sont bien modelées, et dans les mem-
> Mais s'il y a plus de vie, dans la sculpture assyrienne, elle n'a pas comme la sculpture égyptienne la gravité solennelle. monumentale, la mémo hauteur d'inspiration.
bres, les détails anatomiques, les os et les muscles, non-seulement sont bien indiqués, mais rendus avec une évidente exagération, comme si les artistes commençant à reconnaître la valeur de ces détails jusqu’alors négligés avaient voulu les rendre sensibles, môme aux dépens de la vérité *...
« De part et d’autre, les animaux ont été représentés avec plus de vérité que les hommes ; et cela tient sans doute à ce que, pour cette partie de son art, la sculpture n’était pas soumise à des règles ou à des convenances aussi précises ; mais, dans ce cas encore, nous retrouvons à Ninive plus d’étude de la nature qu’en Egypte. Que l’on compare le petit lion do bronze * et le corps des taureaux ailés de Kliorsabad avec les auiraaux semblables sculptés sur les bords du Nil, et l'on verra combien les premiers sont supérieurs aux seconds ; les muscles et
‘ Mais à force do s’étudier a ces détails l’art assyrien firiil par s’écarter de la réalité autant que fart égyptien qui pro cédait dans une voie diamétralement opposée. 11 n'oublic pas un muscle des bras ou des jambes, pas une broderie du vêtement, etc..., et lie la sorte arrive à d’énormes inexactitudes dans les proportions réciproques des clioses.
* M Layard trouva ù Koyoundjick seize lions de bronze, couchés, d’un dessin admirable, diminuant de grandeur de-
les os de ces taureaux symboliques sont admirablement modelés quoiqu'un peu exagérés sans doute ; et quant à la petite statue de lion, les Grecs et les Romains en ont fait qui ne la valent certainement pas...
« Cest donc en définitive par une étude plus exacte de la nature, par une appréciation plus juste de la vérité des formes que lart assyrien me paraît surpasser l’art égyptien, dont, sous d’autres rapports il n’atteint pas la perfection. C’est par les mêmes qualités qu’il se rapproche de l’art grec, .en sorte qu’on peut voir dans les bas-reliefs de Ninive les premiers essais en quelque sorte du système qui perfectionné par une nature intelligente et passionnée pour la beauté physique a produit les chefsd’œuvres que nous a légués l’antiquité hellénique. Il y a cependant entre les deux écoles toute la distance qui sépare les résultats obtenus par de pre-
puis un pied do long jusqu'il «in pouce de large. Sur leur dos était fixé un anneau leur donnant l'apparence de poids, » giving them th’e appearcncc of weights.* — D'autres pensent que ces lions ont dù être fixés au sol et destinés il lendrc les tapisseries dont les cordons su nouaient dans l'aiineau. — M. Ikilla parle d'un lion semblable.
micrs ot timides eflbrts, do la perfection à laquelle ' a pu atteindre le génie favorisé par les circonstances les plus heureuses ’ . ^
Tel est le tableau que M. Botta nous a laissé de la sculpture assyrienne, et, formulant son jugement d’après les bas-reliefs de Khorsabad, il s est trouvé qu’il a pris l’art assyrien presque X l’époque où il atteignait son plus haut développement. Aux données que nous venons de reproduire nous n’avons donc que peu de choses à ajouter, faits nouveaux dus aux fouilles qui ont suivi celles dont l’auteur du Monument de Ninive avait été l’habile et savant directeur.
Les découvertes faites à Khorsabad, à Nimroud et à Koyoundjick ont permis d’assigner trois époques principales ù l’art assyrien; elles correspondent à trois systèmes bien tranchés dans la composition des bas-reliefs.
Dans la première période on peut ranger les
• .M Huila, op. cit-, tome V.
