‹ Les monuments en Chaldée, en Assyrie et à Babylone, d'après les récentes découvertes archéologiquesChapitre 9 sur 15 · VILLAGE ASSYRIEN TOUR A ETAGES · texte numérisé non relu

VILLAGE ASSYRIEN TOUR A ETAGES

\iri has relief de Koyoundjick., D’après im bas relief de Koyoutidjick.

hauteur totale, 42 '"70, était presque égale à Tun des côtés de la base, 43 '"10; on pourrait môme dire égale, car les deux sommes que nous citons sont tellement voisines, et la différence répartie entre les divers étages, 0'"04, est si minime quelle peut parfaitement provenir de la seule difficulté de mesurer mathématiquement un édifice en argile assez ruiné.

Un escalier ou rampe à degrés, dont chaque marche avait 2'" de long sur 0'"80 de giron et 0'"05 de hauteur, placé à l’extérieur, montait en spirale jusqu’au sommet. Pour atteindre la plate-forme supérieure il fallait donc suivre successivement les quatre côtés de chaque étage. Le chemin à parcourir, autour du premier, était de 172'" avec une rampe de 0,04 par mètre ; au dernier étage la pente n’était encore que de 0,07 ; la surface du sommet pouvait mesurer 12'" de côté, soit une superficie de 144 à 150 mètres. Un parapet dans le style de ceux du palais et de la ville ornementait l’édifice et servait en même temps de garde-fou. Les créneaux identiques comme combinaison à ceux que nous avons indiqué présentaient seulement une légère

différence : les merlons étaient composés de trois rectangles au lieu de deux. « Le rectangle inférieur, large de trois briques, en supporte un second large de deux briques, qui lui-même est surmonté d’un troisième, large d’une seule brique. Chaque petit étage étant d’ailleurs haut de trois assises, il n’y a donc de changé au merlon ordinaire que le nombre des rectangles...

“ Si nous cherchons les causes de la différence existant entre le crénelage de l’observatoire et celui des autres parties du monument, peut-être en trouverons-nous deux assez plausibles. En premier lieu, les créneaux de l’observatoire étaient destinés à monter à une très- grande hauteur, puisque la base de ce monument, élevé lui-même de dS"*, pose sur le sommet de la colline artificielle. A cette hauteur de 57 mètres, les créneaux ordinaires eussent été à peine visibles, d’autant plus qu’à l’exception du rang supérieur les autres rangs n’avaient pas l’horizon pour fond de perspective, et, par suite de leurs trop petites dimensions ne se seraient pas détachés nettement sur les façades. En amplifiant la grandeur du merlon et de l’embrasure, l’architecte

échappait à cet inconvénient. En second lieu, la superposition des trois rectangles donne, à l’instant même, une forme singulièrement pyramidale à des créneaux qui devaient orner toutes les façades d’une pyramide. Serions -nous donc mal fondé ù, supposer que l’architecte ait voulu reproduire dans les détails décoratifs, la figure générale de sa construction ? Il en résulterait que, toujours fidèle à son système, répétant presque à satiété la même figure à des échelles variées, le constructeur aurait puisé, dans la saine application d’un principe simple et vrai, le moyen d’enfanter une des œuvres les plus originales qu’aucune architecture ait produite *.»

Comme à la Pyramide de Bahylone, comme aux murailles d’Ecbatane, mais dans un ordre qui différait quelque peu, un enduit en stuc coloré couvrait d’une teinte différente chacun des étages de la Tour. Celle-ci présentait ainsi les couleurs consacrées aux sept corps sidéraux en vénération. Le premier étage, en partant de la base, était revêtu de blanc, (Vénus) ; le second, de noir, (Saturne) ; le troisième

» M. Place, op. cil. y tome II. page 61.

était orange, (Jupiter) ; le quatrième, bleu, (Mercure) ; le cinquième, écarlate, (Mars) ; le sixième était garni d’une couche argentée, (Lune); le septième d une couche d’or, (Soleil).

En outre, les façades étaient ornées d’une série alternative de saillants et de rentrants. « Cette ordonnance, dit M. Place,, n’était pas le fruit d’une pure fantaisie décorative, elle se rattachait aux précautions prises pour l’écoulement des eaux pluviales, qui, à une certaine époque de l’année, formaient en se précipitant du haut des sept étages de la rampe, un véritable torrent*. Cette décoration était donc, conformément aux vrais principes de l’architecture, une conséquence des parties essentielles de la construction.