'sculptures provenant des deux plus anciens palais de Niraroud auxquels se rattachent les noms de Salmanasar III (1060), Assournasirpal (923-809), et Salmanasar V (889-870). L’art assyrien y est empreint “ des caractères incontestables du plus complet archaïsme, rempli d’une rudesse et d’une grandeur sauvage’ ; •> les figures dont les mouvements sont sobres et contenus mais pleins de vérité et de convenance se groupent dans des compositions fort rudimentaires, mais qui, pour cette raison même, sont bien supérieures aux représentations, — batailles sièges de villes, — dans lesquelles le sujet se complique, et qui deviennent alors embrouillées et confuses par l'absence complète de toute préoccupation des lois de la perspective. Parmi toutes les scènes que nous offrent les bas-reliefs de cette période, ^ une chasse au lion est la plus remarquable tant par la composition du groupe que par la correction du dessin et la parfaite conservation* ; M. Layard qui
* M. F. LenormaniJ, op. cit., tome I, page 534.
* Des bas-reliefs de celte «’îpoqiie sont au Musée Urilannique. — On peut voir des roproduclions dans M. I..'iyard. MonwncnU of Nincveh, Ist sorie»
* E>t ou Musée I3ritanni<{ue
l’a reproduite dans ses Monuments of Nineveh\ dit que c’est là probablement le plus beau spécimen existant de l’art assyrien *.
La seconde période commence vers l’an 720 et se continue jusqu’en 667 ; elle embrasse les trois règnes de Sargori, do Sennachérib et d’Assarhaddon*. Elle se caractérise par une étude plus approfondie de la nature ; il y a plus de variété, plus de vie, plus do mouvement dans l’attitude des personnages ; les compositions sont aussi plus compliquées, plus ambitieuses, les scènes de chasse, de guerre nous offrent toutes un fond de paysage dans lequel les artistes se sont efforcés de déterminer par quelques représentations caractéristiques la nature du lieu où la scène se passe, mais avec les plus grandes erreurs dans les proportions réciproques des choses, et toujours sans aucun égard aux lois de la perspective; il n’y a donc pas, quant à la composition, de
^ Monuments O f Ninei'eh. Isl séries, pl. lU
*• Il is probablyone oftlie finest spccimens hilherlo diseovered of Assyrian sculpture. »
^ Ces ruis sunl, un lu sail, lus cunstructuurs dos palais oxplurés à Kliorsabad, Koyoundjick et Niniroud (S -ü).
grands progrès accomplis sur l’époque précédente ; le désir de varier les scènes, de leur faire dire davantage, a peut-être môme fait perdre quelque peu du caractère grandiose ; mais quand le sculpteur s’en est tenu aux représentations colossales, il a excellé, car la main d’œuvre est devenue décidément supérieure, le relief est mieux accusé, le trait est plus sûr, il y a plus de délicatesse, plus de fini dans le dessin ' .
Enfin, dans la troisième période, sous Assourbanipal, le grandiose des deux âges précédents a disparu, mais en revanche on trouve une finesse, un correct dans le dessin qu’on n’avait pas connu jusqu’alors ; la composition est devenue plus savante, plus animée ; voyant qu’ils ne pouvaient arriver â reproduire simultanément des scènes disposées sur plusieurs plans différents, les artistes ont cherché à éviter les fautes de perspective et se sont conten-
^ Des muiiuiuüiils de cellu ûpoiiuu suul au Musée du lx)uvre, envoyés par M Botta, et nu Musée Britannique donnés par M. I^yard et quelques-uns par M. Loflus. On trouvera des rc])roductioiis dans MM Botta et Flandin, Mouumenli de Ninive; M liayard. Monuments... ; M. IMace, 0}> cil.. — Un vol. do dessins du M. W. Boutebor -n'est pas publié, cos dessins sont au Musée Britannique.
tés d'indiquer le lieu où la scène se passe par quelques arbres frappants de naturel et quelques constructions sobrement esquissées ’ .
Et si maintenant, nous souvenant de la rapidité avec laquelle se sont élevées les constructions de Khorsabad, nous nous représentons des sculpteurs couvrant, de bas-reliefs d’une exécution relativement remarquable, en cinq ou six ans. une superficie de 0,000 mètres ; tout en reconnaissant que, grâce ù l’uniformité de dessin, d’attitudes et d’ornements, le travail, dans certaines parties, a pu être simplifié ; saisis d’nn étonnement légitime, nous ne pourrons que confesser, lors même que nous n’aurions aucune partialité pour l’œuvre assyrienne, qu’il a fallu pour
• A Londres, une série de plaques données par MM. LoÙus et Layard ; des dessins do M. lioutcher — Voyez aussi Lnyard, Monwnents..., 2d sériés. — M. Layard y donne la reproduction d'un bas-relief remarquable, conservé du reste au Musée Britannique ; il roprésc-nte une lionne qui, la colonne vertébrale brisée par une flèche, ayant déjà les parties postérieures privées de mouvement, se redresse encore avec peine sur les pattes do devant pour rugir contre les chasseurs et les menacer de sa gueule béante.— Assourbanipal, comme Iloulikhous 111, Sennachérib et .\ssarhaddon, a dii aussi élever dos constructions à Nebbi-Younas ; un y a trouvé en eirel dos ])laquos où son nom était inscrit et où le lüi rendait compte de ses expéditions.
atteindre à un tel résultat, dans un si court laps de temps, que les ressources artistiques de la société ninivite aient été considérables. « L’esprit d’unité est frappant dans toutes les sculptures et accuse la même direction, dit M. Place. Il a donc fallu pour accomplir cette œuvre colossale réunir un très-grand nombre de sculpteurs formés à la môme école. Une société en mesure de fournir sur un même point tant d’artistes capables, et qui, pour se former à leur art, ont eu besoin d’une longue série d’études, devait être dans un état bien avancé. Avec la puissance formidable dont disposaient les rois d’Assyrie, ils pouvaient à un moment donné jeter sur une entreprise d’innombrables travailleurs pour accumuler les briques, élever les murs et les terrasses, mais aucune puissance n’improvise des architectes , des sculpteurs et des peintres , il faut une organisation sociale où les arts aient une place marquée et préparée de longue main ; ce fait suffirait à nous donner une haute idée de la civilisation assyrienne et ù la faire remonter h une époque très-reculée ‘ . »
> M FMaoo, (>/) rit , tome l, !• 70.
TKMPLE ASSYRIEN LES TEMPLES DE NIMRÜUD
D' ipres un bas rciu'f du palais nord Je KoyoïmJjick. D'après les plans de M.LAYARD.
XVIII. — Derrière le Sérail, ù l’angle occidental de la petite terrasse du palais, un tertre d’argile, détaché de toutes les autres constructions, affectant encore la forme de deux parallélogrammes rectangulaires d’inégale grandeur unis sur un de leurs côtés, soutenu par un mur de revêtement et dominant de deux mètres le niveau des esplanades voisines, supportait : «* Un Temple, » dit M. Botta’ et selon M. Place : « un Divan, un Pavillon ou Salle du Trône dans laquelle le roi donnait ses audiences aux envoyés des peuples amis ou tributaires. ’ «
L’état de ruine de cet édifice était tel ^ que l’on n’a pu tenter une reconstitution certaine. Toutefois, M. Place, y voyant un mélange des architectures égyptienne et assyrienne en a donné une restauration *, mais elle est forcément des plus hypothétique, et le plus grand doute plane sur la destination de l’édicule.
Nous devons dire cependant que l’opinion de
* M. Botta, op. cit., tome V.
* M. Place, op. cil., tome II, page 38
* Voyez M. Place, op. cil., tome I, page IVJ.
* Voyez M. Place, op. cit., tome II, pages 37 et se/^g.