‘ « Malgré la splendeur des nuits d’été si favorables aux études astronomiques, il y a aussi, en Assyrie, une saison d'hiver pendant laquelle les pluies sont singulièrement abondantes. L’eau reçue par une rampe découverte, large de 2* et longue d’un millier de mètres, aurait dû se précipiter sur la rampe et arriver au bas de la pyramide avec la rapidité d’une cataracte. Il aurait même ôté possible qu'eu certaines parties, aux angles par exemple, le mur du parapet n’eût pu résister au choc du torrent. Le système de pilastres et de redans, décorant les parois des façades venait parer à ce danger ; les enfoncements en forme do créneaux présentent entre les pilastres de véritables conduits trôs-rapprochés les uns dos

** Et si l’on scrute attentivement le résultat des découpures pratiquées par les redans, on reconnaît que le plan, soit des évidements, soit des saillants, reproduit à s’y méprendre la figure des créneaux avec merlons et embrasure. Cette alternance de saillants et rentrants par des jeux plus ou moins intenses de lumière et d’ombre, contribuait à la valeur des tons, à l’éclat des couleurs étendues sur les façades ; elle allégeait la physionomie architectonique du monument et lui donnait une certaine élégance que l’on ne retrouve sur aucune autre pyramide des temps anciens *. »•

M. Place n’a trouvé dans aucun des quatre étages qui subsistaient encore, trace de chambres ou salles.

autres et servant à l'écoulement des eaux sur tout le parcours de l'escalier. Nous sommes d'autant plus autorisés à le croire que dans leur partie la plus creuse, ces enfoncements dépas* saient extérieurement l’épaisseur du parapet et offraient sur le développement de la rampe, une succession de petits orifices béants. Enfin, au fond des redans, nous avons remarqué, au lieu du simple stucuge ordinaire, une double couche de chaux et do plâtre, épaisse d'un doigt, très-consistante, et parfaitement à sa place dans une conduite d'eau. » M. Place, op, ci7., tome I.

* M. Place, op. cit.y tome II, p. 60.

« On se demande comment les architectes ninivites avaient osé élever une masse d’argile aussi lourde presqu’à la limite extrême delà colline artificielle, sans craindre qu’un pareil poids en entraînât la chute. Une longue expérience leur avait sans doute appris la force de résistance dont leurs matériaux étaient susceptibles ; mais, je ne sais si de nos jours aucun architecte se risquerait à faire porter une charge si écrasante sur le bord d’un monticule de terres rapportées, même avec l’appui d'un mur de revêtement. A cet endroit, il est vrai, ce mur présente la partie saillante de l’un de ses angles à l’angle ouest de la pyramide, et cette disposition ingénieuse devait oATrir une puissante résistance à la poussée. En tous cas, les calculs des architectes assyriens se sont montrés fort exacts, car les éboulements ont seulement affecté, comme dans tout le palais, les parties supérieures de l’Observatoire ; le pied n’a cédé sur aucun point et la base de la tour a été retrouvée dans son entier’. ♦♦ Comme â Hisr-Sarkin, une Pyramide carrée

* M. Place, op. cit., tome I.

s’élevait à Chalah ^ ; elle occupait le coin nord-ouest de la plate-forme du palais. Elle offrait la plus grande analogie avec la Tour à étages de Khorsabad ‘ ; les fouilles cependant ont révélé une particularité qui l’en distingue. * A l’intérieur, M. Layard, auquel on doit la découverte de ce monument, a trouvé une sorte de chambre ou plutôt une longue galerie voCyiée, sans issue, ayant trente-cinq mètres de longueur, douze pieds anglais d’élévation et six pieds de large ; elle était exactement placée entre les façades nord et sud de la tour, avec lesquelles elle était parallèle, et le niveau de son plancher était à la hauteur de celui de la plate-forme. Quelle a pu être la destination de cette galerie ? Elle n’a été révélée par aucune inscription, aucune sculpture. M. Layard s’appuyant sur quelques dires, excessivement confus , d’auteurs anciens , Xéno-

1 Sa découverte est uq des plus beaux titres de M. Layard. La descriptioQ de ce monument a été donnée par l'explorateur anglais dans son Nineveh and Dabylon, p. 125.

* Nous devons dire plus exactement : deux particularités l'en distinguent, car à celle que nous exposons dans notre texte, une autre vient se joindre ; l'emploi de la pierre de taille dans la pyramide de Cbalah.

phon *, Ctésias Amyntas * et Ovide * , a pensé que ce monument avait été le tombeau d’un roi et que la galerie était la tombe où avait été déposé le cadavre ; mais, nous le répétons, rien n’est venu confirmer cette conjecture, pas même un de ces menus objets que l’on a retrouvés auprès des corps, dans les tombes chaldéennes ou assyriennes. Que si cependant l’on voulait maintenir l’hypothèse de M. Layard,il faudrait admettre qu’avant les recherches de cet explorateur, des pillards avaient enlevé le contenu du] tombeau, et que, — la Pyramide de Chalah étant aussi bien que celle de Khorsabad un Temple-Observatoire, — les croyances religieuses des Assyriens avaient permis d’appliquer la maison de leurs dieux « to so utilitarian purpose »» dit M. G. Rawlinson

On a dit que les Tours à étages ne servaient plus de temples en Assyrie, comme cela avait été en

> Xénophon, Anabas., III, iv, 9.

» Clésias, cité par Diodore, II, 7.

* Amyntas, cité par Athénée, Z)eipno5‘, XII, iv, 11.

* Ovide, Mélamorph., IV, 8.

* M. G. Rawlinson, op.cit., tome I, p. 399. — On a reconnu encore, à Kalab-Sherghat, les vestiges d'une Tour à étages.