M. Place, après examen dos prouves données il l’appui, ne laisse pas que de nous séduire.
M. Botta se fondant sur quelques bas-reliefs offrant la représentation de scènes religieuses, avait
cru, avons-nous dit, reconnaître un Temple dans cette ruine. “ Mais, ditM. Place, les scènes sculptées trouvées après M. Botta, dans le même endroit, scènes de chasse, vaincus venant apporter le tribut, rendent moins rigoureuse la déduction de mon devancier... ‘ D’autre part, « si l’on tient compte des usages dont les Orientaux ne se sont départis il aucune époque , c’est toujours de la même manière que les Salles du trône, Divans ou Kiosques ont été établis dans le plan des habitations royales. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler les palais dont les descriptions nous ont été rapportées par les voyageurs, et l’on reconnaît que partout où un souverain de l’Asie a eu à recevoir des hauts personnages de son empire ou des ambassadeurs étrangers, la salle d’audience, le Salamlick est constamment détaché de la demeure
' M Place, Ofi. cil., tome 11. paj/e 38
elle-môme. Souvent, comme X Constantinople, cette salle est située assez loin, dans une cour isolée et presque sans communication avec le reste du palais. Nous avons pu constater l’usage de dispositions analogues, soit dans les palais du premier vice-roi d'Egypte au Caire, soit dans les habitations des rajahs de l’Inde. Il en est de même en Perse*... «
De plus, M. Place a retrouvé un bas relief qui nous montre un roi d’Assyrie assis sur son trône et donnant audience à diverses personnes. La scène semble se passer en plein air, mais, en arrière du monarque, est tracée l’esquisse au trait d’une bâtisse. Il est évident que, de la sorte, le sculpteur a entendu rendre l'idée d’une audience qui se rendait à l’intérieur de la construction. “ L’artiste ne sachant pas reproduire la scène à l’intérieur de l’édifice a préféré la sculpter extérieurement, mais afin de faire comprendre dans quel endroit elle s’accomplissait en réalité, il a dessiné auprès des personnages, un croquis du monument au dedans du-
• M IMaco, op fl/., tome II, page H.
quel ils devaient ôtre placés... L’expérience prouve que souvent sur les bas-reliefs où les artistes écrivaient l’histoire à grands traits, ils ont négligé les
détails accessoires pour ne s’attacher qu’au rendu de l’idée « Et M. Place trouve des rapprochements qui tendraient à prouver que le petit monument sculpté sur le bas-relief assyrien a été dessiné d’après le portique central de la Salle du Trône de Khorsabad même *.
Parmi les constructions qui ont été exhumées à Chalah par M. Layard, deux ont été désignées sous le nom de Temples par l’explorateur anglais. « A côté de la pyramide, dit M. J. Oppert, qui visitait les ruines de Nimroud quelque temps après les découvertes de M. Layard, sur le bord nord , de la plate-forme se trouvent deux temples séparés par une rampe, aujourd’hui indiquée par un ravin. Le plus grand, rapproché de la pyramide contient sept chambres « On y accédait par deux entrées
\ M. Place, op. cit., tome II, page 41.
* M. Place, op. cil., tome II, page 42.
* « Dans l'une dos sept chambres, les ouvriers de M. Layard trouvèrent une poutre de cèdre. En général, il est très-rare
principales tournées vers l’est. Non loin de ces entrées, vers le coin nord-est de la façade, on trouva une stèle d’Assournasirpal, remplie d’inscriptions, et un autel circulaire à base triangulaire, ressemblant beaucoup au trépied des Grecs *. « En traversant une chambre transversale, continue M. Oppert, on arriva à une grande pièce de 14™ de profondeur sur 9™ 50 de largeur ; elle finit dans une espèce d’alcôve dont le sol est dallé par un énorme monolithe de 6™ 20 de longueur, de 5 “50 de largeur et de 0“34 d’épaisseur *. Cette énorme pierre portait une inscription de Sardanapale, divisée en deux colonnes ; le côté caché donnait le même texte, seulement encore plus complet, et divisé en trois colonnes
de trouver des matériaux végétaux. • M. Oppert, Exp. sc. en Mésop., loiuel, pp. 310 et 311. — Cf. des dires de M. Place; voyez notre texte, p. 194.
‘ Ces objets sont au Musée britannique.
• The single slab which filled the recess in the grcaler of the two Nimnid temples, was ‘21 fl. long., 16 ft. 7 inches in broad, and 1 fl. 1 in. thick. Il conlained Ihus 375 cubic feet of stone, and must hâve weighed nearly if not guite, 30 Ions. Voyez Layard, Nineveh and Üabylon, p. 352.
• Cette inscription se terminait brusquement au milieu d’une phrase. Elle a été publiée dans fFest. Asia Inscr. pl. 17
** L’autre Temple, plus petit, est ouvert par une entrée de 2™ 50 de largeur, flanquée de deux lions sans têtes humaines, ni ailes ; leur hauteur est de 2 “50 et de 4® de profondeur. L’entrée est couverte par une plaque de cette largeur et longueur et couverte d’inscriptions. Dans une grande chambre à côté, on trouva la statue du roi d’un mètre de hauteur ‘ . «
Des bas-reliefs, — à Khorsabad sculptés sur le basalte, — et des briques émaillées ornaient les murailles. Le style de ces édifices devait répondre à celui des palais.
Si, comme il est généralement admis, on doit Toir des temples dans ces constructions, leur agencement intérieur aurait été le suivant : dans le plus grand des temples de Chalah, une des entrées donnant accès dans un vestibule conduisait à la
à 26. M. Oppert dans son Exp. sc. en Mésop., t. I, p. 311 à 331, en donne une iraduclion ; rinscripUon y est complétée par la fin de celle qui couvrait une stèle qui est actuellement ù Londres. Ce texte résume en lui tous ceu.x que l'on connaît d'Âssournasirpal.
‘ M. Oppert, op. cil. page 311. — Nous avons déjà parlé de cette statue p. 14.
grande salle ou sanctuaire ; la seconde dans une pièce latérale. Dans le deuxième la porte mettait directement le sanctuaire en communication avec l’extérieur. Les petites pièces qui entouraient les salles principales auraient été destinées au service du temple ou à la garde des objets du culte, et la niche carrée ou légèrement oblongue qui se trouvait en retraite sur un des cotés do la grande chambre, élevée quelque peu au-dessus du niveau de l’édicule et pavée d’une seule dalle, aurait contenu la statue du dieu ; cette statue étant placée do • telle sorte, qu’il était impossible de l’apercevoir du dehors. Si ces édifices ont été consacrés au culte des divinités, il est à remarquer que, comparés aux palais, ils n’ont eu que des proportions excessivement restreintes, et que renfermés dans l’enceinte de l’habitation royale, ils ne nous apparaissent que comme des dépendances *. Mais bien qu’aucune dé-
> Ce qui a fait dire h M. Rawlinson, op. cil., lomol, p. 238 : « Amonÿ lhe archileclural Works of lhe Assyrians, the first place is challenged by iheir palaces. Less reliyious or more servile, than lhe Eyyplians and lhe Gneks, lhey make iheir temples imignificant in comparison wilh (lie dwellings of iheir kings, to which indeed the temple tsmoit commonly a sort ofappendage.
couverte ne soit venue l’affirmer jusqu’alors, il est évident, d’après les inscriptions, qu’il a dû exister des temples détachés des palais, et répondant à la splendeur de ces derniers.
“ En résumé, il est impossible, comme le dit M. Place, de se former une idée bien nette d’un Temple assyrien, car ni les constructions déblayées, ni les sculptures n’ont encore rien aflSrmé de trèspositif à ce sujet *. **
XIX. — Enfin, un dernier édifice s’élevait sur les terrasses de Khorsabad. C’était une haute Tour ou Pyramide à sept étages *. Elle occupait, en arrière du Harem, l’angle rentrant que formait du côté ouest la réunion des deux parallélogrammes. Les sept étages de cette Pyramide, construits avec des morceaux de terre molle semblables à ceux que nous avons décrit plus haut, étaient inégaux en surface, disposés en retraite les uns sur les autres, et égaux en élévation; ils avaient 6 “ 10 chacun. La
‘ M. Place, op. cU., tome It, p. 38.
* Semblable à la Tour à étages de Babylonc.
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