Chaldée et comme cela fut à Babylone jusqu’à la ruine de cette ville. •* Le sanctuaire qui couronnait l’étage supérieur des pyramides chaldéennes avait été supprimé, dit M. F. Lenormand. La Zikurat assyrienne n’était plus qu’un simple observatoire au sommet duquel les prêtres astrologues, élèves des Chaldéens cherchaient à lire l’avenir dans les étoiles n

Pour réfuter cette opinion, il n’est besoin que de s’en tenir aux documents fournis par les fouilles ; et nous verrons le bas-relief de Koyoundjick qui

nous offre la représentation d’une tour à étages,

nous indiquer clairement que des chambres ont été creusées sinon dans toutes les pyramides du moins dans celle qu’il reproduit ; et si enfin, le bas-relief que nous venons de citer, ne nous apprend rien touchant l’existence d’une cellule supérieure, sanctuaire de la divinité, — le haut de la tablette étant brisé, — du moins la découverte de deux autels, dans les décombres, à la base de la Tour de Khorsabad, M autels qui n’ont pu, dit M. Place, être placés

‘ M. F. Lenormand, op. cU., tome I. pp. 533 et seq.

qu’au sommet de la Tour, »» ne laissera pas que de nous prouver suffisamment la destination religieuse de l’édifice.

C’est pourquoi nous avons conservé la dénomination de Temple - Observatoire , donnée par M. Place à la Tour à Etages de Khorsabad

XX. — Tels apparaissaient les palais des rois d’Assyrie, tel a apparu le palais de Sarkin. •* J’ai bâti dans la ville, avait dit ce roi, des palais couverts par des peaux de veaux-marins, en santal, ébène, lentisque, cèdre, cyprès, pistachier sau-

vage, un palais d’une incomparable splendeur pour le siège de ma royauté. J’ai disposé leur dimu sur des plaques en or, en argent, en cuivre et tak Ulpi, en pierres lisse.s, en couleurs faites avec de l’étain, du fer, de l’antimoine et des hibisti arrangés. J’ai écrit là-dessus la gloire des dieux. Au-dessus, j’ai bâti une charpente en poutres de cèdre. J’ai entouré avec des rosaces en briques vernissées les colonnes de pin et de lentisque et j’ai calculé leur distance.

* « Temple-Tower^ » dit M. Layard.

J’ai fait un escalier en spirale, à l’égal de celui du grand temple de Syrie qu’on nomme, dans la langue de Phénicie, Bethilanni. Entre les portes, j’ai mis

huit lions doubles dont le poids est de 6 50

talents vernissés furent fabriqués en l’honneur de Mylitta

et leurs 4 knhnr en matériaux du mont Amanus, je les ai placés sur des nirgalli. J’ai sculpté avec art des pierres de la montagne.

« Pour décorer les portes j’ai fait des enjolivements dans les linteaux et les montants ; les traverses en pierres de gypse d’une grande dimension que j’avais enlevées de ma main, je les ai placées en dessus. J’ai muré leurs parois, et j’ai entraîné à l’admiration les grands du pays. Depuis le commencement jusqu’à la fin, j’ai marché dans l’adoration du dieu Assour, et, dans la règle des hommes -sages, j’ai construit ces palais, j’ai amassé ces trésors.

*« Puisse Assour, le père des dieux, bénir

ces palais, en donnant. à ses images un éclat spontané ! Que jusqu’aux jours les plus reculés, il veille sur les issues ! Que devant sa face suprême de-

meure le taureau sculpté, le protecteur et le Dieu qui porte le parfait bonheur et la béatitude, et qu’il les fasse rester dans cette maison jusqu’à ce que ces taureaux se meuvent de ce seuil.

“ Qu’avec l’aide d’Assour, le roi qui a bâti ces palais, se réjouisse de sa progéniture et qu’il multiplie sa race! Que jusqu’aux jours reculés durent ces créneaux ! Que celui qui y demeure en sorte entouré de la plus haute splendeur ; qu’il se réjouisse, dans l’exaltation de son cœur, de pouvoir accomplir ses vœux, d’atteindre son but, et qu’il rende sa splendeur sept fois plus illustre ! ‘

Et l’admiration de Sarkin pour son œuvre, nous l’avons vu, n’était que justice.

C’était là, ou dans des demeures semblables, que trônaient les rois d’Assyrie au milieu des prêtres de leurs dieux, des nisiramki^ des sarmahhi-sapar qui “ débattaient dans leurs discussions savantes sur la prééminence de leurs divinités et l’efficacité de leurs sacrifices ; c’était là qu’ils «* exerçaient leur juridiction, w au milieu des sages, (akli) ; des doc-

‘ Fastes de Sargon, trad. J. Opperl et J. Mènent.

teurs, (sapiri) ; des magnats, (rubi) ; des lieutenants, (sapili) ; là, que de toutes les parties de leur immense empire se donnaient rendez-vous, pour leur rendre hommage, les gouverneurs et les chefs de province, (makli); les satrapes, (pahati), porteurs des plus riches présents. C était là, en un mot, la résidence de ces maîtres de l'Orient, « en qui se résumaient les empires détruits et les monarchies écroulées. »*

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